Tome II. «•.Édit
2^4 MANtISCRIT r
Les Ruase^ sont poursuivis ie sabre et la baiomiettQ 4»ns les reîtts. jusque Blazewita, Les Prussiens sont jetés hors du grand îardîn. CoUo* redo rallie ses Hongrois sur les kauteurs de RocfcnitK* Les Autrichiens de Chasteler et de Giulay se retirent tlans les gorges de Plaiien, et le canon cesse enfin de gronder vers neuf heures du soir.
Cependant à la nuit, iine. divésion autri-* chienne qu'on a enivrée de salpêtre et d'eau-de« vie , veut essayer une surprise sur la porte de Plaûen , qui lui a déjà coûté tant de sang le matin. Elle s'avance sans bruit ; mais le général Dumoustier, dont la jambe a été fracassée, est encore à son poste , et ses braves Jimiiens véA* letit autour de lui. Le colonel Cambrone est bientôt debout, un combat de nuit s'engage, et les Autrichiens sont encore une fois vaincus. Cambrone fait prisonnier un bataillon tout entier, dont le drapeau nous est remis. C'est, je crois, le seul qui ait été pris dans cette première journée.
L'empereur n'est rentré qu'un moment au château ; il remonte à cheval à onze heures du soir, pour aller reconnaître sur le terrain ce qui reste à faire le lendemain. Il parcourt les bivouacs de Taile gauche depuis TJËlbe jusqu'à \a barrière de Dohna. Les flammes de quelques
' DE MIL HUrr CENT TREIZE. ^jS maisons qui brûlent dans la campagne l'aident à distinguer Les deux lignes. Tout est tranquille ; àaninvît il rentre au idiâte^ ^
Si^O|{I>E JOURNÉE (le aj.) .
L'empereur , avant de se livrer un moment au repos , passe dans son cabinet , et fait appeler ïe prince deNeufchâtel. « Allons, Berthier, liiiditw il , il faut expédier les ordres pour demain. Écri- >) vez. » Le major général , assis à Tun des coins <le la grande table des cartes , écrit ce qui suit :
Ordre à toute là cavalerie , celle de la garde
' Sur plusieurs points les deux lignes étaient à peine ^tôignée« Tune de Tautre d*une portée de fusil. Près' du Village de jStrebleu, derrière le grande jardin ,' des cantinières^ tant françaises qu'autrichiennes , s'étaient établies pêle-m^e en bonnes camarades. Les officiers et les soldats des deux armées venaient leur acheter de Teau-de-vie indistinctement , et;, en réparant leurs forces, s'entretenaient des événemens de la journée. ( Yôir le Récit de ce qui s'est passe à Dresde^ pag. ^^5.)'
Le ikô au soir, le général russe prince Kondacheff , ^t expédié avec deuTi ^ents codages par le privée de Schwart- .2enberg au prince de Suède. II. part du camp devant Dresde , passe devant les postes français du faubourg Frédéricbstadt , traverse l'Elbe à la nage entre Reissa et Meissen , se dirige sur Lieberwerda et Oahme , et arrive le 3o au matin au quartier-général de Belitz.
[ÈuUetin suédois. )
exceptée, de revenir $ur ses pas , de traverser ta ville, et d'aller se réunir dans le faubourg. de Fre*derichstadt ; le roi de Naples en prendra le commandement. Il lui est prescrit de faire un grand mouvement sur l'aile gauche de l'ennemi , de le d^order, et de chercher à lui couper toute retraite par la route de Freyberg.
Ordre au maréchal Victor, duc de Bellune, de se placer avec son corps d'armée en avant des barrières de Freyberg. Il attaquera de front avec son infanterie les lignes autrichiennes, que le roi de Naples essaiera de tourner.
Ordre .au duc de Raguse, maréchal Marmont, de s'établir avec son corps. d'armée au centre de notre ligne de défense , entre les barrières de Dippdidiswalde et de Dohna , au pied des collines de Roecnitz. Les réserves de l'artillerie et de la garde seront placées sur c» point.
Ordre^ au maréchal Saint-Cyr de réunir son quatorzième corps autour du grand jardin.
Ordre enfin au prince de la Moscovsra et au duc de Trévise , de déboucher sur la route de Pyrna, avec les quatre divisions de jeune garde. Le général Nansouty, qui commande la cavalerie de la garde, soutiendra l'infanterie. Ils s'empareront vivement de l'offensive , et feront de ce côté la même manœuvre que le roi de Naples va exécuter sur l'aile apposée.
