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DE LA CONSERVATION ET DE LÀ RESTAURATION DES TABLEAUX

Connaître assez les tableaux pour les apprécier à leur valeur artistique ; savoir assez bien les acheter pour ne pas aller au-delà du prix qu'ils ont pour le moment et qu'ils sont susceptibles de conserver, sont certainement deax choses importantes pour en jouir convenablement; mais il reste à savoir les conserver, et quand ils ont éprouvé quelque détérioration, à connaître les moyens de restauration qui conviennent le mieux aux différents cas.

Conservation^

Sur quelques substances que soient peints les tableaux, qu'ils soient sur bois, sur toile, sur papier, sur cuivre ou sur mur, il faut, pour qu'ils puissent se con-

server, qulls ne soient exposés ni à riiumidité, ni à une forte clialeur, ni aux émanations de substances gazeuses qui, en s'attachant à la couleur ou au vernis qui la recouvre, en troublent la transparence, ou qui, en se combinant avec eux, les détériorent.

Quand les tableaux peints sur bois sont exposés à l'humidité, le panneau se gonfle, la couleur s'en détache ; il se pique, se couvre de raies et de taches d'autant plus dilïïcile à enlever qu'elles résultent d'une sorte d'efflorescence, ou mieux de ramollissement de la pâte repoussée par le jeu du bois.

Une forte chaleur, en desséchant le bois, l'expose, non- seulement à se gondoler, mais à se fendre ou à se gercer. Quand il se gondole, la pâte de la couleur, ne pouvant suivre la courbure qui se forme à la surface sur laquelle elle est appliquée, se distend outre mesure, éclate, se soulève et forme, ou des fissures, ou des ampoules qui finissent par tomber en écailles.

Le bois, surtout pe bois tendre, est aussi très sujet, après un certain temps, à être piqué par les vers ; ce qu'on préviendrait, ou ce dont on arrêterait aisément les effets, en enduisant la surface postérieure du panneau d'une couche de peinture à l'huile, dans laquelle on aurait fait entrer une légère quantité de pâte arsenicale.

Les tableaux peints sur toile, j^lacés dans un lieu humide, s'altèrent aussi très vite, parce que la toile, se revêt, surtout par derrière, d'une moisissure, sorte de végétation du genre des mousses, qui la consomme, détruit son mode d'union à la couleur, et fait tomber celle-ci par fragments. L'humidité a encore l'inconvénient, en détendant la toile, de tirailler la couleur encore plus que sur le bois, et de risquer ainsi à désliarmoniser le tableau. Qu'il soit d'ailleurs peint sur bois ou sur toile, abandonné dans un lieu humide, sa sur-

face peinte se voile de cet état niiageujt qu'on nomme communément chanci, qui finit par pénétrer la pâte, facilite son incorporation avec la poussière et la porte à pousser au noir.

Exposés à une forte chaleur, la couleur de ces tableaux se fend, se sépare et se couvre de solutions de continuité, de craquelures qui constituent de graves maladies.

Ces mêmes tableaux sur toile, soumis à des variations de tempéra ture, c'est-à-dire aux effets d'une a tmosphère alternativement humide et sèche, ont aussi beaucoup à souffrir, parce que le jeu de la toile qui se resserre ou se détend sous l'une ou l'autre de ces deux influences, fatigue sans cesse la préparation intermédiaire entre elle et la couleur, et rend l'adhésion de celle-ci de jour en jour moins intime. Quand cette adhésion n'est plus suffisante, si l'humidité rétrécit la toile, elle fait inévitablement boursouffler la peinture sur laquelle elle n'a pas la même action, le temps l'ayant fait passer à l'état d'émail. Il en résulte que la peinture se lève par écailles, et que le tableau se détruirait complètement si l'on n'y remédiait aussitôt.

Que les .tableaux soient peints sur bois ou sur toile, il faut éviter avec soin qu'ils soient exposés à l'odeur des fosses d'aisance, parce que le sulfure de potasse qui constitue cette odeur, se combinant avec le blanc de céruse ou sous-carbonate de plomb, qui entre dans les couleurs blanches et dans les apprêts dont sont souvent garnis les toiles et les panneaux avant leur emploi, donnerait au tableau un ton plombé que rien ne pourrait détruire. Il arrive souvent aussi que cette même substance, employée pour le dernier cas que nous venons de désigner, en trop grande quantité, pénètre la couleur elle-même, la soulève et la couvre de ces aspérités rugueuses qu'on nomme grains de litkarge, qui ne s'enlèvent que par un picage toujours nuisible à la

X3ureté du tableau. C'est aussi à la combinaisou du sulfure de potasse que contient la piqûre des mouches avec le blanc de céruse, qu'est due la ténacité de la tache que font ces piqûres sur les tableaux; aussi est-il prudent de les enlever le plus promptement possible en les frottant légèrement avec le doigt garni d'un morceau de linge fin un peu humide.

