HEVSRS DE GROS-BEEREN , DE LA &ATZBACH * ET DE CULM
L'empereur vient de voir finir une de ses plus belles batailles. Peut-être est-ce le damier sourire de ta Victoii*e! Tout à coup il ressent ua violent frisson ; des vomissemens survienn^it ; l*alarme se répand parmi ses serviteurs. Le quartier impérial allait entrer à Pyrna pour y passer la nuit. Tout est contremandé. On décide l'empereur à monter dans sa voiture ; on le ramène à Dresde ; ii né reste du coté de Pyma que la jeune garde , qui y établit ses cantonnemens. ' L'indisposition de l'empereur est la suite d'un refroidissement que ses vétemens ^ trempés par la pluie, lui ont fait éprouver pendant la bataille. La chaleur du Ut rétablit promptement la trans» piration ; et le 1:19 , à son réveil , Napoléon se trouve à peu près guéri. Cependant il se reufermé* dans son cabinet.
DE MIL HUIT CENT TREIZE. 299 Constamment à cheval depuis cinq jours , et toujours entraîné par Timportance des grandes manœuvres qu'il dirigeait , il n'avait pu donner aucune attention suivie à sa correspondance; Un grand nombre de dépêches s'étaient entassées sur son bureau ; il emploie les journées du ag et du 3o à les lire et à j répondre. Il dicte au comte Daru les bulletins qui doivent apprendre à la France les derniers événemens. Il expédie avec lui le travail des ministres , qui s'est accumulé depuis le i5; il prépare avec le duc de Bassano le message qui doit soumettre au sénat les causes de la rupture de Prague , les mesures à prendre pour soutenir la nouvelle guerre que l'Autriche nous déclare , et les pièces justificatives qui pea^ vent éclairer l'opinion. Enfin , ne perdant pas de vue la poursuite de l'ennemi , il s'interrompt à chaque instant pour en demander des nouvelles; il dicte au major général tous les ordres propres à suppléer, autant que possible, à l'impul* sion que sa présence ne peut plus donner.*
L'attention de l'empereur n'est pas seulement fixée sur ce qui se passe entre Dresde et ladpo* hème ; elle se porte également sur les points où ses lieutenans sont engagés dans des opérations détachées.
Le duc de Reggio est-il entré à Berlin ? le duc de Tarente est-il arrivé jusqu'à Breslau ? L'em-
3oo MANUSCRIT
pereur est impatient de lire les dépêches de ces
deux maréchaux. Déjà Dalbe en a marqué les
résultats sur la carte; mais à peine Napoléon y
a-t«il jeté un coup d'œil, que ses espérances
s'évanouissent.
. COMBAT DE GROS-BEEkEK,
Le duc de Reggio n'a pu se porter sur Berlin aussi promptement quon l'avait calculé. Trois jours lui ont été nécessaires pour opérer son premier mouvement de Dahme sur Baruth. Après avoir manoeuvré d'abord par \^ route de Torgau, il a cru devoir changer de direction ; et , se port€mt à gauche du côté de Trebbin , il a fait mine de vouloir arriver par la route de Wittenberg. Enfin ce n'est que le ai qu'il a démasqué son mouvement dans la plaine de iTrebbin '.
Pendant ces premièi?es manœuvres, Bernadette a eu le temps d'être averti» Quittant aussi-^ tôt Charlottembourg , il a porté son quarti^général à Postdam , et s'est empressé de ooncentre]i|[pon armée dans la plaine de Berlin 4 entre les deux routes menacées. Ainsi, le aa , le duc de
ï On a vu plus haut, que l'empereur était ce jour-là à Lowenberg , forçant Bliicher de repasser le Bober et la Katzbach.
DE MIL HUIT CENT TREIZE. 3oi Reggia , débouchant de Trebbin , avait vii se développer devant lui une ligne ennemie de plus de cent mille hommes '. Dès lors une bataille devenait imminente; elle était inévitable si nous avancions i peut-être était-ce là le cas de s arrêter et de manœuvrer de manière à ne rien com-* promettre.
Mais Thabitude d'aller en avant ; la vue des clochers de Berlin ; en cas de succès ^ une victoire dont le prix était immense ; en cas de revers , une retraite qui ne pouvait avoir rien de bien grave ; enfin , le désir de plaire à l'empereur par. un brillant début , désir plus grand que
Composition de l'armée du prince de Suède, couvrant Berlin.
