CHAPITRE PRELIMINAIRE
un travail d'enfantement, et nous avons la conviction que, dans un temps plus ou moins long, les tarifs des voyageurs et des marchandises seront considérablement abaissés.
Ce qui prouve combien les chemins de fer pourraient encore gagner avec des tarifs moins élevés, c'est l'organisation des trains dits de plaisir, que les compagnies n'établiraient pas apparemment si elles n'y trouvaient un bénéfice convenable et dans lesquels les voyageurs payent cependant un prix au moins de moitié plus bas que le tarif ordinaire.
• 9. Ce n'est pas du reste à ce point de vue seulement que des réformes devraient être opérées dans l'établissement et l'exploitation des chemins de fer.
Tout ce qui compose le service des voyageurs, depuis le moment oh le voyageur entre dans la gare de départ jusqu'au moment où il arrive à sa destination, est défectueux et susceptible de nombreuses améliorations.
Les bureaux de distribution des billets sont trop peu nombreux pour le nombre actuel des voyageurs et leur font perdre un temps précieux.
Les voitures, d'une construction souvent dangereuse, toujours incommode, devraient être remplacées; elles devraient toutes être reliées entre elles par un passage commun dans l'intérêt de la sécurité des voyageurs, de la morale publique et de l'agrément du voyage.
Enfin les voies ferrées, déjà devenues trop étroites et ne permettant pas à plusieurs trains de circuler en même temps dans le même sens, devraient être doublées de largeur, de telle sorte qu'il y eût toujours au moins deux voies pour les voyageurs et deux voies pour les marchandises.
Tous ces progrès s'accompliront évidemment, suivant nous, dans un avenir plus ou moins lointain.
Les chemins de fer cesseront, à l'expiration des conces-
sions actuelles, sinon plus loi, d'èlre dirigés dans un esprit d'étroite spéculation ; des moyens nouveaux ne manqueront pas de se produire pour remplacer la houille, cette matière si chère et si encombrante, et alors s'ouvrira pour les chemins de fer un avenir nouveau, une ère de prospérité que nouspouvonsà peine pressentir aujourd'hui, mais dont nos successeurs pourront admirer les résultats merveilleux.
Quoi qu'il en soit de ces rêves d'avenir, nous devons encore être heureux d'assister aux résultats déjà obtenus, et nous pouvons être fiers d'avoir ouvert une voie toute nouvelle au travail incessant de l'intelligence humaine. .
lO. La circulation des voyageurs, sur les chemins de fer, acquiert chaque jour une importance plus grande et atteint aujourd'hui des chiffres énormes.
Ainsi, des documents officiels publiés par le ministère, il résulte : qu'en 1853 il a été délivré 24,685,3i0 billets, ayant rapporté 76,022,108 fr., et en 1854, 28,070,458 billets, ayant rapporté 83,707,721 fr. (1).
D'un autre côté, les recherches statistiques, faites par ordre du ministère, ont amené la constatation de faits qu'il nous paraît intéressant de mentionner.
Ainsi, il est à remarquer que les voyageurs des voitures de classes inférieures sont beaucoup plus nombreux que ceux des voitures de classe supérieure. Pour les lignes où l'on ne compte que deux classes de voitures, la répartition est établie comme suit : 1" classe, de 13 à 14 p. 0/0; 2^ claïîse, de 87 à 86 p. 0/0. Pour les lignes où l'on compte
(1) Documents statistiques sur les Chemins de fei\ publiés par ordre de S. E. le ministre de l'agriculture, du comruerce et des travaux publics (I8ôG). — Du 7 septembie 183Ô au ;ji décembre 18 .G, les chemins de fer français ont transporté 224, 34;), 7(;!) voyageurs [Dictionnaire du commerce et de navigation^ y^ Chemins de fer).
ORGA?s'ISATION ET SURVEILLANCE DU SERVICE. 11
trois classes de voitures, les voyageurs se répartissent entre les trois classes dans les proportions ci-après : l'"® classe, 10 p. 0/0; 2^ classe, 24 p. 0/0; 3^ classe, 66 p. 0/0.
C'est surtout à Paris et dans ses environs qu'a lieu la plus grande activité dans la circulation ; ainsi le nombre des billets délivrés à Paris dépasse 24 p. 0/0 du nombre total des billets délivrés sur tout le réseau ; d'un autre côté, sur 37,000 billets environ distribués moyennement chaque jour à Paris, ou pour Paris, plus de 26,000 le sont pour une station de la banlieue ou à une station de la banlieue.
Enfin, la circulation est loin d'être la même pendant toute Tannée. Dans les mois de mai à octobre inclusivement, elle est beaucoup plus fréquente que dans les autres mois, et sur certaines lignes la différence est de près de moitié.
Elle varie même suivant les jours; ainsi le vendredi, elle est d'ordinaire moins active que pendant le surplus de la semaine.
D'un autre côté, elle diminue les dimanches et fêtes pour les grands parcours, tandis que le contraire a lieu pour les petits parcours.