Il est presque inutile de dire que les tableaux placés dans des lieux éclairés par des cierges, des chandelles, des lampes à huile ou autre, et à plus forte raison par le gaz, chauffés par le charbon de terre ou dans lesquels on fume, s'encrassent plus promptement que dans les lieux où aucune lumière artificielle ne pénètre et qui sont chauffés par des calorifères. Aussi, placés dans la première de ces deux conditions, demandent-ils à être souvent essuyés : ce qui se fait au moyen d'un linge fin, ou mieux d'un foulard de soie usé. En soufflant sur le tableau, on en rend la surface un peu humide et il se nettoie facilement ; mais il est toujours prudent, avant d'essuyer un tableau, de l'épousseter légèrement au moyen d'un plumeau, parce que cette poussière promenée sur le tableau ne peut qu'en dépolir la surface.

Quant aux tableaux peints sur cuivre, comme on en voit beaucoup dans les écoles du Nord, ils demandent les mêmes soins que ceux sur bois ou' sur toile; mais ils ont l'inconvénient de se détériorer encore plus vite quand ils sont exposés à l'humidité : ils prennent alors une teinte verdâtre que leur communique l oxydation du cuivre. De plus, le poli de la surface sur laquelle est appliquée la couleur, ne rendant pas sa cohésion aussi intime que sur le bois ou sur la toile, elle se détache souvent par écailles, ce qui en rend la réparation difficile.

Enfin, si les tableaux sont peints à la gouache, à l'aqaarelle et surtout au pastel, sur papier, l'humidité les altère encore plus vite et les couvre de piqûres tout

à fait indélébiles. D'un autre côté la lumière solaire seulement un peu vive en mange très-promptement les couleurs qui, dans ces sortes de peintures, sont en grande partie végétales, lapins grande partie des couleurs à l'huile étant des oxydes minéraux sar lesquels la lumière n'a qu'une faible action. On doit donc les préserver soigneusement de toute humidité et les soustraire à toute lumière un peu vive, dont les verres les plus épais ne peuvent même les garantir.

Nous n'avons Jusqu'ici parlé que des tableaux anciens ; mais les tableaux nouvellement peints ou nouvellement restaurés ont besoin de certains soins, qu'il-, est bon de connaître : par exemple, ils doivent être placés dans un lieu sec, la peinture tournée du côté du mur sur lequel ils appuient penchés ; et cela, bien entendu, pour les soustraire à la poussière qui s'incorporerait avec la pâte encore molle. Mais aussitôt qu'on les suppose secs, il faut les retourner pour que la privation d'air et de lumière ne les fasse pas noircir.

Il faut aussi ne vernir que le plus tard possible les tableaux nouvellement peints (de six mois à un an) ; autrement l'huile, en tendant à s'évaporer au-dessous du vernis, le pénètre et le couvre d'une couche nuageuse désignée sous le nom de buée, qui en trouble la transparence et ne disparaît que par des frottements répétés, toujours nuisibles.

Quand les. tableaux sont secs et placés dans leurs bordures, on fait bien de les suspendre aux places qu'ils doivent occuper et de leur donner une légère pente qui, non-seulement permet de les mieux voir, mais qui le.^ expose moins à la poussière et laisse entre eux et le mur un léger courant d'air. Vernis en temps opportun et placés dans de bonnes conditions, ils peuvent rester ainsi quinze, même vingt ans et plus, n'ayant besohi que d'être époussetés de temps à autre. Cependant, au bout d'un certain temps, quelque soin qu'on ait eu, le

venus finit par se couvrir de salissures ou par être enlevé par Tair, et les dernières couches prennent une teinte jaune qui détruit tout l'éciat du tableau. On est alors obligé d'enlever cette couche et de la remplacer par un nouveau vernis, en un mot de procéder à un nettoyage.

Cette opération, plus délicate qu'on ne le croit communément, se pratique de deux manières : par voie sèche ou par voie humide. La première consiste cà frotter légèrement la surface du tableau avec la pulpe des doigts jusqu'à ce que le vernis, s'échauffant sous ce frottement, s'enlève sous forme de poussière blanchâtre ; c'est ce qu'on appehe le clèroulagc. On reconnaît qu'on est arrivé à la pâte, non-seulement par la différence de ton qui existe entre ehe et le vernis, mais parce que le doigt sent qu'il ghsse sur une partie plus ferme qui ne cède pas. La seconde manière consiste dans l'emploi des réactifs, c'est à-dire d'agents chimiques qui, se combinant avec le vernis, le détruisent.

Laquelle de ces denix manières est la meilleure ? Il est difficile de répondre de prime abord à cette ques • tion. Cependant on peut dire que le déroulage est surtout applicable aux tableaux de petite dimension, d'une exécution légère et peints par glacis ou couches successives ; mais quand on l'emploie, il faut aller avec précaution et essuver souvent la poussière produite, parce que, dérobant la peinture à la vue,^ eUe empêche de savoir si l'on ne va pas au delà du nécessaire, et si on ne dépouille pas le tableau dans un endroitplus que dans un autre. Ensuite, quelque line que soit cette poussière, on a toujours heu de craindre qu'elle n'endommage la surface des tableaux hns.

