PRATIQUE GÉNÉRALE DE L’ASEPSIE ET DE L’ANTISEPSIE
devront être tenus dans un état d'asepsie parfaite; ils seront savonnés et brossés puis trempés dans une solution antiseptique. Les ongles et les sertissures des ongles sont des nids à infection ; les ongles tenus courts, arrondis, seront récurés dans toutes leurs rainures avec un cureongles.
L’accoucheur devra toujours emporter avec lui ces instruments de propreté, brosse et cure-ongles lisse sans lime, qu’il n’est pas assuré de trouver chez les clients ou qu’il rencontre dans des conditions de propreté insuffisante. Il est bon d’emporter son savon. A la campagne et chez beaucoup de clients on ne trouve que du savon de ménage
Fig. 35. — Cure-ongle à surface lisse.
qui, préparé avec des suifs souvent altérés et à basse température, contient des germes septiques.
L’accoucheur aura la coquetterie de ses mains.
Cette désinfection des mains doit être renouvelée à toute occasion, chaque fois surtout qu’après un examen manuel des parties externes, on procède à un examen plus profond. Dans la journée l’accoucheur devra éviter toutes les causes d’infection et particulièrement la désinfection des mains est indispensable après satisfaction de besoins naturels. Les femmes qui ont leurs règles, ou des pertes blanches doivent être plus attentives encore à cette précaution antiseptique. C’est là que réside certainement l’origine inexpliquée d’accidents d’infectieux.
Ces recommandations banales en apparence sont souvent méconnues et cependant essentielles.
Toute sage-femme ou tout accoucheur soignant un cas d'infection 'puerpérale devra s'abstenir de visiter et de soigner toute autre accouchée.
L’on ne pourra reprendre l’exercice de la profession qu’après avoir quitté tous les vêtements qu’on portait à ce moment et pris un grand bain de sublimé.; s’il n’était pas
possible de prendre un bain total de sublimé (1), après un bain chaud on se lotionnerait et on se frictionnerait le corps avec la liqueur de Yan Swieten.
3° Objets en rapports avec l'accouchée. — Les soins de propreté-et d’asepsie qu’on donne à l’accouchée consistent
en lavage des parties externes et des organes génitaux internes.
Les éponges doivent être proscrites : ce sont des nids à microbes; même désinfectées elles contiennent encore dans les alvéoles profondes des germes septiques.
Les éponges seront remplacées par la ouate hydrophile qui absorbe l’eau, et dont on braie les tampons utilisés. Ces tampons se font en roulant des petits paquets de ouate de la grosseur d’un œuf ; on peut en préparer d’avance et dans ce cas on les entoure d’une chemise de tarlatane qui empêche leur effilochage. Lorsqu’on s’est servi du paquet de ouate où on a pris les tampons il faut le refermer, soigneusement et le mettre dans une boîte en fer-blanc aseptisée.
A défaut de ouate hydrophile on peut confectionner des compresses-éponges à bon compte de la façon suivante : on prend de la tarlatane, qu’on trouve chez tous les merciers, et on en fait des compresses, à huit ou dix doubles, grandes comme un petit mouchoir d’enfant, qu’on faufile ensemble. Une fois coupées et cousues on les fait bouillir pendant une heure, ce qui les aseptise et les débarrasse de l’apprêt qu’elles possèdent. Une fois ainsi préparées on les
Fig. 36. — Tampon de ouate hydrophile recouvert de tarlatane servant à éponger.
ââ 20 grammes.
(1) Bichlorure de mercure
Chlorhydrate d’ammoniaque . .
Eau distillée 200 grammes.
pour un hain (baignoire en bois).
INJECTIONS
met dans un bocal à fruits rempli d’une solution de Yan Swieten. On a de la' sorte une provision de compresseséponges qu’on jette dès qu’elles ont servi.
Enfin dans un cas pressé, faute de ouate ou de compresses, plutôt que d’employer des éponges, on se sert .de linge bien blanc, qu’on fait bouillir puis qu’on trempe dans une solution de sublimé.
injections. — Les lavages des organes génitaux internes, vagin et utérus, portent le nom d 'injections.
Pour pratiquer les injections les irrigateurs doivent être proscrits; ils sont d’un entretien aseptique impossible, s’encrassent par l’usage des solutions antiseptiques et ont un jet trop brusquement violent; les injecteurs à poire ne valent pas mieux.
