‹ Manuel technique et pratique d'anthropométrie crânio-céphalique (méthode, instrumentation)Chapitre 36 sur 66 · ARTICLE IL — CÉPIIALOMÉTRIE RECTILIGNE · texte numérisé non relu

ARTICLE IL — CÉPIIALOMÉTRIE RECTILIGNE

Les mesures linéaires sont justiciables des modilications numéri(iues que ici. Toutes celles ([ui concernent la longueur ou les dimensions transverles du crâne doivent sur la tete humaine subir une réduction de \ centi- -Hre; on admet en elîet qu'entre la pointe du céphalomètre et l'os l'épaisur des parties molles équivaut i\ 5 millimètres de chaque côté. On mesurera ■ iir la tête le diamètre longitudinal maximum, la corde qui sous-tend l'arc de ■ourbure longitudinal no, les cordes nt et ?/a, — on mesurera le diamètre l ansverse maximum, le diamètre transverse zygomatico-radiculaire et tous es autres diamètres transversaux; on les diminuera ensuite de 1 centimètre. •I.iis, quand il s'agira des rayons menés de l'axe transverse biauriculaire 00, ' bizygomatique JJ, ou des courtes cordes telles que nh [nf), n[3, ap, etc., on les )iiçidérera comme n'étant trop longs que de 7 millimètres en tout, j II ressort de cette règle que l'indice iransverso-longitudinal de la tête est de I. à 2 p. 100 plus fort sur la tête que sur le crâne. Admettons, par exemple, l|ue nous ayons, sur une tête, obtenu pour diamètre longitudinal maximum 18, ')t pour diamètre traiisverse maximum 15, notre indice serait de 83,3. Nous 'm retranchons un centimètre et nous avons 17 pour la longueur, 14 pour la aargeur, ce qui réduit l'indice à 82,35. — Une tête sur laquelle nous constatons 18 de longueur maxima et 13 de largeur maxima fournit comme indice "72,7, tandis que les mêmes mesures chiffrent sur le crâne correspondant 17 '3t 12, d'où l'indice 70,6. — Enfui 18 centimètres de longueur céphalique asso- 'îiés à 13,0 centimètres de largeur se traduisent par un indice de 86,1, tandis nue le crâne du même sujet a pour indice 85,3. — On voit que chez lesbra- •îhycéphales la différence est plus petite que chez les dolichocéphales. On k'era bien de la majorer un peu, car il est indéniable que la défalcation des ihiffres recueilUs sur la tête par rapporta ceux que nous supposons pris sur le irâne sous-jacent est trop incertaine. Il y a lieu notamment de croire que ;a différence entre ces nombres est plus forte pour les mesures longitudinales ; il peut arriver qu'à l'un des deux points extrêmes du grand diamètre Longitudinal L, ou qu'à ces deux points en même temps les téguments offrent iiin excès d'épaisseur de 5 millimètres, et qu'alors l'indice transverso-longituillinal L Br I crânien correspondant soit plus grand que nous ne le ferions ^5ans la précaution dor^t nous venons de parler. Ainsi qu'une tête ait pour diaimètre longitudinal L, 18 ; pour diamètre transversalBr, 14 ; son indice est de 77,8 : i le crâne correspondant mesure en réalité 16,5 de diamètre L et 13 de diaiiotre Br, c'est 78,8 qui représente l'indice transverso-longitudinal réel.

La mensuration Irigoyiométrique de la tête procède de la relation géométrique 1<'S deux points extrêmes latéraux de Vaxe transverse 00 (V. fig. 3). Insistons m peu sur cet axe (V. pages 37, 44, 48). La fossette située en arrière et au-dessus de l'orifice du conduit auditif ex-

Denedikt-Keraval. — Anthropométrie. 5

^'j MANUEL U'aNTIIROPOMÉTHIE CRANIO-CÉPIIALIQIIE.

terne, qui nous a servi de point de départ sur le crâne, est, sur la tète vivante, aisée à seniir. On appli(|ue en cet (Midi-oit la i)oinle mouchetée du corn])ascéplialoniétricpie. On i)rend la distance 00 en i)riant un assistant expert de lixer de l'autre côté, an point homonyme, l'autre extrémité de Tinstrument. On obtient ainsi le chill're du diamètre transverse bi-auriculaire déjà étudié. C'est une mensuration, sounne toute, (l('i)ourvue de diCticulté.

Il est moins commode de i)rendre l axc; .1 J dont les extrémités terminales occupent la paroi postérieure de l'articulation temporo-maxillaire. Si l'on y tient, ne serait-ce que pour établir les constructions semblables à celles que nous avons détaillées, et pour cause, au chapitre v, et les comparer ensuite entre elles, on engage ,1e patient à exécuter des mouvements de mastication, ce qui facilite la découverte de l'origine de la bii'urcation de l'apophyse zygomatique en ses deux racines. On y lixe l'index et le médius de chaque liiain de son assistant qui embrasse de cette façon les deux extrémités latérales (droite et gauche) de la tête du sujet. Chaque branche du céphalomètre est inti'oduite par l'opérateur entre les deux doigts de son aide qui a soin de les appliquer le plus fort possible et avec la plus grande solidité contre l'os: l'oljservateur lit alors la mesure du diamètre bizyçjomalico-radiculaire.

On mesure ultérieurement la distance de chacune des extrémités des deux axes 00, JJ à l'un des points périphériques sis sur le plan médian antéropostérieur m,x,n,t. Ce sont les cordes 0m,0x,0n,idt, hnjx, St que l'on obtient. Cela, de chaque côté droit ou gauche de la tète, d'où les expressions munies de l'initiale allemande r (droite) et / (gauche) en manière d'indice algébrique Om,-, Ow/, etc.. 3m,-, Jmi, etc.

Il n'est pas cependant si simple de lever les cordes qui joignent les points h (/'),p,i;,a,o, aux extrémités de l'axe transverse 00.

Prenons le point médian h{f) de la limite du cuir chevelu. On se mel à mesurer, des deux côtés du diamètre 00, les distances à ce point, comme s'il était exactement déterminé. Si l'on trouve une très grande ditl'érence entre les longueurs de chacune des deux cordes de chaque côté, on déplace le point k vers la droite ou vers la gauche sans en changer la hauteur, jusqu'à ce que les longueurs 0,- h Oi h soient à peu près égales, et on en calcule la moyenne qui sert ensuite de longueur définitive à chacune des cordes en question. On marque, en exerçant sur la peau une certaine pression avec le compas céphalométrique, le point qui correspond à cette longueur; ce point est définitivement choisi. On mesure alors la distance nh et l'arc nh.

Le pohit 3 ressort d'ordinaire assez franchement au moins quant à sa longitude céphalique. Déterminez au palper l'extrémité antérieure de la suture sagittale, placez en ce point la pulpe du doigt indicateur; faites-l'y maintenir par votre aide entre ses deux doigts, médius et index, retirez votre indicateur et remplacez-le par la pointe du céphalomètre. — Allez, ensuite,, placer l'autre extrémité du compas au point 0 du côté droit et du côté gauche, voyez si les deux longueurs Op,. et 0^/ sont égales et obtenez-en l'égalité, au moins approximative, en faisant déplacer vers la droite ou vers la gauche l'extrémité du céphalomètre tenue par votre aide. On prend enfin la distance np et l'arc n^j. Grâce à ces jalons, rion seulement toutes les mesures sont réellement prises par rapport au même point, mais encore le même point sera constamment retrouvé.

Le point y présente de grandes difficultés. L'opération est plus complexe. Il ne suffit pas de découvrir un point occupant aussi exactement que possible la ligne médiane, besogne dont la méthode appliquée à la détermination des points h et p viendi-ait à bout; il faut en outre, au palper, trouver le point qui corres|)ond réellement à l'extrémité ternnnale supérieure du diamètre maximum du verlex (V. haulenv crânienne maximum, ch. n, art. 3). D'habitude nous orientons la tète du sujet de telle sorte que l'individu regarde droit devant lui,

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qu'û tienne son plan visuel aussi liorizonlal que possible, et nous déterminons à vue d'œil le point le plus élevé du vertex en arrière du bregma ^. Dans les cas d'une ditricullé spéciale, d'une importance capitale, on a un moyen de contrôle en comparant la distance de ce i)()int ainsi clioisi h l'extrémité du diamètre transverse 00 avec celle du même point à l'extrémité de l'autre diamètre transverse radiculo-bizygomatique JJ, en comparant, en un mot, les distances Oi\iv.

Le point a possède une longitude qu'il est aisé de préciser; on en détermine la latitude comme on a déterminé celle du point //.

Le point 0 est dépiste' par le point de repère n; l'une des brandies du compas qui a servi h le trouver y est ensuite mise en station tandis qu'à l'aide de l'autre branche on se rend compte des longueurs oO et au besoin oJ ; on procède comme on l'a fait pour les points v et h (/).

Le point / est cherché comme nous l'avons exposé suprà à propos de l'arc nt; on tâtonne pour assurer l'égalité des distances, etc. comme on vient de le dire.

