COMPLICATIONS SEPTIQUES DE L’ACCOUCHEMENT
Quand l’infection aura son foyer dans l’utérus, il faudra pratiquer tout d’abord avec soin des injections intra-utérines antiseptiques.
Si assez rapidement la température ne descend pas, on aura recours à l’irrigation utérine continue , surtout préconisée en France par Pinard et Varnier.
On pratique l’irrigation continue à l’aide d’une sonde intra-utérine en étain ou en argent, qui communique par un long tube en caoutchouc avec un vase de 15 à 20 litres de capacité placé à environ 50 centimètres au-dessus du plan du lit. Sur le tube est placé un robinet qui permet de régler le débit. La sonde est fixée, à l’aide de fils de soie passés dans des œillets, à un bandage de corps.
Le lit sur lequel repose la femme doit être préparé d’une façon spéciale.
On place bout à bout, deux matelas dont les extrémités se regardent. Ces matelas sont recouverts d’une toile imperméable ; l’interstice est ainsi transformé en gouttière qui conduira le liquide de l’irrigation dans un récipient placé sous le lit. On fait d’abord passer 2 ou 3 litres d’une solution de bi-iodure à 1/4000, à laquelle on substitue pour l’irrigation continue une solution phéniquée à 1/1000. Dès que les urines deviennent un peu noirâtres, on la remplace par une solution boriquée à 30/1000. '
Cette méthode donne d’excellents résultats. Si au bout de vingt-quatre heures la température reste encore élevée, Pinard et Varnier conseillent d’avoir alors recours au curettage. La plupart des accoucheurs attendent, avant d’opérer deux ou trois jours, les effets heureux du lavage continu intra-utérin. Il faut enfin pour se décider tenir compte de l’évolution des accidents, de l’état de la femme.
Au curettage quelques accoucheurs substituent l’écouvillonnage.
Sur l’abdomen, et plus particulièrement au niveau de la région douloureuse, on appliquera une ou deux poches remplies de glace, suspendues au ciel du lit ou au plafond par une ficelle. La poche sera en caoutchouc ou formée par
PATHOLOGIE DES SUITES DE .COUCHES
un morceau de talïetas gommé, ou bien encore par une vessie de porc. Il est bon d’interposer entre la vessie et la peau une lame de flanelle. Il est essentiel que l’application gl.acée soit continuée sans interruption, et qu’on veille avec un soin minutieux à remplacer la glace avant qu’elle ne soit toute fondue. Négliger cette précaution serait rendre illusoire ce traitement.
On veillera à l’évacuation urinaire souvent entravée, et on la fera suivre d’un lavage à l’eau boriquée.
Si besoin est, on donnera avec précaution un lavement à l’aide d’un bock. Antisepsie intestinale avec du benzonaphtol.
Contre les vomissements, faire sucer des morceaux de glace, donner la potion de Rivierre.
Opium sous forme d’extrait thébaïque.
Dès que l’on aura des signes de suppuration du foyer, on pratiquera son évacuation, soit par le vagin, s’il proémine de ce côté, soit, en pratiquant la laparotomie sous-péritonéale de S. Pozzi : incision parallèle à l’arcade de Fallope, comme pour la ligature de l’iliaque externe ; on décolle le péritoine, on le soulève, on arrive sur la collection purulente, et on draine par l’abdomen; si besoin est, on ajoute un drainage vaginal.
Si l'infection est généralisée , on emploiera la glace, l’opium, comme il a été dit; mais cette médication est insuffisante. Il faut avoir recours aux grands moyens et on a utilisé dans ce but la laparotomie, — la sérothérapie , — le lavage du sang.
Laparotomie. — Bouilly est l’un des premiers chirurgiens qui l’ait pratiquée en France; sur six péritonites généralisées ainsi traitées, il a eu deux succès. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit de cas à peu près désespérés.
Incision rapide de l’abdomen de six centimètres environ; ouverture du péritoine avec précaution. On introduit alors dans la plaie une canule en verre qu’on guide avec les doigts ; la canule communique par un tube avec un bock à injection. On fait d’abord passer 2 litres d’eau stérilisée, puis de l’eau sublimée à 1/5000 et on termine par un nouveau lavage à
SÉROTHÉRAPIE
l’eau pure. Le premier et le dernier lavage ont pour but de diminuer l’absorption. On cesse le lavage quand l’eau ressort claire."
