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Expériences sur les feuilles

Il n’y a que la plus petite partie de l’amidon formé dans les feuilles par l’assimilation qui soit utilisée pour le développement de la feuille elle-même. La majeure partie de l’amidon abandonne la feuille et se

transporte dans d’antres organes de la plante pour en permettre le développement. Dans beaucoup de cas, le glucose représente sans aucun doute le produit de solubilisation de l’amidon. Ce glucose se forme dans les feuilles par l’action des ferments diastasiques sur les grains d’amidon (voy. § 112). Des feuilles de Tropaeolum , de Solanum ou de Cucurbita sont cueillies pendant la soirée d’une chaude journée d’été. On les porte dans l’eau bouillante; on les traite par l’alcool pour enlever la chlorophylle; puis on en place quelques-unes dans une solution iodée, afin de s’assurer qu’il existe de grandes quantités d’amidon dans leurs cellules (voy. § 14). Les autres feuilles, après avoir été traitées par l’alcool, sont lavées à l’eau, et déposées pendant quelques heures, sous une température de 45° C., dans un infusé de malt fraîchement préparé. Ces feuilles, placées ensuite dans une solution iodée, ne donnent plus la réaction de l’amidon ou, tout au plus, qu’une légère réaction. Il en résulte que la diastase peut dissoudre l’amidon produitpar l’assimilation dans les cellules des feuilles. Ce phénomène de dissolution s’effectue souvent avec une vitesse remarquable.

Nous cueillons, pendant une soirée d’unetrès chaudejournée de juin ou de juillet, quelques feuilles de plantes très robustes, croissant à l’extérieur, de Solanum, de Nicotiana , d 1 Atropa, de Cucurbita ou de Phaseolus , pour examiner immédiatement, par voie macroscopique, et d’après la méthode indiquée dans le § 14, leur teneur en amidon. Ces feuilles se montrent riches en amidon. Si le lendemain matin, au lever du soleil, nous enlevons quelques feuilles à ces mêmes plantes, nous ne trouverons pas d’amidon dans les cellules lorsque la nuit aura été chaude; pendant la nuit, cette substance s’est dissoute et a quitté les feuilles pour d’autres organes.

L’expérience qui va suivre est très instructive. Je l’ai effectuée sur des Tropaeolum majus cultivés en pots. On s’assure d’abord par voie macroscopique que les feuilles des robustes matériaux d’étude employés contiennent une forte quantité d’amidon. On place alors les plantes à l’obscurité dans un milieu renfermant beaucoup de vapeur d’eau, après leur avoir encore enlevé quelques feuilles, que l’on porte de même à l’abri de la lumière sous une cloche en verre. Au bout de quelque temps (de 5 jours seulement, dans mes expériences, effectuées sous une température de 12 à 15° C.), on examine par voie macroscopique la teneur en amidon des feuilles cueillies, et ensuite celle d’autres feuilles non séparées des plantes.

Les feuilles qui n’ont pas été détachées ne contiennent plus de l’amidon que dans leurs nervures, tandis que celles qui ont été cueillies en renferment encore des quantités plus ou moins grandes. Ces dernières n’ont pu se débarrasser de leurs hydrates de carbone pendant leur séjour dans l’obscurité, parce qu’elles ne se sont plus trouvées en relation avec d’autres organes comme les feuilles laissées sur la plante.

Lorsqu’on détermine par voie macroscopique la teneur en amidon des

TROISIÈME DIVISION

feuilles d 'Impatiens par vijlor a (cette plante croît souvent chez nous à l’état sauvage ; elle peut être facilement obtenue aussi dans un jardin, en semant des graines dans un endroit légèrement ombragé), on trouve cette substance en grande quantité chez les matériaux d’étude exposés à des conditions normales de végétation. Il arrive cependant, comme j’ai eu l’occasion de le voir, que les nervures sont pauvres en amidon par rapport au mésophylle et ne prennent par conséquent, sous l’action d’une solution iodée, qu’une coloration jaune ou légèrement bleuâtre. Lorsqu’on porte dans l’obscurité, avec quelques feuilles qui en ont été détachées, des exemplaires d ’ Impatiens, cultivés en pots, on observe que les feuilles restées sur la plante sont, comme celles qui en ont été détachées, dépourvues d’amidon au bout de 18 ou de 72 heures. Les feuilles coupées d'impatiens se comportent donc à l’obscurité d’une autre façon, à cet égard, que les feuilles détachées des Tropaeohim. Cellesci jouissent de la propriété de retransformer en amidon le glucose provenant de la solubilisation de l’amidon, qui a abandonné les feuilles encore attachées à la plante; les feuilles d’impatiens ne jouissent, tout au plus, qu’à un minime degré de cette propriété.

Nous pratiquons maintenant une section transversale dans une feuille d’impatiens parvi/lora , ce qui nous permettra de constater que son mésophylle présente un parenchyme palissadique ainsi qu’un parenchyme lacuneux. La nervure principale se compose, comme c’est d’ordinaire le cas dans les feuilles, d’une assise périphérique de cellules pauvres en chlorophylle, étirées longitudinalement, et de plusieurs faisceaux libéroligneux, dont la portion libérienne est entourée d’une gaine amylifère. La couche de cellules allongées qui enveloppe les faisceaux libéroligneux des grosses et des minces nervures peut être désignée sous le nom de gaine conductrice.

On a déjà montré que les nervures, surtout les plus grosses, des feuilles d’ Impatiens qui se sont développées dans des conditions normales, ne sont pas abondamment fournies d’amidon. Si on expose pendant 24 heures à l’obscurité des Impatiens cultivés en pots, pour examiner ensuite par voie macroscopique leur teneur en amidon, cette pénurie d’amidon sera encore mise davantage en évidence. Ces nervures se détachent sous forme d’un réseau jaune du mésophylle, coloré en bleu, assez riche en amidon. Nous laissons ensuite pendant 48 heures à l’obscurité, sous une cloche de verre et dans une atmosphère humide, des plantes d' Impatiens cultivées en pots ainsi que des feuilles qui en ont été détachées. Toutes les feuilles sont complètement, ou à peu près, dépourvues d’amidon. La réaction microchimique des glucoses (voy. la méthode dans le § 415) permet de constater, comme j’ai pu m’en assurer, que les cellules de la gaine conductrice des feuilles détachées contiennent beaucoup de sucre , tandis que les cellules correspondantes chez les feuilles non cueillies étaient pauvres en sucre.

Nous pouvons en conclure que l’on doit considérer la gaine conduc-

LES TRANSFORMATIONS CHIMIQUES DANS l’oRGANISME VÉGÉTAL. 267

trice des nervures comme le tissu de la feuille qui opère le passage des produits d'assimilation des feuilles vers les autres organes. Dans beaucoup de plantes, le Tropaeolum , par exemple, le produit de la solubilisation de l’amidon peut régénérer facilement et d’une manière transitoire de l’amidon, surtout dans les cellules de la gaine conductrice. Chez d’autres plantes , Y Impatiens , par exemple, cela ne se peut pas ou cela n’est guère possible (1).

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