‹ Manuscrit de mil huit cent treize, contenant le précis des événemens de cette année, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon;Chapitre 13 sur 53 · CHAPITRE TIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE TIII

OUVERTURE ET RUPTURE DU CONGRÈS DE PRAGUE. — L AUTRICHE SE DlÊCLARE CONTRE NOUS.

L'empereurd'Autriche tenait sa cour dans une campagne voisine de Prague, au château de Brandeitz. On remarquait auprès de lui le grandchambellan, comte de Urbna; le grand-écuyer, comCe de TrautsmandolF, et Taide de camp feidmaréchal-lieutenant Ducka. < ' Depuis le 12 juillet, M. de Metternich était établi à Prague avec sa chancellerie; Il y avait retenu notre ambassadeur, M. de Narbonné, qui avait préféré se rendre à Brandeitz auprès dé l'empereur d'Autriche. Depuis la même époque^ MM. de Humboldt et d'Anstett, plénipotentiai^ res des alliés, se trouvaient à Prague. Outre les plénipotentiaires,, un grand nombre d'étrangers de distinction s'étaient réunis dans cette ville , parmi lesquels M. d'Alopeus, ministre de Russie, et plusieurs voyageurs anglais^

Quoique M. de Narbonne fôt investi du pouvoir de négocier isolément , on avait éludé d'ouvrir la négociation avec lui seul. M. le duc de Vicence était arrivé à Prague dans les derniers jours de juillet. Tout prétexte de retard ayant cessé , M. de Metternich avait alors commencé les premières communications officielles.

L'empereur, arrivant de Mayence, est à peine descejidu de voiture qu'il fait ap'|>eler M. de Bassano. « Nous voici au 5 août ; )a trêve n'a h plus que dix jours à courir, qua-t-on fait à » Prague ? » Telles sont les premières paroles qu'i 1 adresse à son ministre.

Il apprend que ses pl^ipotentiaires n'ont pàl^ même pu voir les plénipotentiaires russes et prussiens , et qu'ils en sont encore à réclamer l'échange des pouvoirs.

La première note de M. de Metternich est du ^9 juillet. Le médiateur^ débutant par mettre de cote' tout ce qui a été dit à Dresde sur la forme de la négociation, à fait la proposition formelle d adopter la marche suivie au congrès de Tes'^ chejiy où chaque puissance belligérante prenait pour intermédiaire la puissance médiatrice, et lui remettait par écrit ce qu^elle voulait communiquer ou répondre à la partie adverse. Les alliés ont adopté cette forme avec empressement ; mais nos plénipotentiaires ont montré la plus grande

répugnance pour ce mode de négocier sans se voir y sans se parler ni s'entendre.

Des conférences ont eu lieu avec M. de Metter- * nich le 3o juillet et le 1*'. août. Le temps s'est perdu à faire un vain étalage d'érudition diplomatique. Du côté des alliés ^ on a invoqué toutes les traditions du congrès de Teschen; de notre côté, on s'est fatigué à répondre par tous les exemples contraires qu'on a pu tirer des cartons de Munster , de Nimègue , de Ryswick et d'Aix-la-Chapelle« Nos plénipotentiaires, ne pou* vaut rien ob.tenir,ont fijai par en re'férer àleiircour-

Ainsi la question de forme a suffi pour arrêter dès les premiers pas la marche du congrès.

L'empereur trouve dans la correspondance particulière de M. le duc de Yicence des aperçus moins décourageans : M. de Metternich a conservé des manières amicales. Il assure toujours que l'Autriche veut la paix; il en donne pour preuve le délai ménagé par elle jusqu'au 10 août. Aussi notre plénipptentiaire pense* t-il qu'on ne doit pas hésiter à prendre ce délai à la lettre, pour ne pas mettre l'Autriche malgré elle dans ime position ennemie. Il espère qu'en se hâtant de satisfaire cette pubsance dans les formes aussi-bien que dans le fond, dans sa vanité comme dans son intérêt , on pourra désarmer la coalition.