5o,oocr
r I Le général Dobchnts*
AiLK oAociB 1 Armée prntuenne J Le général PutliU. I - ^^^ du prince de SuMe.l de tadentûen. | Le général Hirchfeld. Ç^t^^ [ (Le général WohcMr.
TPr. Heue-Hombonrg.
lK,^i» «i..^^«. l^* général Thomen. ,
Ceittkb. < vLe général Oppen.
i Le général PeiMC.
Armée auédoise. / Le général Sandels.
Général Stcding. | Le général Boyen.
\ Le gêné. Skyokl^radl.
Total des forces alliée* dans la pleine de Berlin. 140,000
((-Le génér. Tetteabom.\ I
A..«X* ...l.^il.» I Le gcn. Ahrenschild. I 1
LegencValmoden.-! Le général Vegesack. f "^ 1 » ""
l Le général Domeberg. I |
Total de Tarmée dn nord iro «00.
3oa MANUSCRIT
la crainte de contrarier ses pians par aa échec ^ tout concourait pour entraîner l'événement ^ et la bataille s'est donnée le 3 3.
Le quatrième corps, commandé par le général Bertrand , a été aux prises toute la journée sur la droite , avec l'armée prussienne du général Tauentzien, mais sans avantages marquans de part ni d'autre. C'est au centre, dans les villages de Beeren , que les coups décisifs se sont portés. Le septième corps ^ commandé par le général Reynier, y combattait contre l'armée prussienne de Bulow. Le général Reynier avait réussi dana la matinée à faire plier ses adversaires , et leur avait enlevé le village de Gross*Beeren. Mais, dans l'après-midi, Bulowest revenu à la charge. Son attaque , combinée avec le mouvement d'un corps suédois, avait été précédée par de vigoureuses décharges d'artillerie. Nos divisions saxon* nés, déjà ébranlées par cette canonnade, se sont vues prises entre deux feux , et bientôt assaillies de tous côtés par les baïonnettes russes et suédoises. Le choc était trop rude ; les Saxons n'avaient pu le supporter., et leurs rangs s'étaient rompus. Cependant, quelque grand que fût le succès de Bulow, il n'avait pas terminé la journée. Le général Guilleminot, qui était sur la gauche , du côté de Guttergotz , en observation devaàt les Russes de Wintzingerode et de Vo-
DE MIL HUIT CENT TREIZE. 3o3 ronzoff , avâiit donné toute son atti^ntion à la canonnade qui écrasait notre centre. À ce bruit il n avait pas hésité : laissant là les Busses qui ne bougeaient pas,, et mettant en pratique la maxime des tacticiens qui sont braves avant tout , à défiiut d ordres , il /était dirigé sur le feu. Cependant il n'avait pu arriver que le soir. Bulow . était déjà maître de Gross-Beeren , et notre centre se trouvait en pleine retraite. Le mouvement du général Guilleminot a réussi d'abord à arrêter l'élan des Prussiens. Un nouveau combat s'est engagé, et Bulow a été forcé de se retirer , en laissant au dotuième corps le village et les hontiJbrs du champ de bataille. ^
Ainsi, trois actions principales ont eu lieu sm^cessivement à Gross-Beeren. Dans la première , le général -Reynier a été vainqueur de Bulow. Dans la seconde , Bulow, revenu ^ur ses |!»as, a été vainquoir de Beynier, ou plutôt des Saxons ; et dans la troisième , c'est Guilleminot, accourant avec une partie du douzième corps , qni a fini par rester maître du village. Mais le septième corps a Êiit des pertes tellement graves S que le dut de Reggio s'est décidé à une retraite ^générale. Il Fefifectue en ce moment par la
' Nos ennemis portent la perte de l'armée française à treize pièces de canon et quinze cents prisonniers.
3o4 MANUSCRÏT
route de Wittenberg , disputant le terrain pied à pied. Le a8, après cinq jours de retraite , son arrière-garde n'était encore quà dix lieues du champ del>ataille; elle occupait Juteii>og ^
Ce qu'il y a de plus ^rave dans les suites du combat de Gross-Beeren , c'est le contre-coup qui en est résulté pour la division sortie deMagdebourg, sous les ordres du général Girard. Le . 27, cette colonne est tombée dans l'avant-garde tusse à Belzig. L'infanterie française a d'abord eu l'avantage; mais, tandis qu'elle était aux prises avec les troupes du général Hirscheld , qui lui cédait le terrain, dte avait été tournée et enr velopgÉ| par les cosaques de Czernichefif. XJi» déroute s'en est suivie. Le général Girard a été blessé , et sa colonne n'a pu rentrer à Magfdebourg qu'en laissant un millier de prisonniers dans les mains de l'ennemi.
