Le latex
On sait qu’un grand nombre de plantes contiennent du latex. Si on coupe une euphorbe, par exemple, son latex, blanc, s’échappe souvent en grande quantité de la blessure (surtout lorsqu’on expérimente sur les euphorbes à forme de cactus). Il est évident que le contenu des réservoirs laticifères reçoit une pression assez considérable des cellules turgescentes de parenchyme qui leur sont contiguës, sinon il ne pourrait s’écouler de la blessure une quantité de latex aussi considérable.
On ne connaît pas encore la signification physiologique du latex. Je ne puis me défendre de croire que les latex jouent un rôle dans la physiologie de la nutrition; cependant, dans certains cas, ils pourraient servir, en outre, de moyen de défense contre les animaux nuisibles.
Comme dans le sérum du lait animal, de nombreux petits corpuscules solides, en suspension dans le liquide aqueux du latex, lui communiquent d’ordinaire une couleur blanche. Le nombre de ces corpuscules solides est très variable suivant la provenance du latex et suivant le moment auquel on l’examine. Si on porte sur un porteobjet une goutte du latex de la tige ou de la feuille du figuier, sans l’additionner d’eau, il est facile de s’assurer en l’observant sous un faible grossissement que ce latex contient relativement peu de corpuscules en suspension. Le latex des euphorbes et celui du Ficus elastica se montrent d’ordinaire beaucoup plus riches en particules solides.
Dans le liquide aqueux du latex se trouvent en dissolution des
(1) Voy. Wilhelm, Beiträge zur Kenntniss des Siebröhrenapparates dicotyler Pflanzen Leipzick, 1880, et Fischer, Untersuchungen über das Siebröhrensystem der Cucurbitaceen, Berlin, 1884.
PHYSIOLOGIE VÉGÉT VLE.
TROISIÈME DIVISION
corps minéraux, des sucres, des matières albuminoïdes, parfois aussi de la pepsine (voy. g 95), etc. Les corpuscules en suspension sont souvent formés en majeure partie de caoutchouc. Cependant certains latex contiennent aussi des graisses ou des grains d’amidon en suspension.
Lorsqu’on mélange sur un porte-objet une petite quantité du latex d’une euphorbe avec une légère quantité d’eau ou d’alcool, le latex se coagule. Au microscope, on remarque une agglutination des corpuscules qui se trouvaient au début régulièrement distribués dans le latex.
Les réservoirs laticifères des plantes sont de nature très variée. La racine de Scorzonera hispanica (scorzonère) conviennent parfaitement pour l’étude des réservoirs laticifères. Nous emploierons des matériaux conservés dans l’alcool, et nous y pratiquerons des sections longitudinales tangentielles après les avoir débarrassés de leur enveloppe corticale superficielle. Les réservoirs laticifères, faciles à reconnaître à leur contenu, montrent, dans le cas qui nous occupe, des vaisseaux longuement étirés, présentant de nombreuses anastomoses entre eux et parcourant un parenchyme à petites cellules.
Nous soumettons ensuite à l’examen des tiges de Chelidonium majus , et nous employons des matériaux conservés dans l’alcool. Sur des sections transversales, nous observons l’épiderrne, le collenchyme et le parenchyme cortical vert. Celui-ci confine intérieurement à un anneau formé de tissu mécanique dont les éléments sont fortement épaissis. Les faisceaux possèdent un bois et un liber développés. Nous apercevons ensuite dans le liber, ainsi que dans le tissu fondamental qui entoure les faisceaux, des éléments dont le contenu est coloré en brun. Ce sont les vaisseaux laticifères. On sait que le latex de Chelidonium possède à l’état frais une coloration rouge-orangé. L’action de l’alcool sur les matériaux d’étude a coagulé le latex dans ses réservoirs.