‹ Manuscrit de mil huit cent treize, contenant le précis des événemens de cette année, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon;Chapitre 48 sur 53 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

BATAILLE DK HAJTAU. — I^VaM^B; F^ITÇAISf ARRIVE SUR LE RHIN.

Le a5 , on quitte Erfurt , et dans cette première marche on ne dépasse pas Gotha ; le 126 , onr s'engage dans les défilés de la Thuringe; on traverse £isena<^ , et Ton va passer la nuit à Vach. Le ay, on arrive à Hunefeld , et le a8 à Schlutern. On a traversé Fulde sans s'y arrêter.

Les alliés ne nous suivent plus que de loin ; ils semblent abandonner aux cosaques le soin de profiter de leurs avantages. Ceux-ci côtoient nos colonnes , et quelquefois les précèdent. Sur' notre droite nous sommes flanqués par les cosaques de CzernichefF; sur notre gauche , par ceux de Platowet d'Orlow-Denisow. Ils nous font beaucoup de mal; mais du moins leur voisinage, présentant un danger toujours imminent à ceux des nôtres qui seraient tentés de s'écarter ou de rester en arrière , sert à remédier au relâchement de la discipline , et à prévenir des pertes

DE MIL HUIT CEHT TREIZE. 473 pius ,]g[iravesy On est tenu san^ cessa çn haleine; on ne dort que d'un œil , on marche plus vite ; la nécessité prête des forces aux plus &ibles , et cette foule de soldats, qui ont perdu leurs corps d'armée et leurs, of&ciers, s écoule du mmna »vec quelque apparence d'ordre , au milieu des cadres peu nombreux qui forment la tête et la queue de nos colonnes.

Lç at8 ,;à Schlutern, on apprend qu'un cp^p* détaché de cinq à six mille Bavarois se montre devant nous sur. la rire gauche de la IÇ.intzig.ïls viennent d'A^chaffenbourg ; notre avant^rgarde , sous les ordres du général Excelmans » a trpuVé leurs éclaireurs au dé61é de Gelnhausen ^ et les pn Si chassés^ ■ '

le ag, l'empereur contûiuait m route de Scblutem sur Hanau^ lorsque des soldats reve^. uant sur leurs pas annoncent que les Bavarois occupent en force la ville de Çaxiau ; qd'ils bai!<« rent la route , et s'avancent sur nous. En effet, ou ne tarde pas à rencontrer leur avant^garde , et l'armée achève sa journée en la chassant devant elle jusqu'au village de Ruckingen.

L'empereur fait établir son quartier-général à Langen-Sebold , dans le château du prince d'Ysembourg. Là , il reçoit des renseignemens qui ne laissent plus aucun doute sur l'occupation de Hanau. Deux fois , dans la matinée , des co-

Ibnnes qui précédaient notre avant'-garcfe ont réussi à forcer le passage. Mais elles n'avaient eu affaire qu*à quelques éclaireurs. Le corps d'armée bavarois est arrivé dans I après-midi. It a fait sa jonction avec les cosaques ; il est en mesure de nous barrer le chemin,... Il faut s'apr prêter au combat '. • •

Une épaisse foret que la route traverse couvre ies approches de Hanau. Au delà du bois , la. Kintii^g forme un coude qui resserre le débouché de la forêt. La ville se présente sur la rive opposée. La route la laisse sur la gauche , en suivant les contours de la rivière pour gagner la chaussée de Francfort. Tel est le long défilé dont il faut forcer le passage. L'empereur passe la Ruit à faire ses dispositions. Son premier soin est de diminuer la file des Voitures : tous les ba.^ i^ges sont jet^s sur la droite , dans la direction de Coblentz. La cavalerie du général Lefebvre-

•» Année austro-bavaroise , commandée par le comte de Wf^de. j

{Trois dirisioDk d'infanterie-.: Rochberg, fi«c-

kea, etLamotle. 3o,o<»

Uoe divisioD de cjiyaler^e lo.oœ

..... i Deux divisioDS d'infaDicrie, Frespel et Each. 16,000

AttUichiena, ^ Une divisioa de cavalerie, Splejiy. 6\ooo

6i,ooo

. ff.oUi. Dans ce nombre sont comprises : l^. use dirisien que le gâterai de Wrède vient de détacher sur Francfort ; a<». une autre division qu'il aliw>4«. «» arrière pour faire l;e siège de \i, citadelle de Wurtabourj^.

