‹ Manuel républicainChapitre 26 sur 38 · LA SÉPARATION DE L'ÉGLISE ET DÉ L'ÉTAT · texte numérisé non relu

LA SÉPARATION DE L'ÉGLISE ET DÉ L'ÉTAT

Une Église est une société embrassant les sectateurs et les ministres d'un certain culte, comme le culte catholique, tel ou tel culte protestant, le culte israélite, etc. Or le culte ou la religion est une chose qui relève exclusivement de la concience, du for intérieur de chacun, et que nulle autorité publique n'a le droit d'imposer à ceux qui ne l'admettent pas. Il suit de là qu'il ne doit pas y avoir de religion d'Etat, puisque la proclamation d'une religion d'État est une atteinte à la liberté de conscience; et il s'ensuit aussi que l'État ne

88 LES INSTITUTIONS llÉPUBLrCAlNICS.

doit reconnaître et protéger particulièrement aucune Église, même sans l'imposer à titre de religion d'État, puisqu'il empiéterait encore par là sur le domaine de la conscience en marquant de son sceau ce qui doit être absolument réservé à la liberté de chacun et en forçaot les dissidents à contribuer aux frais de cultes qu'ils ne reconnaissent pas. La seule chose que l'État ait à faire ici, c'est de protéger également la liberté de tous. La séparation de l'Église et de l'État est donc le seul système qui soit conforme au droit de chacun et par conséquent au droit public.

On reproche à ce système de désintéresser TÉtâl d'une chose qui intéresse éminemment la société tout entière. Mais on ne saurait nier que l'État, en inteiTenant dans le domaine de la religion, soit pour la soutenir, soit pour la régler, n'attente à la liberté de la conscience; et la religion elle-même, en ce qu'elle a de légitime et de salutaire, n'a qu'à gagner à se détacher de tout lien gouvernemental. Le sentiment religieux se dégrade en revêtant un caractère politique; il n'y a rien de moins religieux que les religions officielles. Que si une religion ne pouvait plus vivre que par la grâce de l'Élat, c'est qu'elle ne mériterait plus de vivre.

En réclamant pour l'Église, ou mieux pour les Églises, une séparation d'avec l'État qui assure leiir indépendance et par là leur dignité, il va sans dire que nous h'entendons nullement que cette séparation puisse jamais aller jusqu'à leur donner le droit de former un

État dans l'État. La liberté qui leur est due est celle qui est compatible avec la liberté de tous les citoyens ; toute autre cesserait d'être légitime. Il suffira donc que l'État remplisse ici exactement son rôle, qui est de maintenir l'accord de la liberté de chacun avec celle de tous, c'est-à-dire le respect du droif commun, pour que le danger soit écarté. Ainsi l'Église, tout en jouissant de la liberté dont elle a besoin et à laquelle elle a droit, n'opprimera celle de personne. C'est en ce sens qu'il faut comprendre la nouvelle formule par laquelle on a traduit le système de la séparation de l'Église et de l'État : « l'Église ou les Églises libres dans l'Étal libre, »

Est-il nécessaire d'ajouter qu'en établissant ce système et en supprimant, ce qui en est la conséquence nécessaire, le budget des cultes, la république devra tenir compte des situations acquises sous le régime qui a été la loi du pays, et, en transformant radicalement l'état des choses, ménageries intérêts des personnes. Il serait injuste et impolitique d'agir autrement. En général, si le devoir de l'État est d'empêcher l'Église de se faire oppressive, il doit aussi éviter tout ce qui peut lui donner à lui-même un air persécuteur. Il faut surveiller d'un œil vigilant et réprimer d^ne main ferme les abus, si redoutables, de la puissance ecclésiastique ; mais il y a là aussi un ordre de sentiments et d'intérêts qu'il faut traiter avec délicatesse.

Page 1