DE MIL HUIT CENT TREIZE. ^^77 Tandis que tous les efibrts de nos attaques' se
porteront ainsi sur les deux extrémité^, le cen-.
tre, où seront le duc de Ragose et les réserves,
soutiendra le combat de manière à occuper lat*
tention de Tennemi» « L'empereur se borne à ces pi^emières disposi*-
tiens; il sera sur le terrain , et si quelque acdb-
dent survient , il se réserve d'y pourvoir , ainsi
qu^u dénoàment de la jimraée >.
' Compottiion de Formée françcUse combattant sous les murs- de Dresde ^ le-uj.
Aile gauche.
Jjtt prince ■ de la Moscowa.
! Général B«rrov* Général Dccous.
Général RogueU Général Boyeldieu.
^Catalerie de l ?*!~f'-*? Ç^^**
Cbittiie.
L^mpereur.
Â)LE droite.
Le roi
âfi Naples»
la garde- Général Mansoutj.
Général Ornano.
^ Géaér. LeIeyce4)Mnoii«ttes« ] Général Krasinski.
Généra Colliert.
laSfOpo
i4*. Corps.
Maréchal
Saint-Gyr.
6; Corps.
Dac de Raguse.
I Réserve de la I vieille garde.
Général Glaparède. I
Général Bonnet.. . « Vr'îr
Général Hazout. i '^'^
.Général Pajol. J
Général Compans. li»;/ Général Joseph de La Grange, j '^'*
fGénéraf Priant. 1
Général Curial. ? 5,(
, Général Michel ) ,
Réserve d'artillerie , . . . . | 5,000
■ a». Corps. [Général Teste. I
Duc <! Général Gorbineau. ) 30,000 J
deBellune. ^Général Mouion-Duvernet. j
[i*'. Obrpsde Général Oudenarde. \
cavalerie. ) Général Castex. f
[Gén.Latour-J Général Doûmerc. /'0|t
Maubourg. ^ Général Saint-Germain. )
Les ordres sont transmis avant ^ne la niiit cfa-^ chève, et dès le point du jour ils s'exécutent* «•
Pendant cette nuit le temps était aflrenx '^ Au jour encore la pkne tombe par torrens. On aperçoit du haut des murs les deux armées se^ couaût l'eau du bivouac; et se mlevantet^ bataille sur le terrain fangem où le combat de la veille a fini* L'ennemi forme autour de «la ville le même cercle qu'avant sa grande attaque. 'MffiAs bientôt on découvre son aile gauche qui s'allonge sur notre droite. Des colonnes traversent la vallée de Tharandt , et couronnent les hauteurs de Corbits. Le corps de Klenau, attendu si im-» patie^iment par les alliés depuis trois jours ^ doit arriver dans la journée : c'est son avantgarde qui se montre à Corbits ; c'est pour lui donner la main que les divisions autrichiennes de Giulay et de Bianchi s'avancent au delà de
■ Lefi cataractes du ciel s'ouvraient en ce moment sur une partie du globe. Les plaines de la Pologne et de la Hongrie , les vallées de la Mbravie et de la fiohème , de la Silésie et d'une partie de l'Allemagne sont inondées. Le Danube y l'Oder et la Yistule débordent. Ce n'est de toutes parts que villages submergés , ponts emportés , routes dér foncées , commuaicatîoas interrompues , ey;. Le comte de Moltk , fils du grand-maître de Prusse , expédié en courrier du quartier-général de Bliicher pour celui des souverains alliés I est noyé en route.
DE MIL HUIT CENT TREIZE. 279 Tbaraâdt. Mais SohiwaFtzenberg espère en vain Toiv^se réalûèr soB plan pcmr Knvestissement de Dresde* Il est trop tard*
L'^npereur Napoléoa , à cheval dès six henres dtt matin , vient de sortir par la porte de Freyberg; Il a jeté son coup d'eeil sur les hauteurs, il a reooilmt que la grande lacune réservée pour * le corps de Rtenan n'était pas encore occupée , et aussitôt le roi de Naples et le duc de Bellune ont reçu Tordre d'exécuter leur mouvemait san& ' plus de délais.
Tand» ^ue les malheureux soldats de Klenau, exténués de fatigue et de besoin, couverts de boue , trempés par la pluie , harassés , arrivent courageusement sous les coups qui les attendent, la canomiade s'engage au centre.
L'emperem? est revenu de ce coter il est en avant de la porte de Dippodiswalda lia pluie n'ayant pas discontinué, il fait allumer un grand feu, et c'est de ce bivouac qu'il dirige la bataille. Les aides de camp qui accourent des cotés les plus opposés se succèdent d'un moment à l'autre, et viennent lui annoncer les progrès que font les deux attaques principales.