DE MIL HUIT CENT TREIZE. J(jS Desnouftttes et. cçUe du général IVtilhaud proté^ geront ce mouTemènt ; en même temps , eUesr éclaireront la droite du champ de bataille.

Le :3a au malin;, l'empereur n'a encore sous la maia que l'iniFinterie du duc de Târente et celte du duc de Beltune^ qui ne présentent guère que cinq mille baïonnettes- réunies. ïl les jette en tirailleurs dans la foret , et les fait soutenir par la cayaierie du général Sébastiank Le diic- de^ Tareote prend le commandement de cette pre* mière ligne. Quelques coups de mitraille et une charge de cavalerie ont bientôt dissipé Tavantgair^e ermemie , qui se tenait à l'entrée du bois. Nos tirailleurs s'engagent sur les pas des Bava^ Tois; ils les poussent d'arbre en arbre. Les étineel;led)d'une viv^ fusillade brillent au loin dans les ombrei; de la forêt, et la bataille commence oomme une grande parfie de chasse. Le général Dubreton sur la gauche , le général Charpentier sur la droite , conduisent nos attaques ,^ et là cavâlerif du général Sébastiaiii profite de toutes les ckivières pour ehar^er» Ftennemi. *

Enpeudetémp^ nous parvenons au débouché de la forêt ; mais alors une Ugne de quarante mille hommes s'offre à la vue de nos tirailleurs et les arrête. L'armée ennemie est couverte par quatre-vingts bouches à feu.

Çf^Wrédc est persuadé que l'armée françaiser

ua pa$ ce^ p depuis Leipsick , d^ètre talonné à outrance par la grande armée des aHiés;!! sîma* gine que devant des troupes rompues,: exténuées.» hors d'haleine , il n y a plus qu'à se présenter pour leur faire déposer les armes; et, dans son empressement, négligeant toute considération de prudence , il est venu nous attendre sur la lisière du bois , la rivière à dos.

Si les 8o,ooQ Français qui auivent les pas de Fempereur se trouvaient en ce moment rangés par bataillons t ?9T diviaions et par corps d'ar«mée, de Wrède paierait cher cette témérité. Un mouvement vigoureux de notre gaucbe suffirait pour lui enlever le pont de Lamboy , le seul qu'il ait pour 3a retraite^ et mettrait cette armée entière à notre discrétion^. Mais la force de nos troupes ne peut plus ^tre calculée jiur leur nooc»bre. D'ailleurs le géyaéiral Bertrand et le duc de iUgusé sont encore loin, et Tarrière-^ garde du duc de Trévise ne fait que d'arriver à Hunefeld* L'ei^pereur ne peut réellement disposer que des braves qui se sont portée k Tavaistl^garde i^ils sont £out<au plps ;iOyQOQ; c'est assess du moins pour forcer le passage* . . ;

A mesure que l'artillerie de la garde arrive, le géi^éral Drouot mat les pièces en batteries. Il commence à tirer ayec i5 pièces ; sa ligne s'ao» croit de moment en moment , et finit, par pré-

DE MIL HUIT CENT TREIZE. 477 sentër 56 bouches à feu. Elle s'avance alors san^ qu'aucunes troupes soient encore derrière elle. Mais à travers Tépaisse fumée qu'elle vomit, l'en* nemi croit entrevoir dans l'enfoncement des ar^^ bres l'armée française totlte entière. Ce prestige a frappé les Bavarois de terreur. Leur ef&oi est à son Comble quand ils reconnaissent les bonnets ;i poil de la vieille garde. C'est le général Curial qui débouche à la baïonnette avec quelques bataillons. Après le premi^er mothent d'hésitation les Bavarois se décident à faire charger leur cavalerie sur nos pièces, et bientôt une nuée de che^ vaux environne les batteries. Mais nos canonniers saisissent la carabine et restent inabordables^ derrière leurs affûts. Le général Drouot leur donne l'exemple ; il a mis l'épée à la main , et oppose un front calme à l'orage. Le secours ne s,e fait pas long -^ temps attendre. La cavalerie (te la garde s'élance : Nansouty est à sa tête ; en uù clin d'oeil elle dégage cette partie du champ de bataille ^ Les dragons commandés par Letort,; les grenadiers commandés par Laferière*Lévéqùe, et les vieux cuirassiers du général Saint'-Germain' se précipiteiit sur les carres, enfoncent ceux qui

* Ce moment de là bataille â été filé ftur la toile par Horace Vefnet. Le tableau de* ce peintre éminemment français orne un de* salons «lu Cliiteau de Nenilly.

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