Aussi beaucoup de praticiens, et des plus habiles, donnent-ils généralement la préférence au nettoyage ou au dé vernissage par la voie humide : non-seulement parce qu'elle est la seule apphcable aux gréindes pages, mais encore parce que dans l'autre procède les doigts

ne pouvant pas pénétrer les profondeurs ou les anfractuosités des empâtements, y laissent subsister la crasse ou le vernis malpropre qui les remplit.

Quant à la substance employée pour opérer par ce que nous appelons la voie humide, celle avec laquelle on fait bien de commencer, c'est un mélange à parties à peu près égales d'esprit de vin, d'essence de térébenthine et d'huile de hn. Mais si le vernis ou la crasse qui recouvre le tableau non verni résiste, 'on en vient à employer l'esprit de vin pur, en ayant bien soin de tenir tout prêt, de l'autre main, un tampon de coton imbibé d'essence dont on se hâte de frotter la partie nettoyée, afin de laisser le moins longtemps possible l'alcool en contact avec la pâte du tableau.

Ces diverses opérations, quoique très simples en elles-mêmes, sont cependant assez délicates pour demander de grandes précautions. Aussi, si on n'a i^as une grande habitude de les pratiquer, on fait bien de les confier à des personnes qui connaissent parfaitement les diverses espèces de vernis, et auxquelles l'expérience a appris les cas où d'autres substances, telles que l'ammoniaque, môme le savon noir, le tartre de potasse, l'eau de lessive, l'huile froide ou à l'état d'ébulhtion, peuvent être substituées au mélange précédémment indiqué.

Pour les vernis, les plus clairs, c'est-à-dire ceux qui ne sont composés que de mastic bien pur, dissous dans l'essence et bien filtrés, sont les meilleurs ; le temps les jaunit toujours assez pour qu'on ne soit pas obligé de leur laisser la teinte jaune et l'épaisseur que leur donne une filtra tion imparfaite.

Mais, dans aucun cas, il ne faut se servir de vernis , préparé à l'esprit-de-vin ou de vernis copale, parce que si l'on était obligé, pour une raisou quelconque, de dévernir le tableau, on ne pourrait le faire que par des

moyens qui compromettent toujours les fmesses du travail et en enlèvent ainsi la valeur.

Quant à la manière de vernir, elle est des plus simples ; on se sert pour cela d'une brosse plate dite queue de morue, douce, souple et bien propre ; on la trempe dans le vernis et ou en enduit le tableau par couches successives en frottant dans les deux sens opposés. L'opération doit se faire avec légèreté, surtout pour les tableaux modernes, et assez promptement pour que les couches s'unissent bien et ne laissent aucune trace de leur union. Une fois le tableau verni, on le laisse sécher quelques heures à plat pour que le vernis ne coule pas et que le tout soit parfaitement uni. S'il arrivait que le tableau ne fût pas entièrement ou fût Irrégulièrement couvert, il faudrait réparer l'oubli de suite, autrement le vernis nouvellement ajouté, ne s'unissant pas au premier, ferait une tache. Mieux vaut souvent attendre quelques jours et recommencer l'opération.

Enfin si on a à porter ou à envoyer un tableau peint sur toile non monté sur son châssis, on doit savoir qu'il faut le rouler, la peinture en dehors ; en agissant autrement on brise la pâte, parce qu'on la refoule sur elle-même, tandis qu'en roulant le tableau, la peinture en dehors, les gerçures que ce roulement peut avoir occasionnées disparaissent aussitôt qu'on le tend. Si on envoie un tableau dans une caisse, il doit être assez solidement fixé à cette caisse pour faire corps avec elle, et n'être soumis à aucune vacillation.

Restauration .

La restauration des tableaux est devenue, depuis une trentaine d'années surtout , im art qui a pris d'assez grandes proportions. Les tableaux étant de

mode, chacun a voulu tirer parti de ceux qu'il avait mis de côté ou qui offraient des défectuosités leur enlevant une partie de leur valeur. On a ainsi rendu à nos jouissances une foule de tableaux oubliés ou que l'on croyait perdus. Mais, par une déplorable compensation, on a souvent dénaturé des œuvres qu'il eût mieux valu conserver légèrement altérées que d'en détruire le caractère.

C'est encore là une question qui divise les amateurs. Les uns voudraient qu'on respectât les maîtres au point de ne rien toucher à leurs œuvres, dans quelque état qu'elles fussent, et considèrent la restauration comme un acte de vandalisme, et bien entendu le restaurateur comme un barbare sur lequel ils jettent l'anathème; les autres, moins susceptibles, et qui reconnaissent que les tableaux sont faits avant tout pour satisfaire l'œil, soutiennent qu'on doit, autant que possible, chercher à leur restituer ce qu'ils ont perdu afin de les mettre à même d'atteindre le but pour lequel ils ont été créés : car en définitive, ici comme en toute chose, mieux vaut une jouissance imparfaite qu'une privation absolue. Cette dernière opinion prévaut, et ceux qui la combattent jouissent souvent à leur insu du plaisir que procure un tableau ])ien restauré, qu'ils auraient infailliblement mis de côté avant cette restauration, ou dont ils auraient fait l'objet d'un ridicule fétichisme.