Quant au prince d'Ëckmulh , il était arrivé le si3 à Schwerin, poussant devant lui le général Yalmoden , qu'on lui avait opposé, ;et détachant la division Loison sur Wismar et Rostock. Mais,
■ Les alliés ont fait reproche à 3ernadotte d'avoir mal manœuvré à Gross-Beeren , et de n'avoir mis aucune vigueur dans la poursuite. ( Yoir l'ouvrage du colonel Butturlin, aide de camp de l'empereur Alexandre» pag. 55 et 590
DE MIL Htirr CENT TREIZE. 3o5 à la nouvelle de l'affaire de Gross «- Beeren , il vient de suspendre son mouveïï^ent.
Tels sont les événemens du Nord. Passons à» ceux de Silésie^
19ATAILLE DE I/À KÂTZ$iCH»
A peine l'empereur avait-il ciuitté Lowenbferg pcmY revenir sur Dresde, que nos avant- postes de l'armée de Silésie s'étaient atrétés. Ce repos subit , après la poursuite si vive des jours précédens , avait appris à l'ennemi qiae l'empereur n'était plus là. Blûcher, devinant«que c'était un des effets de la grande attaque de .S(çhwartzen.-. berg sur Dresde, avait songé aussitpjf à en profi-. ter pour' se reporter en avant.
Cependant il n'entrait nuUemeSît'danB les intentions du duc de Tarente.de se dessaisir de ^offensive. Le onzième corps , sputçijiXi par le^ troisième^, devait attaquer de'frbiit les lignes. dei Jaûer. Il rie s'était arrêté sur la Ka&baçl^ pendant les JQuroées du ^4 et du aS que ipour don^ier ;lft temps au troisièï»e corps, qui avait ét^ un moment incertain entxela destination de Dresde et celle de Silésie , de venir se xeixwttre ^n ligne. Pendant ce temps, le. général Xiàuristoii, qui était sur notre drdite ,' en avant /de Goldberg , manœuvrait entre les montagnes de: la Bohème
ToMK ir. aSÉdit. ao
3Î^^ ' MÂNUSCRlt
eè Jâûei^, et pou^si^it la divisicfn Puthod asisez loin pour tourner l'ettheini et menacier ses cômrtiunications avec Prague.
Le fi6 au matin , le duc de Tarente s'était ré^ mis en mouvement pour continuer ses opérations. Le onzièitie corps, qui formait le centre, avait passé la Katzbach au point du jour et marchait sur Jaûei: on tértiotitknt la^ rive diiyite de là Wutbehd-Neiss. Le troisièriie corps , resté encore ea arrière, devait faire un détour du côté de Liegiiitz, j:)ôtir' arriver sur la gauche, par la route de Liegnitz à Jaûer , tandis que , sur la droite, le géttéral Làtftrifelon, s^avànçant de l'autre côté de la Wiithcnd - NèiSè avec le gros du cinquième coi^s , tiendrait là route de Goldberg. Plus loin, dans les montagnes', le général Puthod débotï^ chàit aussi sur Jaûer paria route de Schonau.
Maiis le ïilteme jour , à la même heure, Blûcher tétait également mis en marche; et , sortant des lignés de ïàùer,ll s'était l[*eporté encore une fois sur la Katzbach y dàtns l'intention de la passer ^tre Liegnitfc^eit Goldberg, à peu près au même point où lé diid de ïarente venait deJa traverser pout marcherien sens contraire.
Ainsi ies deux armées, pendant toute la matinée du à6', Butaient àyanèées l'imè sur l'autre. r Gepeddàht les torren» de •pluie qui, le 26 et le ^ aoùt^ dut 'inondé la terre', odnrnléuçaîent à
DE MIL HUIT CEIÎT TREIZE. . 307 tomber. D'épais brouillards dérobaient aux deux armées leursmouvemens, quand^ à trois heures^ i^Ues donnèrent Tune contre Tautre: La rencontre eut lieu dans, les plaines qui s'étèndoht «ntre Walstadt et la Katzbach. «Blûcher^vait sa cavalerie en avant; la nôtre était en arrière* Notte infanterie s'était hâtée de se- d^lojter eu ligne de bataille. Mais Blûcfaer ^ lançant tonte sa cavalerie 7 avait à peine laissé an onssièine corps le temps de se reconnaître. C'était sur ce corps d'armée que le premier choc ava^t porté. La droite de sa ligne avait réussi à s'appuyer sur la Wwthend - Neiss ; mais la gauche était restée en l'air , le troisième corps, qui de<* vait la protégier, n'arrivant pas. La cavalerie ennemie , profitant de ce désavantage de notre position^ avait porté tous ses efforts contre notre gauche.