A neuf heures du matin , la cavalerie du roi de Naples a*gagné les hauteurs qui dominent Cotta; elle poursuit son mouvement. Au pied des collines ^ les conscrits du duc Bellùne sont aux
a8o MANUSCRIT
mains avec rin&nterie de Giulay et de BîaiichL
Sur la gauche , du coté du grand jardin / le maréchal Saint*Cyr, soutenu par deux bataillons de la vieille garde % force la position de Strehlen , et rejette les Prussiens sur Gruna. Plus loin , entre r£lbe et le maréchal Saint^Cyr, le diic de Trévise et le général Nansouty manoeuvrent dans la plaine , poussant les Russes de Wittgensteîn de position -en position.
En ce moment Fempereur fait redoubler le feu devant lui. La ligne de nos batteries gagne du terrain et s'élève sur la colline. Le fracas de tant de bouches tonnantes a fini par crever la nuée sombre qui depuis le matin enveloppait le champ de bataille. Quelques éclaircies succèdent aux averses, et de nombreux chevaux de main qu'on aperçoit sur la hauteur , indiquent que le quartier - général des alliés est de ce coté. Ainsi les souverains sppt encore une fois en présence.
Cependant une batterie de la garde , placée entre les routes de Dippodiswalde et de Plaûen, ne tire plus avec la même activité. L'empereur y envoie aussitôt Gourgaud , chargé de cette mission, ne tarde pas à venir rendre compte que ■■ ■■ .■ I ' ' I ■ t ■ ? ■ ' j ■ » . ■■ - '
' Ces deux bataillons étaient oommandes par le général Klichei. Ils ont culbuté à Tanne blanche tout ce ({vl'û^ avaient d'ei^uemis 4eva^nt e^x.
DE MIL HUiT €ENT TREIZE. a«i cette batterie 'est d«c6uragée par TinutUiléde ses coups. Placée daAS un fond, elle répond axec trop de désavantage fau feu de la batterie opposée, qui plonge^es hauteurs de Roecnitz , et tous nos boulets paraissent se perdre dans les terres au*des8ops.da.but. « N'iinporte, dit lempereitr, » il faut attirer l'attention de Tennemi de ce côté ; » quon^recomiçenceà tirer. » Aussitôt la batterie fait un feu roulant , et dès les premières salves on remarque sur la colline un mouvement ex*traordinaire; quelque personnage important vient d'être frappé parmi les alliés.
Il est onze heures; le canon du roi de Naples,. qui se fait entendre du delà dêSi|;orges de Plaùen, signale les progrès de notre cavalerie sur la droite. C'est le moment de psesser les mouvemens de la gauche, et l'empereur y va porter ses ordres luimême '. Tandis qu'il traverse au galop la plaine du grand jardin , notre artillerie continue de soutenir au centre l'effort de la bataille^ C'est là que le soldat français subit les lois les plus dures de la tactique moderne. Rongeant le frein qui retient son ardeur, il reste des heures entières im-
' Napoléon se portant sur la gauche rencontra une barricade de chariols qui l'arrêta un moment. Un boulet ennemi vint frapper terre tout pr^ de lui. { Voir l'ouvrage dw major saxon d'Odeleben , témoin oculaire , p. 257. )
afts MANC^CRIT
mobile, en butte aux boulet» doiitles deux lignes foui un échange continuel, t Qependânt i'empereuf a poursuivi sa course vers la gauche ; il dépasse Gnina, et trouve le due de T^réiirise maidif^aiit avec la jeune garde sur Seidnitz. De ce côté, les alliés viennent d'être rejetés de>la route de Pyraà sur celle de Dohna. On continue le mouvement po«ir les rejeter de la route de Dohi^ sur celle de Maxen. L'empereur, après avoir donné k ses ttoupes un nouvel essor pa^ ses encouragemens, revient vers le centre.
Tandis que la jeuae garde faisait plier devant elle raile diiroite des alliés ^ le roi de Napies, le général L«toui^Maubourg et le duc de Bellucie , écrasaient leur aile gauche; Napoléon reçoit en chemin les premières nouvelles de ce grand avantage; et bientôt il en apprend les détails.
Le roi de Naples, après avoir forcé le défilé de Cotta et s'être avancé sur la route de Freyberg jusqu'à Grumbach , avait pris possession des hauteurs. Tournant ainsi l'avant - garde de Klenau^ il l'a coupée de son corps principal ; ce mouvement a été décisif. Murât , le sabre à la main , son manteau brodé d'or ' retroussé sur l'épaule et la tête si^rmontée d'une brillante aigrette , s'est précipité avec les carabiniers et les
DE MIL HUIT CENT TREIZE. aSS cliirassiers sur l'iafanterie autricbienne '• Rien n'a pu leur résister; les* bataiUons ennemis ont été enfoncés, culbutés des hauteurs; rartillerie ^cheval plongeant sur les défilés de Schonen et de Plaûen a ccmiplëté leur déroute.