Les adversaires de la restauration seraient bien vite gagnés à sa cause s'ils connaissaient l'état de détérioration dans lequel se trouvaient avant leur entrée dans nos musées bon nombre de tableaux qui en font aujourd'hiri l'ornement, et qui seraient comjDlétement perdus pour nous si on les eût laissés dans cet état. Quant à méconnaître les services que rend dans bien des cas la restauration, sous le prétexte que des artistes en ce genre ont détérioré, au lieu d'améliorer ou de rendre à leur état primitif des tableaux qu'on leur avait confiés, c'est, comme on l'a dit avec raison,

rendre la profession tout entière responsable de l'imprévoyance ou de l'inhabileté de quelques-uns.

Aussi, la restauration d'un tableau est toujours une opération délicate, qu'il ne faut confier qu'à des hommes, non-seulement habiles comme artistes, mais encore expéiimentés en cette matière spéciale, parce que, indépendamment de l'art en lui-même, la restauration exige la connaissance d'une foule de choses, de procédés, de petits moyens môme, qui ne rentrent pas dans l'art proprement dit.

Quoiqu'il en soit, la restauration des tableaux porte sur deux choses : sur la substance sur laquelle ils sont peints, ou sur la peinture en elle-même ; ce qui fait deux ordres de travail qui doivent passer par des mains spéciales.

1" Les peintures sur bois, d'un seul morceau, se conservent, toutes choses égales d'ailleurs, mieux que sur toile, par cette raison toute simple que le bois, offrant plus de résistance, se laisse moins aisément endommager par le choc ou le frottement des agents extérieurs. Mais quand ces tableaux sont assez grands pour ne pouvoir être composés que de plusieurs pièces, l'action successives des influences atmosphériques finit, après un certain temps, par disjoindre ces pièces, et porte aux tableaux les plus grands préjudices. La toile, pour les grandes pièces, est donc préférable, parce que cette disjonction n'est pas à craindre, et que, non-seulement les réparations y sont plus aisées, mais encore parce qu'on peut substituer complètement une toile h une autre toile.

La plupart des tableaux anciens de nos musées, ceux mômes des grands maîtres, peints primitivement sur panneaux de cèdre pour les Italiens, et de chêne pour les artistes du Nord, ont été transportés sur toile sans avoir éprouvé la moindre altération, comme nous

l'expliquerons bientôt. Ceux de ces tableaux qui dataient de quatre et même seulement de trois cents ans, par exemple, ainsi transportés sur toile, fourniront-ils une carrière aussi longue que celle qu'ils avaient antérieurement fournie? C'est douteux, mais quand la toile s'altérera, on la remplacera par une nouvelle comme on l'a déjà fait une première fois.

Quand les tableaux peints sur bois sont soumis à l'humidité, ils sont, avons nous dit, très sujets à se gondoler, c'est-à-dire à se courber de manière à offrir la con vexité de leur courbure du côté de la peinture; ce qui arrive souvent aux tableaux de l'école française du xvnie siècle, doiit beaucoup sont peints sur d'anciens panneaux de voiture assez minces. Il suffit pour les redresser de les mouiller par derrière ; ils reprennent promptement leur état naturel, dans lequel on les maintient en les fixant solidement dans leurs bordures. Mais ce bois peut être altéré dans sa texture même, comme piqué par les vers, brisé ou séparé en morceaux quand il est composé de plusieurs pièces. Dans le premier cas, on est nécessairement obligé de boucher les .trous avec du mastic (([ui est composé de craie blanche et d'huile siccative) pour repeindre par dessus; dans le second cas, on met une pièce au tableau absolument comme à un meuble. Dans le cas de disjonction des morceaux ou des parties constituantes, on les rapproche autant que possible, et on les fixe au moyen de traverses, ou mieux au moyen d'un parquet.

On appelle parquet un assemblage de lames de bois ou de montants de force égale entre eux, mais supérieure à celle du panneau, sur le derrière duquel on les colle à distance plus ou moins grande l'une de l'autre, mais dans le sens des fils du bois. Ces montants sont entaillés de distance en distance, à moitié bois, pour recevoir des lames qui, quoique fortement maintenues dans ces entailles, puissent cependant laisser {is§çî! de jou pour ne f^^ire que cçateiiiv 1? panneau,

tout en lui cédant modérément, quand il subit les dilatations ou les contractions que lui font éprouver les vicissitudes ou variations atmosphériques. Il est bien entendu que les montants seuls doiven t être collés ; autrement, du moment où le panneau aurait à supporter une forte chaleur ou une grande humidité, gêné dans ses mouvements intersticiels, qui n'ont jamais lieu qu'en travers, il se fendrait ou se détacherait.

C'est aussi par un parquet qu'on maintient ou qu'on ramène les feuilles de cuivre qui se sont courbées, ce qui arrive assez souvent quand elles n'ont pas une épaisseur suffisante, comme nous l'avons déjà dit. Mais, dans ce cas, le parquet est collé en jAem sur le cuivre, parce qu'il n'est employé que pour tenir le tableau parfaitement à plat, le cuivre n'ayant pas à subir les influences alternatives de la température, comme le bois. Il est bien entendu aussi, qu'avauD de fixer ainsi les feuilles de cuivre, on a eu la précaution de bien les redresser, soit par le marteau, soit au moyen du laminoir.

