CENT-JOURS
dit-il, de voir la France jouir de toute la liberté possible... La liberté de la presse est inhérente à là constitution actuelle ; on n'y peut rien changer sans altérer tout notre système politique. Mais, ajoutait-il — car, en celte matière, il y a toujours un mais — il faut des lois répressives, surtout dans Tétat actuel de la nation. Je recommande à vos méditations cet objet important. »
Et quelques jours après, le ministre de Tintérieur, présentant aux chambres un rapport sur la situation intérieure, s'exprimait ainsi :
« Au milieu des touchantes acclamations qui Taccueillirent à son retour. Sa Majesté s'était flattée qu'un tel peuple pouvait, pour ainsi dire, être livré à lui-même, et €iu'il n'avait en quelque sorte besoin d'aucune police : elle s'empressa de publier la liberté de la presse ; mais Sa Majesté n'avait pas pensé qu'au sein de cette masse du peuple, toujours excellente, il se trouverait une mul- 'titude d'ennemis cachés, qui, d'abord stupéfaits et silencieux, n'en méditaient pas moins le désordre dans J'intérieur et la guerre au dehors. » En conséquence, l'empereur, bien à regret, se voyait obligé de demander ^es lois répressives de la liberté de la presse.
Il n'est pas hors de propos de rappeler que le ministre ^ui parlait ainsi s'appelait Carnot.
De îout cela que serait-il advenu ? Napoléon aurait-il I^ersisté dans ses dispositions libérales et tenu ses pro- -wiesses? Cet essai de gouvernement en commun entre ^'empereur et des assemblées* investies d'attributions sé- :3rieuses aurait-il réussi? C'est ce que personne ne saurait ^ire : le temps a manqué à cette expérience. Les méfiances Wle l'Europe et de la France elle-même sur les intentions :»éelles de Napoléon, puis la perte de la bataille de Waterloo, entraînèrent dans la même ruine et le monarque et les chambres. Il n'est resté des Cent jours qu'une grande
leçon: le speclacle d'un homme qui avait énergiquement comprimé la liberté en général, et surtout celle de la presse, forcé, dans les mauvais jours, de recourir à cette liberté, et de chercher son salut dans* le réveil de l'esprit public, qu'il avait étouffé.
On connaît l'attitude de la chambre des députés avant et après Waterloo, et nous n'avons point à l'apprécier. On doit lui savoir gré, du moins, d^avoir voulu sauver nos libertés du naufrage. Dans la séance permanente du 5 juillet, alors que l'ennemi était aux portes de Paris, Garât proposa de voter une déclaration des droits des Français et des principes fondamentaux de leur Constitution, a Lorsque les Anglais, dit-il, appelèrent Guillaume III au trône, déclaré vacant, ils saisirent ce moment d'intervalle entre deux dynasties pour donner une sanction nouvelle à tous leurs droits. Ce fut alors que parut cette déclaration fameuse sous le nom de Bill des droits, qui fut une égide contre les usurpations de Guillaume III, et qui est demeurée le phare de la liberté britannique. Je voudrais dans ce moment donner quelque chose de semblable à la nation. » •
Le projet de Garât fut adopté. L'article 8 de cette déclaration in extremis était ainsi conçu :
La liberté de la presse est inviolable. — Aucun écrit ne peut être soumis à une censure préalable. — Les lois détermineront quels sont les abus de la presse assez graves pour être qualifiés crimes ou délits : ils sont réprimés, suivant les diiîérents degrés de gravité, par des \)eines dont la sévérité sera aussi graduée, et par jugement de jurés.
Le 6 et le 7, malgré la présence des étrangers dans la