‹ Manuel technique de physiologie végétaleChapitre 107 sur 147 · La vitesse et l’énergie de la croissance · texte numérisé non relu

La vitesse et l’énergie de la croissance

L’observation quotidienne nous apprend que la vitesse de croissance des plantes est en général très variable. Les individus d’une seule et même espèce végétale, pris isolément, montrent même des vitesses de croissance différentes dans les mêmes conditions extérieures du milieu. Le physiologiste, pendant ses expériences, doit toujours avoir soin de porter son attention sur les différences individuelles que présentent ses matériaux d’étude et qui sont souvent de nature à donner des mécomptes. Il sera donc instructif d’entreprendre, une fois pour toutes, l’expérience que nous allons indiquer. On fait germer dans de la sciure humide un grand nombre de graines de pois, de haricots ou d’autres plantes, aussi bien conformés que possible et présentant les mêmes caractères. En mesurant exactement les racines, les organes caulinaires et les feuilles au bout d’un certain temps, nous verrons que la vitesse de croissance des organes n’a pas été la même chez les divers individus de la même espèce, bien qu’ils se soient tous développés sous l’influence de conditions extérieures identiques. Les différences individuelles, qui se présentent souvent dans les matériaux d’étude, seront nettement mises en évidence par des observations de ce genre.

Dans des conditions extérieures de milieu identiques, les organes de même nom d’espèces végétales différentes présentent aussi une vites e de croissance spécifiquement différente. Les tiges et les feuilles d’iris-

(1) Yoy. Prantl, Arbeiten des botan. Instituts in Würzburg , vol. 1, p. 371.

LES MOUVEMENTS DUS A l’ ACCROISSEMENT DES PLANTES.

tolochia sipho et d ’Humulus lupulus, par exemple, croissent d’une façon relativement rapide; les mêmes organes chez d’autres plantes, très lentement. La tige de Polygonum Sieboldi , par exemple, croît aussi très rapidement. J’ai trouvé, notamment, qu’une tige de cette plante, qui possédait le 3 mai une hauteur de 60 cm., avait atteint une hauteur de 71 cm. au bout de 24 heures, dans une atmosphère chaude et humide (la température nocturne, à 11 heures, était encore de 15° G.).

L’énergie de la croissance est une fonction de la vitesse de croissance et du temps que dure la croissance. L’énergie de la croissance, par conséquent l’accroissement atteint finalement, n’est pas uniforme dans les divers entre-nœuds d’une même tige. Dans des germinations de pois, par exemple, se développant pendant quelques semaines à l’obscurité, si on mesure la longueur de chacun des entre-nœuds lorsque la croissance de la tige a complètement cessé , on remarque que les entre-nœuds inférieurs sont courts, les moyens longs, et les supérieurs de nouveau courts (1).

Il sera intéressant de s’assurer ensuite, d’une façon toute générale , qu’il est possible de mesurer l’accroissement que subissent les organes végétaux en peu de temps (en 20 minutes par exemple). J’ai procédé de la manière qui va être indiquée. Un tube à entonnoir (fig. 97, T) traverse le bouchon en caoutchouc d’un petit vase en verre contenant une légère quantité d’eau.

Dans l’entonnoir, on porte une graine de Pisum ou de Phaseolus en germination dans la sciure humide, et on étend sur la graine un peu d’ouate mouillée. L’entonnoir sera fermé par une petite lame de verre Gp. La radicule croît convenablement dans l’atmosphère humide qui l’entoure; Fig 97 Appareil pour elle s’allonge considérablement. Nous plaçons deï? racine la croissance

ensuite notre appareil sur un clinostat (qui sera

décrit et figuré plus loin), dont l’axe est dirigé verticalement, et nous imprimons un lent mouvement de rotation à la germination afin d’éviter toute flexion héliotropique. Avant que le clinostat ne soit en mouvement, nous mettons l’extrémité de la racine dans le champ visuel d’un microscope dirigé horizontalement à l’aide d’un support convenable. Nous n’emploierons évidemment qu’un faible grossissement. Le clinostat est alors mis en rotation, et au bout de 20 minutes, par

(1) Voy. Detmer, Lehrbuch der Fflanzenphijsioloqie , 1883, p. 248,

QUATRIÈME DIVISION

exemple, lorsque la racine se montrera de nouveau dans le champ visuel du microscope, nous pourrons constater que l'organe végétal s’est allongé, surtout lorsque l’expérience aura été effectuée à une température relativement élevée (20 à 28° G.), Des mesures précises ne pourront être convenablement effectuées qu’avec l’aide d'un oculaire à micromètre.

Il est instructif aussi de semer quelques spores de Mucor Mucedo sur du pain humide placé, sous une cloche en verre, dans un cristallisoir que l'on met ensuite sur un clinostat; puis on le fait tourner lentement dans un plan horizontal , afin d’observer la croissance du champignon. Lorsque les pédicelles sporangifères seront en voie de développement, on dirigera un cathétomètre avec lunette horizontale vers la culture de Mucor. Cet instrument sera disposé de manière à pouvoir observer nettement un pédicelle fructifère avec un sporange, et de telle sorte que le sommet du sporange coïncide avec l’ un des traits d’une échelle micrométrique introduite dans le tube de la lunette. Si l’on met ensuite le clinostat en mouvement, on observera au bout de peu de temps (d’une heure, par exemple) que le pédicelle fructifère de Mucor aura subi un certain accroissement lorsqu’il se montrera de nouveau dans le champ visuel de la lunette. Un pédicelle fructifère de Mucor s’allonge souvent en une heure de 2 à 3 mm. (1).

Page 1