L ÉTAT. SES TROIS POUVOIRS
Enfin, comme il ne peut manquer de s'élever, sous le régime même des lois et souvent au sujet de leur interprétation, des différends entre les particuliers, et comme, d'un autre côté, la violation des lois ne peut rester impunie, un troisième pouvoir est nécessaire, le pouvoir judiciaire^ qui a pour mission déjuger, selon les lois, soit ces différends, soit ces infractions, qu*on nomme crimes ou délits, suivant leur gravité.
Pouvoir législatif, pouvoir exécutif, pouvoir judiciaire, tels sont donc les trois pouvoirs constitutifs de rÊlat. Ils sont tous les trois essentiels, puisque sans l'un ou l'autre de ces pouvoirs la société civile n'existerait pas ou serait arrêtée dans son cours.
Voyons maintenant comment ils doivent être combinés et organisés pour accomplir leur mission conformément h la théorie républicaine.
Lorsque les trois pouvoirs constitutifs de l'État sont concentrés directement ou indirectement dans les mains d'un seul homme, chef héréditaire ou élu, peu importe, on a le despotisme monarchique, le césarisme, c'est-à-dire le fléau le plus honteux à la fois et le plus désastreux qui puisse se déchaîner sur un peuple.
Lorsque ces trois pouvoirs sont réunis dans une seule
30 LES INSTITITIONS RÉPUBLICAINES.
et même assemblée, celte assemblée a beau être nommée par le peuple, on a encore le despotisme : tout ce qu'elle veut faire, elle le peut faire aussitôt, ayant à la fois la puissance législative pour traduire en décret ce qu'il lui plaît d'ordonner, la puissance executive pour le convertir immédiatement en acte, et la puissance judiciaire pour frapper sans délai et sans obstacle ceux qui résistent à sa volonté. Dictature d'une assemblée ou d'un homme, le despotisme est toujours le contraire de la liberté.
Gomme Ta dit justement Montesquieu, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir, parce que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. Fondée sur l'observation de la nature humaine, qui est partout et toujours la même, cette vérité ne s'applique pas moins à la république qu'à la monarchie. Dans la monarchie, elle a produit la théorie de la balance des pouvoirs, dont nous n'avons pas ici à nous occuper; mais, si cette théorie est propre à la monarchie constitutionnelle, le principe de \di séparation des pouvoirs conserve sa raison d'être dans la république : cette division est toujours une garantie nécessaire de la liberté des citoyens. Aussi Jean-Jacques Rousseau ne l'a-t-il pas moins admise que Montesquieu, et figure-t-elle aussi bien dans les constitutions républicaines de Ri Suisse et de TAmérique que dans les constitutions monarchiques de la Belgique et de l'Angleterre,