Répétons à satiété que la levée de tous les points depuis /«jusqu'à t doit être immédiatement suivie de la mesure des cordes et des arcs qui sont compris entre chacun des points dénommés et le point n.

La fixation des points latéraux a lieu en céphalométrie d'une manière tout analogue à celle de la cràniométrie. On en mesure la distance aux points n et a; ainsi qu'aux deux extrémités de l'axe transverse. Un point latéral quelconque est, par conséquent, dans ces conditions, le sommet de la pyramide triangulaire qui a pour base le triangle facio-nasal nlx. Nous avons déjà parlé de cette construction et de la méthode de détermination de la pyramide envisagée (V. p. 47). On tire les cordes joignant aux points médians les extrémités latérales de l'axe 00, et l'on calcule, comme pour le crâne, le milieu médian 1 de cet axe. Seulement, tandis que pour les grands rayons longitudinaux et transversaux on défalquait des mesures céphalométriques 1 centimètre afin d'obtenir leurs correspondantes crâniennes, pour ceux qui partent du point X il suffit de soustraire 7 millimètres.

Nous caressons l'espoir de publier plus tard la récapitulation coordonnée de nos mesures céphalométriques dans les cas pathologiques, dès que nous aurons un fonds convenable de mesures prises sur des tètes normales, principalement sur la tête en voie d'accroissement, de développement. Pour le moment nous résumerons les résultats généraux de nos recherches.

ARTICLE in. — Anthropologie normale et pathologique.

Le déterminisme obéit à des principes. De ce nombre est en cràniométrie et en céphalométrie celui de ïamplitude physiologique. Comme, à l'époque où nous vivons, il n'existe pas de champ d'observation exclusivement formé par des unités pures, comme, en d'autres termes, il n'existe pas de série dans laquelle il n'y ait pas de crânes d'individus touchés par la maladie et les anomalies, on devra forcément rencontrer quelques-uns de ces crânes atypiques et pathologiques aux limites extrêmes de toute série normale. Il nous faut cependant délimiter plus étroitement l'amplitude physiologique que l'amplitude de variation et rejeter de la première les termes sériaires extrêmes qui, dans les séries dites normales, se présentent sous l'aspect de fractions centésimales imperceptibles quant au nombre des crânes composanis, surtout lorsque d'un bond ils s'écartent par le chiffre des mesures des termes sériaires voisins. Dans les séries pathologiques, nous rencontrons une amplitude de variation plus grande que dans les séries normales parce qu'elles renferment à priori plus d'individus anormaux qu'il ne s'en égare au sein des séries normales. Nous ne saurions trop proclamer que les collections anatomiques se recrutent parmi

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les malheureux de la lie sociale arrivés aux derniers degrés des dégénérescences de toute espèce, que maintes de ces collections s'alimentent directement dans les (Uablissements pénitentiaires, enlin rpie les anatomisles se sont attachés de préférence à conserver les crânes sur lesquels on constate des déviations, sans se soucier de l'histoire clinique et médico-légale des individus auxquels ils les ont empruntés. Les matériaux de la collection de Weisshach ne doivent eux-mêmes pas être tenus pour des éléments purs. Son stock militaire remonte à une époque où l'on n "avait pas inti'oduit l'obligation du service pour tous, etilestde notoriété publique que, si les classes dirigeantes avaient adopté la coutume de noyer dans l'armée tous leurs garnements incorrigibles, les petites communes imposaient leurs gredins à la commission militaire; ajoutons que l'on englobait dans le contingent des épileptiques et des individus atteints d'imbécillité moyenne. Que la commission militaire lut trompée ou qu'elle se trompât consciemment, ainsi que cela est patent pour la vieille Autriche, il n'en est pas moins vrai que l'on comptait au service de la patrie une superbe proportion de dégénérés en uniformes, les communes conservant chez elles les compagnons aisés et valides tandis qu'elles se débarrassaient de fécume morale et des autres non-valeurs. Comme, de plus, tout grand hôpital de garnison contient un quartier d'observation médico-légale, dans lequel on enferme aussi, pour les soumettre à un examen long et approfondi, beaucoup d'individus suspectés de simulation épileptique ou psyctiopathique, on conçoit à quel point les matériaux de Weissbacli furent infestés d'éléments morbides et judiciaires, bien qu'ils forment la collection ethnographique la plus parfaite qui ait jamais existé.

Quels sont donc les jalons critiques sur lesquels nous nous appuyons pour qualifier un crâne de pathologique ou d'atypique? Nous avons trouvé dans chacune de nos séries normales aussi bien que dans chacune de nos séries pathologiques une somme de spécimens qui, du fait de l'excentricité d'une des dimensions considérées, doit être tenue pour anormale ou atypique. Sans doute la proportion dans chaque série en est très petite. Mais quand, réunissant les diverses dimensions d'une seule et même série de crânes, nous additionnons les proportions, nous nous apercevons que les spécimens en question sont anormaux par plusieurs dimensions, et que la proportion des crânes appartenant à des individus anormaux au double point de vue clinique et médico-légal, se révélant comme tels par la crâniométrie, est notablement plus forte. Du reste ils ne sont pas encore à ce point nombreux ni si exactement mesurés (nous rappellerons à ce sujet la question de l'asymétrie) pour que dès maintenant on les invoque, à l'instar d'un matériel précis, comme cadre de différenciation entre des sujets normaux et des sujets anormaux. Évidemment il existe encore bien des signes distinctifs qui ont totalement échappé à notre attention ou n'ont pas passé par l'étamine des méthodes authentiques de mensuration. Nous examinerons plus tardées arguments. Pour le moment nous nous attacherons provisoirement à tirer parti tant des mesures spéciales que de l'ensemble des mesures prises pour ranger les spécimens dans la série physiologique ou au contraire les en extraire ; nous tiendrons également compte de certains accidents tels que de l'originalité de types méritant le nom de curiosités qui contredisent au type de la race d'une manière générale, au type du genre homo sapiens.

C'est ainsi que dans les séries pathologiques nous obtenons un nombre énorme, surprenant, de spécimens qui, de par la crâniométrie et la crânioscopie, méritent le titre d'anomalies. Par exemple, iiarmi les 127 crânes d'aliénés de Zuckerkandl, 103 au moins doivent être considérés comme pathologiques. Sur les 9 crânes de femmes de la collection de Gall, nous avons trouvé 8 crânes pathologiques ou atypiques, et, sur ses 10 crânes d'hommes, au moins 6 de cette catégorie. Bordier donne pour les crânes de meurtriers (\u il

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a examinés une proportion do 38 p. 100 do crùiios pallioluî-iipies. Toiil on étant convainon qn'on exayôi'o li'ôs IVéïiuemmonl la [iroporlion des spécimens qui détonnent dans une série (luelconque, nous devons recoiniaître que la comparaison des termes sériaires et des moyennes est éminemment caractéristique. N'avons-nous pas relevé en étudiant les arcs de cercle r/p,na,'x|5 que dans une série patliologiqne les termes sériaires des valeurs élevées manquent ou sont pauvrenuMît représentés, que chez l'aliéné le segment de cercle longitudinal moyen est bien plus souvent piètre que chez des individus normaux? Mais, malgré cela, l'excessive petitesse de cet arc est une anomalie absolue qui ne caractérise que peu do sujets. Ce qui n'empêche que la séi'ie ne nous enseigne qu'une piteuse courbure des régions Ironto-pariétales de la cage cérébrale et de son contenu, prédispose à l'aliénation mentale; le volume du crâne ne diminuant pas parallèlement chez les aliénés, la série nous apprend encore qu'une disproportion entre le développement des hémisphères au niveau dés régions antérieures et moyennes du crâne et la masse totale du cerveau joue un rôle important dans l'étiologie des psychoses. Ainsi s'explique l'origine du désordre qui disjoint la machine psychique à une époque déterminée et dans des conditions hxes sans que la nécropsie permette de trouver d'altérations pathologiques. Et encore faut-il laire la part à ce dernier égard des vices de préparation K

Il y a également lieu de croire que ceux des processus pathologiques, celles des anomalies physiologiques de l'encéphale qui, ayant pour origine un terrain préparé dès la naissance ou dès la première enfance, n'apparaissent cependant qu'à une époque relativement tardive de la vie, ne sont pas absolument inévitables, qu'elles pourraient parfaitement demeurer latentes si les individus qui en sont porteurs bénéficiaient de conditions favorables, notamment dans la société où ils vivent. D'autre part, les mêmes perturbations peuvent éclater chez des individus doués d'une constitution normale sous l'influence d'intoxications, de maladies, de conditions sociales défavorables ; elles n'agissent alors point sur la morphologie crânienne et cérébrale. C'est pour cela que l'on rencontre beaucoup de crânes anatomiquement normaux dans la série des individus à encéphales physiologiquement anormaux, et qu'inversement les séries normales absorbent beaucoup de crânes d'individus prédisposés qui n'ont dû qu'à une mort hâtive ou à d'heureuses conditions sociales d'avoir conservé leur prédisposition à l'état latent. Ainsi s'explique le petit nombre apparent de spécimens anormaux. Mais nous avons toutes raisons de majorer la proportion et, par suite, d'apprécier à leur juste valeur les services que l'anthropologie rend à la psycho-pathologie et aux éthopathies.

