‹ Manuscrit de mil huit cent treize, contenant le précis des événemens de cette année, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon;Chapitre 11 sur 53 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

dIfFICULTJÉS qui procèdent la RÉUNIOir DU CON-

, GRÈS DE PRAGUE. L EMPEREUR s' ATTEND A LA

GUERRE, — VOYAGE A BIAYEIïCE,

A peine M. de Metternioh était-il de retour à Prague , qu'il a fait prévenir que le congrès était Iretardé. Les plénipotentiaires russe et prussien ne pouvaient , disait-il , arriver avant le 8. La réunion avait ensuit» été remise au 1 2 , et de nouveaux délais étaient survenus.

Des difficultés d'un autre genre se sont élevées en même temps du côté de Newmarck. Les généraux alliés , commissaires pour l'armistice , n'ont pas reçu d'instructions pour reconnaître la prolongation que M, de Metternich vient de stipuler à Dresde. Au contraire , le général en chef Barclay a fait connaître que son désir per^ sonnel serait qu'il n'y eût pas de prolongation.

Ainsi , l'exécution de la convention de Dresde a débuté par des retards et des malentendus

DE MIL HUIT- CmW TREIZE. 71 qui pourraient accuser l'^xactitode iJq M^idQ Metternich, o . . iU; ' Le choix qu^ les aiUé» oiit ù^\t de le^i^ plé-j nipoteatiaires nest pas. d'uu. augiir^ pkl^ fà^Or, rable pour l'issue du coAf irès» Tt^ndî^ quf^ JJf a-» poléon , çherchaut à nuiUipUef^les preuves de h franchise j et même de la soleuuité qu'il niet k traiter de la paix, nomxuie pour le représente? son grand - écuyer le duc de Vicence , ?t »oo ambassadeur à Vienne le comte de Nai'bonn^ ^, personnages connus de toute l'Ëiirope ptir le$ hautes missions qu'ils ont remplies et par l^ rang qu'ils occupent à la cour, de FrancQ ; la Prusse et la Russie semblent s'être accordées pour n envoyer au c6«igrès que des hommes jusqu'il ce jour •élrang^^s aor grandes afiaires (du continenL JVLdeJlumhaldt^. plénipotentiaire de la Prusse , a du- nioins ppur lui un nom honoré • ■ . — —i-, — ^- — t .. ' —

' Par décret du 12 juillet , le duc de Yicence et le comte de Narbonne sont nommés plénipotentiaires pour traiter de la paix.

Le sieur Gérard de Rayneval , chef dé division adjoint au ministère des relations extérieures j lé sieur Lajard , premier secrétaire de légation à Varsovie ; et le sieur de Cabres , auditeur au conseil d'^état , sont nommés secrétaires de la légation française , â Prague.

Les auditeurs âti conseil d'état, Broglie et Montigny , sont attachés à la légation.

jà MANUSCRIT

dans ieô sciences ; mais M. d'Anstétt , plénipoten** tiaire de la Russie , qui n'a été employé jamais que dans des missions secrètes, et comme un agent de guerre très-actif % a le tort de se présenter pour traiter contre son pays natal ; Français, né en Alsace, il se trouve en désobéisance foi:*meUe avec nos lois \ Certes, un pareil choix ne promet pas de grands égards, et n'annonce pas un désir bien vif de conciliation. Aussi le premier mouvement de Napoléon est-il de s'en offenser; il retient auprès de lui le duc de Vicence, et ne laisse partir que M. de Narbonne , qui retourne à son poste d'ambassadeur; il est même tenté de prendre exemple s\ir la Russie, et de n'envoyer au congrès qu'un plénipotentiaire de troisième ordre.*.. £n attendant qu'il ait pris un

* En i8o5 , M. d'Anstett avait été le principal agent 'de l'Angleterre pour porter l'Autriche à la guerre. Nous avons vu le même M. d*Anstet,t arriver , en janvier dernier, au quartier-général du prince Schw^artzenberg , sur la Vistule, et le décider à remettre aux Russes le duché de Varsovie. JEnfîn , M. d'Anstett est le plénipotentiaire qui vient de signer , à Reichenbach, la nouvelle convention de guerre entre la Russie et l'Angleterre.

* Décret du 26 août 181 1, art. 20 : Les Français au service d'une puissance étrangère ne pourront servir comme ministres plénipotentiaires dans aucun traité où nos intérêts pourraient être débattus.

parti définitif, les difficultés qui se sont élevées àNewmarck, au sujet de 1 armistice, servent de prétexte pour suspendre le départ du duc de Vicence.