Cette opération du parquetage se fait admirablement à Paris ; nous avons vu des ouvriers en ce genre enchâsser des petits tableaux brisés, dans des pièces de bois de chêne, si habilement, et les agrandir si bien sur les côtés, qu'il était impossible de distinguer les traces de la jonction.

Pour compléter ce que nous venons de dire sur les moyens d'assembler, et de maintenir réunies les diverses pièces dont est composé un tableau peint sur bois, nous devoDs ajouter qu'au lieu d'en venir à un parquetage, on se contente souvent, les pièces étant bien rapprochées et sohdement collées entre elles, de couvrh^ transversalement le joint par derrière, de petits ta'ruets de bois collés à distance de six, huit ou dix ceiilimètres les uns des autres, de manière à former une espèce de chapelet. Ce moyen est peut-être trop

négligé, d'abord parce qu'il est plus simple et par con séquent plus économique que le parquetage, ensuite parce que ces petites pièces n'offrant pas au bois sur lequel ils s'appliquent une résistance continue, lui permettent de suivre sans trop de contrainte, si on peut parler ainsi, les effets des variations de la température. Si les anciens avaient connu ces divers moyens, leurs tableaux nous seraient parvenus dans de meilleures conditions que celles dans lesquelles beaucoup nous ont été légués.

Les tableaux peints sur toile sont sujets à plus d'avaries, avons-nous déjà dit, que ceux sur bois. Il suffit, par exemple, de les appuyer sur l'angle d'un meuble pour que cette toile, cédant au poids, éprouve, au point de contact, une dépression qui peut aller jusqu'à faire éclater la pâte de la couleur. Quand la chose n'en a pas été jusque-là, il suffit souvent de mouiller la partie déprimée par derrière pour ramener la toile à son état normal. Un léger coup de fer tiède est même quelquefois nécessaire. Mais quand la toile esl percée par cet accident ou par tout autre, il faut de toute nécessité boucher le trou. On y parvient quelquefois, mais toujours très imparfaitement, en appliquant une pièce par derrière ; mais comme la colle dont on imprégnerait cette pièce pourrait en séchant faire crisper la toile, on la trempe ordinairement dans de la cire en fusion, pour l'appliquer immédiatement, et on peint par dessus après toutefois avoir nivelé la surface au moyen d'un mastic appliqué avec la légèreté convenable.

Ce moyen de remédier à une véritable déchirure, et à plus forte raison à une véritable perte de substance ou à des boursouflures d'un tableau peint sur toile, n'est toujoift"s que bien imparfait et ne dissimule jamais complètement l'accident. Le plus sûr est alors de le faire rentoiler, c'est-à-dire de le fixer sur une autre toile.

Pour cela, la toile sur laquelle on veut appliquer

celle qui fait défaut, étant bien tendue et parfaitement clouée en fil droit sur un châssis à clefs, on détache la mauvaise de son châssis, on en couvre la face peinte d'une couche de colle sur laquelle on applique une ou plusieurs feuilles de papier d'une force suffisante pour la maintenir bien tendue ; puis on la fixe solidement sur une table unie et on en ponce minutieusement la face opposée à la peinture, pour en enlever les nœuds, les vieilles colles et tout ce qui pourrait rendre cette surface inégale.

Ceci fait, on applique cette toile sur la nouvelle, montée, comme nous l'avons dit, sur son châssis à clefs, et on les fixe l'une à l'autre au moyen d'une colle solide. Pendant qu'elles sont encore humides, on les repasse au moyen d'un fer légèrement chaud, autant pour faciliter leur accollement intime que pour faire rentrer les gerçures ou craquelures. Le repassage, comme on le prévoit de suite, est un des temps les plus délicats de l'opération. En etîet, employé trop chaud, le fer peut brûler la peinture ; trop tiède, il ne dessèche pas assez ; il en est de môme pour la pression : si elle est trop forte elle écrase les empâtements ; si elle est trop faible, elle ne fait pas rentrer les craquelures. Quand un tableau est trop dur à rentrer, c'est-à-dire quand les craquelures ou les boursouflures ne disparaissent pas, on double le rentoilage.

Au bout de quelques jours la toile nouvelle, l'ancienne et le papier qui recouvre cette dernière pour protéger la peinture et la maintenir tendue, forment nn tout sec et bien uni. Alors, au moyen d'une éponge mouillée on ramollit le papier ; il tombe en lambeaux et laisse à découvert le tableau parfaitement lisse. On garnit les côtés de bandes de papier sous forme de liserés, et l'opération est terminée. Si la tension n'est pas suffisante, on l'augmente en frappant sur les clefs du châssis, sortes de coins qui tendent à éloigner l'une ç|e Tautre les diverses piècea dont ce c'Iîâssis est çq^.

XDOsé, et qui sont, non collées, mais très exactement emboîtées l'une dans l'autre, de manière à pouvoir s'éloigner un peu sous l'action d'une pression assez forte.