£n vain le duc de Tareiite uppelait-il à' hii le troisième corps et la cavalerie du général Sébas^tiani : aucun secours ne pouvait arriver , par suite d une fatalité qui avait <léraugé le moùVe^ ment de l'armée.
Le général Soufaam:^ commandant les vingtcinq mîUe hommes du troisième corps depuis le départ duinaréctbal Ney, ayerti par les premiers coups de canon de hâter ^a «narche , ^vait cru devoir prendre le chemin le plus court , et^aû
3o8 MANUSCRIT
lieu' de suivre le détour prescrit du cpte de Lie^ gnitz , qui l'aurait fait arriver au secours de notre gauche, il s'était jeté sur la droite pour arriver pins 'Vite au feu. Mais, dans <;ette nouvelle tlirectîon, ift s'était trouvé sur le passage des cinq mille chevaux du général Sébastiani, quiaccou* raient avec le même einpréssement. Ces deux corps , entassés l'un sur l'autre dans le long défilé du vilUge de Kroïtch, s'étaient réciproquement barré la route, et l'^icombrement le plus épouvantable en était résulte.
. Pendant ce temps , lé ^^nzième corps , abandonné à lui-même , avait lutté contre les' armées dé Saoken et d'Yorck. Quelques régimens de cavalerie^ échappés des défilés l'un après l'autre, n'avaient pu faire que des efforts disproportionnés contre les masses de cavalerie ennemie qui occupaient la plaine. Sur le soir, quelques troupes du troisième corps «avaient pu arriver pour protéger la retraite du onzième; mais nos pertes ont été grandes: nos colonnes, séparées les unes des autres par des ravins , embourbées dans des chemins devenus des torrens, ont eu de grandes difficultés à se rallier. Le général Lauriston , qui , pendant toute cette journée , avait eu à lutter contre les cinquante mille Russes de l'ar-* mée de Langeron, apprenant l'échec du centre, a dû se retirer sur Gôldberg ; mais on est in-
DE MIL HUIT CENT TREIZE. ix>^ quiet de ce que va devenir la division Puthod; Abandonnée ainsi dans les montagnes , sera-t- «lle avertie à temps du mouvement rétrograde, €t.pourra-t-elle se rallier à son corps d'armée ?
Résumons ces nouvelles affligeantes.
Non-seulement l'excursion tentée sur Berlin n'a pas réussi; mais elle a donné lieu à une ba* taille , et cette bataille a été perdue.
Non*seulement le duc de Tarente n'a pu poursuivre Blûcher au delà de la Katzbach , mais l'offensive , reprise inopinément par les Prussiens , a donné lieu à une rencontre qui a été désas^ treuse pour notre armée de Silésie.
Ces deux échecs ont d'abord péniblement afc fecté l'empereur; mais cette première impression ne tarde pas à s'affaiblir devant l'importance des succès qui l'entourent. C'est la question principale *qui vient d'être décide'e sous les murs de Dresde : le. reste ne peut être qu'accessoire; et , dans l'état de supériorité où nou^ nous trouvons au centre , tous les secours nécessaires ailleurk vont être prompts et faciles. Il est probable que Blûcher, instruit de la déconfiture deSchwartîzenberg dans les vallées de l'Ertzebirge, ne m hasardera pas à poursuivre le duc de Xarente au delà du.Bober. . : i
Quant à l'événement de Gross-Beeren , là duc de ^^ggÎQ s'en est tii:é asse;^ heureusement poui:
3ïo MANUSCRIT
que le projet favori de Napoléon n'en soit pas dérangé. L'opération , retardée, seulement de quelques joints, n'en sera que plus complète. En effet, aux yeux de Napoléon , ce n'est pas à Prague , c'est à Berlin que sont les fruits de la victoire de Dresde ; il ira les cneîllir*uirmême. La tentative du duc de Reggio aura du moins été utile comme reootmaissance militaire; elle a attiré L'ennemi hors, de ses lignée , elle 9 entraîné Bemadotte du côté de Witte:nberg ; la route directe de Dresde à Berlui est ouverte , et l'ennemi » pris de ce côté une Confiance qui peut lui de*venir fats^e. Le prince d'Ecknmih est toujours h Schwerin , en position de reprendre' le rôle qui hii était destiné ; et quant à Magdebourg , ce dépôt est si abondant en ressources j qu'il sera facile d'en tirer le secours d'un nouveau détachement. •
L'empereur est donc décidé plus que jamais k tenter contre Berlin un grand mouvement qui balaiera le noid de TAUemagne , fera «itrer le prince d'Eckmulh en ligne sur ^e bas Oder , débloquera nos garmsote dé Sfe«ih etCustrin» Appuiera notre aile gauebe siiï" les bords de la Baltique^ et menacera de déborder 1^ alliés par une invasion en Pologne. L'empeteur se livre à toutes. les dispositions préparatoires. C'est dans eedjessein qu'il a retenu ht jeune garde à Pyma.