Cependant ce malentendu de Newmarck , • après avoir subi incidens sur incidens^ et s'être prolongé une partie du mois de juillet , finit par s'expliquer. La Prusse et la Russie font valoir la continuation de l'armistice comme une concession à laquelle leur condescendance pour l'empereur d'Autriche les entraîne au détriment de leur intérêt militaire. Encore ne commencet-on à tenir ce langage que le 1 1 juillet , et ne • signe-t-on que le a6. C'est cette dernière date que porte la convention de Newmarck, qui prolonge l'armistice jusqu'au 10 août.

Il ne reste donc que quinze jours pour commencer et finir la négociation.

Au milieu des difficultés de tout genre , dont la chancellerie autrichienne est la source, on ne peut se dissimuler qu'un délai si resserré ne soit insuffisant pour achever le grand œuvre de la paix. Les hostilités recommenceront ^vant qu'on puisse arriver à aucune conclusion. L'empereur en prend son parti , et ne pense plus à négocier qu'en se battant. Il espère que le sort des combats lui amènera de nouvelles chances qui corrigeront l'influence défavorable sous la-

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quelle nous négocions aujourd'hui. Il est en effet certain que les derniers événemens d'Espagne ont donné à la politique anglaise une hauteur qui la rend moins conciliante que jamais ; qu'ils ont fait pencher plus encore la balance de T Au* triche du côté des alliés , et qu'enfin la partia-lité de la puissance médiatrice ne fait qu'ajouter à l'ardeur guerrière des Prussiens et des Russes. €omment , au milieu de tant de circonstances devenues contraires , amener une négociation à des termes honorables? K^ vaut^il pas mieux chercher dans la guerre de nouveaux succès qui puissent contre-balancer tout ce qui est survenu contre nous?

« Parce que je n'aurai pas fait la paix , on dira » que je n'ai pas voulu la faire ; je le prévois ^ » et je lis déjà ce reproche sur vos figures ( ré- » pond Napoléon à ceux qui le pressent de se » soumettre à tout plutôt que de recourir en- » core aux armes ' )• La paix que je ne veux

' Voici ce que Napoléoa disait à Sainte-Hélène, en se rappelant cette époque de son séjour à Dresde : « Quelles » n'étaient pas mes tribulations de me trouver tout seul à 1» juger Fimminencc du danger et à y pourvoir î de me » voir placé entré les coalisés qui menaçaient notre exi- » stence... et les harrassemensde tous les miens, de mes » ministres même qui me poussaient à me jeter àajàs leurs

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M pas faire, c'est celle que mes ennemis veulent » me dicter. Sont-iU donc plus pacifiques que » moi ? ne refusent-ils pas de leur côté la paix >i que je leur propose ? Ce que mes ennemis » appellent la paix générale, c'est ma des- » truction. Ce que j'appelle Ja paix , cest seu- » lement le désarmement de mes ennemis : )i ne suis-je pas plus modéré qu'eux ? Cette » accusation d'être passionné pour la guerre » est absurde à mon égard ; mais tôt ou tard » 1 opinion en fera justice ; on reconnaîtra que il j'avais plus d'intérêt qu'un autre à faire la paix , ^) que je le savais , et que si je ne l'ai pas faite ,

» c'est qu'apparemment je ne l'ai pas pu

» Il ne faut pas me juger sur le refus que j'op« » pose à leurs premières demandes. Ne sait-on ») pas que toute puissance qui entre en négocia* èf tion veut d'abord tout ce qu'elle croit pou- » voir obtenir. C'est dans la nature des choses. » Mais la transaction arrive ensuite à son terme.

» bra» ! St j'étais obligé de faire boane contenante dans )> une si gaucbe posture ! de répondre fièrement aux uns » et de rembarrer les autres , qui entretenaient la mau- » vaise pente de l'opinion au lieu de l'éclairer , et laissaient I) le cri public me demander la paix, lorsque le seul » moyen de l'obtenir était de me pousser ostensiblement ^> à la guerre. » (Voirie Mémorial de Sainte-Hélène^ par ie fî<Mpt^de Laff Cases; t. vi, p. 57.).