Ces vallées, naguère si fraîches et si paisibles, qui, tjuelques jours auparavant, recevaient encore 1(9 roi de Sax6 sons leurs ombrages», sont
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' Miirat attirait et fixait touA les regards par sa taille , par spn costi^me brillant et par les riches harnais de soi^ cheval. Sa figure , ses beaux yeux bleus , ses gros favoris , ses cheveux noirs bouclés qui tombaient sur le collet d'un kurtka (habit polonais ) , dont les manches étroites avaient Une ouverture au-dessous de î'épaule , excitaient Fattentioo. Le cc^let de son habit était richement brodé en or; l'habit éliait sevré par une ceinture dorée à laquelle penk dait jxp. sabre léger à lame droite , à la manière def ^-aaciena» Romains , sans branche ni garde.... Ce , prince portait ordinairement un pantalon large , couleur amarante , dont les coutures étaient brodées en or, et des bottines de peau jaune ou de nankin. L'éclat de ce costume était encore rehaussé par un grand chapeau garni de plumes blanches d' autruche , avec une large bordure d*or, un ' grand plumet composé de quatre grandes pluiùes d'autruche retombantes , au milieu desquelles s'élevait une magnifique aigrette de héron. La selle et les étriers dorés étaient de forme hongroise ou turque. Le cheval était couvert d'une housse traînante , bleu de ciel , richement brodée en or ; la bride était magnifique, etc. (Voir l'ouvrage du major saxon d'Odeleben , témoin oculaire , tom. i , pag. 201.)
284 MANUSCMT
devenues tout à coup Victimes du plus terrible ouragan que la guerre puisse déchaîner sur un malheureux pays.
L'ennemi a voulu nous opposer sa cavalerie / mais le versant des collines est si glissant, quelle n'a ]pu s'y soutenir. Enfin , pour mettre le comble au désastre de cette partie de l'armée autrid^ienne , la pluie qui tombait sans cesse mettait obstacle à ce que l'infanterie fît usage de ses armes. Partout la terre est jonchée de fusils , de sabres , de chapeaux , de plumets et de débris. Des colonnes entières, officiers et soldats, se sont rendues prisonnières : les régimens de l'archiduc Reynier et de Lusignan ont été enveloppés; ceux de Beaulieu, de CoUoredo et de Wacquant, ont fait quelque résistance; mais ils ont tant de tués , tant de prisonniers et de blessés , qu'on peut les regarder comme détruits.
En vain la division Lichtensteiïi a voulu secourir celle de Blanchi ; elle a été entraînée dans le désordre de la gauche. Les généraux autrichiens Andrassy et Milesino sont tués. Les généraux Giulay, Mariassy et Fierenberger sont blessés ; le feld-maréchal - lieutenant Metzko et le général major Seczinsky , sont prisonniers. Enfin les six divisions de l'aile gauche , séparées de la grande armée alliée par les gorges de Tha-randt et par le ruisseau de la Weisseritz , prises
DE MIL HUIT CENT TREIZE. 2»5 à dos par notre cavalerie à.Corbits^ ei^oncées de front par l'infanterie du duc de.Bellune, à Lobda , ont dû sut^comber sous le désavantage, d'une telle position., Plus de quinze mille hommes viennent de tomber en notre pouvoir ^
L'empereur , en arrivant à son bivouac da centre V y trouve le général autridiien Metzko ; un cplopel et plusieurs officiers autrichiens blessés sont avec lui. L'empereur les fait asseoir et ordonne qu'on panse leurs blessures.
Il est trois heures. Depuis quelque temps , l'artillerie des alliés a ralenti son feu. Tout à coup elle cesse de se faire entendre. L'on vient annoncer que l'ennemi se met en retraite, et « l'em- » pereur reçoit cette nouvelle d'un visage aussi » tranquille que s'il était question du gain d'une » partie d'échecs •. »
« Ceci n'est pas encore fini , dit l'empereur aux M généraux qui l'entourent. J'attends des nou- » velles de Yandamme, et je me trompe fort si » ce n'est lui qui décide les alliés à cette re- » traite précipitée. »
Les généraux ennemis, ayant perdu leurs gran-
* Cette affaire de la droite a eu lieu sur le terraiu déjà illustré par la bataille de Kosseldarff, en ijiS.
