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Les réactions des huiles grasses

A l’aide d’une baguette de verre, nous déposons sur un porteobjet une légère quantité d’une huile grasse quelconque à laquelle nous ajoutons un mélange d’alcool et d’éther qui dissout la graisse; puis nous recouvrons d’une lamelle et nous examinons au microscope. Lorsque l’alcool et l’éther sont dilués, notre préparation montre de grosses et de petites gouttes qui représentent des matières grasses. Elles sont d’un gris-blanc en coupe optique, et enveloppées d’un mince anneau noir. Si nous abaissons le tube, chaque goutte d’huile n’est plus entourée d’un anneau sombre, mais d’un anneau clair. Les gouttes d’huile ne peuvent être confondues avec les bulles d’air, car lorsqu’on examine ces dernières au microscope et qu’on abaisse le tube, leur bord sombre, au lieu de s’éclaircir, augmente au contraire de largeur.

TROISIÈME DIVISION

Dans les cellules de l’albumen de Ricinus ou dans celles des cotylédons de Brassica , une grande quantité de matières grasses se rencontrent à côté des matières albuminoïdes. Pour montrer la présence des premières, il nous suffira de placer sur le porte-objet de minces coupes de ces graines et de les traiter par un mélange d’alcool et d’éther. Les gouttes de graisses qui se produisent aussitôt sont faciles à reconnaître.

La teinture d’alcanna (extrait fortement coloré de la racine d’alcanna, préparé en traitant cet organe par de l’alcool à 70-80 %) peut servir aussi à découvrir les corps gras, bien que cette réaction, d’après mes expériences au moins, ne soit point particulièrement accusée. Lorsqu’on examine, par exemple, des coupes de l’albumen de ricin, dont les cellules contiennent une matière grasse qui présente cette particularité d’être soluble dans l’alcool, on mélange la teinture d’alcanna de son volume de glycérine, on agite à diverses reprises les coupes dans ce mélange , puis on les lave superficiellement à l’alcool et on les dépose dans la glycérine. Les grains d’aleurone sont incolores ou peu colorés, tandis que la masse fondamentale prend une forte coloration rouge à cause des matières grasses qu’elle renferme.

L’acide osmique en solution aqueuse à 1 % constitue aussi un réactif des huiles grasses. Des coupes de l’albumen du ricin placées dans cette solution prennent après quelque temps une couleur sombre, parce que l’acide osmique noircit les graisses.

122. Le rôle des matières grasses pendant la germination des graines.

Dans un grand nombre de graines ( Ricinus , Helianthus , Cucurbita , Brassica, etc.), les matières grasses constituent des substances de réserve non azotées. Ces matières grasses jouent le même rôle, au point de vue physiologique, que l’amidon dans les graines qui en contiennent beaucoup. Elles fournissent des matériaux pour la respiration et pour l’édification des membranes cellulaires. Mais, avant d’être employées dans les cellules de l’embryon en voie de croissance, les matières grasses doivent être d’abord transformées en amidon ou en sucre. 11 sera par conséquent très intéressant de montrer la formation de ces produits d’oxydation des matières grasses pendant la germination des graines oléagineuses.

Comme matériaux d’étude, nous choisirons des graines de Ricinus communis . L’embryon, qui se rencontre dans une cavité située au centre d’un albumen fort développé, se compose d’un axe et de deux minces cotylédons. Les grandes cellules de l’albumen contiennent, comme nous avons déjà eu l’occasion de le voir, une masse fondamentale riche en albumines et en matières grasses, dans laquelle

LES TRANSFORMATIONS CHIMIQUES DANS l’oRGANISME VÉGÉTAL. 233

se trouvent des grains d’aleurone. A l’aide de l’iode, il est facile de s’assurer qu’il n’existe pas d’amidon dans les cellules de l’albumen et de l’embryon.