L'empereur ne pense pas de même ; i( a les yeux fixés sur ce qui se passe à Traclienberç- L'Autriche y est déjà engagé^ de fait ; ses conventions avec nos ennemis sont signées; le contingent qu elle mettra sous les armes est régie ; le^plan pour la campagne prochaine est arrêté; le généralissime de la nouvelle coalition est même désigné , et c'est un Autrichien : c'est le prince de Schwartzenberg, Dans un tel état de choses , le délai du dix n*est plus que le terme fixé par TAutriche elle-même pour se déclarer contre nous. Peut-être ce délai a-t-il été nécessaire pour ménager les hésitations personnelles de l'empereur d'Autriche, et l'entraîner insensiblement. On lui aura présenté sans doute tous ces préparatifs d'alliance comme provisoires , et n'engageant encore à rien. Mais les arrangemens sérieux n'en sont pas moins pris. La partie n'en est pas - moins liée , et les préparatifs dépassent toutes les limites du provisoire. L^état de guerre ne peut manquer de s'ensuivre, a Déjà les cercles » de la Moravie fournissent des vivres aux ar- » mées russes et prussiennes; déjà des fusils au- » trichiens viennent d'être envoyés comme marn chandises pour armer la land wer de la Silésie ^ » L'empereur d'Autriche, en arrivant au dénoû-

* Correspondance du dac de Yicence.

ment^ ne pourra plus se dégager des liens nouveaux qui se resserrent chaque jour autour de lui , et il faudra bien qu'il franchisse , bon gré , mal gré, le pasi^evenu inévitable.

C'est sous ce point de vue que l'empereur considère la conduite du cabinet autrichien. Son attention s'arrête cependant sur un discours assez remarquable de M. de Metternich.. « Je prévois » bien des lenteurs ( a dit ce ministre au duc » de Vicence dès leur première entrevue); nous » ne connaîtrons peut-être que le 10 la pensée » de l'empereur Napoléon. Cette pensée sera la » guerre ou la paix, et j'espère que le génie de » l'empereur trouvera encore au dernier moment w le moyen de concilier tout. » L'empereur entrevoit ici une indication de ce qui lui reste à faire.

Wbs plénipotentiaires, demeurés jusqu'à ce jour sans rapports personnels avec ceux des ennemis, n'ont pu parvenir à obtenir des données sur les sacrifices qu'on exige de nous plour la paix; la négociation officielle ne nous promettant aucune lumière sur ce problème , le plus important peut-être que des négociateurs aient à résoudre , Fempereur se décide à essayer la voie des communications confidentielles; le gendre va s'adresser à son beau-pere ; il a promis celte démarche directe à l'impératrice, et le moment est venu de lui tenir parole. L'empereur charge

le duc de Vicence d'aller trouver M. de Mettemich : « Demandez franchement > lui écrit-il, comment » l'Autriche ^entend que lapaix peut se faire : c'est » le mot de l'Autriche qu'il no]^ faut. Aussitôt » que je le saurai Je verrai à prendre mon parti. »

Voilà donc une véritable négociation qui s'engage. Les discussions d'où dépend l'ouverture du congrès ne continuent pas moins leur marche. Quelque peu d'intérêt qu'elles offrent , nous devons les suivre.

Nos plénipotentiaires ont reçu de Dresde, l'autorisation d'admettre la voie des négociations^ écrites. £n y consentant ils se bornent à demaader qu'on ne donne pas une exclusion trop absolue au mode des conférences , afin de conserver le moyen de s'entendre quelquefois de vive voix.

Cette difficulté écartée , d'autres surviennent. Cène sont plus des questions de forme, ce sont des récriminations et des reproches.

Les plénipotentiaires français ont dit dans une de leurs notes que la Russie n'a pas oui^eri la négociation dans le but de la paix , mais dans la vue de compromettre t Autriche avec la France. M. d'Anstett affecte d'y voir une insulte , et se montre choqué de cette assertion. . Ce qye la Kusie a pu faire à cet égard était de bonne guerre; le remarquer ne pouvait être une insulte. Quoi qu'il en soit, le ministre prussien sç

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plaint ccHume le ministre russe, et le ministre médiateur se met ouvertepoent de leur côté.

lue ministre médiateur élève ensuite une autre querelle.

Les plénipotentiaires français ayant rappelé ce qui a été dit dans les conférences de Dresde , le ministre autrichien juge à propos de protester formellement contre V^xisteiice de toute autre espèce d'engagement que la convention du 3o juin.

