DE L'USAGE DES BIENS ECCLÉSIASTIQUES
principalement pour Dieu et pour les âmes, et non directement pour rémolument temporel, selon cette recommandation expresse de saint Pierre : Pascile qui m vobis est gregem Dei... neque turpis lucri gratia. (1 Petr., v, 2.) Qu'il est facile à h faiblesse hiuuaine, si elle n'est pas soutenue par un grand esprit de foi, de se laisser aller à. agir propter retributionem ! Dieu seul connaît le nombre des prévaricateurs secrets, faute de droiture d'intention, qui deviennent ainsi de vils mercenaires.
3° C'est surtout, dans le casuel, provenant directement des fonctions spirituelles et de l'administration des Sacrements, que cette pureté d'intention est requise, sous peine d'être simoniaque, ou tout au moins suspect de simonie. Ce qui n'était, dans le principe, qu'une oblation facultative ou un pur don, s'étant transioimé, d'abord en usage louable, puis en un droit réel qui a fini par être tarifé, on n'est que trop porté à ne l'envisager que sous cet aspect matériel, comme si c'était le prix même de la chose sainte. De là, un grand danger pour l'homme de peu de foi. Oh ! rappelons-nous bien la leçon de saint Pierre à Simon le Magicien : Pecunia tua tecum sit in perditionem^ quoniam domini Dei existimasti pecunia possideri. (Âct., v,ii, 20.) Quelle qu'en soit la dénomination, casuel, droit, retribution, hono/f/ire, aumône, etc., ne voyons là qu'une simple offrande, e^i retour de nos services spirituels, pour nous venir en aide daus nos besoins temporels. Ne faisons jamais à Dieu et aux hommes aibles dans la foi, l'injure de regarder cette modique compensation comme le prix des choses saintes, qui sont d'une valeur infinie, et qui, nous étant confiées gratuitement, doivent être distribuées gratuitement. Que ces dispositions intérieures se transforment en actes publics, et que les fidèles voient clairement, à notre réseiTe à percevoir ces offrandes, que nous ne sommes nullement des marchands de Sacrements. C'est ainsi que, aujourd'hui, surtout, chaque Curé s'attribuera le mot de saint Paul : Ministerium meum honorificabo. (Rom., xi, 13.)
4° L'esprit de l'Eglise est bien que, surtout, aucun Sacrement ne soit rétribué, comme le témoignent assez ses défenses réitérées qui s'étendent jusqu'aux saintes i/uzVes,, jusqu'aux Lettres d'Ordination; seulement l'usage contraire a prescrit dans le Mariage seul, dont, au reste, le Curé n'est pas le ministre, proprement dit. Il est regrettab:? qu'au Baptême, il y ait un droit local. Je ne parle pas des oflrandes tout à fait bénévoles.
S34 MAIfUEL PRATIQUE DU JEUNE CURÉ.
50 S'il est une chose sacrée par excellence, c'est, sans contredit, le saint sacrilice de la .Messe. Et cependant, à la place des offrandes qui s'y faisaient autrefois, l'Eglise tolère une rétribution en faveur du célébrant. Ceci est louable, mais si délicat que saint Ignace l'interdit à sa Société entière. Qu'au moins la rétribution, loin d'être le mobile, ne soit qu'un simple accessoire, et qu'elle ne soit jamais perçue à une seconde messe, Noël excepté ; qu'encore moins le curé ne se peimette aucun traGc de messes, ni honoraire, à l'application pro populo.
C» Les funérailles et les services funèbres, qui forment la partie principale du casuel, méritent aussi la plus grande réserve, pour ne pas dégénérer en occasions nombreuses de péchés. Intellige quœ dico. (II Tim., 11, 7.) Pénétrés de la fin essentielle de ces devoirs religieux, visons au soulagement et à la délivrance des âmes du purgatoire beaucoup plus qu'à la pompe, et mettons ainsi plus d'intérieur que d'extérieur. Il s'agit bien moins d'une assistance honorifique que du secours réel et pieux des suffrages de l'Eglise. Rome condamne, dans un ecclésiastique, l'assistance matérielle, même avec récitation de sou Bréviaire, et exige sa participation aux chants et aux prières : ceci, au reste, est la chose du monde la plus naturelle. Avis donc, et avis sérieux au clergé... Soyons plus préoccupés des souffrances des âmes que de nos intérêts matériels. Edifions par notre piété, même au repas qui suit quelquefois la cérémonie i-eligieuse.
7<> Quant à l'usage des biens ecclésiastiques, je me contenterai de renvoyer aux canonistes et aux moralistes, ainsi qu'à ce qui se trouve épars dans cet ouvrage. Le traitement civil des évèques, des chanoines et des curés, en France, est assimilé par Rome aux bénéfices et impose les mêmes obligations. Les émoluments de diverses fonctions, v. gr., d'aumôniers, ne comptent pas parmi les biens d'Eglise, proprement dits. Usons toutefois de tous les dons de Dieu en bons et fidèles économes, pour la gloire de Dieu et le bien du prochain. Par là, nous serons délivrés d'une grande responsabilité, à la mort^