* Voir l'ouvrage du major sax^n d'Odeleben , témoin oculaire y tom. i^pag. 261.
des oommuniGations de droite et de gauche avec k Bohème, ont voulu profiler du ireste de Taprès^midi pour mettre quelque ensemble dans leur mouvement retrc^;rade devenu plus diffi^ cile. Déjà les souverains alliés sont lois dudtiamp de bataille, et de fortes arrières^gardes prennent position. à l'entrée des vallées pour couvrir les petites roiztes par lesquelles s'écoule l'armée ennemie.
Quant aux troupes fk^ançaises , elles sont harassées; on ne peut guère penser qu'à l^ecueillir la possession du champ de bataille '.
Après avoir donné ses ordres pour la nuit , Napoléon rentre en ville. L'eau coule de tous ses vétemens. Les retroussis de son chapeati , battus par la pluie, sont pendanssur ses épaules. Tout son monde est dans le même état.... Mais les mes de Dresde sont encombrées de prisonniers \ Les canon» de l'ennemi et ses drapeaux
■Quiconque coni!iatt l'aft de la' gtierre , comprendra combien il était difficile de déployer ainsi suèeessivement l'armée française en form^ d'évenUil , et de se porter en même temps sur les flancs de l'ennemi. ( Voir l'ouvrage du major saxon d'Odeleben, témoin oculaire, tome i , page 258.)
^ Les prisonniers offraient nn triste spectacle : exténués par une longue et péniUe marche à truvcrs TErzebirge , où la pluie avait rendu les chemins presque impraticables , ces
DE MIL HUIT CENT TREIZE. ktij sont déjà en trophées sur la grande place , et les acclamations des habitans ^i se pressent de tous côtés sur le passage du Vainqueur , font de sa marche un triomphe jusqu'&ux portes : du palais où son vénémÛe allié la reçoit dansées btaat'.
fluihettrexcx , après âMoit louffert lei ))Ind i*udè9 ^rîVatioii^, «Uieot arrivés sur k champ âe tetatlle , épuisé» par de cruelles fatigues, .Plusieurs d'entre eux étaient grièvement blessés j tous, enveloppés dans des manteaux déclxirés, étaient dévorés par la faim qu'ils disaient n'avoir pu satisfaire depuis leur départ de Bolième , faute de pain , et u'àyaut trouvé que • raï?ëmeht des p6mmes-de-terre. Ces malheureux tombaient «^ec la pltra gràndé-avidité sur lek la^Mchissemens q[«0.isMP.-oirmtiâ oommis^r^on d^s ba^ biliaos de Dresde. On renferma èx^ns ré§l^4^pi9|«HaPtei^ dans le . welt-garten dçt Bruhltous ces prisonniers» au, O^oiOf bre d'à peu près treize mille hommes, la plupart autrichiens^ dont le nombre fut augmenté encore le lendem^n par des soldats dispersés qui fureut raiàenés dans la Ville; Comme kl loeal qui leur était destiné ne se trouvait pas prêt, ^iumura i'eiKtre eux ;Qhei|cfaèrent > la prànièrt nuH-, «uà éHA dans le vestibule des maisons où. des persoimes charitables les pansèrent et les secoururent.. «. Les églises fuirent dé" gi'adées de plus d'une manière par le séjour des prisonniers. ( Becit de ce qui s' est passe à Dresde en i^i5 , pj^r i)ii Saxon, témoin oculaire, pag. i8i.)
. ■ Le roi de Saxe avait toujours été traité en ami pai* l'emr pereur.... Quelle profoiade impression Napoléon ue produisit-il pas sur le roi , sur la famille rojale et sur left
a88 MANUSCRIT
TROlSlèMB JQUASéS^ (le ^8).
:.Le 28^, les premiers rayons da jour retrouvent r^pereur parcourant le champ de bataille. X»a nuit avait été employée à relever les blessés. Les habitans de Dresde s'empressaient encore à les recueillir, et, de tous côtés, on ensevelissait les morts. Dans le rayon d'une lieue autour delà ville , les qiiatre'nations les plus belliqueuses de l'Europe avaient jonché les champs de leurs morts. Ces corps étaient demi -nus ou déjà en^ièremei^t dépouillée* Plusieurs étaient déchirés par de^ blessure «f&ayantes , d'aii^œs écrasés par les roues dés oa»Dns ou des voitures. Les fossés et lès mares étaient remplis d'hommes et de chevaux. Les morts se trduvaiwit entassés en plus grand nombre autour de la redoute de Moczinski^ devant les barrières, de Dippodi^walde , de Plaûen , de Lobda , et dian^ Içs environs du grand jardiift Quelque horrible que fut-ce ^ — -^--
habitan» , le joar de la bataîHe de Dresde, lorsque accouru de la Silésie par une marche précipitée , après avoir observé la redoutable armée de ses ennemis , il lattaqua avec des troupes en grande partie épuisées , mais d'un courage à répreuve , «t la mit en déroute. (Voir l'ouvrage du major saxon d'Odeleben, témoin oculaire, tom. i, pag. 76 et 80.)