Tandis que la négociation* offîdelle se traîne aiif si d'écueil en écueil , l'armistice court à son terme. Le lo août, les alliés doivent dénoncer la trêve, et le 1 5 la dernière heure de l'armistice sonnera. Cependant le 1 5 août est la fête de Napoléon , et l'on s'est long-temps flatté que ce serait aussi la fête de la paix. Des réjouissances , des spectacles, des réunions, des bals devaient célébrer cette journée ; la ville de Dresde, la cour de Saxe et l'armée ont rivalisé de zèle dans leurs préparatifs. Mais il faut céder le ]5 août à la guerre qui le réclame. La fête est avancée de cinq jours : on la célèbre le lo. C'est l'occasion d'une tràMde revues L'armée prélude ainsi par des jeilx militaires

* U faut avouer que k garde offrait un coup d'oeil magnifique. 11 j avait à peu près qutnao aif lie hommes. ( Voir

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aux nouveaux travaux qui l'attendent. Le roî de Saxe , ses frères , ses neveux entourent l'empereur de tous les témoignages de leur amitié. Après la revue, les troupes françaises et saxonnes se dispersent dans les temples, qui retentissent des chants du Te Deum. Aux cérémonies succèdent les banquets, et la fête se prolonge bien avant dans la nuit '.

Le lendemain matin Dresde a changé d'aspect. Les tambours battent le rappel , les voitures de poste reprennent la route de Mayence, les fourgons vont rejoindre les quartiers-généraux, nos jeunes officiers sont à cheval , chacun a repris ses habits de guerre ; le luxe militaire s'est renfermé dans les porte-manteaux; on ne voit plus briller que la lance du cavalier et la baïonnette du fantassin. Les troupes défilent, les camps se vident , et cette foule qui encombrait Dresde est bientôt écoulée.

L'empereur lui-même a donné le signal du départ ; ses chevaux sont allés l'attendre aux

l'ouvrage du: mg^of saxon d'Odelëben, témoia oculaire^ pag. !25o. ) Napoléon passa la revue au galop suivi du roi de Saxe, et de toute la famille royale saxonne. {Ibid,)

' Sa gloire est notre triomplie, disait l'armée saxonne dans le transparent illuminé à la porte de son ministre de^ la guerre, le général Gersdorff.

Bvant^postes. Cependant, au moment de tirer encore mie fois l'épéë , il poursuit ses derniers efforts pour arriver à ime réconciliation générale.

Le mot de l'Autriche avait enfin été prononcé (le 7 août). M. de Metternich avait demandé

(c La dissolution du duché de Varsovie, qui serait partagé entre la Russie, l'Autriche et lu Prusse ( Dantzick à la Prasse; )

n Le rétablissement des villes de Hambourg, de Lubeck , etc., dans leur indépendance;

» La recQmtniction de la Prusse, avec une frontière sur l'Elbe ;

» La cession à l'Autriclie de toutes les provinces illyriennes , y compris Trieste ;

'» Et la garantie réciproque que l'état des puissances , grandes et petites , tel qu'il se trouverait fixé par la paix, ne. pourrait plus être changé ni altéré que d'un commun accord ^ »

Là. question de l'indépendance de là Hollande et de l'Espagne avait également été posée: Mais

* An moment même où ces bases étaient posées, M. de Metternicli annonçait au duc de Yicence que le général Moreau venait d'arriver au quartier-général du prince de Suède ; il le priait d'en prévenir l'empereur , ajoutant que, quand même nous- deviendrions ennemis, l'empereur d'Ani:riche n'approuveirait jamais les menées de Moreau » ni au- •cane espèce de tentative de bouleversement...

on n'avait pas paru éloigné de Tajourner à 1a

paix générale.

Napoléon aràit passé la journée du 9 à délibé^ rer, et s'était décidé à donner une preodière réponse à peu pires en ces termes :

<K II n'y aura plus de duché de Varsovie : soit; mais Dantzick sera ville libre. Ses fort^cations seront démolies , et le roi de Saxe sera indemnisé par la cessioii des territoires de la Silésie et de la Bohème 9 qui sont enclavés dans la Saxe ; ^

y> Les provinces, illyriennes seront cédées à l'Autriche; on consent même à abando'nn» lé port de Fiume; mais ïrièste ne sera pas compris dans la cession ; /

» La confédération germanique s'étendra jus* qu'à roder ;

» EnjQn , l'intégrité du territoire danois sera garantie, d

Le ministre des relations extérieures avait fait partir cette réponse pour Prague; l'auditeur, M. de Maussion, en était porteur. Napoléon avait en outre fait appeler M. de Bubna, lui avait communiqué le contenu de la dépêche et l'avait chargé de le transmettre directement , de son côté , à l'empereur d'Autriche. Ces doubles messages de M. de Bassano et de AL de Bubna devaient être arrivés à Prague dans la nuit du 10 au 1 1 , bien à temps sans doute pour prévenir