Le rentoilage est suffisant quand le tableau n'est que légèrement endommagé ; mais si la pâte se soulève par écailles, ce moyen ne remédie que très imparfaitement au mal. On aurait beau tâcher de fixer les écailles par de la colle introduite sous elles, soit en en faisant suinter à sa surface, soit en en introduisant une petite quantité par des piqûres faites à la toile par derrière, on atteindrait difficilement le but. Le mieux alors est de procéder hYenlevage, c'est-à-dire de substituer complètement une nouvelle toile à l'ancienne.

Quelques ouvriers en ce genre, à Paris surtout, font si habilement cet enlevage sur toile et sur bois, qu'ils vous remettent parfaitement intacts, c'est à-dire d'une seule pièce, la toile ou les paneaux des tableaux qu'ils ont ainsi enlevés. -La plupart des tableaux des grands maîtres de nos musées ont subi, nous le répétons, cette transposition.

Nous croyons devoir nous en tenir à la simple indication de ces deux moyens de remédier aux altérations que peuvent avoir subies les tableaux dans les trois principales substances sur lesquelles ils sont peints.

Ils constituent un travail véritablement aussi curieux qu'utile. Il serait à désirer qu'ils se répandissent et fussent pratiqués avec autant de succès que chez nous, en Italie et en Espagne, où de beaux tableaux restent enfermés dans des cloîtres, dans lesquels ils ne sont l'objet d'aucuns soins. Nous leur devrions la conservation de bien des chefs-d'œuvre qui s'altèrent de jour enjour, et finiront par disparaître.

Nous ne nous sommes occupé jusqu'ici que des pioyens de remettre en éi^i les pa^ioeaux et les tqile^

sur lesquels étaient peints les tableaux ; les détails dans lesquels nous sommes entré à ce sujet sont insuffisants, nous le savons, pour initier les amateurs à la pratique de ces moyens, qui forment aujourd'hui des corps d'état assez importants; mais ils les mettront du moins à même de les apprécier dans leur principe, de les juger sur le point de vue de leur importance et de ne pas redouter leur emploi. C'est et ce devait être là notre seul but.

2° Quant à la restauration du tableau en lui-même, elle se fait de plusieurs manières.

Ainsi, quelques restaurateurs, et c'est le plus grand nombre, font leurs restaurations à l'huile, absolument comme s'ils peignaient le tableau ; d'autres les font au vernis, d'autres dissolvent simplement leurs couleurs dans une légère quantité d'essence ; d'autres enfin peignent sur une préparation qu'ils ont faite à la gouache, c'est-à dire sur une première couche peinte à l'eau légèrement gommée ou préparée à la colle de poisson.

La première manière est certainement la plus rationnelle, mais elle est susceptible de pousser au noir si on a pris exactement le ton du tableau, sans tenir aucun compte des effets du temps sur les huiles; dans la seconde, la couleur change moins, mais la restauration disparaît si, par suite, on vient à dévernir le tableau ; la troisième est peu solide, mais elle est expéditive parce que l'essence s'évaporant rapidement laisse promptement la couleur à sec et permet de vernir presque de suite le tableau ; aussi est-elle souvent adoptée jjar les spéculateurs, qui n'ont d'autre but que de s'en débarrasser le idIus promptement possible. Pour les préparations faites préliminairement à la gouache, nous en avons vu personnellement de bons avantages; mais sont-ils durables? c'est ce que nous ignorons.

Quel que soit l'excipient ou le véhicule dans lequel sera dissoute la couleur dont on se servira pour la restauration, il devra contenir moins de siccatif que n'en a contenu celui de la couleur primitivement employée, parce qu'avant d'utiliser cette couleur le restaurateur est obligé de frotter d'un léger vernis la partie du tableau sur lequel il veut travailler, afin d'en faire revivre les couleurs ; sans ce vernis, il aurait de la peine à obtenir un ton exact, le tableau conservant toujours après le nettoyage un aspect général terne, mat et blafard ; ce vernis d'ailleurs a la propriété d'unir la couleur nouvelle à l'ancienne, par conséquent de consolider le travail de la restauration, d'en conserver toutes les finesses qui, sans lui, pourraient être entraînées quand on vernirait définitive- ' ment le tabl,eau. Les vernis préparatoires dont se servent la plupart des restaurateurs donnent d'autant mieux le résultat qu'on cherche en les employant, qu'ils sont presque sans corps et qu'il n'entre aucune substance grasse dans leur composition.

N'ayant point à nous occuper de l'ordre dans lequel s'exécutent les différentes parties d'une restauration, nous dirons seulement que nous nous sommes toujours méfié des praticiens cjui , uniquement occupés du sujet principal, négligeaient ou n'attaquaient les fonds qu'en dernier lieu ; leur travail nous a toujours paru manquer d'ensemble ou d'harmonie, et quand il s'est agi d'un tableau à figures, celles-ci nous ont semblé placées dans un milieu qui ne leur appartenait pas. En suivant la marche contraire, toutes les parties altérées des divers plans seront rappropriées ou ramenées avant que l'on attaque les parties principales. Tout ce qui les entoure étant ainsi rétabli, on jugera bien plus exactement des tons définitifs qui doivent les recouvrir.

