CHAPITRE PRELIMINAIRE
plus frappés que les autres par le besoin d'une activité dévorante. Là, toutes les classes de la société profitent des chemins de fer. Grâce à eux, le négociant, le magistrat, le bureaucrate, etc., peut se retirer le soir dans sa campagne et se reposer ainsi des fatigues de la journée.
L'ouvrier lui-même peut installer sa famille à quelque distance de la grande ville et l'y rejoindre le soir après le labeur quotidien (1).
* , Les chemins de fer ont ce double et incontestable avantage de transporter le voyageur plus vite et à meilleur marché que les voitures publiques circulant sur les voies de terre (2).
(1) Sur la ligne de Vincennes (près Paris), les ouvriers peuvent, moyennant 20, 30 et 40 centimes, venir le matin de Vincennes, de Nogent-sur- Marne ou de Joinville à Paris, et, la journée finie, retourner dans ces différentes localités. Il est vivement à désirer que cette heureuse innovation, due, assure- t-on, à l'initiative de l'Empereur, soit successivement appliquée sur les autres lignes des environs de Paris et des grandes villes de France.
(2) Madame de Girardin qui, dans ses feuilletons d'autrefois, apportait un esprit fin et doucement railleur, disait, à propos de l'inauguration du chemin de fer de Saint-Germain (25 août 1837) : « Cet infortuné jeune homme, qui est un de nos plus proches parents, est sorti de chez lui ce matin à 7 heures, après avoir solidement déjeuné ; il est arrivé rue de Londres, joyeux et dispos; il est monté dans une excellente berline; ' il s'y est assis fort à l'aise sur de très-bons coussins, il a entendu un roulement, et puis pst, il est arrivé à Saint-Germain.
« Il prétend avoir aperçu quelques arbres dans la campagne pendant la route, mais il n'oserait l'affirmer ; il sait cependant qu'il a passé sous une voûte, et qu'il est resté une grande demi-minute privé complètement de lumière.
« En arrivant à Saint-Germain, son âme s'est attristée en songeant qu'il lui avait fallu si peu d'instants pour être si loin de toute sa famille et de tous ses amis; alors il a voulu repartir, mais il doutait de la promptitude du retour. Cela est naturel^ nous ne savons pourquoi; mais, en général, on part plus vite que l'on ne revient ; il est reparti, et, pd^ le voilà arrivé à Paris ; vingt-six minutes pour aller, vingt-six minutes pour revenir; quel charmant voyage ! une voiture très-douce, point de cahots, point de postillons ivres, point de chevaux blancs attelés avec des cordes ; point d'embarras, aucun ennui; les compagnons de voyage sont tous
Des documents slatisliques recueillis par le ministère (1), il- résulte que la vitesse est en moyenne pour les voyageurs:
De 35 à 72 kil. à l'heure sur les chemins de fer ;
De 10 à 16 kil. à l'heure sur les routes de terre pour les voitures publiques;
De 10 à 20 kil. à l'heure sur les rivières desservies par les bateaux à vapeur.
D'un autre côté, il résulte des mêmes documents que les tarifs perçus par kilomètre sont en moyenne :
De 0^06 à 0^066 par voyageur et sur les chemins de 1er ;
De 0^10 à 0^12 sur les routes de terre;
De 0^03 à 0^05 sur les voies navigables.
On paraît croire généralement que le prix de transport des voj'ageurs est plus élevé sur les voies de fer que sur les voies déterre; c'est là évidemment une erreur, en face des documents statistiques qui existent aujourd'hui ; mais cette erreur s'explique par la raison môme que la vitesse est considérablement plus grande. Le voyageur qui se trouve, par exemple, transporté à Lyon en 10 heures, tandis qu'il lui fallait de 30 à 35 heures au moins pour s'y rendre par les messageries, ne comprend pas qu'il paye moins cher qu'autrefois en voyageant à raison de 4 ou 5 francs par heure; il ne voit qu'une chose : le payement d'une somme considérable pour un trajet devenu relativement très-court.
S. Du reste, il faut bien le dire, les tarifs sont aujourd'hui beaucoup trop élevés ; les chemins de fer sont encore sous ce rapport, comme sous beaucoup d'autres, dans
charmants, on n'a pas le temps de les voir; on apprend le lendemain qu'on a fait la route avec son frère, mais il regardait à gauche et vous à droite : vous ne vous êtes pas reconnus. . . »
(1) Documents statistiques sur les Chemins de fe)\ publiés par ordre du ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, p. cxlv.