Il ne faut pas s'y tromper. Gall, avec sa phrénologie, n'était pas si éloigné de la vérité qu'on l'a voulu dire. Quand il découvrit que les hémisphères cérébraux étaient les vecteurs de la vie mentale et que la différence constitutive qui séparait le monde animal de l'homme civilisé avait son explication dans l'excès de développement des hémisphères par rapport à la masse cérébrale, quand, en outre, il exposa que le développement de la courbe crânienne progressait de concert avec le développement proportionnel des hémisphères, et qu'il posa en principe qu'à tout développement localisé de n'importe quel segment de la paroi osseuse du crâne correspond un développement conforme et localisé de la région cérébrale afférente, chaque région du cerveau devant avoir sa fonction locale, physiologique et psychologique, spécialisée, tout indiquait de faire le plus grand cas de la triple harmonie mise ainsi en évidence et de soupeser la valeur de la trilogie représentée par le crâne, le cerveau, l'activité psychique. Mais, par une sottise inconcevable, les contemporains de cet initiateur se bouchèrent les oreilles pour

' Ueher einUje Gnindfnrmeln des neuropathologischen Denkens {Wiener Klinik, 1S85).

''^ MANUEL D'ANTHROPOMÉTRIE CRANIO-CÉPIIALIQUE.

préserver leur encéphale des vibrations du concert jjroclamé par Gall. concert qui lui-même tient une place considérable dans l'histoire des progrès intellectuels de I humanité dont il lournit rexjjlication.

Parmi les objections qu'on lui lit, il en est deux, celles-là mêmes qui sont considérées par les adversaires de Gall comme prépondérantes, qui, ainsi que la montré Virchow, ne tieinient pas debout. On lui disait : Une partie des hémisphères occupe la base du crâne, et, par suite, échappe à l'inspection de la tète. — On trouve des crânes extrêmement déformés chez des individus que l'on ne saurait considérer que comme normaux à tous égards ou supérieurs à la moyenne. — Or l'auteur célèbre du livre intitulé « le développement des assises du crâne >> [Die Enlivickelung des Schœdelgrundes] a prouvé que toute anomalie de développement de la base se répercute sur le squelette de la face et sur la boîte même du crâne, qu'en effet les crânes les plus déformés peuvent, par le système des compensations, récupérer un équilibre compromis et qu'un développement cérébral normal est compatible avec des dilîormités excessives. La phrénologie de Gall a été rejetée d instinct, et l'instinct a été judicieux, mais l'argumentation dirigée contre elle s'est montrée plus que médiocre. Gall n'est même pas tombé dans l'erreur dont bien des physiologistes ont jusque dans ces dernières années encouru le reproche, nous voulons parler de cette opinion d'après laquelle un district donné des hémisphères est le siège d'une seule fonction psychique élémentaire ; il semble que cet homme de génie eut la prescience des découvertes microscopiques, qu'il devina que toute coupe contient des éléments anatomiques de plusieurs espèces, jouissant de propriétés physiologiques différentes Il a su au contraire correctement attribuer à chaque district du cerveau une fonction psychique combinée. Mais il ignorait que le substratum anatomique des conceptions les plus simples parcourt le cerveau entier, et que ce n'est pas dans une petite zone qu'il faut chercher l'organe des conceptions les plus élémentaires, qu'on a affaire ici à un organe dont les éléments anatomiques sont diffusés et qui ne forme un tout physiologique que par la conjonction des fibres. S'il en est ainsi pour les facteurs simples de la vie mentale, ce mécanisme est encore plus évident en ce qui concerne les émotions et les réflexions, c'est-à-dire l'organe des mouvements de l'âme, et aussi en ce qui regarde l'organe dont dépendent les traits du caractère et notamment les rouages des qualités personnelles, du savoir-faire qui impriment une forme toute particulière à la lutte pour la vie de l'individu. La phrénologie, au sens de Gall, est une utopie, mais elle a établi ce fait qui lui survit que les éléments chargés de certains territoires sensoriels et de certains actes moteurs (ces phénomènes n'ont rien de commun avec les mouvements volontaires partiels au sens de Bell) occupent des districts circonscrits dans les hémisphères (quoiqu'ils ne s'y confinent pas exclusivement) et que la déchéance de même que l'excès de développement de ces éléments vient s'imprimer sur le crâne -.

Les équations dont se composent les problèmes biologiques sont éminemment complexes; elles comportent une somme de termes dont souvent, dans la suite indéfinie des âges, la science n'a même pas eu le pressentiment. Encore plus compliquées sont les équations de psychologie biologique. Gall échoua dans son premier élan; il n'arriva pas à la solution. Etait-ce une raison pour que les pygmées ses contempoi-ains détournassent les yeux d'une personnnlit(! dont la place est aux côtés des Bacon, des Newlon, des Galilée, des Kant. Si Gall eut vécu après Herbart, s'il eut connu l'analyse des psychopa-

1 Voy. Zur Lehre von der Localisation der Gehirnfunction (III Abschnill, p. 110 (WicJter Klinik, 1883).

2 Une autre crrour considérable do la phrénologie, c'est d'avoir considéré comme anatomiques des propriétés physiologiques de l'encéphale, celles, par exemple, d'où dérivent le tompéraincnt, l'imagination, etc.

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ihies due au génie de Spielmanii il eût exécuté sa plu-éuologie dune autre manière. Ses en-eura sont, au reste, une incilalion aecéléi-éc au iirogrès et retlètent un génie dobscrvalion supérieur, elles rendcnit plus de services que les vérités de mille savants banaux. C'est tellement vi'ai qu'aujourd'hui môme, confrontant le crâne et le cerveau, et leur opposant comme pendant l'activité psychique, nous nous posons encore, au seuil du problème toujours en souffrance, les questions traditionnelles. Un trouble du déveloi)pemont des deux premiers enlraine-t-il nécessairement, fatalement, une perturbation dans le développement des fonctions psychiques? Et une anomalie dans les allures de l'activité mentale peut-elle ou doit-elle avoir toujours pour coi'respondante une anomalie du crâne et du cerveau, et dans quelles conditions? Nous ne devrons pas, en nous engageant dans cette voie, perdre de vue que des constatations négatives ne prouvent pas que semblable rapport n'existe point, car souvent un examen négatif indique simplement l'ignorance et l'incompétence de l'investigateur. En revanche, nous' nous cuirasserons contre l'engouement des constatations positives par un scepticisme raisonné, une discussion critique approfondie des faits, n'oubliant jamais que nos capacités et nos connaissances sont bien chétives en face des conditions complexes auxquelles nous avons affaire.

Dans l'état actuel de nos connaissances, nous n'opposerons les uns aux autres que des modes de déviations morphologiques et psychiques; nous cher- . cherons simplement à constater s'il existe entre ces deux espèces un rapport, sans oser, dans l'immense majorité de cas, nous engager à remonter de la résultante psychique à l'interprétation physiologique des faits morphologiques. Il ne nous est arrivé qu'une fois, nous le savons, de nous écarter de ce programme, c'est lorsque nous plaçâmes le sens moral dans les lobes occipitaux; cette précipitation ne nous a pas réussi.

C'est seulement lorsque nous nous trouverons en présence d'un crâne anormal et atypique que nous nous tiendrons pour autorisé à exprimer le soupçon d'une organisation et d'un fonctionnement anormaux du cerveau. Inversement, il est absolument légitime, tout fait nécessaire, de se demander, quand on a sous les yeux une allure atypique et anormale de l'activité mentale, s'il existe concurremment des atypies et des anomalies crâniennes et cérébrales. Cela ne devrait même pas être discuté. La sotte campagne que les spécialistes de profession ont dirigée contre la justilication de cette question, nous refusant •même le droit de nous borner à la poser, cette lutte prouve qu'il s'écoule toujours un laps notable de temps entre l'acquisition d'une découverte et^sa sanction publique.

Il n'y a que relativement peu de protocoles crâniométriques et céplialométriques qui nous donnent le droit de conclure avec certitude à l'impossibilité û'un fonctionnement normal. Ce sont, au premier rang, les rapports hijpotypiques qui nous autorisent à conclure que les chilTres témoignent de l'alDaissement des mesures au-dessous du type concernant le crâne entier ou quelques- •uns de ses segments.

C'est principalement lorsque le volume du crâne est bien inférieur au volume type que l'on peut admettre que l'individu dont provient ce crâne était anormal.

