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Les phénomènes de corrélation dans le règne végétal

La croissance d’un organe d’une plante exerce souvent une certaine influence sur celle d’une autre partie du même individu. On a commencé dans ces derniers temps à porter tout particulièrement son attention sur les phénomènes de corrélation dans le règne végétal. Nous allons faire connaître quelques-uns de ces faits.

En enlevant la pousse supérieure à un jeune sapin (Abies excelsa ), on observera dans le cours de 1 à 3 années le redressement d’une ou de plusieurs des pousses latérales du verticille supérieur qui croissaient horizontalement. Une des pousses latérales surpasse d’ordinaire les autres. Elle remplace alors complètement le sommet abattu ; ce qui se voit non seulement par sa croissance orthotrope, mais encore par la forme de ses ramifications. Une pousse latérale, horizontale de sapin se ramifie dans une direction horizontale vers la droite ou la gauche, tandis qu’une pousse normale du sommet ou la pousse latérale qui la remplace présente des verticilles de 4 à 5 rayons. Les expériences que j’ai instituées pour connaître les phénomènes de corrélation, dont je viens de parler, ont été faites sur des sapins d’une hauteur d’homme, environ, croissant dans un bois- (2).

On place des tubercules de pomme de terre dans un endroit obscur, leur région d’attache tournée vers le bas (les tubercules n’ont pas besoin d’être en terre, ni d’être arrosés). Après un temps plus ou moins long, on voit pousser presque uniquement les bourgeons voisins du sommet morphologique du tubercule. Mais si, dans quelques tubercules, on enlève les jets à mesure qu’ils croissent, on verra

(1) Voy. les ouvrages cités dans le § 190, surtout celui de Schwendener.

(2) Voy. Sachs, Vorlesungen über Pflanzenphysiologie , p. 612.

que celte opération réagira sur les yeux situés plus bas dont les bourgeons ne se développeraient pas, ou seulement d’une façon imparfaite, si l’on n’avait pas écarté les jets du sommet.

Un autre phénomène de corrélation peut être facilement constaté sur les germinations de Phaseolus multiflorus. Pour cela, on les cultive dans la terre meuble de jardin, et lorsque l’épicotyle a atteint une longueur de quelques centimètres, on le coupe à ras du sol. A la place de la portion de tige disparue , les bourgeons , dans l’aisselle des cotylédons, se mettent à germer et sortent bientôt du sol.

C’est un fait connu que les pédoncules des boutons de fleurs de presque toutes les espèces du genre Papaver se courbent vers le bas à un stade déterminé de leur développement. C’est un phénomène qui semble, d’après les expériences, provoqué par une corrélation. Le bouton, se trouvant en relation organique avec son pédoncule, exerce sur lui une certaine influence qui se manifeste dans celui-ci par une flexion fortement prononcée. Il penche vers le bas. La preuve en est fournie par l’expérience suivante, faite d’abord par Vöchting (1). Je l’ai répétée avec succès sur une plante de pavot croissant à l’air libre. On détache quelques boutons de leur pédoncule et on laisse les autres intacts ou on les affermit, dans d’autres cas, à leur pédoncule à l’aide d’un fil de soie. La courbure du pédoncule disparaît toujours après quelque temps. Cette expérience montre donc que la flexion ne provient pas simplement du poids des boutons, mais qu’elle est due au contraire à une corrélation.

11 sera très instructif d’observer les particularités et le rôle des écailles des bourgeons chez différentes plantes. Chez Y Aesculus et le Pana, les écailles extérieures des bourgeons d’hiver sont brunes et membraneuses. Elles sont suivies d’écailles très grandes, succulentes et vertes, puis enfin de feuilles. L’étude du développement évolutif nous apprend déjà que toutes les écailles de bourgeons ne sont autre chose que des feuilles restées à des stades inférieurs de leur développement. L’expérience suivante vient confirmer ce résultat. On coupe le sommet et on enlève les feuilles d’une pousse d’ Aesculus oudePavia, dès la sortie des bourgeons d’hiver, sans séparer les ramenux de la plante-mère. Les bourgeons, à l’aisselle des feuilles, se développent alors en pousses feuillées dans le courant de l’été, tandis que, normalement, ils deviendraient des boutons d’hiver. Ce qu’il y a de remarquable dans ce phénomène de corrélation, c’est que les pousses parvenues à leur complet développement ne produisent aucune écaille de bourgeon (c’est du moins ce que j’ai observé dans mon expérience), mais, outre des feuilles, des formes intermédiaires entre les écailles et les feuilles. Les feuilles inférieures de la pousse ont de petits limbes, cependant déjà

(1) Voy. Vöchting, Die Bewegungen cl. Blüthen und Früchte, Bonn, 1882.

(2) Voy. Göbel, Botanische Zeitung , 1880, p. 771 et 807.

CINQUIÈME DIVISION

découpés, et ceux-ci sont insérés sur un organe foliacé squamiforme. Les feuilles supérieures, au contraire, présentent un aspect normal. Il y a donc chez Y Aesculus et le Pavia , comme aussi chez d’autres plantes, une étroite corrélation entre l’absence du sommet et des feuilles, d’une part, et la forme du développement des bourgeons, d’autre part.

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