» Ou le vainqueur 1 emporte , ou le vaincu ré- » siste , ou )es deux parties se concilient. Je » l'avouerai , j'ai cru que la position où nous » trouvait l'armistice était favorable pour une M conciliation. Nous nous balancions dans un M équilibre de succès et de revers ; une grande }) transaction pouvait en résulter entre le

» nord et le midi Je puis beaucoup ce'der ;

» je ne craindrais pas de m'aflaiblir pour une » paix générale. Mais il n'en est pas de même n pour une paix qui ne serait que continentale. )i Dans ce cas , la paix n'est jamais qu'une trêve n pendant laquelle l'Angleterre ne manque pas i) de renouer les coalitions. Rien n'étant fini >> alors , je dois prévoir de nouvelles attaques et >i chercher à conserver le plus de puissance qu'il » m'est possible ; je veux du moins ne céder que » ce qu'il faut et pas plus qu'il ne faut. Voilà toute » mapolitique.MaisvousvoyezcommerAutriche » se plaît à élever les prétentions de nos ennemis, « en se rangeant de leur côté !.... Revenez donc w de votre erreur , et que les belles paroles de » Metternich cessent de vous faire illusion ! »

La plaie que l'Autriche a faite au cœur de Napoléon se montre alors toute entière :

c( Certainement , continue-t-il , j'aurai toU- » jours une grande confiance dans l'affection per- » sonnelle de mon beau-père. Mais^je d^is con-

» naître la politique de son cabinet ; j'en fais » en ce moment une assez rude épreuve ! Cette » politique ne change pas. Les alliances, lesma- » riages peuvent suspendre sa marche , mais ne la >y détournent jamais. L'Autriche ne renonce point » à ce qu'elle est forcée de céder. Tant qu'elle est » la plus faible, la paix dans laquelle elle se ré- » fugie n'est qu'une trêve ; en la signant , elle mé- » dite une guerre nouvelle.... Observez-la depuis » vingt ans : après nous avoir combattus pendant » cinq campagnes acharnées , elle ne se résout à » suspendre les hosti lités à Léoben que parce qu'il » n y a plus d'autre moyen de nous empêcher d'en- » trer dans Vienne. Un an après,elle apprend mon » départ et celui de mon armée pour l'Çgy pte; aus- » sitôt elle recommence la guerre ; et si , ,en 1 80 1 , I) elle signe la paix de Luné ville, c'est que les vain^ » queurs de Hohenlinden menacent de nouveau » sa capitale. En 1 8o5 , elle croit nous surprendre A) au milieu^ de nos projets de descente en Angle- » terre ; elle reparaît sous les armes ; mais cette » fois elle perd Vienne et la bataille d'Austerlitz; » il faut bien encore se soumettre. Trois ans sont >j à peine écoulés , qu'elle oublie les leçons pré- » cédentes. En 1809 , eUe nous voit eMptgés au » fond de l'Espagne , et elle nous attaque avec » une nouvelle confiance. Ce n'est qu'après avoir i) perdu Vienne et la bataille de Wagram qu'elle

» consent à la paix '. Aujourd'hui elle croit avoir » des chances plus favorables que jamais , et » vous la voyez qui se déclare encore. En un » mot, l'Autriche ne sait rien oublier; elle sera » notre ennemie , non-seulement tant qu'elle » aura des pertes à réparer , mais encore tant » que la puissance de la France pourra lui faire » craindre de nouveaux affronts. Cet instinct de » jalousie est plus fort que tous les intérêts , I) que toutes les affections ; jugez-en par l'inu- » tilité de mes efforts ^.

» Le système de nos ennemis n'a-t-il pas été » constamment hostile ? Quand nous ont-ils ja- M mais accordé la paix ? Constamment il nous a » fallu la conquérir ; eh bien ! il ^ut la conquérir

' Depuis le traité de Presbourg, l'Autriche humiliée n'a

cessé d'épier le moment favorable de s'en affranchir

Elle a imaginé de fausses craintes et imprimé d'artificieuses défiances ; elle a armé toutes les haines et toutes les passions avant d'armer tous les bras , et , oubliant la générosité de noftre empereur qui lui a permis de régner , elle a romrpu sanlB ombre de prétexte les traités les plus solennels , et violé sans manifeste les territoires alliés de la France. ( £tîenn07A.ntoine de Bouline , évêque de Troyes , Mandement mf lo mai 1809.)