DE MIL HUIT CENT TREIZE. 3i i Déjà Tordre e^t dpnoé pour que la tête des polonnes de la ^fde repasse J'Çlbe et fasse une première niarche dans la direction du Branijebourg. L'empereur n attend plus que les derniers coups qui vont confiner la grande armée ennemie dans la Bohème , pour quitter Dresde et se mettre en personne ^ la tête des opérations nouvelles qu'il médite.
Dans cette attente, il éprouye quelque impatience de la lenteur avec laquelle nos colonnes rejettent l'ennemi en Bohème \ Le roi de Kaples n'est pas encore arrivé à Sayda. Le duc de Raguse , arrêté à chaque défilé par l'encombrement des voitures que l'armée alliée laisse sur les routes , ne parvient qu'avec la plus grande difficulté
^Journal compare de la marche de la colonne.
Le 38 »o6t.
Le 49.
Le3«.
'Le3«.
CoLoiriii
OÂUCBB»
A Petenwalde.
A Calm.
Aid.
CoLomiB
S«iBt-Cyr.
A Masen.
A Rmards-Gnm A DittebdorfF.
A Liebenan.
A AlfeoibcTg.
A ziniiewvld.
L«ro»d»9«^1es.
A Lichteikberg.
AZelha. . A Sayda.
L'élévation gradnée de la montage frontière* fournissait aux alliés d'excellentes positions pour défendre cbaqna pas .dans leur retraite y et pour contenir l'ennemi qui les pour- 8uivait.v • ( Voir l'ouvrage du major saxon 4'Qideldbeli ^cté- .moin oculaire , tom. I, pag. 374-}
Si-i MANUSCRIT
jusqu'au plateau d'Altemberg. Le maréchal Saint- Cyr, toujours cdntenu par Wittgensteîn , qui forme l'arrière-garde de Barclay de Tolly , n*a pu arriver le 29 qu'à Rinards-Gf imma ; il débouche enfin sur les hautes montagnes , et se dirige, par Dittelsdorff , sur Liebenau.
Cependant Vandamme est depuis le 28 au soir maître de la position de Peterswalde. Il en a déposté le prince Eugène de Wurtemberg , après • une affaire assez chaude , où noas avons perdu le prince d'e Reuss , qui se distinguait à la têtedes bataillons de la confédération.
Le rendez-vous de toutes les colonnes ennemies éparsés dans les montagnes est à Tœplitz. Schwartzenberg s'efforce d'y arriver par les débouchés de Nîctasberg et de Zinnewalde. Barclay de Tolty espère d'y parvenir par Ja petite route de Furstenswalden. Rleist , qui échappe avec pejne à l'encombrement de Giaschutt, voudifait éviter celui qui l'attend encore sur les pas des Russes : il vient? de faire un mouvement désespéré sur sa gauche ,. vers Schoenvsralde ; s'il rentre dans la grande route de Prague , il va tomber entre les mains de Vandanmie.
