Expériences sur les vrilles d’ampélidées
Les vrilles ramifiées de Vitis vinifera sont loin d’être aussi sensibles que les vrilles de Sicyos et de Cyclanthera dont nous nous sommes occupé dans le § 185. Dans des conditions favorables, ces dernières réagissent presque instantanément et très énergiquement sous l’excitation du contact. Les vrilles de Vitis, elles, ne se courbent que lentement, même après une forte excitation. J’ai pu constater qu’une branche d’une vrille de Vitis, passée plusieurs fois entre les doigts sous une haute
(1) Voy. H. de Vkies, Arbeiten cl. botan. Instituts in Würzburg, vol. 1, p. 302, et Landwirthschaftliche Jahrbücher, vol. 9, p. 311.
(2) Yoy. 0. Müller, in Beiträge zur Biologie der Pflanzen de Cohn, vol. 4, p. 120.
372 CINQUIÈME DIVISION
température estivale, se montrait déjà nettement incurvée au bout de 20 minutes. Dans tous les autres cas, surtout lorsque la température n’est pas élevée, l’excitation ne s’observe nettement qu’après une ou plusieurs heures. Lorsqu’une vrille de Vitis a été excitée passagèrement et a subi ensuite une flexion, elle s’étend lentement de nouveau en ligne droite et redevient excitable. Une vrille de Vitis peut aussi s’enrouler facilement autour d’un mince support de bois placé dans son voisinage. La portion de la vrille, tendue entre le support et la plante, s’en-
Fig. 119. — Vrille d 'Ampélopsis quinque folia non Fig. 1-20. — Vrille d 'Ampélopsis quinquefolia
fixée. avec pelotes adhésives.
roule en hélice, mais cela s’effectue lentement, souvent après quelques jours seulement.
Les vrilles d 'Ampélopsis quinquefolia (vigne-vierge) se comportent d’une façon toute particulière. La fig. 119 nous montre une vrille de cette plante n’ayant pas encore trouvé à se fixer. Les branches des vrilles ne peuvent subir de torsion que chez certains individus; elles ne peuvent pas d’ordinaire s’accrocher de la même façon qu’un grand nombre de vrilles de cucurbitacées ou que les vrilles de Vitis. Mais les branches des vrilles peuvent former des pelotes adhésives à leur extrémité libre. Ces extrémités viennent-elles en contact avec le mur ou
la charpente contre lesquels la plante effectue sa croissance, elles se gonflent immédiatement, par suite de l’excitation du contact, pour former les pelotes adhésives. Les cellules de ces dernières laissent échapper une sécrétion gommeuse qui permet la fixation des extrémités des vrilles. La fig. 120 montre une vrille d’ Ampélopsis détachée d’une paroi en bois, dès que les extrémités libres de ses branches avaient commencé à former leurs pelotes adhésives. Quand la vrille d1 Ampélopsis a été fixée de la façon qui vient d’être indiquée, il se produit des enroulements en hélice dans la portion de la vrille qui s’étend du point d’attache à la plante. Comme dans les vrilles de Sicyos, de Vitis , etc., la production de ces enroulements est le résultat d’une propagation de l’excitation, et elle se trouve en relation étroite avec l’excitation du contact qui détermine la formation des pelotes adhésives. Les vrilles d’ Ampélopsis qui n’ont point trouvé à se fixer, ne se contractent pas en hélice. Après une semaine ou deux, ces vrilles se fanent et tombent. L’excitation du contact qui amène la formation de pelotes adhésives aux extrémités des branches des vrilles ne provoque pas seulement la formation des enroulements en hélice ; mais, par suite de la propagation de l’excitation, elle détermine encore d’autres modifications dans les portions des vrilles tendues dans le vide.
L’examen d’une coupe transversale pratiquée dans une branche de vrille d' Ampélopsis qui n’est pas encore fixée, montre une moelle à grandes cellules, entourée d’un cercle de faisceaux libéro-ligneux. De grands rayons médullaires établissent une communication entre la moelle et le tissu vert. Immédiatement sous l’épiderme , on remarque un collenchyme. Quand les vrilles d’ Ampélopsis se sont fixées, leur structure subit des modifications considérables lors de la formation des enroulements en hélice. Dans les rayons médullaires apparaît un cambium interfasciculaire. Le bois des faisceaux, considérablement augmenté, va former un anneau fermé. Les vrilles, ayant beaucoup gagné en solidité et en résistance, deviendront seulement alors d’une réelle utilité pour les plantes (1).
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IV. LA DORSIVENTRALITÉ, LA POLARITÉ ET L’ANISOTROPIE DES ORGANES DES PLANTES. LES PHÉNOMÈNES DE CORRÉLA- TION DANS LE RÈGNE VÉGÉTAL.