DE MIL HUIT CENT TTREIZE. aSg spectacle V il avait déjà attiré de la ville un grand nombre de curieux. De pauvres habitans étaient déjà occupéstà ramasser pour lartillerie des boulets ^ des- cuirasses , et toutes les armes qu'on voyait disperséeis dans un épouvantable désordre, au milieu des débris des équipages et des caissons sautés !.... Tous les villages voisins avaient
plus ou moins souffert par Tîncèndie et le pillage........ Partout on voyait dès gerbes éparses
qu'on avait enlevées des granges pour le bivouac du soldat et pour la nourriture des chevaux. Les paysans rôdaient tristement autour des restes des bivouacs ; ils cherchaient à recueillir leurs débris; ils retrouvaient quelques portes et quelques volets, et' retiraient leurs meubles des taâ de bois que les feux du camp n'avaient pas con* sûmes '.
Napoléon ^ qui a sous les ^eiix cet affligeant tableau, est loin de se montrer insensible aux calamités qui l'entourent. Païtageant sa soUicitude entre nos blessés et les malheureux Saxons, il charge M. de Bassano de redueillir des infôr-» mations sur l^ familles de Dresde qui ont le plus SQtiffert des derniers événeiuens. L'ordre est dpnné de dresser l'état des habitans qui ont été
' Voir le Mecit de ce qui s'est passé à Dresde en i8t5 , par an Saxon , témoin oculaire^ pag, 1^3 et auiv. j ToMK II. 2«. Édit. 19
2§o MANUSCRIT
blessés. Les listes sont fournies par M. de Burgsdorf, chef de la police de la ville. Des secours et des pensions sont accordées aussitôt.
Après avoir encouragé les officiers de santé et les bons habitans dans les devoirs pieuk qu'ils pendent aux blessés , Tempereur se porte sur la hauteur de Roecnitz ; il y suit de l'œil là retraite dés alliés , et lance toute Tarmée à leur poursuite. Devant lui, les troupes du duc de Raguse descendent dans la vallée de Dippod iswalde , poussant Tarrière-^arde de Colloredo et de Chasteler. A gauche , le maréchal Saint^^yr se met sur les pas de Kleist et de Barclay de Tolly, qui font leur retraite par la route de Maxen. Adroite, le duc de Bellune nettoie les gorges de Tharandt, et plus loin , le roi de Naples, parcourant au galop la route de Freyberg, refoule les débris du corps -de Rlenau sur les montagnes de Marienberg, d*où ils sont descendus.
L^mpereur était encore sur les hauteurs du centre lorsqu'on' lui amène un paysan du village de lïottnitz, où les souverains alliés ont eu leur quartier^énéral pendant les deux Jours de la bataillé. Napoléon le £aiit interroger par le duc de. Yicence. Ce paysan a vu arriver à Nottnitz le personnage qui a été blessé la veilla au milieu de l'état major des alliés. C'était un général du premier rang , mais il ne peut pas dire son
DE MIL HUIT CENT TREIZE. ^g t tuar^; il était à cheval à côté de l'empereur de Russie au moment où il a reçu le coupu Alexandre paraissait prendre un vif intérêt à son sort. Il l'a d'abord fait transférer à son quartier-général de Nottnitz : on l'y a f^orté sur des piques de cosaques mises, en travers* Le manteau qui le couvrait avait été traversé par la pluie. Le chirurgien de l'empereur Alexandre est venu aussitôt lui faire l'amputation ^ et Ton s'est hâté de le transporter sur une chaise longue , à Dippodiswalde. Des détachemens de Russes, dePrus^ siens et d'Autrichiens , portaient les brancards. A ces détails, l'empereur ne «doute pas que ce ne soit le prince de Schwartzenberg. « C'était » un brave homme, dit41, et je le regrette.» Puis, après ce premier mouvement , il ne peut s'empêcher d'ajouter : « C'est donc lui qui purge la » Jatal{té ! Tai toujours eu sur le cœur Té^^éne-- » ment du bal comme un présage sinistre. Il est » bien évident maintenant que c^est à lui que le » présage s adressait *. »
« L'empereur veut parler ici du bal donné le i*'. juillet 1810, par M. de Schwartzenberg, alors ambassadeur de Vienne à Paris, à l'occasion du mariage de Marié-Louise. Le feu prit à des draperies , et l'incendie dévora bientôt tout l'appartement sans qu'on pût s'en rendre maître. Quelques personnes y périrent; d'autres, en pins grand nombre,, furent blessées. Paris fut consterné...