Drainage large par le cul-de-sac de Douglas. Suture de la paroi abdominale; pansement abdominal; bourrage iodoformé du vagin.
Il importe de conduire l’opération rapidement.
Le succès de l’opération dépend beaucoup de sa précocité.
Sérothérapie. — Les infections puerpérales étant causées par le streptocoque , onacherchéun sérum antistreptococcique jouissant des mêmes propriétés curatives que le sérum de Roux-Behring vis-à-vis de l’infection diphtérique. Un élève de Pasteur, Marmorek, a, en 1895, présenté un sérum anti-streptococcique.
Charrin et Roger ont réclamé la priorité de la recherche, de la découverte et de l’application du sérum anti-streptococcique. Sur 12 cas traités par son sérum, Roger aurait eu 11 succès.
Il injecte par jour des doses de 30 à 40 centimètres cubes de sérum, doses qui peuvent même être dépassées.
Roger ne proscrit pas l’emploi des lavages antiseptiques, tandis que Marmorek y est opposé; d’après cet auteur, il y a antagonisme absolu entre la sérothérapie et l’antisepsie.
La valeur de cette méthode n’est pas définitivement connue, mais l’opinion des accoucheurs semble lui être, pour l’instant, défavorable, et il ne paraît pas douteux qu’entre la méthode antiseptique qui a fait ses preuves et la sérothérapie dont les résultats sont au moins incertains, il ne faille se prononcer — pour le moment — en faveur de la première.
Enfin l’action du sérum sur le rein serait nuisible, fait important chez les albuminuriques (1).
Injection de sérum artificiel. — Lavage du sang. — Le lavage du sang dans les infections, préconisé et expérimenté en 1889 par MM. Dastre et Loye, employé aupara-
(1) Bar, Boissard, Budin, Bué. — Société obstétricale de France, avril 1896.
PATHOLOGIE DES SUITES DE COUCHES
vant dans la fièvre typhoïde et tout spécialement dans le choléra, par M. Hayem, qui, à Saint-Antoine, traita systématiquement ainsi ses malades lors de l’épidémie de Paris de 1884, a été appliqué à la cure des infections à streptocoque. La simplicité, l’innocuité de la méthode, ses résultats encourageants — surtout dans les cas où le rein est intact — la rendent particulièrement recommandable.
Deux voies peuvent être employées :
1° La voie intra-veineuse;
2° La voie sous-cutanée.
La première sera préférée lorsqu’on voudra agir vite, et dans les cas très urgents, il est bon d’associer les deux procédés : procédé interstitiel, procédé intra-veineux.
Le liquide à employer est de composition simple. On peut se servir de la formule de Hayem :
Chlorure de sodium pur 5 grammes.
Sulfate de soude pur 10 —
Eau distillée 1 litre.
Il est essentiel que le liquide soit bien stérilisé. Si la solution est préparée d’avance par un pharmacien, elle sera stérilisée à l’autoclave; mais avant de s’en servir le praticien fera bien de la soumettre à une nouvelle stérilisation en plaçant le ou les flacons, pendant une demi-heure, dans un bain-marie additionné d’une poignée de sel de cuisine.
Si le praticien n’a pas une solution toute prête, il peut — s’il faut agir sans tarder — en préparer une en faisant bouillir soigneusement son eau; il aura soin aussi de flamber à l’alcool le ouïes flacons à solution et d’en faire bouillir le bouchon.
Il est nécessaire d’avoir au moins 1 litre 1/2 de solution à sa disposition pour un lavage ; or, il ne faut pas oublier que ce lavage a besoin d’être renouvelé.
r a température du liquide, au moment de s’en servir, doit être de 38 à 40 degrés.
L 'instrumentation est des plus simples. On se sert d’un bock à injection muni d’un tube en caoutchouc armé de l’aiguille Dieulafoy, n° 2. Pour les injections intra-veineu-