Quand sur la tête nous enregistrons la petitesse excessive et non compensée de l'une des trois cii'conférences fondamentales, nous sommes en droit de soupçonner qu'il s'agit d'un crâne au-dessous du type normal, et, dans la pluralité des cas, le soupçon contine à la certitude d'une démonstration. On observe fréquemment l'exiguïté des grandes circonférences ou de presque toutes les circonférences dans l'imbécillité congénitale, dans l'épilepsie, chez <!es criminels imbéciles. C'est encore souvent le cas de Vlicmiplégie et de la

' Diagnoslik ftir Geisleskranlihcilen. Wieu, 1885. Braumuller.

~- MANUEL d'anthropométrie CRANIO-CÉPRALIQUE.

paraplégie spasmodique infantile, bien qu'on y renconlre aussi, de même que chez beaucoup trépilcpliques, une macrocëpbalie réellemenl extrême. L'Iiémiplégio spasniO(li(|U(' tic rcufance et r('pilo|)sie se traihiisenl aussi volontierspar la réduction héinilalcrale de la circonlerence horizontale.

Nous n'irons pas plus loin sans ajouter quelques considérations relatives à l'importance et k la signilication de la microcéphahe et du volume intraerànien ainsi qu'à la grosseur et au poids du cerveau. C'est un fait d'une certitude assez bien établie que les hommes marquants possèdent généralement un cerveau volumineux et lourd, que leur crâne se distingue par un notable volume. Mais il est encore plus certain que la macrocéphalie ne dénote pas un haut développement des facultés psychiques. Nous avons souvent fait ressortir que la macrocéphalie atypique porte bien des fois la signature indéniable des phénomènes pathologiques qui en ont provoqué le développement, et qu'en présence de tout excès d'envergure crâniométrique il y a lieu de soupçonner une anomalie. L'exagération de la masse du cerveau par rapport à la moyenne ne témoigne pas le moins du monde forcément de la valeur intellectuelle d'un homme. Ainsi, l'imagination et le don des combinaisons qui sont cotés comme d'importants facteurs psychiques pour le talent créateur ne sont pas du tout indispensablement associés à une luxuriante opulence du cerveau en éléments anatomiques. Il suffit que ceux des éléments existants possèdent une impressionnabilité supérieure à cehe du type commun, et que les trajets nerveux qui relient les uns aux autres les points nodaux des ondulations produites par l'activité mentale en mouvement soient doués d'une conductibilité plus grande que celle du type moyen, pour que, sans que le substratum analomique cesse d'être relativement petit, il naisse des combinaisons profuses autant qu'originales qui représentent le talent créateur, voire le génie en art, en science, en technologie industrielle. Seuls les idées et les sentiments personnels qui se traduisent en œuvres autochtones de natures variées prennent leur source dans cette abondante richesse de l'organe central en éléments anatomiques. Le plus grand génie peut être borné, c'est-àdire n'avoir à sa disposition qu'un petit cercle d'idées et de sentiments : inversement une nature richement douée et richement développée peut demeurer improductive parce que, ses éléments étant modérément impressionnables et peu conducteurs, elle ne tirera rien de son propre fonds.

On peut en outre s'imaginer une personnalité douée d'aptitudes riches et créatrices dans une direction et manquant de moyens psycho-cérébraux dans un autre sens. Supposons un penseur aussi profond et aussi fécond que Kant réduit à l'inaction motrice à la suite de lésions des centres psychomoteurs, et, par suite, incapable de talent dans les exercices du corps, les arts et l'industrie ; les aptitudes qui lui sont refusées d'un côté s'exagèrent dans une autre direction, mais alors cette exagération peut être compensée par un déficit tellement marqué des régions atrophiées que le poids du cerveau s'abaisse au-dessous de la moyenne.

C'est par un mécanisme analogue que de grandes capacités intellectuelles et moti'ices s'accompagneront d'imbécillité esthétique ou de folie morale, qui est l'expression d un défaut de développement de la sensibilité éthique, de sorte qu'au lieu de l'abondance des éléments anatomiques, que la loi naturelle faisait prévoir à raison du développement des deux sortes de facultés citées, la fortune cérébrale s'abaisse à une moyenne inattendue.

Un bon exemple de microcéphahe contrastant avec un développement normal de la vie intollectucllo et alfective, nous l'avons dans les cas d'hémiplégie et de paraplégie spasmodique infantile, qui bien souvent trahissent le déficit de nombreux éléments psycho-moteurs sous forme de porencéphalie accompagnée de diminution du volume du crâne.

Abordons les mensurations.

TECHNIQUE CÉPHALOMÉTRIQUE. Til

Nous avons vu quo, chez les individus anomiaux, en particulier chez les aUénés et les dégénérés ([ui fournissent une parlie du contingent des criminels, c'est le (hauièlre de la hauteui- crànieiuie qui i^este le plus en arrière dans son dévelo|)pement, et que, dans ces deux catégories de malades, les crânes longs sont de préférence très étroits et les crânes courts volontiers très larges : aussi leur indice transverso-longitudinal est-il des plus caractéristiques.

Mais il est aussi facile de saisir que la pelilessc anormale d'une dimension partielle entraînera une anomalie de développement de la partie du cerveau qui correspondra au segment crânien dont la dimension partielle exprime lamoindrissement. Il devra donc se produire une lacune dans la fonction et cette lacune se manifestera, non pas seulement pai' une anomalie fonctionnelle de la pai'tie atteinte, m;ns par la perturbation de toutes celles des fonctions des autres régions de l'organe central, qui s'associent à l'activité de la partie en question. Nous n'avons aucun motif de démentir l'axiome posé par Gall. .-1 ch'ique se(/men( détenniné de la boîte crânienne correspond un aegmeni déterminé de l'encéphale, et nous pouvons conclure du degré de développement du premier au degré de développement du second.

Une importante petitesse atypique, dont la signification clinique est considérable, c'est celle du secteur médian a p. C'est une lésion caractéristique, quoiqu'elle ne soit pas d'une constance absolue, de l'épilepsie. Quand on songe que le sillon de Rolando est situé à 45 millimètres environ en arrière du bregma p, il devient évident que l'arrêt de développement de Varc pariétal indique, au premier chef, une aplasie des circonvolutions ascendantes qui sont des centres convulsifs de l'hémisphère cérébral.

Nous acceptons comme limite physiologique inférieure de cet arc 10 centimètres; son raccourcissement relatif pourrait être de 2 centimètres par rapport à l'arc frontal médian n [i. Nous avons déjà fait ressortir que l'arc « ,8 est également raccourci chez les aliénés et les criminels dégénérés. Sur l'homme vivant, on ne devra pas s'arrêter à une . diminution de moins de 3 centimètres.

Nous ferons remarquer en passant que les convulsions ont généralement pour origine l'aplasie et l'atrophie de certaines parties déterminées du système nerveux central, comme nous l'a depuis longtemps appris Virchow, et comme nous le montre l'atrophie des cordons latéraux ^

Le raccourcissement de l'arc pariétal médian nous conduit à d'autres considérations importantes. On constate parallèlement chez les épileptiques ce qu'on appelle l'escarpement du vertex, les angles en h formés par les droites h p et h V augmentant d'ouverture par rapport à l'horizontale; par suite de la projection de ces cordes en haut, les angles s'ouvrent en haut et en arrière. Cette forme du crâne se présente, parmi les membres d'une même famille névropathique hantée par l'épilepsie, à un plus haut degré chez ceux qui n'ont pas été touchés par cette névrose convulsive que chez ceux qui sont épileptiques. Le mécanisme en est simple. Le principe suprême que s'est imposé la nature dans la construction du crâne, c'est de lutter pour la progression constante du volume total, au besoin par l'artifice de l'expansion de certains segments crâniens. Or, que pour une raison ou pour une autre (prédisposition — entrave mécanique à la périphérie, telle que la synostose prématurée de la suture sagittale), le pariétal demeure arrêté dans son développement, comment satisfaire au principe en question? En allongeant les cordes? dans la plupart des cas, cet allongement est impossible. La compensation est donc tentée ou pratiquée par l'augmentation de la courbe qui détermine une élévation du cintre crânien très prononcée dans la région pariétale. Et, comme les

» Ndvvenpathologie und Elektrollicrapie. Benedild. 2« part, parag., 109, pag. 518 et Ztn- Lehre von der Localhalionder Gehirnfunctionen. Wien. Klinik. 188-3, pag. 119.

"•^ MANUEL D'ANTHROPOMÉTRIE CRANIO-CÉPIIALIQUE.

diverses parties de la voûte crânienne croissent de concert, et agissent solidairement les unes sur les autres par la combinaison de poussées et de temps darrèl, il vient un moment où la partie pai-iclale du frontal est, elle aussi, chassée en haut : le jlni head se trouve alors établi'.

Loxycéphalie pathologique est donc l'expression de la lutte qu engage la nature pour obtenir une compensation à la diminution de longueur des cordes du pariétal et à l'abâtardissement corrélatif" du lobe paracentral, du lobe carré et du lobe pariétal du cerveau. Plus la compensation est parfaite, moins le sujet sera atteint par les elï'ets de l'aplasie.