îiga MANUSCRIT
Cependant on ne tarde pas à apprendre, par les prisonniers que le prince de Schwartzenberg est sorti sain et sauf des derniers combats y et que c'est lui qui préside à k^ retraite.
Quel est donc le%aut personnage qui a été firappé ? Une circonstance fortuite vient enfin éclaircir ce myjstère. Un lévrier qui suivait le général blessé est resté à Nottnitz : on Fa amené au roi de Saxe, qui , sans perte de temps, &it passer le collier du, chien au prince de Neuf^ châtel , et sur le ôoUier est écrit : ^appartiens au général Moreau. Tous les renseignemens qui se succèdent confirment ce premier indice ^
' ■ I !■ iiw I I I I ■ mil I • > I II — -^iiL
* Moreau, transporté dans la petite ville de Lahn., en Bohèjpie , y est mort de sa blessure , le 2 septembre. Son corps fut embaumé et transporté à Saint-Pétersboui^. Le général avait auprès de lui y au moment de sa mort, un aide de camp français nommé Rapatel. Cet officier, entraîné par la destinée fatale de son général , est venu se faire tuer sous les coups des paysans bretons de la division Pufhod , dans lea plaines de Fère-Gbampe noise.
Lettre de Vempereûr de Itussie A la veuve du général Moreau,
« Madame ^ lorsque le malbeur afiPreux qui atteignit le » général Moreau à mes dotés me priva des lumières et de » l'expérience de ce grand bomme , je concevais l'espoir » qu'on réussirait , par un traitemeut soigneux , à le cou- » server à sa famille et à mon amitié. La Providence en a
DE MIL HUIT CE«T TREIZE, ag^ L'empereur quitte ensuite les^positicms du centre pour se porter sur Fextrême gauche du champ de bataille. Il y rejoint le maréchal Mortier, duc de Trévise. La jeune garde a déjà dépassé les villages de Rohlits , Nieckern et de Nieder-Sedlitz. Elle est occupée à rejeter l'atrièregarde de Wittgenstein dans les gorges de Glaschutt et: de Liebstadt. L'empereur suit ce mouvement par la route de Pyrna. A deux heures de l'après-midi , il met pied à terre à un quart
» aujtreiuent ordonné . Il .mourut comme il a vécu , avec
» l'énergie d'une âme forte et constante. E n'existe pour
» les grandes souffrances de la vie qu'un seul remède,
» c'est d'y voir prendre part les autres. En Russie, vous
» trouverez , madame , partout ces sentimens , et s'il vous
» convenait de vous y fixer, ye chercherais tous les moyens
» d'embellir la vie 4'une personne à laquelle je me fais un
» devoir sacré d'offrir des consolations et un soutien. Je
» vous prie , madame , d'y compter irrévocal^lement , de
» me faire connaître toutes les circonstances où je pour-
» rai vous être utile, et de m'éçrire toujours directement ;
» ce sera pour moi un bonheur de prévenir vos Voeux.'
» L'amitié que j'ai assurée à votre époux s'étend au delà du
» tombeau , et je n'ai d'autres moyens de m'acquittér, an
» moins en partie, de, ma dette e^iverslui, qu'en faisant
)> quelque bien ^ sa famille.
» Recevez , madame , dans ces circonstances tristes et
D cruelles , ces témoignages d'amitié et l'assurance de mon
» vif intérêt.
