L^ASSISTANCE PUBLIQUE
Le premier devoir de la république est d'assurer la liberté de tous ses membres, de telle sorte que chacun puisse user de ses propres facultés avec une entière indépendance et en tirer ainsi tout ce qu*elles peuvent donner. Cette liberté n'est pas seulement l'intérêt de l'individu, elle est aussi celui de la société tout entière : elle est la condition de son développement et de sa prospérité. Toutefois le rôle de l'État ne peut être purement négatif : le lien qui unit les citoyens lui crée des obligations positives qui ont directement pour but leur bien commun et sans lesquelles la liberté individuelle elle-même serait inutile ou insuffisante. Telle est, par exemple, l'instruction publique. Tels sont les travaux publics. Telle est l'assistance publique, dont nous avons maintenant à parler. Nous n'avons pas besoin de soulever ici la question de savoir si le citoyen qui ne peut travailler, ou manque de travail, a Ay>iV à l'assistance publique fkio\x% nous bornerons à constater le devoir qu'a la société de soulager la misère, qui n'est pas seulement un mal pour ceux qui la subissent, mais un danger pour tous {malesuada famés). C'est s^ns doute aux particuliers et à leurs libres associations, beaucoup plus qu'à l'État ou môme à la commune, qu'il appar-
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tient de la soulager ou mieux encore de la prévenir par toutes les institutions que la science et Texpérience reoommandent, et l'intervention de l'État ou de la commune en cette matière n'a que trop souvent pour efifet de paralyser les efforts individuels et d'aggraver le mal auquel il s'agit de porter remède; mais comme toute la bonne volonté des individus et de toutes leurs associations privées ne sauraient suffire à remédier entièrement au mal, surtout dans les temps de crise, et que sur ce point, d'ailleurs, comme partout, dans les conditions actuelles de la société, les grands établissements, les établissement modèles ne peuvent guère être soutenus que par la société civile (commune ou État), ilfaut bien recourir ici à la puissance publique. Comment la république resterait-elle indifférente et inactive en pré* sence des misères qui frappent une partie de ses membres : l'indigence, les maladies et les infirmités, l'abandon des enfants, etc. ? C'est surtout dans la république qu'il doit y avoir une charité publique qui supplée à l'insuffisance de la charité privée. Seulement il faut que cette charité , pour être vraiment bienfaisante^ procède de telle sorte qu'elle n'entrave pas l'effort individuel et l'initiative privée, car c'est surtout dans la république que la maxime : «Aide-toi toi-même», doit être la règle fondamentale des citoyens. Il faut enfin qu'en s'appliquani à soulager le mal partout où il est nécessaire qu'elle étende la main, la république s'efforce d'en restreindre toujours davantage le champ par tous les moyens légitimes et salutaires dont elle
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peut disposer. Il ne dépend pas d'elle de le faire disparaître tout d'un coup et tout entier, parce que la liberté de conduite qu'elle doit laisser aux citoyens et les hasards de la vie humaine, qu'elle ne saurait corriger, lui rouvriront toujours la porle; mais l'extinction de la misère n'en est pas moins un but dont elle doit tendre à se rapprocher de plus en plus.
l/ïMPÔT.
Les obligations que nous avons passées en revue dans tous les chapitres précédents, imposent à l'État ou aux communes, ou aux circonscriptions intermédiaires (cantons, départements), des dépenses auxquelles Tem/?^/ a pour but de subvenir.
Deux principes fondamentaux dérivent ici de l'essence môme de la république : le premier, c'est que l'impôt, qui, d'ailleurs, dans cette forme de gouvernement, doit nécessairement être voté par le peuple ou par ses représentants, soit exactement mesuré sur l'iililité publique; le second, c'est que chaque citoyen y contribue en proportion de ses ressources, c'est-à-dire de sa fortune réelle.
Les monarchies, de l'ancien et du nouvau régime (la monarchie napoléonienne par exemple), ont foulé aux pieds le premier de ces principes en se servant de