" Nous trouvons à cet égard un aveu précieux de l'empereur d''Àutridie lui-même dans les pièces historiques de 181 4* S. M. , recevant à son audience le sénat de France-,

)i encore ! Croyez-moi , celui qui a toujours dicté >^ la paix ne peut pas à son tour la subir impu- » némeat ' ! n

L'empereur a cependant cessé de s'opposer au départ du duc de Vicence pour Prague. Plus la guerre parait imminente 9 moins il veut que ses resseotimens personnels paissent contribuer à la jirovoquer. Sa politique, toute franche et toute militaire , ne craint. pas de s'expliquer. « La RÛS' )» sie , dit-il , a droit à une paix, avantageuse ; » eilel'aura achetée par la dévastation de seâ pro*

ù*a-t-elle pas cru devoir parler de la constance qu'elle avait mise à combattre pendant vingt ans les principes qui Tenaient de désoler le monde? Il est remarquaUe que le séaat s'est i*eiiisé à insérer une telle phrase dans son procès-verbal (Voir Beauchamp, tom u, pag, 5i i ; et Lambretch , pag. 6 , 1 8 1 5. )

* Si j'abandonne l'Allemagne , l'Autriche combattra avec plus d'ardeur jusqu'à ce qu'elle obtienne l'Italie; si je lui eêde l'Italie , l'Airtriche s'empressera , pour se la garantir, de mé chassrer del'AlleiiiagBe. Ainsi une première con- Qâssion £aite par moi ne sera dans leurs mains qu'un laojei) de s'en faire accorder de nouvelles.

La première pierre de l'édifice déplacée entraînerait l'écroulement de tout le reste. Je serais poussé de concessions en doncessions jusqu'au château des Tuileries , d'où les Français , indignés de ma faiblesse , me chasseraient sans doute. ( Voir le Mémorial de Sainte-lSélène , par le comte de Las Cases ; tom« vi , pag. 67. )

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» vinces, par la perte de sa capitale et par cleii» » années de guerre. L'Autriche, au contraire^ >) n'a rien mérité. Dans la situation actuelle de» » affaires, je n'ai pas d'éloignement pour une » paix qui soit glorieuse à la Russie; mais j'éw prouverais une véritable répugnance à voir » l'Autriche , pour prix du crime qu elle cooimet w en violant notre alliance, recueillir le fruit et » les honneurs de la pacification de l'Europe. >^' Ces paroles échappent à l'empereur dans les instructions qu'il dicte pour le duc de Vicence-

En même temps qu'il travaille à ce sujet avec le duc de Bassano , i l arrête ses dernières dispositions pour la campagne qui est au moment de se rouvrir.

Quatre corps d'armée seront opposés à la Ba* hème. Ce sont le premier corps commande par le général Vandamme, qui était à Hambourg, et qui remonte en ce moment le coiirs de l'Elbe ; le quatorzième, de nouvelle création, qi|ii sera sous les ordres du maréchal Gouvion-Saint-Cyr ; le huitième, que le prince Poniatowski vient d'amener du fond de la Gallicie à Zittau , et le troisième corps de cavalerie , que le duc de Padoue ( général Arrighi ) organise à Leipsick.

On envoie au vice-roi l'ordre, de se tenir prêt sur la frontière italienne. Il .attaquera les états héréditaires au cœur. L'armée bavaroise, leneu? vième corps du duc de Castiglione ( maréchal

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Auger^au), et le corps de cavalerie du général Milhaiid seconderont son entreprise. Il cherchera à pénétrer jusqu'à Vienne.

Autant la guerre doit être active en Allemagne , autant les généraux de Faroiée d'Espagne devront mettre de lenteur et de prudence dans leurs opérations. Le maréchal Suchet a pour in** s^tructions d'évacuer Valence , de faire sauter les fortifications des places de guerre pour en rallier les garnisons , et de se concentrer sur la Ca** talognej. Le maréchal So^lt se bornera à défendre pied À pied le passage des Pyrénées.

. L'empereur s'attend à voir la politique anglaise redoubler d efïbrts pour introduire les armées espagnoles en France. Il vient de faire un .^ppel aw départemens du midi. Ce que les habitant du nord ont fait en 1809, ^^^^d l'empereur ôt^it; au loin sur le Danube , les habitans du inic(i vçpt le faire aujourd'hui que l'empereur est sur l'Elbe. Ils repousseront l'invasion anglo-espagnolevGomme leurs frères ont repoussé l'invasion anglaise sur l'Escaut; un renfort extraordinaire de 3 0,000 hommes leur est demandé pour les maréchaujCcSoultet Suichet.

Quant aux garnisons des places assiégées sur l'Oder et sur la Vistule , l'empereur les fait prévenir de la reprise prochaine des hostilités. Il leur recommande de ne pas désespérer d'être

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