CHAPITRE PRELIMINAIRE
sinon impossible, du moins très- difficile, et que, grâce à elles, l'ère desconquôtes est heureusement à jamais passée.
». Les voies- ferrées exercent aussi la plus heureuse influence sur la vie intellectuelle, morale et matérielle des habitants de chaque Etat.
La facilité des communications doit nécessairement adoucir les mœurs, élever le niveau général de l'intelligence humaine, et constituer un élément puissant de prospérité pour les sciences et les arts.
Elle adoucit les mœurs, car l'homme, mis par Dieu sur la terre pour vivre en société, a besoin de ne pas être seul. Plus il est en rapport avec ses semblables, plus son caractère devient facile, plus il abandonne les idées d'égoïsme naturelles à celui qui vit dans l'isolement.
3. Les chemins de fer présentent encore l'avantage d'éleverleniveaudel'intelligence humaine. En effet, l'esprit étroit de l'homme qui ne voyage pas ne saurait exister chez celui qui parcourt le monde.
La vue de la nature qui, dans les voyages, s'offre à nos yeux sous tant d'aspects divers et toujours nouveaux, développe notre intelligence et grandit nos idées. D'un autre côté, l'examen des monuments, des travaux d'art que renferme chaque pays ouvre à notre esprit des voies nouvelles, et nous permet d'apprécier le fruit du travail de l'homme.
4. Enfin les sciences, les arts, les travaux manuels eux-mêmes puisent un élément nouveau de prospérité dans la facilité des communications. Les expositions des œuvres d'art, des produits de l'industrie, des richesses agricoles sont aujourd'hui, grâce aux chemins de fer, visitées par une foule immense. Tous ceux qui, après les avoir vues,
retournent dans leur pays, y répandent la connaissance des progrès accomplis par l'esprit humain ; ils apportent dans la confection de leurs travaux le fruit de leur examen.
L'établissement des chemins de fer est donc incontestablement un élément puissant de civilisation, et les résultats, déjà obtenus aujourd'hui, sont un sûr garant des merveilleux effets que la nouvelle application de la vapeur devra produire, dans l'avenir, sur la destinée des peuples.
5. Mais, comme tout ce que produit l'esprit humain est nécessairement imparfait, la création de nombreuses voies ferrées présente des inconvénients qu'il est impossible de méconnaître.
Ainsi tout en élevant, comme nous l'avons démontré, le niveau de l'intelligence, elle enlève à la vie de l'homme un de ses plus grands charmes, la tranquillité.
Aujourd'hui, la rapidité des transports semble exercer déjà son influence sur toutes nos actions; nous vivons comme nous voyageons, à la vapeur ; nous dévorons notre existence; toujours pressés, toujours occupés, toujours impatients d'arriver en toutes choses à notre but, nous usons notre intelligence plus pro'mptement que ne le faisaient nos pères habitués, eux aussi, à vivre comme ils voyageaient, c'est-à-dire à la vitesse du coche.
L'homme a besoin de repos, la fatigue de l'esprit ne peut pas, plus que celle du corps, être continuelle; or, si nous allongeons notre vie en ce sens que nous ne perdons pas tout le temps que nos ancêtres employaient forcément lorsqu'ils avaient à se déplacer, nous en abrégeons la durée par un exercice trop constant de nos facultés intellectuelles.
O. Heureusement le mal porte avec lui son remède, surtout en ce qui concerne les habitants des grandes villes