,. , Le 3p au matin y l'empereur examinait sur la. cayte.ces différentes positions: u En ce moment^ jp. dit-il au major général , Marmont et Saint Cyr » doivent culbuter les arrières-gardes autrichienr-
DE MIL HDIT CENT TREtZE. 3rî » nés sur Tœplitz ; ils vont recoeillir la dernière- )i rançon de l'ennemi. Nous ne pouvons tarder » non plus à recevoir des nouvelles de Vandam- » me , et nous connaîtrons enfin le parti qu'il > aura pu tirer de sa belle position. C'est par-la oi que nous finirons de ce coté. Nous y laisserons » quelques corps en observation , et nous rap- » pellerons le reste à nous. Je calcule, continue » Napoléon , qu'après les désastres éprouvés à » Dresde , il. faut au moins trois semaines à l'arj» mée de Schwartzenberg pour se réorganiser et X se remettre en campagne. Il ne m'en faut pas » tant pour exécuter mon opération sur Berlin. >i
Cette journée du 3o , qui a vu luire à, son début de si belles espérances , est à peine écoulée y que les nouvelles les plus alarmantes se répandent ; elles arrivent du côté de Pyrna. On assure que l'armée de Vandamme a été détruite. Nous allons raconter l'événement tel qu'on parvient à le dégager des exagérations du premier moment.
Le 29 au matin , Vandamme, voulant poursuivre ses avantages de la veille, était descendu,, avec son avant- garde , jusqu'à Culm. Il s'était laissé entraîner au fond de cette vallée profonde,, et s'avançait sur .Tœplitz* Bientôt l'espoir de s'emparer de cette ville l'avait tenté. Ce coup de main pouvait avoir des résultats inimenses. Quoi
3i4 MANUSCBIT
de plus sédjifi^nt ^q effel; que de barrir twte retr£|ite à une aripée de diBux cent loiJlehojowies encombrée dans des défilés?
A l'approche deYandamme, le. dépôt xly grand quartier- général allemand , et colui du corps diplomatique , l^ ç^bin^ts des souverains alliés^ ^ et une foule de graud3 personnages qui s'éts^ient entassés à XœpUtz^^.avaieut pris la fu^te, les uns du coté de Dutch \, les autres 4m côté de Lahn. Déjà l'ayant'garde ^Çriinçaise n'était pjus qu'à une . demi-lieue, lorsque reDn6aii,.c^S9aftt tQi^ à coup de plier, avait opposée la plus vigoureuse résistance.
Le compte Ostennann , commandant tes grenadiers de la garde russe y s'était placé à traviiçr^ le chemin. Il avait ordre d'arrêter Yandamme à tout prix. L'armée des alliés descendait alors sur Tœplitz par tous les ravins de la montagne. Sa position était critique. Si Yandauune arrivait avant elle, le sort de plusieurs. colonnes. était compromis *; mais quelques heures de délai ppu-
' Le ag au soir, T empereur Alexandre était à Dutch.
' Si Yandamme était parvenu jusqu^à Tœplitz , tontes les colonnes en retraite qui y arrivaient par le» gorges de ZinnwaU auraient été coupées , ce qui eût achevé de mettre la déroute parmi les alliés qui n'auraient atteint l'Eger que dans un* état de désorganisation complète dont le» Fnoçais n'.auraieot pas manqué de profiter pour les pousser
DE MIL HIHT CENT TREIZE. 3i5 iraient tout sauver. Ostemiann et ses grenadiers avaient compris ce que le salut commun exigeait d'eux. Ils s'étaient montrés dignes d'occuper le poste du péril, et le vallon de Tœplitz était deveau leurs Thermopyles. L'élite de la garde russe s'y était fait tuerj Ostermanh avait eu un bras emporté : mais Vàndamme n'avait pu forcer le passage.
Cependant Vàndamme, une fois engagé, avait -appelé successivement toutes ses forces à son se^ «ours. Les sommets de Peterswalde avaient été dégarnis , et le premier corps avait fini par se trouver tout entier entre Culm et Tœplitz, au pied du Geyersberg. Il était trop tard. Ostermann avait gagné le teinps nécessaire. Déjà Barclay de ToUy était accouru à son aidi^ avec les premières colonnes arrivées. Schwartzenberg n'avait pas tardé à lui en envoyer de nouvelles.
sans relâche jusqu'aux portes de Vienne. ( Voir Touvrage du colonel Buttnrlin , aide de camp de Tempereur Alexaiidre , 1 8 1 3 , pag. 4 1 . )
Les confédérés , poussés dans les défilés des montagnes de Bohème et de Saxe , perdirent au moins quaiainte mille hommes dans cette campagne de quelques jours , et ils auraient été anéantis. .. . sans qu'il leur fût possible de se for^ ■ler ou de rési^r même par bataillons , si Yandamme ! . . . . ( Vpi» l'ouvrage de sir R. Wilson , témoin oculaire ; Tableau de la puissance ,de la Russie , pag. 3S. )
Jïft MAjyUSCMT
Yandamme , forcé de se retirer sur Culm le 29 au soir, avait pris positioa entre les villages de Karwitz et de Pisten,.