Il est donc manifeste qu'une importante signihcation pathologique est attachée à la constatation de cordes courtes qui ne sont pas compensées par une forte courbure — ou encore de cordes courtes insufnsamment compensées — et que la déformation produite par les tentatives de compensations décrites traduit le degré de la maladie.

!Mais la déformation peut avoir atteint le haut degré nécessaire à la disparition de tout trouble fonctionnel; au point de vue clinique, elle n'en conserve pas moins toute sa valeur. Ce qui en elfet réussit chez un membre de la famille échoue chez les autres, et, dans la plupart des cas, la pente escarpée du vertex nous indique que nous avons aH'aire à un individu issu d'une famille infestée d'une tare morbide. Du reste la compensation qui avait réussi chez l'aïeul échouera fréquemment chez le petit-tils.

Nous lisons ainsi dans l'état civil de la transmission héréditaire, et nous nous expliquons pourquoi certains membres d'une famille tarée demeurent intacts, pourquoi et comment la génération de ces individus indemnes se trouve de nouveau en butte à l'affection héréditaire. Ces allures peuvent servir de type à bien d'autres analogues.

L'importance de ce symptôme anatomique pour le pronostic de l'épilepsie ressort d'elle-même. Un enfant qui a eu des accès éclamptiques court, comme chacun sait, très grand risque d'être, après une interruption de longues années, en proie à l'épilepsie, surtout à l'époque de la puberté. Le développement de l'arc pariétal nous fournit, quoique d'une manière non exclusive, un point de repère important pour le pronostic. Puis, nul n ignore que répilepsie est fréquemment niée, surtout chez les jeunes filles de bonnes familles, qui doivent se marier, sauf à imputer plus tard au gendre la cause de la maladie atin de se disculper. L'examen cràniologique nous vient aider à la découverte de la vérité.

Nous avons observé la déchéance du pariétal sur le crâne d'un faussaire fabricateur de faux billets de banque; sur deux criminels du même genre, dont nous prîmes les dimensions céplialiques, un présentait cette même altération. On nous accordera que cette catégorie de criminels est atteinte d'une espèce d'épilepsie psychologique: ce sont des acrobates inquiets, des clowns de Part-.

La pente escarpée du vertex a été observée par Gall chez des voleurs ; c'est poiu-quoi il place sur le vertex l'impulsion au vol.

Ce qu'il y a de certain, c'est que l'élément psychologique le plus caractéristique de cette sorte de malfaiteurs, l'horreur du ii-avail. coïncide avec l'aplasie du pariétal.

On constate aussi la diminution de Varc frontal médian n ^ dans l'épilepsie.

1 On avait accppté ffuc roxycôphalie, obsorvc'c au inoyon âge et docrito oomnio niacrocéphalic, était, de iiiômc que le /lal-hcad des Indiens, produite par la compression circulaire à peu prés au niveau de la circonférence horizontale. On a tout rcccninicnt rejeté l'authenticité (le CCS procédés pour les Indiens (V. Crânes déformés par .1.-J. de Armas, Havane, 1S85). On a néanmoins constaté en l-'rance une défornialion uiécani(iue. Ces défornialions n'eNcrceut ^railleurs pas d'iuauence sur la loi générale de construction du crâne.

2 V. Biologie und Krhninalistik. LiszCs Zeilsch. f. d. gc.i. Strafrpchtweseu. t. Ml.

TECHNIQUE CÉPIIALOMÉTRIQUE. . i:\

tU, (le préférence, bien que non exclusivement, dans la forme du grand vertige. Dans l'aphasie congénitale, c'esl à vrai dire la région laléi'ale du frontal qui est réduite dans ses dimensions. Il est un cas dans lequel il était impossible de sentir la ligne semi-circulaire péri-temporale au-dessus de son origine; à la base de cette ligne, et en arrière, on tombait dans une fossette, toute la vallée latérale du l'ronlal (du côté gauche) était plus plate et |)h]s courte, la région ptérygoïdieiH)e avait subi une i-éduction dégénéralive et l'écaillc du temporal se trouvait portée en avant. Et cependant, malgré de telles déformations, l'intelligence n'avait subi aucune atteinte; le langage ('tait nettement compris; ce trouble de l'association des mots disparut à mesure que l'enfant se développa.

L'arc médian collectif n a est, ainsi que nous l'avons dit, d'une grande importance dans les psycliopatliies et chez les criminels dégénérés; on l'y rencontre misérable, comme nous l'avons déjà montré. Nous avons constaté l'arrêt de développement de Varc médian inter-pariélal nt chez une aveugle; la cécité datait de la première enfance.

Nous n'avons pas besoin de montrer l'importance profonde qui, parallèlement à celle des arrêts de développements longitudinaux (antéro-postérieurs), est inhérente aux aiTêts de développement dans les autres sens.

Mais nous ne saurions passer sous silence cette forme du crâne qui, à son maximum d'expansion, a depuis longtemps attitré l'attention des patbologistes, tandis qu'on ne s'est pas arrêté à ses modalités de moyen degré. Elle a cependant, quel qu'en soit le dessin, une signification clinique de premier ordre. Nous voulons parler de la irUjonocéphalie. Le caractère des crânes et des têtes trigonocéphales ne réside pas seulement dans la disproportion entre le diamètre transverse maximum (largeur maxima) du crâne et le diamètre transverse minimum de la région frontale du crâne (largeur frontale minima). On constate en outre que la ligne frontale médiane forme une convexité marquée, voussure externe évidemment due à la soudure prématurée de la suture frontale, pendant que les faces latérales du front avec les bosses frontales se trouvent rejetées de côté, leur courbure étant du même coup diminuée. Nous en possédons un beau type provenant d'un jeune suicide. Cette forme se voit fréquemment chez les épileptiques, surtout dans le grand vertige; elle joue siîrement un grand rôle dans les psychopathies.

La réduction dégénérative des arcs du temporal a probablement une action pathogène dans la surdité congénitale et prématurée.

Le moment est venu de signaler Vaplasie hémilatérale du squelette ci-ânien, qui mérite considération bien qu'elle s'accompagne d'aplasie hémi-latérale du squelette de la face, ainsi que des os du tronc et des extrémités. Il n'est pas rare d'observer l'entre-croisement de ces manifestations; c'est ce qui arrive fréquemment dans Vhém,iplégie spasmodique infantile, dans l'épilepsie, l'imbécillité intellectuelle et éthique.

Les excès de développement ont une double signification. Ils indiquent une anomalie, mais ils peuvent aussi tenir à une parfaite compensation. Si le chiffre qui témoigne d'un excès de développement insolite reste dans une bonne moyenne, il décèle incontestablement, dans la plupart des cas, la perfection psychologique, portant, suivant qu'il s'agit de régions étendues ou de segments particuliers du crâne, sur l'ensemble de l'activité mentale ou sur certaines fonctions.

Parlons un peu du raccourcissement de la moitié postérieure du crâne. Une des différences les plus importantes entre le crâne de l'homme et le crâne de l'animal nous est donnée par la situation du basion antérieur [b) par rapport au pôle antérieur et au pôle postérieur du crâne. Et par pôle antérieur nous entendons désigner le point de la racine du nez ou épine nasale supérieure tandis que le pôle postérieur sera représenté par le point o ou point extrême

MANUEL d'anthropométrie CRANIO-CÉPIIALIQUE-

du diamètre longitudinal maximum, point le plus postérieur, qu'il ne faut pas confondre avec la protubérance occipitale externe située bien plus ])as que lui. Pour pi'éeiser celte situation, nous lixons le pied de la pei'jiendiculaire abaissée de cliacun des points «, o sur l liorizontale menée par le point b, c'est-à-dire la projection de ces deux points : nous obtenons les points n', o' (V. Hg. 8); la portion de riiorizontale qui joint le point b au point n', nous rappellerons ligne pr;vbasionale (elle mesure la situation du point b par rapport au point n), la portion qui joint le point b au point o' sera pour nous la licjnc posibasionale (elle mesure la situation du point b par rapport au point o\.

Or, sur le crâne humain, le basion se trouve à peu près au milieu des deux pôles projetés sur l'horizontale ; chez l'animal, le basion b gagne le pôle postéi'ieur et (réquemment coïncide avec lui, c'est-à-dire avec o'. Sur dix crânes allemands, la droite b o', c'est-à-dire la ligne de projection du basion au pôle postérieur, s'est trouvée, chez huit sujets, plus grande que la droite b n' (distance du basion au pôle antérieur). La moyenne de cet allongement postbasional comportait 13,2 p. 100. Deux crânes présentaient un raccourcissement postbasional de 12,9 et 21,30 p. 100. La moyenne totale de rallongement sur les dix crânes était de 7,1 p. 100. L'amphtude de variation qui mesure l'excursion complète depuis le maximum d'allongement (42,9 p. 100) jusqu'au maximum de raccourcissement postbasional (21,3 p. 100) est de 64,2 p. 100.