Comme il n'entre pas non plus dans notre sujet de traiter de ce qu'on appelle la composition de la palette, nous ferons seulement remarquer qu'il est certaines cou-

leurs qu'il ne faut employer qu'avec une grande discrétion et qu'après s'être bien assuré de leur effet.

Quand les peintures sont par elles mêmes peu siccatives, comme les bitumes, les noirs, les laques, on est, en restauration plus peut-être que dans la confection d'un tableau, dans la nécessité d'en hâter la dessiccation ; pour cela on les mélange sur la palette avec des siccatifs qui sont des préparations dont le sel de Saturne, ou acétate de plomb, forme la base. 11 faut bien se garder de dépasser la dose nécessaire, car ce sel a, nous le répétons, le grand inconvénient, comme tous les sels de plomb, de pousser au noir.

On ne saurait donc trop insister auprès des restaurateurs pour qu'ils apportent la plus grande circonspection dans le choix de leurs couleurs, parce que beaucoup d'entre celles qu'ils emploient, et qui leur sont fournies par' le petit commerce, subissent des altérations qui se remarquent moins sur un tatableaa moderne, où tout l'ensemble s'y est modifié simultanément et d'une manière à peu près uniforme, que dans une restauration, où le moindre changement de couleur va faire plus tard une tache disparate, et par conséquent choquante sur l'ancierne peinture qui est restée immuable.

Les personnes qui fréquentent les grands ateliers auront beau traiter de préjugé et de précaution puérile le conseil que nous donnons ici de recommander de n'employer que des couleurs de bon choix ; l'expérience . prouvera aux personnes qui donnent des tableaux à res • taurer que cette recommandation, pour '&eniiv lebougcou, a plus d'importance qu'on ne le croit communément. Si les artistes de l'école dite de l'empire avaient surveillé eux-mêmes, comme les grands maîtres de l'école hollandaise, la préparation de leurs couleurs, nous n'aurions pas le regret de voir le magnifique portrait de Mme Jarre, de Prud'hon, mangé par la liiharge ou tQiUçauti'é substai^ee corrosive; YKndymiony de Givo?

det, avoir tourné au vert cadavérique; les deux superbes Fêtes napolitaines, deLéopokl Robert, présenter des craquelures à recevoir le doigt, et tant d'autres dont les sincères amis de l'art pressentent avec douleur la perte prochaine.

Un tableau à restaurer étant bien nettoyé, les anciens repeints qui peuvent le couvrir étant enlevés, le choix des couleurs qui doivent être employées étant fait, enfin l'ordre dans lequel chaque partie doit être attaquée étant fixé, il reste à savoir s'il vaux mieux laisser faire la restauration au pointillé que par plans. Ici encore, rien d'absolu.

En effet, il est évident que si le restaurateur n'a qu'un léger espace à restaurer, le pointillé estlemeilleui et le plus sûr moyen à emj)loyer ; mais si le tableau est endommagé dans une grande étendue, le travail par couches ou par application est préférable, à moins toutefois que le tableau, étant d'un grand prix, on aimât mieux le reprendre aux points, et éviter ainsi des placards qui sont presque toujours apparents. Le pointillé est aussi, à plus forte raison, le meilleur moyen à employer pour les tableaux qui n'u' it besoin que d'être harmonisés : seulement, coujme cette manière, fort usitée, si ce n'est la seule adoptée par les Italiens, rend le tableau mou, suivant l'expression adoptée, on est forcé de donner aux endroits voulus un peu de fermeté par des touches lia])ilement posées.

On est donc dans le vrai en disant que la meilleure restauration est celle qu'on obtient par un travail pa- tient, léger et transparent, qui respecte le maître partout où il existe encore. Aussi, la partie restaurée ne doit-elle être reprise en pleine pâte que dans les cas de nécessité absolue ; car une fois que le restaurateur a couvert le maître dans un point, il se trouve forcé de continuer, de proche en proche, et finit par se substituer à lui. Si, pourtant, il a à ajouter au tableau une

partie qui fait complètement défaut, il doit alors se pénétrer de l'intention du maître, saisir son dessin, sa couleur et mênîe ne dépasser en rien la sphère qui lui est propre.

N'a-t-ilcrue des craquelures aboucher? Il n'a rien de mieux à faire que de les couvrir par un ton juste, mais beaucoup plus clair que celui de l'original. Il le laissera bien sécher, puis il enlèvera avec précaution, au grattoir, les parties saillantes de la retouche ; il y reviendra par des tons légers et )1 finira par arriver à l'harmonie. Il nous est même arrivé, dans des cas de simples craquelures, de nous contenter de faire vernir et dévernir plusieurs fols le tableau de manière à les remphr de vernis et de les laisser recouvrir d'un ton exact : elles ont ainsi complètement disparu .

Tous les restaurateurs s'accordent avec raison à dire qu'un tableau endommagé est plus facile à restaurer qu'un tableau usé. En eflet, la partie endommagée peut être rétablie dans ses détails ou dans son ensemble. Mais une usure frappant généralement sur la totalité du tableau met l'artiste dans la nécessité de se substituer au maître dans la partie la plus importante de son œuvre ; de là des difficultés que le véritable talent seul peut vaincre.