' » Signe', Alexahobb. v^
de liéue de cette rille, et s'arrête dans un champ sur le bord de la route ^ pour laisser défiler ses troupes. Assis dans ce champ, sûr une chaise qu'on a été chercher dans la chaumière voisine, il interroge les gens du pays , et prend auprès d'eu:K des renseignemens sur les opérations que l'armée de Vandamme a du faire dans les envi* rons. Il apprend que les manœuvres qu'il a pres^ crites s'exécutent. Le général Vandamme a dé-r bouché le a5 par lé pont du Lilienstein sur Ko<» nigstein. Le 26 , il a repris la position de Pyrna , après avoir combattu quinze mille Russes qui , sous les ordres du duc de Wurtemberg , gardaient ce débouché. Le a 7 au matin, il interceptait la grande route de Prague à Dresde ; et c'est à la nouvelle de sa marche que les alliés , vaincus devant Dresde , n'ont plus hésité à se retirer par les montagnes. Ce matin même , Vandamme était encore aux prises avec le corps du duc de Wurtemberg. En ce moment il le rejette,sur les hauteurs de la frontière de Bohème, Ce soir il doit arriver ^ Nollendorf , et peutêtre à Peterswalde,
Cette grande porte de la Bohème va donc être fermée à l'ennemi, et Vandamme va voir arriver sous son feu une partie des colonnes que notre armée chasse devant elle. Ainsi, toutes les opérations, en se développant, se prêtent un mutuel
DE MIL HinT CENT TREIZE. 295 appui , et le succès dépasse toutes les espérances. Les aides de camp arrivent de tous côtés pour rendre compte à l'empereur de la marché de nos différentes armées ; les rapports abondei^ en détails. A chaque pas on fait des prison^ niers; les villages en sont pleins. Les bagages russes , prussiens et autrichiens s'étaient entassés sur la chaussée de Freyberg : on y a ramassé un millier de voitures. Les corps de partisans que Tennemi avait jetés du coté de Meissen , pour intercepter nos communications avec la France, se trouvent coupés. Plus Tènnemi s'enfonce dans les vallées , plus ses en>barras augmentent. Les chemins y sont afibeux ; les villages n'ont plus de vivres. Partout les fuyards devancent les colonnes ; ils remplissent l'Ertzebirge de l'épouvante qui les a saisis ; les chariots culbutés ,* les chevaux éi^rasés y. les blessés abandonnés , indiquent les routes suivies par les alliés à nos avant-gardes qui les poursuivent. L'alarme est à Tœplitz , et se répand jusqu'à Prague. Ce n'est parmi les chefs que discussions, incertitudes et reproches. Les Autrichiens accusent les Busses d'avoir attaqué trop tôt à Gieshubel ; d'avoir marché trop vite sur Pyroa et de s'être avancés sur Dresde sans attendre SJenau. Les Russes et les Prussiens reprochent à Klenau d'avoir été trop lent dans ses marches, et à Schwartzenberg d'avoir laissé
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pendant trois jours c^nt cinquante mille homqies inactifs aux portes de Dresde , pour attendre avec obstination Farrivée inutile de sa gauche.
Les discours des prispnniersi ajoutent encore à ces premiers aperçus.
£n moins de cinq jours, les souverains alliés qui ont pénétré en Saxe à la tête de deux cent mille hommes ont vu tous leurs plans dérangés. Main-r tenant , affaiblis par la perte de plus de trente mille prisonniers et de plus de vingt mille tués ou blessés ' ils ont encore de nouveaux malheurs à craindre : repoussés des grandes routes,
< Résultat de la bataille de Dresde.,
Prisonniers* . .
Tues et blessés.
Total de la perte des allie's en hommes. .
PERTE DES ALUES.
Selon le BnUetin.
3o,ooo ao,ooo
5o,ooO
Selon le g^iral Gaillauoie de Yaudoncourt.
a5,ooo
4etOûo
Selon le co lonel nu»
Batturlin.
iS,ooo
Selon le Suon d'Odeleben*
deiSàaoooo
dOfOOO
. Le feld-mare'cHal-Iieutenant Metsico t un géne'ral major, trois cents I et douze mille sous-officiers et soldats ont p«ss^ à FraDcfqi:t, dtt l6
Nota.
officiers <
au i8 septembre , se rendant en France. Toat ce qui était Polonais était resté à Dresde pour y prendre du service dans le corps d» P^niatowski.
Drapeaux.
Cvnonfc.
Voilures de munit. .
Voitures de bagages.
i,5oo 3,000
DE MIL HUIT CENT TREIZE. ag; ils voient leur retraite compromise dans le petit nombre de défilés qui leur reste.
C'est à présent qu'il faut entendre les éloges qui , de tous côtés , flattent les oreilles de l'empereur. Ceux qui naguère étaient le plus découragés montrent le plus de confiance; ils s'empressent à l'envi de rendre hommage à la l^rdiesse de ses plans , à la supériorité de ses conceptions , à la précision de son coup d'ôeil , à l'habileté de ses manœuvres, tf Ah ! sire,» lui dit - on d'un commun accord en s'inclinant , « que votre majesté a été bien inspirée en reje- » tant les conditions qu'on lui imposait Sji in* » solemment à Prague ! Les temps d'Austerlitz » ;et deWagram sont revenus ; votre mgjesté tient }i désormais dans sa main la paix dumonde« Nous> y) allons sans doute voir venir un parlementaire » «des. Souverains alliés» Mais, sire, défies^vous » surtout de votre magnanimité. Oi:dQA9§^ que » les Russes soient Irejetés bien loin cî^rrière la » Vistule. Que votre majesté ne soit plus si gé- }). iléreuse qu'autrefois envers les rûis qu'elle va
»; désarmer! » J'abrège ces palino^içs. J'en
ai:. dit assez pour faire comprendre qu^ tous. les. censeurs ont disparu, et que persopne.ne veut plus avoir douté un seul instant du résultat