‹ Manuscrit de mil huit cent treize, contenant le précis des événemens de cette année, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon;Chapitre 35 sur 53 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

les graitdes op^rjltioivs recommencent.

l'empereur manoeuvre >si}r magdebourg, et s'arrête a duben.

(Première quinzaine d'octobre.)

Depuis près de quinze jours, rarmée française est presque immobile autour de Dresde. Le comte de Lobau, avec le premier corps, est toujours à Gieshubel ; le duc de Bellune , avec le deuxième , à Freyberg ; le maréchal Saint - Cyr, avec le quatorzième, à Borna; et la jeune garde à Pyrna.

Sur la rive droite , le duc de Tarente , renonçant à disputer la plaine aux troupes de Blûcher, ne couvre plus Dresde que par une ligne très-rapprochée de la ville neuve. Sofa quartiergénéral est à Weissig , sur les hauteurs de Pilnitz.

Le duc de Raguse , le prince Poniatowski et la cavalerie Latour-Maubourg ont repassé l'Elbe

i^t sont maintenant placés en observation sur la rive gauche , le duc de Raguse dans la direction de Torgau, et les autres corps , sous lecomman* dément du roi de Naples, dans la direction de Freyberg et de Chemnitz.

Cependant les armées ennemies marchent sur toutes les routes, Benigsen, si long-temps attendu par les alliés , a relevé les postes de Schwartzenberg dans la vallée de Tœplitz '. L'armée de Pologne qu'il amène ne compté pas moins de soixante mille hommes ; elle se compose des corps du général Doctorow, de celui du comte Tolstoï , et des réserves du prince de Labanoff Rostowski. Ces dernières viennent dô par-delà Moscou. Les soldats ont la tête armée" d'une espèce de casque carré , orné d'une croix de fer-blanc et du chiffre de leur empereur. Un grand nombre de Baskirs et de Tatars se trouve dans la cavalerie ; ils n'ont encore pour armes que leur arc et des flèches : c'est le dernier ban de laT Russie.

' La yallée de Tœplitz était épuisée. La rareté des fourrages en Bohème avait forcé U cavalerie des alliés à se retirer entre TÉger et le Mittelbirge , où elle avait continué de se tenir en cantonnement jusqu'au 4 octobre. Les ar-, mées restèrent ainsi quinze jours sans s'engager. (Voir l'ouvrage du colonel Butturlin , aide de camp de Te m-: pefeuç Alexandre, pag. 84)

3^4 MANUSCMT

L'arrivée de ce nombreux renfort est comme le signal de la reprise des grandes opérations '.

Blûcher, s'élançant de Bautzen , ne se laisse plus arrêter par le duc de Tarente ; il tourne la position de Dresde par les routés de Konigis>bruck et d'Elsterwerda, et court du côté de Wittenberg faire sa jonction avec Bernadotte. Celui-ci , fort de cet appui , se décide enfin à passer l'Elbe.

Quant à la grande armée de Bohème, elle a quitté ses montagnes ; elle descend en ce moment dans les plaines méridionales de la Saxe , et les bandes des partisans ont fait place à cet ennemi plus redoutable. Le roi de Naples se trouve maintenant en présence des corps de Klenau et de Lichtenstein ^ qui forment Favanlgarde de Schwartzenberg.

Ces différentes marches développent le plan des alliés ; il est évident que leurs armées du nord et di; midi marchent Tune au-devant de l'autre, et qu'on s'est donné rendez-i^ous àams les

* Lie» alliés temporisaient jusqu'à Farrivée des soixante mille hommes que Benigsen devait amener. On ne voulût entreprendre aucune opération majeure que ce renfort n'eût rejoint l'armée. ( Voir l'ouvrage du colonel Butturlin, aide de camp de l'empereur Alexandre, pag. 79.) Benigsen a mis tout le mois de septembre à venir de BresUu à Leitmeritz^ sur la frontière de r£U>e. (Ibid.)

DE MIL HUIT CENT TREIZE. 365 plaines de Leipsick pour nous envelopper dans Dresde et nous y renfermer.

En cette extrémité, que fait Napoléon ? qu'attend-il? disent des militaires trop impatiens: sommeille-t'il ? disent des censeurs trop présomptueux.

Le moment que l'empereur attendait vient d'arriver. Non - seulement Schwartzenberg est sprti de ses montagnes, mais Bemadotte et Blûcher sont en-^eçà de l'Elbe. Les voilà donc en* gagés de manière à ne pouvoir plus éviter une bataille décisive.

Le ^7 septembre Bemadotte a passé l'Elbe sur des ponts qu'il a fait jeter devant Acken et Roslaw. Il s'est porté sur Dessau, et y a rencontré l'avant-garde du prince de la Moscowa ; qui se replie sur la Mulde *.

Le 3 octobre, Blûcher, faisant sortir ses bateaux de l'embouchure de XElster noir^ a surprisse passage de l'Elbe à Wartenbourg ; mais , sur l'autre rive , il a trouvé le général Bertrand retranché derrière les digues , et ce n'est qu'après un combat sanglant qu'il a pu passer outre.

* Le maréchal Ney s'est replié successivement sur Bitterfeldt et Dolitz ; il était ]e 4 octobre dans cette dernière ville.

366 MANtîSeWT

Quant au prince de Schwartzenberg, il est ar^ rivé de sa personne à Mariemberg.

