‹ Manuel théorique et pratique de la liberté de la presseChapitre 6 sur 13 · CENT-JOURS · texte numérisé non relu

CENT-JOURS

police, et ceux des départements sous la surveillance des préfets ; mais ces restrictions, que les circonstances suffisaient à expliquer, avaient un caractère essentiellement provisoire, et la police usa de son pouvoir avec une mansuétude qui est attestée par les journaux les plus hostiles au gouvernement impérial.

M. de Vaulabelle voit dans cette indulgence la preuve de la sincérité de Napoléon. Le décret du 25 mars, publié quatre jours après la rentrée de Napoléon aux Tuileries, alors qu'il exerçait un pouvoir absolu ; son respect, pendant tout ce temps, pour la liberté de la presse, malgré le déplorable usage que devaient en faire les partis hostiles à son pouvoir et à sa personne, témoignent, suivant l'historien des deux Restaurations, combien élait positive, à ce moment, la volonté de l'empereur de restituer à la France les conquêtes morales et politiques de la Révolution. C'est aussi la conviction de l'illustre historien du consulat et de l'empire.

Ce retour à des principes qu'il avait repoussés, durant quinze ans, d'une façon si hautaine,les motifs qui avaient pu changer ainsi complètement ses convictions, Napoléonles a expliqués dans une conversation avec Benjamin Constant, un des hommes qui avaient le plus energiquement combattu son retour, et qu'il venait de charger de rédiger la nouvelle constitution. « J'ai voulu l'empire du monde, lui dit-il, et, pour me l'assurer, un pouvoir sans bornes m'était nécessaire. Pour gouverner la France seule, il se peut qu'une constitution valût mieux... Voyez donc ce qui vous semble possible, apportez-moi vos idées. Des discussions publiques, des élections libres, des ministres responsables, la liberté de lu presse^ je veux tout cela... la liberté de la presse surtout : V étouffer est absurde ; je suis convaincu sur cet article*. »

* On Ut dans le Mémorial de Sainte-Hélène : a L'empereur disait qu*il était

La liberté de la presse fut, en effet, consacrée par l'article 64 de l'Acte additionnel :

Tout citoyen, disait cet article, a le droit d'imprimer et de publier ses pensées en les signant, sans aucune censure préalable, sauf la responsabilité légale, après la publication, par jugement parjurés, quand même il n'y aurait lieu qu'à l'application d'une peine correctionnelle.

C'était, en quelques mots, la charte sincère et parfaite delà liberté.

Napoléon, en présentant TActe addilionnel, avait renouvelé les déclarations qu'il avait faites à Benjamin Constant.

« Nous avions alors pour but, avait-il dit, d'organiser -j'

un grand système fédéral européen, que nous avions ^

adopté comme conforme à l'esprit du siècle et favorable ^ au progrès de la civilisation. Pour parvenir à le compléter 'rmx et à lui donner toute retendue et toute la stabilité dont il M il était susceptible, nous avions ajourné l'établissement de ^j€ plusieurs institutions intérieures plus spécialement des- — «stinées à protéger la liberté des citoyens. Notre but n'est J «t plus désormais que d'accroître la prospérité de la France ^^-ce •par l'affermissement de la liberté publique. »

Le 7 juin, en ouvrant les chambres. Napoléon renouvela une fois encore ses protestations libérales. « J'ambitionne,

des institutions, et de ce nombre se trouvait la liberté de la presse, sur lesquelles on n'était plus appelé à décider si elles étaient bonnes ou mauvaises, mais seulement s'il était possible de les reruser au torrent de l'opinion; or il prononçait que l'interdiction ou la restriction de cette liberté dans un gouvernement représentatif, était une anomalie choquante, une véritable folie. Aussi, à son retour de l'île d'Elbe, avait-il abandonné la presse à tous ses excès, et il pensait bien qu'ils n'avaient été pour rien dans sa dernière chute. »

On lit encore dans ces mêmes confessions, à une date antérieure : « La question de la liberté de la presse était, selon l'empereur, une question interminable, et qui n'admettait point de demi-mesure. Ce n'était pas le principe en lui-môme, disait-il, qui apportait la grande difficulté, mais les circonstances auxquelles on aurait à en faire l'application. L'empereur aurait été même par nature, disait-'il^ pour la liberté illimitée. »

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