Le seul instrument pratique est celui où l’eau s’écoule sous l’influence de la pesanteur, et dont on modère ou augmente la force en l’élevant plus ou moins audessus de la malade. On lui donne généralement le nom de bock à injection ou d’injecteur.
Ils se composent d’un récipient muni d’un orifice-inférieur avec tuyau d’ajutage où s’amorce un tube en caoutchouc terminé par une canule.
Le récipient doit être soit en verre, soit, ce qui est mieux au point de vue de la solidité, en métal émaillé ; les autres modèles en métal s’altèrent au contact des solutions.
Le reproche pratique à faire à ces instruments c’est qu’il ne sont pas très portatifs. Or il est courant, surtout en province, d’être appelé pour un accouchement et de ne trouver pour faire une injection que des instruments salés ou défectueux et le plus souvent, cela dans toutes les classes de la clientèle, rien du tout. L’accoucheur ou la sage-femme pour ne pas être pris au dépourvu doit toujours emporter cet appareil de première nécessité.
On fait dans ce but une poche en caoutchouc supportant tous les liquides et à toutes les températures nécessaires, qui se plie et s’emporte sans embarras; pour s’en servir, on la suspend à un clou, une patère, un bec de gaz ou on la fait tenir par quelqu’un. C’est un instrument
Fig. 38. — Injecteur vaginal à suspension.
Fig. 39. — Poche en caoutchouc de Doléris.
d’une commodité précieuse qui doit faire partie de la trousse de tout accoucheur ou sage-femme, surtout à la campagne.
L’on construit aussi des bouteilles à écoulement commodes. Dans les cas urgents, en l’absence d’un outillage spécial, on peut faire un appareil à irrigation très simplement; il suffit de prendre un entonnoir qu’on aura aseptisé par l’eau bouillante et le flambage et auquel on ajoute
INJECTIONS
un tube en caoutchouc ; il est tonnoir en récipient fermé et à robinet à l’aide d’une pince à étendre le linge qu’on place sur le tube en caoutchouc, et à son défaut en priant un aide de presser le tube entre les doigts.
On pourrait, à la rigueur, faire l’injection à l’aide du tube ; c’est un moyen d’exception. On y ajoute une canule.
Les canules en gomme, en os, doivent être rejetées. Les seules canules qu’on emploiera sont les canules de verre qui sont faciles à aseptiser, à nettoyer, qui s’encrassent moins, et qui, étant donné leur bon marché, se remplacent aisément; si elles redoutent les chutes, les coups, elles sont cependant sûres dans leur emploi vaginal. On verre suffisamment épais. Le
de transformer cet en-
doit prendre des canules de s unes, et ce sont les plus
Fig. 41. — Appareil à injection de nécessité tait à l’aide d’un entonnoir et d’un tube de caoutchouc.
usuelles, se terminent par une ampoule percée de petits
ASEPSIE ET ANTISEPSIE EN OBSTETRIQUE
trous en pomme d'arrosoir , d’autres sont en lance, n’ayant qu’un orifice terminal : le jet est plus direct, plus violent, nettoie mieux; ce dernier modèle, à rejeter pour les soins pendant la grossesse, est préférable pour obtenir un bon nettoyage, lorsque l’accouchement est terminé.
Cette canule courte terminant un long tube en caout-
RAINAL FRERES
Fig. 42. — Canule en verre à un seul jet terminal.
chouc, peut servir même pour des lavages intra-utérins, immédiatement après l’accouchement lorsque la cavité est béante.
Mais une canule plus longue est utile : canule intrautérine. On en fait en métal, en celluloïd, en caoutchouc durci. Le celluloïd a 1’inconvénient de S’enflammer avec la plus grande facilité ; le caoutchouc durci, lui, au bout d’un certain temps, perd de sa souplesse et s’altère. Parmi ces modèles nous préférons ceux de Budin et d’Ollivier.
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On a enfin construit des sondes intra-utérines en cristal et en verre : plus fragiles, présentant un bras de levier considérable et enfoncées très profondément dans un organe résistant, elles demandent à être employées avec précaution. Ces sondes utilisables immédiatement après
INJECTIONS
l'accouchement, sont un peu volumineuses pour être
Fig. 44. — Sonde intra-utérine Fig. 45. — Sonde Bozeman-
de Collin. Fritsch.
introduites lorsque le col s'est déjà refermé; il faut une sonde plus fine; les plus simples sont celles de Collin
et Bozeman-Fritsch. Parfois on laisse à demeure dans l’utérus une sonde pour pratiquer Pirrigation continue; Pinard a fait faire, à cet usage, une sonde en argent, de courbure spéciale qui en favorise le maintien dans la cavité.