Sur cinq crânes Slowènes, quatre présentent un allongementpostbasional dont la moyenne est de 17 p. 100 ; le maximum, 31,6 p. 100; le minimum, de 1,8 p. 100. Un crâne révèle un raccourcissement de 3,3 p. 100, ce qui porte la moyenne totale de l'allongement à 13,3 p. 100. Sur cinq Serbo-croates, on constate : chez quatre, du raccourcissement postbasional ayant pour moyenne 8,8, pour maximum 13,3, pour minimum 4,7 p. 100; l'allongement postbasional du crâne restant est de 7,1 p. 100. Moyenne totale du raccourcissement : 3,6 p. 100.

Du reste, c'est moins dans l'axe horizontal passant par le basion b que dans l'axe horizontal passant par le milieu médian du diamètre transverse bi-auriculaire 00, c'est-à-dire par le point X, que nous devons placer l'intérêt de la céphalométrie. Et c'est le rapport de la droite antérieure Xn' à la droite postérieure Xo' qui nous doit captiver. Nous désignerons le segment Xn' sous le nom de segment prœ-auriculaire de l'axe horizontal; le segment Xo', sous celui de segment rétro-auriculaire. Nous avons déjà dit que l'amplitude de variation des rayons qui joignent le basion antérieur b aux points périphériques de l'occiput, à partir et au-dessous d a, est moindre que l'amplitude de variation des rayons qui joignent le milieu médian du diamètre 00 aux mêmes points. Cette même régie s'applique aux projections de ces points sur l'horizontale. Il est rare de constater Xo'>Xw'; rarement, ces deux droites sont égales: généralement. Ao' est inférieur à X?i'. Reprenons à ce sujet les 20 crânes dont nous nous sommes tout à l'heure occupés.

Sur les 10 crânes allemands, 8 décèlent un raccourcissement postauriculaire: chez deux seulement, ce segment est allongé. Pour les 8 crânes, le raccour- (tissement a pour moyenne 12,2 p. 100, ce qui porte la moyenne totale du raccourcissement, pour les 10 crânes, à 8,33 p. 100. Maximum du raccourcissement, 23,2 p. 100. Maximum de l'allongement, 10 p. 100. Les Slowènes ont tous le segment postauriculaire raccourci; maximum, 22,3 p. 100; minimum, 0.6 p. 100; moyeniu^ totale;, 14,2 p. 100. Il en est de même des Serbo-Croates: maximum, 23,7; minimum, 10,4 p. 100; moyenne totale, 13.3 ]). 100.

Quand, dans les crânes d'une même race, par exemple chez les Allemands, dont le type ethnique est caracti-risé i)ar un faible raccourcissement de la droite de' projection poslauriculaii'e, on reiu'onlre un raccourcissement prononcé de cet article, on peut l imputer soit à un croisement de race, soit à l'impureté des matériaux d'étude au point de vue médico-légal. Tout raccour-

TECHNIQUE CÉPUALOMÉÏlllQUE. 11

cissement hémilaléral do la droite |)Oslaiiric'ulaii'0 et tout raccourcissement qui dépasse ^23 p. U>0 sonl, à cet égard, palhognouu)iU(iues ; ou peut dire aussi ([ue, daus les séries auoruiales d'une même race, la moyenne du raccourcissement envisagé odre un caractère décisil".

i^armi les crânes types des races européennes, iu)us n'en avons rencontré (|u"un clie/. lequel il y eut un notable i-accourcisseuuMit du segment rétroauriculaire ; il sagissait d-un Slave du Sud.

Ce sont les criminels dangereux par leurs violences, fpii se recrutent en grande partie parmi les dégénérés, (jui nous ont fourni les [)reniiers exemples de raccourcissement atypique du segment rétro-aui'iculaire, et cela, dans les nations les .moins voisines, en dehors même de TAutricIie, aux jjrisons de Berne et de Genève, à la prison de Lepoglava (Croatie), dont la population appartient presque exclusivement à la race serbo-croate.

Pendant longtemps, nous avons cru que cette forme manquait dans les maladies cérébrales qui entrent en ligne de conqDte au' point de vue crànioméirique. Puis, nous nous sommes convaincu plus tard qu'on la voit également dans les maladies mentales héréditaires et dans l'épilepsie. On observe le raccourcissement du segment postauriculaire de préférence cVun cûié. Mais il est très difficile de mesurer ce rapport au céphalomètre, parce que, généralement, en pareil cas, toute moitié du crâne dans laquelle l'oreille se trouve rejetée en arrière est plus étroite que l'autre, de sorte que les rayons On, droit et gauche, pourront être presque égaux. Dans ces cas aussi, l'axe 0 0 est oblique, et dans le sens longitudinal, et dans le sens de la hauteur, de sorte que le point médian crânien qui est situé sur 00 ne divise pas cet axe en deux parties égales. La mensuration de pareils crânes n'est justiciable que du cathétomètre. Le ruban métrique échoue d'ordinaire, on saura pourquoi plus tard.

Bien des crânes pathologiques ont, parmi leurs caractères, le prognathisme exagéré. Le prognathisme nasal est d'une importance extrême, parce que son ■exagération donne au visage le masque d'un animal, d'autant qu'il est de règle qu'il coïncide avec un prognathisme sous-nasai excessif. Si l'exagération du prognathisme n'affectait pas une relation intime avec la construction du crâne ■entier, elle nous servirait au moins de signe de présomption, éloigné si l'on veut, mais précieux, en faveur d'une anomalie cérébrale. Mais l'ouvrage magistral de Virchow sur le développement de la base du crâne nous a appris que la proéminence ou la rétrocession de la droite nx est un signe très sensible pour la conformation de la base crânienne, c'est-à-dire pour le développement et la situation de l'os basilaire ou sphéno-occipital de Sœmmering, du sphénoïde et de la portion basale du frontal.

En outre des dégénérés des prisons, on rencontre encore un prognathisme excessif de la ligne nx chez les microcéphales et dans les cas à' hémiplégie ou de paraplégie spasmndique infantile, en particulier quand le crâne est d'une petitesse au-dessous du type normal. La physionomie du squelette de la face, offre un caractère étrange lorsque le prognathisme sous-nasal reste en arrière du prognathisme nasal et que le maxillaire inférieur est réduit dans ses dimensions. Le point de l'épine nasale inférieure x constitue, les os propres du nez mis à part, la partie culminante, la plus saillante, du visage; ainsi se produit la physionomie de l'Aztèque.

La face humiane ressemble encore davantage à celle d'un animai, quand, aux prognathismes nasal et sous-nasal, il s'ajoute le progénéisme du maxillaire inférieur.

Lombroso a avancé que, presque sans exception, chez les criminels, il existe un prognathisme excessif; cette proposition est d'autant moins contrôlable actuellement, que Lombroso s'est contenté d'une estimation sans mensuration directe. Il eût dû, pour opérer d'après une méthode exacte, déterminer l'amplitude de variation et l'amplitude physiologique du prognathisme chez les

"i^ MANUEL U'ANTIlROl'O.MÉTHIIi CIIAMO-CÉPIIALIQUE.

Italiens, puis, après cela, fixer le proyiialhisiiie chez les criminels. Il eût cei-lainemenl obtenu une fraction relativement jjetite.

La con/i(jiimlion du front est toute |)ûtrie de l'analyse des fronts connus sous les noms de fronts proéminents et de fronts /"i^yrai^s. Dans l immense majorité des cas, le front qui proémine fortement en avant est pathologique; il se ' montre de préférence dans rhydrocéplialic. La discussion roulera donc surtout sur la signitication du front très fuyant. Il est impossible de s'y engager sans venir à bout de quelques difiicultés crâniométriques.

A première vue, il semble que rien ne soit plus simple que de déterminer, sur le crâne, l'inclinaison du front en détermiiuint l'inclinaison de la droite nf{nh par rapport à l'axe de projection vertical ou horizontal. Mais, sur les crânes dont la racine du nez est profondément enfouie sous l'arcade sourcilière proéminente, le front peut paraître plus fuyant que ne l'indique la ligne nh. Puis, le point h (/') est vague sur le crâne ; il peut s'ensuivre des erreurs considérables : l'analyse céphalomélrique l'emportera alors sur l'examen cràniométrique. quand le plan médian antéro-postérieur ne se dessine pas exactement. Il peut encore arriver que la ligne frontale subisse une double inflexion, sa portion supérieure formant un angle avec sa partie inférieure. Pour arriver à la mensuration délinitive de l'inclinaison frontale, on suivra, dans ces cas, une voie détournée: on mesurera comparativement la ligne n/i, la distance du point le plus saillant de l'arcade sourcilière au point A, et les distances de ces différents points à d'autres points quelconques du front.

Le front fui/ant traduit dans une certaine mesure une diminution du volume de la région frontale et du lobe frontal du cerveau qu'elle renferme; mais il n'a plus cette signitication quand la courbure de l'arc correspondant vient compenser la réduction dans un autre sens.