Quand un tableau a exigé une grande restauration, les bons artistes l'harmonisent en dernier lieu par des glacis, c'est-à-dire par des couches très-légères de couleur qui conservent aux dessous tous leurs tons, et unissent, sans transitions apparentes, ce qui est non ■ vellement peint avec le reste du tableau ; mais, ce qu'il importe de ne pas oublier, c'est que, quelque soit le procédé de restauration employé, si on tient la nouvelle couleur exactement au ton de l'ancienne, cellelà faisant nécessairement son effet comme cette dernière l'a fait, elle aura, au bout d un certain temps, même quelquefois très-court, un an par exemple, une

nuance plus prononcée et fera une ou plusieurs taches désagréables.

Si le tableau est restauré en vue de la vente, on ne peut guère faire autrement que de le mettre de suite au ton; mais quand on le fait mettre en état pour soi, il est prudent de faire tenir la restauration un peu moins foncée, l'harmonie se rétablit bien vite, sauf à y revenir une seconde fois quand la première couche est bien sèche et a produit tout son effet. Cette précaution est d'autant plus importante que la restauration a porté sur des parties qui ont exigé un mastic, et que ce mastic a été mis récemment, parce qu'alors, en séchant, il se dépouille de son huile, et fait inévitablement une tache, surtout si cette partie du tableau est d'un ton clair.

Le grand tort des personnes qui donnent des tableaux à restaurer, c'est donc de vouloir en jouir promptement ; si elles laissaient à l'artiste le temps de voir l'effet de sa restauration et d'y revenir aussi souvent que cela lui paraîtrait nécessaire, on aurait de belles restaurations, et on éviterait ces taches choquantes qu'on remarque avec tant de regrets sur beaucoup de tableaux d'un grand prix, dont ne sont malheureusement pas exempts quelques-uns de ceux de nos musées.

Enfin, s'il est important de ne pas vernir un tableau immédiatement après qu'il a été déverni par un agent chimique, comme l'esprit de vin, l'alcali ou tout autre, parce que la surface a toujours besoin que le contact de l'air lui donne son aspect émaillé, le retard est encore bien plus impérieusement exigé quand le tableau a été restauré : on devrait pour cela attendre plusieurs mois, même une année si c'est possible, et Je considérer comme s'il venait d'être fait. Par cette précaution on ne risque pas ainsi que nous l'avons déjà dit, d'enlever les glacis fins dont quelques parties peuvent être couvertes; mais on voit comment les

tons s'harmonisent, et, s'il arrivait qu'on né fût pas satisfait, on ne serait pas arrêté par un vernis qui, une fois mis , rend tout raccord difficile , souvent tout à fait impossible.

Si pourtant le vernis étant placé on s'apercevait de quelque oubli, ce qui arrive quelquefois, parce que les parties restaurées formant ce qu'on appelle des enibus, ne donnent pas leur véritable ton, on pourrait y remédier sur le vernis môme. Un second vernis deviendrait alors nécessaire pour couvrir et fixer ce qui a été fait en second lieu. On conçoit alors que, si plus tard on dévernit le tableau à fond, ce qui a été fait entre les deux couches disparaîtra.

Par les détails dans lesquels nous venons d'entrer sur la restauration elle-même des tableaux, on doit reconnaître que cet art exige des connaissances variées et une longue expérience. Aussi, l'amateur ne doit-il donner sa confiance qu'à des hommes connus, ayant fait leurs preuves commes artistes, et se méfier de ceux qui font parade de leur talent, et prétendent posséder des secrets pour faire revivre les couleurs, relrouver le maître, employer des tons qui ne changeront jamais, user de siccatifs spéciaux, etc. etc.; en cédant trop aisément à ces promesses, on risque souvent de perdre, tout à la fois, son tahleau et son argent.

Enfin, nous croyons ne pouvoir mieux terminer cet article que par cette citation que nous empruntons au remarquable travail que l'un de nos experts les plus habiles, M. Horsin-Déon, a" publié, en 1851, sur ce sujet : (c Pour réussir dans cette partie de l'art , il faut une entente parfaite de la couleur et de l'harmonie ; il faut renoncer à toute individuaUté ; s'oubher complètement pour se rendre esclave du maître que l'on doit retoucher, et s'identifier avec lui. Il faut que le peintre restaurateur, quand il aura acquis la partie mécanique de l'art, s'apphque à connaître les différents 13rocédés qui distinguent les diverses écoles, ainsi que

ceux qui sont propres à chaque maître en particulier. Sans ces connaissances artistiques, un restaurateur ne pourra jamais arriver à un travail satisfaisant. »

Puissions-nous , par ce peu que nous venons de dire, rassurer les personnes que la polémique qui s'est récemment ouverte sur cette question, à propos de plusieurs tableaux importants de notre musée, avait trop défavorablement prévenues contre des moyens dont il ne faut user, nous le répétons, que dans les cas d'une nécessité absolue ; mais qui, dans bien des circonstances, ont donné et donneront encore de bons et de beaux résultats.

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