Ainsi, du pied des montagnes de Bohème aux bords de TElbe, les deux armées alliées étendent de longs bras pour se joindre ; mais elles ne mar^ chent plus qui avec des précautions extrêmes dépuis quelles sont arrivées sur la circonférence du cercle dont nous occupons la ligne intérieure ' : elles craignent de nous voir déboucher à Kmproviste et en masse sur quelque point isolé dé leur système.

Telle est en effet l'intention de Tempereur. Il quitte Dresde le 7 octobre à six heures du ma^» tin. Le roi de Saxe veut le suivre. Les voitures dans lesquelles ce prince monte avec la reine et la princesse Augusta sont placées dans la file et sous l'escorte d'un bataillon de la garde royale saxonne et d'un bataillon bavarois affectés spé* cialement à la sûreté du roi. L'empereur ordonne à son ministre des relations extérieures de ne paë quitter le roi, de veiller à écarter de lui, autant qu'il serait possible , les désagrémens d'une map> che pénible, et de s'étudier, par les soins les plus délicats , à lui montrer tout l'intérêt que sa po* sition inspire.

* Voir Touvrage du colonel Butturiio , aide de camp dé Témpereur Alexandre, pag. 104.

DE MIL PUIT CENT TREIZE. 367 On laisse plus de. trente mille hommes , sous lès ordres du maréchal Saint-Cyr % à Dresde.

Ce maréchal a pour instructions de tenir dans ' Dresde tant qu'il pourra ; mais, s'il est forcé de l'évacuer, c'est sur Torgau et Magdebourg qu'il devra se retirer. Des précautions*^ sont même prescrites à l'avance iaux commandans du génie et de l'artillerie pour que , le cas arrivant , les fortifications de Dresde soient détruites , et que les voitures qui ne pourront pas être emmenées soient brûlées.

. Au surplus , l'armée du maréchal Saint-Cyr est destinée à former l'aile gauche de la nouvelle ligne qu'on va prendre sur l'Elbe , et dont l'armée de Hambourg formera la droite. Le centre va s'établir entre Magdebourg et Torgau. L'em* pereur s'y porte de sa personne ; dans peu de

» Armée laissée à Dresde sous les ordres du maréchal. Saint-Cyr,

te général Borelli , clief d'état- major. Le général Mathieu Damas , intendant général. ■. Le général Darosnel, aide de camp de Vempereur, gouverneur de Dres4e.

r Généraux : Dumoaceau.

' Moutor "^ —

Teste.

C Généraux : Claparède.

Basottt.

Bonnet.

i"'. Corps. Le comte de Lobau.< Mouton-Duvernet.

fC

14*. Corps. Maréchal Saint-Gyr < Basout.

Plus les généraux blessés et malades restés i Dresde. (33 généraux et 33,000 kommes 6gurent dans la capitulation de Dresde.

jour^ il compte y réunir cent cinquante mille combattans ; savoir : Tarmée qui sort de Dresde avec lui; celle du prince de la Moscowa, qui est déjà sur la basse Mulde , et enfin celle du roi de Naples , qui , en cédant pied à pied lé terrain au prince de Sc^wartzenberg , ne £siit que descen* dre le cours de la Mulde, et rentre ainsi dans le mouvement général de concentration qui est , projeté ^ Le prince de Neufchâtel qui est gravement indisposé ne fait plus que suivre le quartier général : c'est Faide-major-général Bailly deMontbion , qui depuis que nous avons quitté la lisière

« Composition de V armée que V empereur veut reunir au centre.

!La garde impériale.

c® . > bo.ooo

Le II». Corp».

Le 3«. Corps.

!Le 4«. Corps. Le général Bertrand.

Le 7«. Corps, Le général Hegtiier.

Nota. Le ia«. corps vient d'être dissous et ré- > Ao^ooo parti dans les 4«. et >]*, corps. Le duc de Reggio f qui le comoiandait , rient d'être appelé à un I commandement dans la garde. )

Armée du roi r Le a*. Corps. Maréchal duc de Bellune. 1

de Naples , J Le 5«. Corps. Le général Lauriston. \ 4o,ooo

irla haute Mulde. l Le 8«. Corps. Le prince Poniatowski. J

Le prince Poniatowski. ,J

En marche sur la Saale , le 9«. corps. Le maréchal duc de Castiglione. i5,ooo

(le 1^ Bohème ei^pédie au nom du prince toiiâ lesr ordres de l'armée.

>: Suivons la marcbe de l'empereur.

; Pour. éviter la rive droite de l'Elbe, qui n'est plus à nou?, il se dirige sur Meissen, par le che*i nnn diB Wilsdruf ; il déjeune.àMeissen, et'va passer la nuit du 7 au 8 à Seerhausen, pms d'Os^ cbatz. • .

Le 8 il arrive à Wurtziein , .et le 9 il descend la Mulde jusqu'à Ëilenbourg.

Ayant rejoint de ce côté les troupes saxon^ies, il veut essayer lui-même de les rafifermir dans le devoir. Après leur avoir fait prendre les arômes , il se présente devant elles. Dans. une allô-» cution sitnple. et franche,, il leur expose que Texistence politique deleur pays est violemment attaquée ) que la Prusse convoite leurs dépattilles , et qu'ils n'ont da véritable appui que dans l'alliance de la France. Il leur rappelle les pro* clamât tons de leur roi , et les somme, ail nom de rhoniieur militaire , de combattre en bons com« pagnons.

> Ses. paroles sont redites eji allemand par le duc de Vicence.Les généraux les font passer de bouche en bouche jusqu'aux derniers rangs , et l'armée saxonne , sef remettant en route , parait suivre avec empressement les pas de Napoléon. On est au moment d'arriver sur Blûcher ; on

Page 1