Ceci nous amène à examiner la hauteur du front. Ce n'est pas la ligne nh [nf) qui la mesurera, mais bien la projection de cette ligne sur la verticale. Il esta peine besoin d'insister. On a considéré la hauteur du front et son attitude moyenne comme étant l'expression de l'intelligence. Inutile de montrer l'inconséquence physiologique de pareille prétention; l'intelligence, en effet, se rattache au développement du cerveau et du crâne entiers et non au parfait développement, à la correcte situation d'une portion du contenant et du contenu. On ne saurait attribuer à un front élevé d'autre interprétation que celle-ci : au parfait développement de la région frontale s'allie d'ordinaire un parfait développement du crâne entier. En revanche, chez un être dont la physionomie reflète la bêtise, l'exagération du front rehausse le cachet de stupidité qu'elle présente.

Il va de soi que le masque de la physionomie et l'évaluation de la valeur cràniométrique du front dépendent non seulement de la hauteur, mais encore de la largeur et des caractères de la courbe transversale.

Le front de la femme est notablement bas, sa glabelle est cintrée en dehors. Tout front de femme d'une hauteur et d'une largeur IVappantes est propre, en tant qu atypie du sexe, à éveiller le soupçon d'un développement atypique du cerveau et de ses fonctions. Nous ne croyons pas nous tromper en attribuant à un développement excessif du front chez la femme, même en l'absence de tout caractère hydrocéphalique, une relation (d'ailleurs inconstante) avec la Gonvulsibilité.

C'est une finesse d'instinct exquise qui a i)orté les femmes dont le front présente une hauteur atypique, à ramener leurs cheveux en avant; mais, pour une dame qui cache ainsi une vilaine forme, combien de beaux fronts la mode ne nous altère-t-elle pas?

Il y a aussi des cas dans lesquels l'implantation des cheveux dépasse sa limitetype; on les voit surtout empiéter sur la région médiane, dans la zone de la bosse frontale moyenne. En pareils cas, la ligne nf [nh) ne représente plus la

TECHNIQUE CÉPIIALOMÉTRIQUE. 79

droite tirée du point n à la limite du cuir chevelu, il faut en llxer le point f\h) h l'endroit où le IVonlal quitte la scène de l'aspect facial (crâne vu de face), pour entrer dans le plan de l'aspect vertical (crùne vu par en haut), où il passe de la nornie faciale dans le champ de la norme verticale, pour employei' un jargon

''TuxXénômèues qui donnent au visage une étrangeté incroyable appartient le développement inusité .-de la face en longueur et en largeur. Il va de soi que ces rapports géométriques des segments faciaux ne nous permettent nullement de tirer de conclusion directe et formelle impliquant l'existence d'anomalies dans l'organisation cérébrale, mais ils se montrent plus fré(iuents chez les individus anoi'inaux que cliez les sujets normaux.

Aux déviations jusqu'ici considérées se rattachent les anomalies des sutures. Et au premier rang, les synostoses de celles d'entre elles qui ne devraient normalement se soud"er (lu'à un âge avancé, synostoses que, pour la plupart, on arrive à constater sur la tète de l'homme vivant. Les synostoses de l'enfance sont particulièrement fertiles en enseignements. Bien qu'aujourd'hui l'on n'impute plus exclusivement aux synostoses les formes pathologiques du crâne, puisque l'on reconnaît que l'hyperplasie et l'aplasie primitives jouent dans la morphologie morbide un grand rôle, les recherches de Virchow, après avoir frayé le chemin, sont encore et malgré tout restées des guides conducteurs.

Les oblitérations prématurées des sutures peuvent entraîner des arrêts de développement généraux ou partiels du crâne et du cerveau; l'accroissement de ces organes subit alors une telle perturbation, qu'ils dégénèrent en masse, ou, tout au moins, que l'harmonie générale de l'organisme et des fonctions de l'encéphale se trouve disloquée. La microcéphalie et la leptocéphalie constituent des exemples d'avortement dégénératif, par arrêt de développement dû à la synostose prématurée des sutures crâniennes.

A côté et comme pendant des synostoses, il convient de placer la persistance et Couverture anormales des sutures. Ce phénomène indique, ou que le développement du cerveau a pris fin trop tard, ou que la suture est demeurée ouverte, béante, afin d'empêcher un arrêt de développement considérable de l'organe contenu. Une forme fréquente de ce genre, qui n'a certainement pas de signification pathologique, est représentée par le crâne à suture frontale ouverte. Dans l'espèce, on constate que le diamètre frontal transverse est d'un centimètre plus grand, que le diamètre transverse bi-oculaire de la face (G Q, fig. S) est supérieur à la moyenne de 3 millimètres, et que la distance des deux bosses frontales externes ne dépasse pas le chiffre connu de plus de 1",6; les nombres relevés, de même que les autres dimensions, restent compris dans les. limites de l'amphtude physiologique; cette forme se présente au chercheur infiniment plus rare que dans les collections anatomiques ; on sent généralement très nettement sur la tête la suture béante en question.

Un intérêt majeur réside dans Vouverture persistante de la suture inter-pariéto-occipitale ; cette suture passe transversalement par les points qui nous ont servi de repères pour mesurer le diamètre occipital transverse, en coupant la partie la plus inférieure de la protubérance occipitale. Sa présence caractérise le type de crâne dit des Incas, et doit être, ainsi que l'a fait ressortir Virchow, regardée comme un phénomène d'atavisme.

Il ne faut pas négliger le détail des sutures. Les dentelures qu'elles forment peuvent présenter une simplicité ou au contraire une complexité de dessin extraordinaires. La première allure indique, comme l'a montré Virchow, en ethnographie comparée, un rang inférieur dans l'échelle du développement, et, quand on a affaire à des races élevées, un retard dans le développcmeni de l'individu. Aussi, quand nous nous proposons, d'après l'examen de tous les caractères individuels, de classer un crâne donné, et que nous soupesons ceux qui rim{)liqueraient dans la série des crânes typiques, et ceux qui de-

MANUEL D'ANTIIROPOMÉTHIE CUA.NlU-CÉPIlALinrK.

vi-aieiil ronvoyor l'ojoindi'o les ci-àues alyiji(iiies el i)iitliûlogiqnos, nous faulil accorder une grande iiiiporlaiicc à la manière d'être des sutures.

Betz el Rava * ont étudié de près les détails de la croissance physiologique des sutures. Dans les jeunes années, la suture se compose de' dents simples qui donnent naissance, à peu près entre dix et onze ans, à une série de second ordre; celle séi-ie sort comme autant d'('i)ines des boi'ds latéraux des premières. Ces dents de second ordre engendrent à leur tour, et encore par leurs côtés, une troisième série de pointes; c'est vers l'âge de vingt-cinq ans que pousse cette troisième catégorie. 11 ne se produit plus d'autres éléments du même genre. Puis, a lieu en sens inverse l involulion ; les dernières dents parues disparaissent, et, ainsi de suite, jus(iu'à celles de là première série qui, comme si elles absorbaient leurs rejetons, gagnent alors en lar-^^eur ce qu'elles perdent en longueur. C'est par ces caractères que se distinguent les dents de la période d'involution de celles de la période de progression. Cette involulion se montre plus tardive chez la femme (vers 25 ans à peu ijrès) •tjue chez Thomme (elle se manifeste chez lui vers 20 ans environ). En outre, tandis que chez l'homme la suture coronaire s'ossifie de bas en haut, chez la femme c'est en sens contraire.

Voici l'ordre dans lequel commencent ces ossifications de la vie extrafœtale. Contrairement à l'opinion de Betz et Rava, on admet d'ordinaire que la suture frontale commence à s'ossifier à l'âge de trente-neuf ans ; puis, c'est la suture lambdo'ide qui se soude, soit à partir du milieu de ses branches, soit en continuant l'ossification de la partie postérieure de la suture sagittale. La partie supérieure de la suture frontale s'ossifie à son tour (à -49 ans). Enfin c'est la suture squameuse temporo-pariétale qui, aux environs de soixante-dix ans, termine le cycle. Cet ordre n'est du reste pas toujours le même dans les races qui n'appartiennent pas à l'Europe. Et, au surplus, la cràniométrie présente à ce sujet une grande lacune. Malgré l'initiative de Virchow, on n'a pas mesuré l'ensemble des sutures, on n'en connaît donc pas les moyennes, ni l'amplitude de variation. Cette recherche aurait cependant une importance de premier ordre : elle permettrait d'apporter des éléments nouveaux de jugement à 'l'ethnographie comparée et à l'histoire du développement normal ou anormal du crâne.

