Quelques champignons parasites
Il existe un grand nombre de champignons qui provoquent des maladies chez d’autres plantes. Comme ils se nourrissent aux dépens de végétaux vivants, on doit les ranger parmi les organismes parasites et non parmi les saprophytes.
Pendant les mois de mai et de juin, les feuilles de Berberis vulgaris montrent souvent des tumeurs de couleur orangée présentant à leur partie inférieure la forme d’un coussinet. De minces sections transversales de la feuille de Berberis laissent apercevoir au microscope un mésopliylle composé d’un parenchyme palissadique et d’un parenchyme lacuneux. Ces divers tissus s’observent aussi aux endroits épaissis, mais leur forme est quelque peu modifiée. Le contenu des cellules (plasma et grains de chlorophylle) est alors désorganisé et on rencontre de nombreux filaments mycéliens dans les espaces intercellulaires. Ces filaments appartiennent à la forme Aecidium du Puccinia graminis. On observera mieux ces détails en traitant les sections par une solution aqueuse d’hydrate de potassium.
A la partie inférieure du coussinet, on trouve des corps en forme de coupe qui, en grandissant, déchirent le pseudo-parenchyme qui les entoure, et finalement percent l’épiderme. Sous ces coupes, nous remarquons une masse compacte de filaments mycéliens. Chaque coupe comprend une enveloppe (péridie) et des basides, qui sont en relation avec l’hyménium dans la partie inférieure de la coupe et produisent de nombreuses spores. A la partie supérieure du coussinet, il n’existe pas d’écidies, mais on y voit des spermogonies : corps pyriformes dont la
(i) Voy. pour les recherches bactériologiques : Flügge, Die Mikroorganismen , Leipzick, 1868 (cet ouvrage a été traduit eu français par le Dr F. Henrijean), et Hueppe, Methoden d. Bacterienforschung , 1886.
PREMIÈRE DIVISION
fonction est encore inconnue. Les spermaties qu’elles contiennent représentent, peut-être, des organes sexuels mâles.
Vers la mi-juin, les spores fournies par les écidies de Puccinia entrent en germination sur diverses graminées (froment, orge, avoine, etc.) . On les rencontre surtout sur les chaumes ou les gaines foliaires, provoquant l’affection connue sous le nom de rouille du blé. En examinant de minces sections transversales de chaumes d’avoine couverts de raies brunes, on aperçoit de nombreux filaments mycéliens traversant le tissu vert de la tige et désorganisant le contenu des cellules. Le mycélium produit ensuite par places un grand nombre de filaments dirigés vers l’extérieur, renflés chacun au sommet en une grosse spore unicellulaire (urédospore), qui soulève l’épiderme. Les urédospores sont finalement remplacées par des téleutospores dont nous ne suivrons pas le développement.
La maladie commune et si contagieuse de la pomme de terre est occasionnée par un champignon qui appartient à la famille des Péronosporées, le Phytophthora infestans. On peut l’observer en été sur les feuil les, et en hiver sur les tubercules, du Solanum tuberosum. Des tubercules malades de pommes de terre, aisément reconnaissables à leurs taches brunâtres quelque peu pénétrantes, sont découpés en lamelles qu’on laisse pendant deux jours sous une cloche en verre dans une atmosphère saturée d’humidité. La surface de ces lamelles se recouvre d’une mince couche de moisissure blanche. Le mycélium de Phytophthora existait dans les tubercules malades, il est fort développé entre les cellules et se nourrit aux dépens de celles-ci. Dans les conditions indiquées, le mycélium fait sortir de l’organe des filaments sporifères. Ces filaments, comme nous le montre le microscope, sont ramifiés à leur partie supérieure et forment des zoosporanges qui se détachent facilement sous l’action de l’eau. Si on abandonne plus longtemps sous la cloche de verre les morceaux de tubercules de pommes de terre malades, il se développe sur le substratum une riche végétation mycologique, étrangère au Phytophthora.
Le cycle évolutif d’un Peziza , notamment du Peziza sclerotiorum , est très intéressant à étudier. Ce champignon qui est rangé dans la famille des Discomycètes occasionne la maladie sclérotique commune du colza. Je me bornerai à montrer de quelle façon je l’ai cultivé. Quelques sclérotes sont déposés sur de la terre humide de jardin dans un pot à fleurs. Celui-ci est recouvert d’une lame de verre et placé à proximité d’une fenêtre. On veillera à ce que la terre ne se dessèche point. Après 6 à 10 semaines, les sclérotes pousseront de petites fructifications pédicellées. Les spores mûres que donnent les fructifications seront introduites, à l’aide d’une aiguille stérilisée sous l’action du feu, dans des morceaux de carotte qui auront été chauffés superficiellement par immersion dans l’eau chaude. La germination des spores s’effectue au bout de quelques jours dans un cristallisoir placé sous une cloche en verre. Il
LES ALIMENTS DES PLANTES
se développe bientôt à la surface des morceaux de carotte un beau mycélium, qui détruit les tissus de la racine qui ont résisté à Faction de la chaleur. En certains endroits du mycélium, on observe l’apparition de boules molles et blanches qui s’épaississent de plus en plus, el s’entourent Finalement d’une écorce de couleur foncée : les sclérotes sont formées. Elles pourront, après une longue période de repos, produire de nouvelles fructifications. Nous portons également dans un petit orifice pratiqué dans une citrouille placée dans un vase fermé, une petite quantité du mycélium cultivé sur un morceau de carotte. Ce mycélium va pénétrer dans les tissus vivants, s’y développer à merveille et former des sclérotes en détruisant complètement la citrouille (1).