Les canules qui servent aux soins de la femme doivent être, immédiatement après leur usage, bouillies, ou, tout au moins et jusqu’à ce qu’on les emploie à nouveau, plongées dans un flacon ou un grand verre rempli d’eau bo-
Fig. 46. — Sonde intra-utérine à demeure do Pinard.
riquée, d’eau phéniquée faible ou de sublimé. Quant aux sondes intra-utérines, une fois qu’elles ont été nettoyées, on les plongera dans une bouteille de solution antiseptique.
Lorsqu'on veut faire une injection, la femme restant couchée, il est assez difficile de recueillir le liquide de façon à ce que le lit ne soit pas souillé. On a, dans ce but, construit nombre de bassins variés. Le plus commode et le plus simple est un bassin rond ordinaire auquel on a adapté un siphon en caoutchouc (Siphon de Weber) qu’on amorce avec la poire. Ce siphon commode à emporter peut s’adapter même à un plat dont on est souvent réduit à se servir à la campagne. L’eau se vide au fur et à mesure qu’elle tombe dans le bassin qui ne saurait alors déborder (1).
Injections très chaudes. — On est parfois obligé, en
(l)Tous les bassins construits pour cet usage ont le même défaut capital ; sous prétexte de commodité ils sont aplatis à l’extrémité qu’on pose sous le siège et profonds à l’autre, profondeur qui ne sert à rien l’eau s’écoulant forcément dès qu’elle atteint le niveau du rebord le plus bas; il en est de même des tubes à écoulement tixés sur le bassin; celui-ci s’enfonçant dans le lit le tube pointe en l’air, est à un niveau supérieur à celui de la portion du bassin la plus basse, le siphon ne s’amorce pas et l’écoulement ne se fait pas.
INJECTIONS
obstétrique surtout, de faire des injections très chaudes
à 45 degrés; l’eau, en sortant, brûle les parties génitales
Fig. 48. — Canule en porcelaine pour injections très chaudes.
externes souvent éraillées et particulièrement sensibles. On a, pour parer à cet inconvénient, construit un appa-
reil très ingénieux sorte de gargouille protectrice en porcelaine.
Technique des injections. — Injections vaginales. — Il n’est guère besoin d’insister sur la technique générale des injections vaginales : nous rappellerons plus tard que, pendant la grossesse, elles ne doivent pas être dirigées directement sur le col.
Les injections vaginales seront accompagnées du rinçage du vagin : tandis que la main gauche dirige le jet de la canule, l’index et le médius de la main droite, profondément introduits, parcourent les culs-de-sac, les déplissent, les frottent et font pénétrer le liquide partout.
Injections intra-utérines . — Elles diffèrent suivant qu’on les pratique immédiatement après l’accouchement ou plus tard.
1° Immédiatement après l’accouchement, l’on glisse les quatre doigts de la main gauche dans le vagin, la paume en haut, jusqu’au niveau du col. Ces doigts forment une sorte de gouttière sur laquelle on glisse le dos convexe de la sonde dont le bec relevé va s’introduire dans l’orifice du col; quelquefois même, il est trop relevé, il suffit, pour remédier à cet inconvénient, de soulever le manche de la sonde et d’incliner le bec un peu à droite ou un peu à gauche.
Une fois la sonde amorcée, il faut la faire pénétrer profondément ; lorsque la sonde n’a pénétré que de 3 ou A centimètres, on n’est que dans le vestibule de l’utérus dans le segment inférieur cervico-utérin flasque ; l’on est, il est vrai, arrêté par un obstacle, qui est l’anneau de Bandl, mais il ne faut pas craindre de pousser, pour en franchir la résistance ; quand on est dans l’utérus non seulement le bec mais le corps de la sonde y remue librement. En cas de doute, il faut, avec les doigts ou la main, s’assurer qu’elle a bien pénétré. La sonde étant bien introduite dans la cavité du corps, pendant que le jet coule, on l’incline à droite, à gauche, on l’avance, on la recule de façon à bien nettoyer tout l’utérus.