Son entreprise surTœplitz était manquée; il pouvait y renoncer et profiter encore de la nuit pour remonter avec toutes ses troupes à Peters?vralde. Le conseil lui en avait été donné ; mais sa malheureuse étoile l'avait emporté : il s'était décidé à se maintenir dans la position qu'il venait de prendre. Peut-être devait-il croire que l'ai^ xnée ennemie , poursuivie pendant quatre jours, de suite dcuis les vallées iiihospitcdieves de lErù^ zebirge , ne pourrait en sortir que dans le plus grand désordre; il devait du moins s'attendre à voir les colonnes françaises, non moins actives que les vaincus , arriver assez tôt sur leurs pas. pour les empêcher de se rallier contre lui. Il n'en a pas été ainsi ^
Le 3o au matin , ce n'est pas seulement l'ennemi de la veille, ce sont toutes les troupes de Schwartzenberg et de Barclay de ToUy qui sont
* L'aYaot-*garde du duc de Raguse , eommandée par k lieutenant-général Joseph de La Grange , a livré dans sa knarche les combats les plus sanglaas et les plus opiniâtres^ et n'a pu arriver que le 3ï sur les hauteurs de Zinnewald. Aussitôt ses avant-postes sont descendus jusques à la pror menade de Tœplitz.,.. mais il n'était plus temps ^
DE MIL HUIT CENT TREIZE. 3 17 toljïbéden bon otdve sur Vandamme. On avait tourné sa gauche, d'autres colonnes Tavaien-t dé* bordé jusqu'à Arbesau pour lui couper toute retraite; il s'était vu environné par plus de quatrevingt lùille hommes : pas un de %as quinze mille cotopagnoBs ne semblait. devoir édsappex^; mais l'intrépidité supplée à tout : nos Français avaient fini «par triompher du nombre et des dangers. Vandamme, après avoir soutenu, pendant toute la matinéedu. 3o ,.l€s efforts de cette nuée d'endemis , se iretirâit sans être entamé , évacuait Culm et se disposait , vers deux heures , à remonter à sa première position , lorsque totît à «coup , xm nouvel ennemi apparaissant sur la montagne et saisissant tous les défilés en arrière , lui avait barré le chemin de Peterswalde:
Ce nouvel ennemi , c'était l'armée prussienne •de Kleist , échappant au maréchal Saint-Cyr, débouchant par les bois de Schonwalde, se glissant à travers le vallon de Telnits , heureuse d'avoif ainsi tourné la position de Peterswalde, et se hâtant de descendre sur la chaussée de Prague avec tout l'empressement d'une fouFe qui se sauve de sa perte par un passage inespéré.
Si Vandamme se fût trouvé à Peterswalde , Kleist et tous ses. Prussiens étaient pris. Mais Kleist, maître de cette hauteur , au pied de Jî^t <iuelle était Vandamme , c'était ce dernier qui
3i8 MANUSCRIT
devait être aceablé. Cependant les Prussiens , à la vue des Français qui remontaient à leur ren^ contre , s'étaient crus de nouveau perdus, lis avaient hésité un moment Les Français , au coi^ traire, apercevant les Prqssiens, s'étaient aussi* tôt élfnoés sur eux. Coibinëau étadt à leur tête.' Rien n avait pu soutenir leur choc. Passant sur le corps de lavant^garde ennemie, ils avaient tout culbuté , tout entraîné , et , prodige de fu** reur aussi-bien que d'audace, ils avaient enlevé aux Prussiens jusqu'à leur artillerie. Cependant les Prussiens, refoulés sur eux-mémea, s'étai^it ralliés , et la mêlée la plus épouvantable avait recommencé '.
