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CHAPITRE III

GROSSESSE GÉMELLAIRE

Il y a grossesse multiple quand il y a plusieurs fœtus dans le même utérus.

La seule variété à étudier est la grossesse double ou grossesse gémellaire.

Fréquence. — En France on voit une grossesse gémellaire environ sur 92 grossesses; la proportion est plus élevée en Amérique, en Allemagne et en Suède.

Causes. — C/iniquement, deux circonstances seulement semblent influer sur la grossesse gémellaire. l’hérédité et la multiparité. L’hérédité est un facteur important. La gémellarité se poursuit dans une famille et une femme qui a eu des jumeaux a des chances pour en avoir d’autres.

La cause intime est plus discutée. Plusieurs explications ont été proposées.

1° Une vésicule de Graaf contenait deux ovules qui ont été fécondés en même temps.

2° Il n’y a qu’une vésicule et qu’un ovule, mais cet ovule contient deux vésicules embryogènes.

3° Au moment de la fécondation il y avait deux œufs mûrs. Ceci semble prouvé par l’existence de deux corps jaunes de la grossesse trouvés sur des femmes mortes après l’accouchement de deux jumeaux.

C’est l’hypothèse la plus probable.

Le mécanisme de la fécondation double a donné lieu à trois explications.

1 0 Superfécondation. — Un même coït féconde deux éléments femelles.

Ce mécanisme, qui existe certainement, suffit à expliquer le cas où les deux fœtus ont un développement égal.

Mais l’existence de deux fœtus du même développement est l’exception.

2° Superimprégnation. — Dans une même période de

SUPERFOETATION

ponte ovulaire, il se fait, à intervalle variable, une deuxième fécondation.

Cliniquement, on a des faits assez nombreux soit chez les animaux, soit chez l’homme, à l’appui de ce mécanisme*

Les observations se rapportent surtout à des négresses, ou la différence d’origine du produit est plus manifeste et où l’on voit dans un accouchement gémellaire un enfant noir et un mulâtre ou même un blanc.

3° Superfœtation. — On suppose alors qu’un élément femelle ayant été fécondé, un autre clément femelle l’a été à une période ovulaire suivante, pouvant aller jusqu’à trois mois, mais pas au delà.

Anatomiquement et physiologiquement, on explique la possibilité du fait en rappelant que, jusqu’au quatrième mois, la caduque ovulaire jaisse libre une grande partie de la surface utérine, sur laquelle pourra se greffer un nouvel ovule. A quatre mois, la superfœtation est 'impossible : la caduque ovulaire remplit tout l’utérus.

L’inégal développement des fœtus , d’après lequel on calcule la différence d’âge, peut s’expliquer simplement d’autres façons.

Lorsque l’un des deux fœtus meurt dans le cours de la gestation, il peut rester encore dans la cavité utérine ; à l’accouchement il présente alors le développement qu’il avait au moment où il a cessé de vivre, tandis que l’autre a continué à s’accroître.

Lorsque les enfants, vivants, sont inégalement développés, cela peut tenir soit à l’inégal développement des placentas, soit à l’altération de l’un d’eux.

Anatomie de la grossesse gémellaire. — De la cavité ovulaire. — Chaque œuf a ses enveloppes propres, mais elles ne sont pas entièrement complètes pour les deux.

Plusieurs cas peuvent se présenter :

Premier cas. — Les deux caduques ovulaires marchent à la rencontre l’une de l’autre et forment une cloison entre les deux œufs.

Il y a alors deux placentas et les deux circulations sont absolument distinctes.

GROSSESSE GÉMELLAIRE

Deuxième cas. — La portion de la cloison constituée par la caduque disparaît, et ce sont les deux chorions qui forment une cloison.

Alors les deux placentas sont accolés l’un à l’autre, mais il n’y a pas communication entre les deux circulations.

Troisième cas. — La cloison choriale disparaît ellemême et il n’y a plus, pour les deux fœtus, qu’une caduque, qu’un chorion, qu’un placenta ; il y a alors soit deux cordons insérés près l’un de l’autre, soit un tronc funiculaire unique, qui, bientôt, se divise en deux branches allant chacune à un fœtus.

La circulation placentaire est commune aux deux.

Les fœtus sont renfermés dans la môme gaine amniotique.

Des fœtus. — Le plus souvent, les deux fœtus sont du même sexe; le sexe masculin est plus fréquent que le sexe féminin.

Les fœtus, même lorsque la grossesse arrive à terme, sont presque toujours d’un poids au-dessous de la moyenne (1).

Souvent, le développement des fœtus est inégal : l’un des deux est plus gros que l’autre.

L’un des fœtus peut mourir, tandis que l’autre continue à se développer. Le fœtus mort peut subir des transformations, se momifier, il est, dans quelques cas, aplati, réduit en un véritable bonhomme de pain d'épice.

Dans leur occupation de la cavité utérine, les fœtus sont toujours verticalement dirigés, occupant l’un le côté droit, l’autre le côté gauche de la cavité utérine (2j. Mais il y a des modifications dans l’orientation respective de leurs pôles : on voit tantôt les deux têtes en bas, tantôt une

(1) Nous avons récemment observé une remarquable exception à cette règle ; un enfant pesait 3.300 et l’autre 3.500. Il n’y avait qu’un placenta et qu’un tronc funiculaire à deux branches.

(2) Budin et avec lui Auvard admettent deux autres variétés : œtus verticaux, l’un devant l’autre, et encore un des fœtus vertical!: l’autre, au-dessus, horizontal (disposition en T). Pinard (art. Grossesse, Dict. encycl. ) n’a jamais observé ces deux dispositions que nous n’avons pas non plus rencontrées.

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