‹ Manuel technique et pratique d'anthropométrie crânio-céphalique (méthode, instrumentation)Chapitre 3 sur 66 · A L'ÉDITION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

A L'ÉDITION FRANÇAISE

Des recherches originales et des méthodes d'un genre nouveau ont d'ordinaire à renverser de solides obstacles avant qu'elles n'acquièrent la notoriété, avant qu'elles ne soient suffisamment vulgarisés pour entrer dans la. pratique courante. Il faut stimuler la curiosité d'une province entière avant de grouper autour d'elles le premier noyau d'une modeste commune.

Et encore convient-il que les créations scientifiques autochtones, indépendantes, de premier jet, s'abritent sous l'autorité d'un grand nom.

Tels sont les motifs pour lesquels nous avons attaché une si grande importance à la publication d'une édition française. Faire paraître en français les leçons que nous avions faites à Vienne sur la crâniométrie et la céphalométrie, c'était, pensions-nous, les répandre dans le public savant de la France, et gagner à nos travaux les hommes qui se groupent, quelle ([ue soit leur nationalité, sous la bannière scientifique de ce pays.

C'est pour les mêmes raisons que nous sentons tout le prix de la protection dont veut bien nous honorer l'incomparable clinicien de la Salpêtrière, ce maître habitué à vaincre. En présentant à ses compatriotes notre méthode et les résultats que nous avons atteints, il y met le sceau non de sa garantie, mais de sa critique, il les recommande à un examen éclairé.

Ce n'est du reste pas la première fois que des idées et des méthodes originaires de Vienne ont dû demander l'hospitalité à des savants français Les enfants intellectuels d'Auenbriigger et de Gall n'ont-ils pas été assistés et éduqués par des professeurs de cette sympathique nation, avant d'avoir trouvé chez eux droit de cité, avant d'avoir obtenu de leur patrie, au lieu même de leur naissance, leurs lettres de naturalisation incontestées et d'avoir brisé tous les préjugés qui les eussent tenus à l'écart, en dépit d'un consentement apparent ?

Nous espérons cette année même, avant et pendant la session de l'Exposition universelle de Paris, convaincre ceux de nos confrères qui s'intéressent à l'anthropologie que l'exécution pratique aplanit les quelques aridités inséparables d'une description de ce genre, et que seule l'exactitude des procédés mathématiques peut permettre à la clinique et à la morphologie une ample moisson de matériaux fructueux. Et, dans ces conditions, on

VI AVANT-PROPOS DE L'AUTEUR A L'ÉDITIOiN FRANÇAISE.

ne saurait s'imaginer la richesse vraiment incroyable de la récolte dont on sera redevable à une instrumentation au demeurant des plus aisées à manier.

Sans doute une observation judicieuse et des méthodes empiriques manœuvrées par un habile ouvrier, dans un cadre simple, peuvent se montrer d'une fertilité réjouissante ; mais, si l'on veut pénétrer plus avant, et faire lever des connaissances d'une inimitable précision, on est contraint d'emprunter aux sciences exactes un arsenal d'instruments mathématiques.

D'ailleurs, que le lecteur n'aille pas s'effrayer des termes que nous venons de prononcer au seuil de ce traité. M. le D' Keraval s'est en peu de temps assimilé nos conceptions, le sujet et l'objet de nos développements, il a saisi le mécanisme de notre invention au point de refondre complètement les dispositions primitives de notre ouvrage et de le présenter sous une forme en rapport avec l'esprit de ses concitoyens. Une s'agit donc pas simplement d'une traduction. C'est une transformation qu'a opérée notre ami, comme si, à triompher des difficultés fondamentales d'un pareil labeur, ses forces cérébrales ne trouvaient pas une matière suffisamment étoffée. Qu'il nous permette de le remercier du remaniement qu'il a si heureusement opéré dans l'essence et la modalité de notre crânio-céphalométrie.

Vienne, janvier 1889.

Professeur BENEDIKï.

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