L’absorption de l’eau par les feuilles
La question de l’absorption de Peau par les feuilles n’est pas d’un grand intérêt pour la physiologie; on doit cependant, ici, la traiter brièvement. Chez un grand nombre de feuilles (Brassica, Zca , Aristolochia sipho , etc.), la lame, plongée dans Peau, se montre enveloppée d’une couche argentée, qui n’est interrompue que sur le trajet des nervures les plus grosses. Lorsqu’on retire ces feuilles de Peau , on s’aperçoit que la cuticule n’est mouillée que sur les nervures et sur les poils qui peuvent se rencontrer sur la feuille. A cause de la couche cireuse plus ou moins épaisse qui la recouvre, la cuticule entourant le mésophylle, ne peut pas se mouiller et, par conséquent, se conserve sèche, même après immersion dans l’eau. La couche argentée est produite par la présence d’air entre les tissus foliaires et Peau ; ce qui détermine une réflexion totale de la lumière. Si les feuilles séjournent longtemps sous Peau, leur surface se mouille et la couche argentée disparaît (1). Pendant ce long séjour sous Peau, ce liquide peut sans doute pénétrer à l’intérieur de l’organe par la cuticule (ou peut-être aussi d’une autre manière). On place dans l’obscurité des feuilles pesées dont la lame est plongée dans Peau et dont la surface de section du pétiole reste sèche, ce qui peut être obtenu en l’enduisant d’un peu de cire. Après les avoir retirées du liquide depuis quelque temps et les avoir soigneusement essuyées au moyen de papier à filtrer, on constate après un certain temps qu’elles possèdent un poids plus élevé qu’au débul de l’expérience. Ce résultat ne peut évidemment être obtenu, que si l’on expérimente sur des feuilles dont les cellules n’étaient pas auparavant à leur maximum de turgescence. J’ai obtenu des résultats particulièrement satisfaisants en plongeant, peu de temps (3 heures) ou longtemps (à peu près 20 heures), dans Peau par leur base des feuilles de Coffea arabica ou de Syringa vulgaris , et en ayant soin avant d’effectuer l’expérience de les laisser séjourner pendant 2 heures dans un endroit ombragé, afin qu’elles ne contiennent pas une quantité d’eau trop considérable (2).
70. Quelques mouvements provoqués par l’absorption de l’eau dans les organes
végétaux.
Les bractées intérieures de l’involucre de Carlina acaulis , plante qui croît dans les terrains secs et calcareux, présentent des phénomènes intéressants lorsqu’elles absorbent de Peau. Quand on mouille
(1) Voy. Sachs, Handbuch cl. Experimental physiologie d. Pflanzen, p. 159.
(2) Voy. Detmer, in Forschungen... de NVollny, vol. 1, Cah. 2, et Journal f. Landwirthschaft , 17e année, p. 105.
chyme n’est pas
entièrement l’inflorescence, toutes les bractées intérieures de Pinvolucre se rassemblent (fig. 55), et, après dessiccation , s’étalent de nouveau (fig. 56). Ces bractées sont d’un blanc d’argent; seule, la partie moyenne de leur face inférieure est colorée en brun. Si on mouille cette région brune dans une bractée détachée de Pinvolucre, on aperçoit immédiatementun mouvement dans cette région, et la face inférieure de la bractée devient convexe. Nous pratiquerons aussi des sections transversales minces dans la région moyenne et nous constaterons les particularités que nous allons indiquer. A la partie supérieure et à la partie inférieure de l’organe, sê rencontre un épiderme.
Les cellules de l’épiderme inférieur sont colorées en bru n . L’espace compris entre les lames épidermiques est occupé par un tissu fondamental parenchymateux , parcouru par quelques faisceaux libéroligneux. Ce parenappliqué immédiatement contre l’épiderme; il en
Carlina acaulis. Inflorescence dont l’involucre est ferait
Fiç. 50. — Carlina acaulis. Inflorescence dont l’involucre est étalé.
LES FORCES MOLÉCULAIRES DES PLANTES
est séparé par une couche de sclérenchyme, constituée par 3 rangées de cellules fortement épaissies ne laissant point entre elles de méats. C’est le sclérenchyme qui produit les mouvements que nous avons observés. Lorsque la feuille est mouillée, les cellules qui le composent subissent un allongement beaucoup plus considérable que celles du parenchyme, et elles se raccourcissent aussi plus fortement lors de la dessiccation de la feuille. Les mouvements des bractées de Pinvolucre de Carlina ne sont pas sous la dépendance directe des phénomènes vitaux, car les feuilles mortes, desséchées sont encore susceptibles de mouve- Fig. 57. — Fruit d 'Erodium. ments (1).
Lorsqu’on observe les carlines dans leurs stations naturelles, on remarque bientôt que leurs inflorescences restent fermées pendant les temps humides et pluvieux. Sous l’influence de l’humidité qui les pé-
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Fig. 58. — Slipa pennata. Fruit avec sa barbe. 2/3.
nètre, les feuilles de Pinvolucre se sont rassemblées pour protéger les fleurs contre l’action des pluies qui pourrait leur être préjudiciable.
L’arête des fruits d’j Erodium et les graines de Slip a montrent , comme les bractées de Pinvolucre des carlines, des mouvements provoqués exclusivement par l’absorption d’eau, et aussi peu que ceux-là sous la dépendance des phénomènes vitaux. La fig. 57 représente un fruit sec d ’Erodium avec son arête. La partie inférieure s de l’arête est enroulée en spirale, la partie supérieure s' ne l’est point. Nous ne placerons un fruit de ce genre que peu de temps dans Peau (à peu près 1 /2 minute) et nous l’enfoncerons ensuite par la base dans un sable léger et humide contenu dans un vase sous une cloche de verre. Le mouvementqui va se produire est facile à suivre. Dans Pair humide, il ne s’arrête que lorsque les replis de la partie inférieure de l’arête ont disparu et que toute l’arête est dressée verticalement. Si on introduit dans
(1) Voy. Df.tmér , Journal für Landwirthschaft, 27e année, p. HO, et Rathay, Sitzungsberichte der Akadem. d. W iss. zu Wien, vol. 83.
DEUXIÈME DIVISION
le sable humide un fruit mouillé d 'Erodium et si on oppose une baguette de bois dirigée perpendiculairement, comme obstacle, au mouvement de la partie du bec qui est presque horizontale à l’état sec , le mouvement sera transmis au fruit et, par suite d’une pression verticale sur son sommet, il se vissera dans le sol. Dans la nature, en effet, les fruits d ’Erodium s’enterrent dans le sol grâce au mouvement particulier de leur arête.
La fig. 58 représente le fruit de Stipa et sa barbe. La partie inférieure de la barbe (s) est spiralée à l’état sec. La partie k est limitée par deux coudes et porte le guidon pourvu de poils de la barbe. Celui-ci est dirigé horizontalement, et quand le fruit sera placé dans les mêmes conditions que celui d ’Eroclium (voyez plus haut), l’absorption d’eau déterminera la pénétration du fruit dans le sol par suite de la torsion en arrière de la partie spiralée de la barbe. Les causes des mouvements dont nous venons de nous occuper, doivent être cherchées dans la structure particulière des cellules de la portion spiralée des fruits tYErodium et de Stipa.