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les hostililés. En effet j si le dix était le teraie de k médiation de T Autriche , ce n'était pas celui de la ^négociation. Les premiers coups de canon ne pouvant être tirés que le 17, on avait au moins jtisi^n'au Jeize pour s'entendre. M. de Vioence en avait fait l'observation à M. de Metternich dans leur dêi^tiière entrevue (le8 ), etJtf. de Metternîch i^'aVait rien réplitjùé à cette observation '. La journée du 1 1 se passe à attendre l'effet des (Concessions qu'on vient d'offrir ; mais on ne tarde pas à apprendre que le congrès est dissous. Dans la matinée dû 1 1 , les plénipotentiaires alliés Font déclaré. Dans la même journée , VAutriche à publié que de l'alliance de la France elle était passée daâs celte de nos ennemis. Enfin , dans la nuit dû to au 11, des feux rapides, bran^ dons de guerre d'une nouvelle espèce , avaient été allumés sur toutes les hauteurs de la route de

■'La convention signëe à Newmarck , en établissant un terme avant lequel il n'est pas permis de déncmcer l'armistice, n'en fait nullement une obligation, et n'annonce d'ailleurs en aucune manière que , ce terme arrivé , la négociation doive cesser. Le médiateur ne regarde-t-il pas commf; le plus saint des devoirs de concourir à faire rejeter une interprétation qui détruiraifr^l'espoir d'un rapprochement que les soussignés hâtent de tous leurs vteux et de tous leurs efiPorts ? ( Note des plénipotentiaires français du i o août i8i3. ) •

Prague à Trachenberg, pour donner aux troupes russes et prussiennes le signal convenu qui les appelle en Bohème.

Cependant les lettres de Prague, qui contiennent CQS nouvelles, laissent encore uiie lueur d'espérance.

Si le congrès est dissous, la négociation parr ticulière avec le duc de Yiceuçe n'est pas rompue.

Le 1 1 , au milieu même du premier trouble inséparable de cette grande rupture, .M. <lç Yicence a vu M. de Metternich, qui avait reçu de son côté la communication venue par la voie de M. de Bubna. M. de Metternich trouve que ce n'est pas assez de céder Fitime avec l'Illyrie ; il persiste à réclamer la cession deTrieste.; Quant à la ligne de l'Qder que nous demandons pour la confédération, il considère cette prétention comme insoutenable au moment où toutes les puissances alliées sont d'accord pour reconstituer la puissance de- la Prusse; il demande formeUement l'indépendance de la confédération germanique et de la Suisse. Au surplus, il déclare que l'empereur d'Autriche se charge de communiquer la proposition delà France à l'empereur de Russie , qui doit arriver le 1 4 à Brandeitz.

Ainsi cette négociation commencée avec l'Autriche médiatrice se continue avec l'Autriche se

déclarant €»>ntre nots, etl^enapeîéenr Alexandre doit y intervenir. ''

Napoléon veut feire' cesser les diffieultés d'un seul mot; il cède tout ce qui est en coii^ testa tipu. M. de Bubna y rappelé par suite lïe la déclaration de guetroe^ est au moment de quitter Dresde f)our retournera Prague. Ifa^* léon li»ii envoie son ministre des relâtipni e^té^ rieurOSy lui faîf expliquer le dernipr état dé la question , et l'invite à porter lui-même à fém* pereur (i'Âutnehe 1 assurance que' le cabiïiet d^ Fraqce adopte dans leur entier lés conditions énoncées par M. de Metterniëh.

Quant à la HpUande et aux villes anséatiques , si Napoléon d^fnaîHle à les "garder , c'est seule^ ment en dépôt ji|$qu'à la paix maritime, et poor en Élire uf]^ objet d^ com'peosation avec l'Anglié* terre. ^

Les sacrifices sept immenses ^ et cependant Napoléon' ne se flatte pas d'être écouté. Il a trop le pressentiment des passions qtn. gouvernent k Prague, pour espérer de les désarmer par des concessions. Mais c'est un dernier témoignage qu'il veut donner de se& dispositions pacifiques , et la réputation qu'on luia faite d^aimer ta^uen^e lui en impose là loi. Autour de l^^mjpereur ôtk est plus confiant dans les résultats. M* de Bubna lui-même , . en se jetant dans sa calèche , est

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