Qu'on se figure une chamséé étroite, encaissée sur leâanC)des>noiitagnes , et dans ce creux deux
« La cavalerie fraaçaise résolut en désespérée de se frayer un chemin au haut de la montagne , à travers les iPmssiens.' La pente était si escarpée que dans d'autres occasions peu de chevsrux eussent pu- îa gravir an trot le plusdoux , et cependant les Français montèrent avec tant de force et de puissance qu'ils renversèrent compléteraenl; toute la colonne prussienne , et s'emparèrent de tous les canons. Cette artillerie resta finalement aux alliés ; mais la plus grande partie des chevaux fut enlevée , et un grand nombre de canonuiers prussiens fut massacré. (Ybir Touvrëge de sir Rdtdrt Wilson , témoin oculaire, Tableau de la yuâ'&tncie de la Eussie , pg^ 55. J
DE MIL HUIT ŒNT TREIZE. Stg colonnes , dont l'une monte et Tautre descend , ■qui se rencontrent i s'airêtent d'abord pat leur masse , se foulent , se brisent au second choc, et finissent par se faire un passage l'une à travers l'autre. La confusion et le tumulte sot^t au côm'' blè; chaéun combat corps à corps, mais œ. n'est pluis pour vaincre ^ c'est pour passer. On se culbute plutôt qu'on ne se tue. Généraux ,' offi^ ciers et. soldats, tout éàt: péte-mêle. Ici Vandamme est entraîné par les Prussiens , là c'est Kleist dent lès Français viennent dese saisir ; ils sont pris et repris. Kleist est enfin délivré par les siens. Oii assurait dans les premiers momens que Kleist et Vandaitame étaient restés morts dans la foulei : -^ '
Tous ceux qui ont pu se dégager du défilé de la. route et se jefter dans les rochers et dans les^ bois voisins parviennent à s'échapper des premiei<s.Les Prussiens courent se rallier à l'aviatii^i gardé de Barclay die Tolly. Les nôtres arrivent à» Liebenau, où ils sont recueillis par les troupes du maréchal Sàitit*Cyr. Bientôt les sentiers dé la montagne de Peterswalde se remplissent de soi^ dâts dispersés qui , semblables aux: coursiers dé«'> montés dans un choc dp cavalerie , n'ont tim" d(Et>plus pressé que de retcmmer 'au -camp. Le générdL Corbinean, qui courmaindair iarcavalerie de YaadaaiiEde^ SBrivie jusqu'à l'empereur, dont
il est aide de camp. Couvert de sang ennemi, et blessé lui-même, il est. encore armé d'un sabre prussien que, dans la mêlée, il a échangé contre le sien. Les généraux Dumonceau et Philippon sont également sauvés; mais le général Heimrod, qui venait de passer du service de Bade à celui de France, est resté parmi les morts. Le général Guyot et le général Haxo , que ses blessures avaient. forcé de rester à Culm, sont prisonniers. Quant au général Vandamme , dont l'audace a été si malheureuse , il n'est pas tué : les alliés le traînent en triomphe à Prague. Cependant on apprend que la plus grande partie de notre corps d'armée , descendue par les ravies de la montagne , se rallie à Pyrna. Trente pièces de ca* non et plus de trois cents voitures, caissons d'équipage et d'artillerie, sont perdus pour nous.
Ainsi i non-seulement la grande armée enne-. mieeisA sauvée, mais elle l'est par une victoire,» et ce>i5ont des trophées qu'elle rapporte de sa défaite de Dresde.
. Napoléon recueille froidement le détail de ses p€ff tes. Ce qu'il ne peut concevoir, c'est que Vandamme se soit laissé entraîner en Bohème. « A » .:une arràée ^qui fuit, répète-t-il, il fautiaire un » pont d'or .ou opposer une barrière d'acier. Or, » Vandamniene pouvait pa^ çtre cette barrière » d'acier. » Puis, se tournant ivers lemajor-gé-
lierai : « Aurions-nous donc écrit quelque chose >) qui ait pu lui inspirer cette fatale pensée? Ber- » thier, allez chercher vos minutes; Fain, voyons » les miennes: vérifions tout ce que nous avons » écrit.» Le major-général apporte aussitôt son livre d'ordres ; le secrétaire du cabinet représente ses minutes; on relit toutes les lettres, et l'on n y trouve rien qui ait pu autoriser le malheureux général à quitter sa position de Peterswalde-
L'empereur a vu d'un coup d'œil toutes les conséquences de l'événement. Il les envisage avec calme et même avec une résignation stoïque. « Eh bien ^ dit-il au duc de Bassano , voilà la » guerre : bien haut le matin , et bien bas le » soir :
» Du trioinplie à la chute il n'est souyent qa*uA pas. »
U fixe de nouveau ses yeux sur la carte ; il praad un compas , et , dans sa rêverie , on l'entend répéter tout haut ces vers qui lui reviennent à la mémoire :
J*ai servi, commandé ^ Taincu quarante années; Du monde entre mes mains j'ai tu les destinées; Et j'ai toujours connu qu'en cBaque événement Le destin des états dépendait d'un moment.