Il n'existe pas d'anthropologie pathologique sans un chapitre consacré à l'asymétrie, si importante parmi les troubles de construction du crâne. Elle conduit en bien des cas à la plagiocéphalie. L'asymétrie peut être, nous l'avons enseigné plus haut, déjà reconnue par la mensuration rectiligne, à la condition cependant qu'on évite, pour les motifs développés suprà, le plus possible de prendre pour points de repères des protubérances. Mais c'est surtout parla mensuration curvihgne qu'elle prend corps. Nous ferons néanmoins remarquer que l'étude des crânes et des saillies asymétriques au moyen du céphalomètre et du ruban métrique reste des plus incomplètes, et qu'il s'en faut de peu qu'elle se montre supérieure aux résultats de l'observation crânioscopique et céphaloscopique, qui, réduite à sa plus simple expression, dédaigne les instruments. Or, l'urgente nécessité d'appeler à son secours des méthodes exacles pour l'étude des conditions pathologiques ressort impérieuse de l'opposition suivante. L'opinion répandue gén(M'alement, c'est que l'habitude normale des crânes est l'asymétrie, taiulis que l élude cathétométrique (V. plus loin) exacte nous démontre au point de nous confondre la scrupuleuse symétrie que la nature a observée en fixant les divers points, leurs situations respectives, les dimensions linéaires qui les séparent.

En présence des difficultés de la détermination exacte de l'asymétrie, auxquelles on se heurte quand on ne suit pas une méthode précise, les naïves

' Kiewer Universitdtsnac/irichlcn, 1880.

TECHNIQUE CÉPIIALOMÉTRIQUE.

iiulicalions métriiiaes ([iie nous rencontmns si souvent dans les documents bibliographkiues ne [)euvont que nous l'aire sourire.

Un bon instrument propre à estimer les asymétries qui se passent dans la circonterence horizontale, c'est le conlormateur des chapeliers. On doit en attribuer ridée-mère à Huschke. Luys a radicalement amélioré cet instrument'. Le principe est demeuré le même que dans Tinstrument primitif. 11 est aussi possible avec te cràniographe de mesurer les asymétries auriculaires et naso-occipitales suivant les diamètres transverses et antéro-postérieurs. Les trois instruments de Luys Ibnrnissent généi-alement des courbes passables ; ces instruments peuvent encore être adaptés à maintes mensurations céphaliques.

Les méthodes de Rieger ont également de la valeur 2.

Mais aucun des procédés que nous venons d'énumérer en bloc n'est apte à nous Iburnir des courbes assez exactes pour qu'elles servent d'éléments à l'étude des lois de l'incurvation.

Occupons-nous des os intercalaires. 'Veiller à constamment obtenir le volume intracrànien nécessaire, et lutter pour l'accroître, telle est, avons-nous dit, la préoccupation supérieure de la nature. La troisième poussée des dents qui viennent élargir les surfaces des sutures n'a pas d'autre but. Beaucoup de ces dents deviennent autonomes et représentent, en se dégageant de la dentelure génératrice, les petits os wormiens. Maints d'entre eux atteignent une grandeur inusitée. Ils ont une double signification. Ils prouvent les résultats heureux de la lutte engagée. Ils sont encore les témoins d'une perturbation pathologique ou d'une dégénérescence, quand, ce qui peut arriver, malgré leur formation et leur ample développement, l'expansion normale n'a pas été produite. Leur importance parait varier selon les races. C'est ainsi qu'on est frappé de la fréquence de pièces intercalaires à la région temporale dans la collection des crânes de Kœnigsberg, tous acceptés comme normaux.

Nous attachons une signification pathologique d'extrême valeur à la multiplicité des os intercalaires des crânes en escaliers, suivant l'expression consacrée. Ce sont les crânes dans lesquels les sutures lambdoïdes sont creusées d'une profonde ensellure. Toutes les têtes ainsi disposées que nous avons observées jusqu'alors appartenaient à des individus atteints de céphalopathies graves, ou à des familles gravement éprouvées, fortement tarées. Résumons les autres anomalies.

Parmi les plus rares, rangeons Vexagération de la crête frontale. Tenchini ^ a dénoncé la fréquence plus grande de cette crête chez les criminels, où elle est aussi bien plus fortement accentuée que chez les individus normaux. De même Blanchi l'a trouvée plus souvent et plus vivement marquée chez les aliénés, ce qui se voit encore dans les races inférieures (Tenchini). Son développement exagéré coïnciderait, d'après Tenchini, avec l'existence bien marquée de la fosse occipitale moyenne.

La fosse occipitale moyenne a exercé la patience de Lombroso qui l'a trouvée bien plus fréquemment développée chez les criminels que chez les sujets normaux. Son développement serait sous la dépendance du développement du vermis cérébelleux. Il va de soi que l'existence d'une fosse occipitale moyenne ne saurait permettre de conclure à l'existence de la criminalité. Il serait plutôt admissible de rattacher à des anomahes psychiques l'excès du développement de la crête frontale; l'intimité de cette relation ressort de ce fait qu'il coïncide avec la synostose prématurée de la suture frontale, et que, par conséquent, il témoigne de l'arrêt de développement des lobes frontaux.

L'obliquité céphalique (plagiocéphalie), — l'aplatissement de la tête (cha-

» Recherches sur la mensuration de la tùtc. Paris, 1880, .I.-B. Bailliùrc.

2 Eine exacte Met/iode der Kraniograpfiie. Icua, 1885, Fischer, éJit.

3 Sulla cresla frontale dei criminali.PsLvie, 1886, Luigi Baittai, cdit.

BENKDiKT-KEHAVAL. — Anthropoinélric. 6

MANUEL D'ANTIIHOPOMÈTRIE CRANIO-CÉPIl ALIQUE.

maeocôpluilie) que nous avons principalement constaté cliez les aliénés, — roxyc('phalie, observée chez les épilepliques et les criminels congéniaux, qui compreiul riiypsocéphalie et la tète en l'orme de tour — la leptocéplialie, la microcéphalie et la trigonocéplialie ; ce sont autant de modalités pathologiques que nous avons à toute occasion déjà présentées.

Ajoutons-y la scaphénocéphulie qui, à ses degrés extrêmes, est un signe diagnostique éminent de dégénérescence, de trouble fonctionnel grave du ceiveau, et de prédisposition pathologique.

L'hydrocéphalie mérite une attention spéciale. Elle représente une forme particulière et bien tranchée de macrocéphalie, dans laquelle la tête a l'air d'une sphère; les bosses diverses proéminent en dehors, la voûte orbitaire se trouve déprimée, les sutures sont parsemées d'os intercalaires. Rien d'intéressant comme ces têtes colossales dans les cas d'hémiplégie et de paraplégie spasmodique infantile ; la leptocéphalie alterne souvent alors avec l'hydrocéphalie, l'asymétrie constituant la règle, surtout dans la première espèce.

C'est encore un accident pathologique que l'intlexion ou courbure en dedans de l'occipital lui-même.

Nous n'insisterons pas sur ce qui a été dit des hyperostoses et des ostéophytes, en particulier dans les psychopathies. Ainsi Zuckerkandl a signalé dans sa collection de crânes d'aliénés le nombre insolite de crânes très lourds à cause de l'hyperostose. Naturellement l'ostéoporose des os du crâne est un signe de processus d'excitation et de phénomènes dégénératifs.

Mais, qu'on ne s'y trompe pas, on peut rencontrer les mêmes anomalies dans n'importe quelle forme de perturbation fonctionnelle du cerveau; les atypiesles plus prononcées, les modalités crâniennes les plus pathologiques soulèvent simplement une question d'ordre général. Elles éveillent au premier abord uniquement l'idée d'une perturbation cérébrale, l'analyse clinique a ensuite à prononcer entre les diagnostics de : trouble intellectuel, trouble cérébro-moteur, trouble du sens moral. Les ahénés, les épileptiques, les criminels dégénérés, etc., forment, jusqu'à nouvel ordre, une seule famille crâniométrique dont les membres ne sauraient être confondus au point de vue clinique et médico-légal; mais chaque mode de ces eiicéphalopathies se peut combiner avec les autres. Les relations intimes de la criminalité avec l'aliénation mentale, avec l'alcoolisme, avec la dégénérescence congénitale, n'ont du reste que faire ici ^ La conclusion qui nous importe, la voici : Toute anomalie de structure prédispose à la maladie. On s'en convaincra à peu de frais en prenant invariablement et dans l'ordre suivant la série des dimensions dont le résumé servira de programme céphalométrique :

i" La circonférence horizontale og ;

2° La circonférence longitudinale nB etnt;

3° La circonférence transverse interpariétale ;

A° La circonférence transverse biauriculaire (00);

5° Le diamètre longitudinal maximum og;

6° Le diamètre transverse maximum interpariétal;

7" La longueur ou hauteur faciale maxima wix;

8° Le diamètre bimalaire Jo Q;

9° Le diamètre bizygomatico-radiculaire JJ ;

iO° Le diamètre biauriculaire 00 (V. pages 37, 44, 48, Go);

11° La hauteur de l'orilicc orbitaire ;

12° Le diamètre transverse de cette cavité.

La détermination des points n, x, m, f (/i), p, u, o, o, t bien assise, on mesure les distances, les arcs, les rayons et les cordes, que nous venons de réviser, avec les calculs qui en dérivent (V. pages 12, 21, 24, 43, 04, t)6, (37).

< Voy. loc. cit. Liszl's Arcliiv, et Congrès d' Anvers, 1885. Relations entre la folie et la criminalité.

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