La pepsine et les peptones
Les matières albuminoïdes ne sont pas en état de traverser telles quelles par osmose la membrane cellulaire ou les membranes de même nature. 11 sera donc intéressant, pour la physiologie, de constater l’existence de plantes produisant des ferments capables de transformer les albumines en peptones, substances possédant un faible pouvoir diffusif.
Des ferments pepsiques (pepsine) sont sécrétés par les glandes digestives des Drosera. Il en existe aussi dans les sécrétions de Nepenthes ainsi que dans certains latex (1) (par exemple dans celui de Carica Papaya). Lorsqu’on n’a pas à sa disposition de papayotine, qui se trouve d’ailleurs dans le commerce, ou de latex contenant de la pepsine, on pourra étudier d’une façon générale le phénomène de la peptonisation au moyen de l’intéressante expérience que nous allons indiquer. On obtiendra facilement une solution de pepsine, en filtrant le liquide qui provient de l’action de la glycérine sur la muqueuse stomacale du porc. Lorsqu’on chauffe, sur un bain-marie à 40° G. dans une capsule en. porcelaine, 500 gr. d’eau contenant 0,2 °/0 d’acide chlorhydrique, et qu’on fait ensuite digérer pendant quelque temps 40 gr. de fibrine dans le liquide chaud, jusqu’à ce que la matière albuminoïde soit le mieux possible dissoute, l’addition de quelques gouttes de la glycérine renfermant le ferment déterminera une peptonisation presque complète et la liquéfaction de la fibrine. La fibrine (du sang de bœuf ) nécessaire à cette expérience doit être retirée de la viande et peut être conservée dans la glycérine. Lorsqu’on veut employer l’albumine pour une expérience sur la digestion, on la lave soigneusement avec de l’eau et on la porte ensuite dans de l’acide chlorhydrique étendu et chaud. Si on emploie la sécrétion de Nepenthes ou des latex, comme liquides pepsiques, il faut veiller, au moins dans certains cas, à ce que l’acide chlorhydrique étendu, dans lequel on a dissous la fibrine, reste pendant longtemps à une température de 40° C., car souvent alors la peptonisation ne se produirait pas aussi rapidement. La présence de pepsine dans les latex se constate d’ailleurs très vite dans certains cas; j’ai pu l’observer, par exemple, en instituant l’expérience que je vais indiquer et qui est facile à répéter. Dans un tube à réactions, on porte quelques c. c. d’acide chlorhydrique très étendu, puis on y ajoute quelques petits morceaux de fibrine et on plonge alors le tube à réactions dans l’eau chauffée à
(1) Yoy. surtout Hanskn, Arbeiten desbotan. Instituts in Wüi'zburg, vol. 3, cah. 2.
40° C. Après dissolution de la fibrine, on additionne le liquide de quelques gouttes du latex écoulé du pédicelle d’une figue non encore mûre. La peptonisation et la liquéfaction de la fibrine s’effectueront en peu d’instants.
Lorsque la pepsine agit sur une albumine, il se produit des phénomènes chimiques complexes. On obtient finalement, comme produits, divers genres de peptones, qui seront aisément caractérisés comme tels à l’aide de la réaction du biuret Lorsqu’on chauffe une petite quantité d’un liquide pepsique, puis qu’on le neutralise au moyen d’hydroxyde de potassium et qu’on le traite par la liqueur de Fehling, le mélange ne prend pas de coloration violette, comme c’est le cas en présence des albumines, mais une couleur rouge-pourpre.