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LES RÉCOMPENSES PUBLIQUES

citoyens que la mission même de la république est d'ef* facer. Une médaille commémorative, une pièce d'argenterie, une arme d'honneur, dans certains cas même une pension, décernée solennellement au citoyen que l'État ou la commune croit devoir récompenser, voilà les seules récompenses qui soient dignes d'une république et qu'admettent les pays républicains, comme la Suisse et l'Amérique.

La République française devra donc rejeter cette institution de la Légion d'honneur que fonda, en vue de l'Empire, le génie machiavélique de Bonaparte, et que ses successeurs sur le trône ont exploitée à leur tour comme un puissant moyen de règne. On sait quel scandaleux usage en a fait le dernier Empire. Ces hochets, comme les appelait Napoléon lui-môme (1), ces hochets que certains citoyens portent sur leur habit pour se distinguer des autres, cette hiérarchie de grades honorifiques (chevaliers, officiers, grands officiers, commandeurs), cet ordre de chevalerie, en un mot, c'est là l'accompagnement naturel des monarchies; mais quoi de plus déplacé dans une république? La vanité, il est vrai, s'en accommode si bien que l'institution, repoussée au début par l'esprit de la Révolution (2), a poussé des racines qu'il n'est pas aisé aujourd'hui d'arracher; mais il faudrait desespérer de l'avenir de la république chez un peuple qui ne saurait pas s'afi'ranchir de la manie des décorations.

(1) Voyei mon livre Napoléon et son historm JV. Thier$f p. 69. ^2) Ibid., p. 70.

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