On fait germer quelques graines de ricin dans de la terre de jardin, en l’absence de lumière et sous une température pas trop basse (20° G., environ). Alors que la racine principale ainsi que l’axe hypocotylé se sont déjà considérablement allongés, la partie supérieure de ce dernier organe reste encore recourbée parce que les cotylédons sont encore cachés dans l’albumen. A ce moment, comme avant la germination, l’albumen ne renferme pas d’amidon, mais seulement des matières grasses et albuminoïdes. Les cotylédons ont pour fonction d’absorber les matières de réserve de l’albumen aßn qu’elles puissent être utilisées par la jeune plante. Il existe beaucoup de matières grasses dans le parenchyme cotylédonaire. L’amidon qui faisait complètement défaut, comme on l’a vu, dans les tissus cotylédonaires avant la germination, se trouve en grande quantité dans les cellules du parenchyme qui enveloppe extérieurement la nervure médiane. Les cellules du cambium des faisceaux libéro-ligneux ne contiennent que des matières albuminoïdes. Il en est de même des cellules cambiales de l’axe hypocotylé. Le parenchyme cortical et médullaire de la partie supérieure de l’axe hypocotylé , en voie de croissance, est très riche en amidon et en sucre, comme il est facile de le prouver par le procédé connu, tandis que la quantité de ces substances va en diminuant de plus en plus dans la partie inférieure de l’axe. Dans les parties complètement développées de l’axe hypocotylé, le parenchyme ne contient ni sucre ni graisse; il n’y existe guère de grains d’amidon que dans les cellules de la gaine amylifère entourant le cercle des faisceaux libéro-ligneux. Dans la racine principale, on ne trouve pas non plus d’amidon ni de matières grasses; mais le parenchyme des racines latérales, dont la croissance est active , contient par contre beaucoup de sucre.

A mesure que la germination s’avance, les matières grasses disparaissent de plus en plus de l’albumen des graines de ricin ; elles sont employées pour la croissance de la plantule. L’axe hypocotylé se redresse, et la partie ligneuse ainsi que la partie libérienne des faisceaux de cet organe continuent à se développer. L’amidon et le sucre provenant des matières grasses disparaît des cellules parenchymateuses à mesure que s’effectue l’allongement de la portion supérieure de l’axe hypocotylé. Il ne sera donc possible de déceler la présence de grains d’amidon que dans les cellules de la gaine amylifère qui entoure les faisceaux libéro-ligneux.

On s’occupera plus loin de la fonction de la gaine amylifère, qu’il nous suffise ici de constater son existence. Elle se présente comme une gaine fermée entourant le cercle des faisceaux libéro-ligneux, et, comme la fig. 85 le montre, elle est nettement développée dans l’axe

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hypocotylé du ricin. Pour le reste, voy. la légende de cette figure.

On admet généralement que le développement des organes de l’embryon du ricin s’effectue progressivement de la racine aux cotylédons en passant par l’axe hypocotylé. L’amidon apparaît en grande quantité dans les cellules du parenchyme au début de l’allongement et pendant le développement intérieur de l’organe. Lorsque rallongement

Fig. 85. — Section transversale d’un faisceau libéro-ligneux situé dans l’axe hypocotylé complètement allongé du Ricinus communis. La section longitudinale est représentée par la fig. 26. r, parenchyme de l’écorce primaire ; m, parenchyme médullaire. Entre r et 6 se trouve l’assise périphérique du cylindre central, contenant des grains d’amidon (gaine amvlifère). Le faisceau se compose du liber 6, y du bois t , g et du cambium c, c. Lé cambium du faisceau c, c se prolonge en un cambium interfasciculaire c b dans les bandes de tissu fondamental séparant les faisceaux. Dans le liber : 6,6, libres libériennes; y, y, liber mou, formé en partie de parenchyme, en partie de tubes criblés. Dans le bois : t, t , vaisseaux ponctués étroits; y, y, larges vaisseaux ponctués, séparés par des libres ligneuses (d’après Sachs).

s’etïectue rapidement, le parenchyme contient également beaucoup de sucre. Mais les hydrates de carbone auront disparu de nouveau du parenchyme lorsque l’allongement et le développement des organes seront complets; ils auront été employés à la formation de la cellulose (1).

(1) Voyez Sachs, Botanische Zeitung, 1859, p. 177, et ensuite Detmer, Vergleichende Physiologie des Keimung sprocesses der Samen, 1880, p. 316.

Nous savons qu’on rencontre de grandes quantités d’amidon dans les tissus parenchymateux et médullaire de la partie supérieure de l’axe hypocotylé du ricin, lorsque cet organe est encore incurvé et que les cotylédons sont encore cachés dans l’albumen. Cet amidon, comme j’ai pu l’établir, existe en quantité si considérable qu’il est possible de montrer sa présence par voie macroscopique pendant une leçon. Des coupes de la partie supérieure de l’axe hypocotylé seront traitées sur porte-objet par l’hydrate de chloral et une solution d’iodure de potassium ioduré. Si les auditeurs dirigent vers la lumière la préparation recouverte d’une lamelle, ils pourront constater la présence de cette notable quantité d’amidon par suite de l’apparition d’une coloration bleue chez les matériaux d’étude.

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