‹ Manuscrit de mil huit cent treize, contenant le précis des événemens de cette année, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon;Chapitre 8 sur 53 · I ■ ■ III · texte numérisé non relu

I ■ ■ III

» Traité de Reîchenbach , du i4 juin , par lequel l'Angleterre accofcle 'liû subside def 6^6^666 Bv. steriing à la Piiisse ponviéotitinoer h. guerpe.

Traité du i5 juia entre; vVAogIbterre et la Russie

L'empereur Alexandre y déclare qu'il est formellement résolu de soutenir la guerre actuelle avec la plus grande éner- |^« C'est M* d'À0stett qui stipule comme son plénipotentiaire, et r Angleterre accorde un subside dé i ,355,334 Hv. sterl. (Voir Martens, supplément 5, pag. 569; et la collection deSdioelI, tom. x, pag. 329. J ■

» vous avez voulu gagner du temps. Au*

» jourd'hui, vos 200,060 hommes sont prêts ; » c'est Schwartzenberg qui les commande; il y> les réunit en ce moment, ici près, là, der- » rière le rideau des montagnes de là Bohème* » Et , parce que vous vous croyez en état de V dicter la loi, vous venez me trouver ! La loi ! 3) Et , pourquoi ne vouloir la dicter qu'à moi » seul? Ne suis-je plus celui que vous défendiez » hier? Si vous êtes médiateurs, pourquoi du » nioins pie pas tenir la balance égale?.... Je vous » ai ^eviné , Metternich ; votre cabinet veut pro- :p ^î;er' de mes embarras, et les augmenter > au* » tfint que possible pour recouvrertout ou partie )>. d/e ce qu'il a perdu. X.a grande question pour » voua est de savoir si vous pouvez me rançon-^ y^ i)er sans combattre', qu s'il vous faudra* vous ïj jeter décidément au rang de mes ennemis ; vous » ne savez pas encore bien lequel des deux par- 5) tis doit vous offrir le plus d'avantages, et peqt- » être ne venez-vous ici que pour mieux vous j> en éclaircir. Eh bien! voyons, traitons, j'y » consens. Que voulez-vous * ? »

• Napoléon soupçonnait bien à FAutriclie , dès le principe, le projet de chercher à profiter du mauvais pas où il se trouvait pour luftirracher de grands avantages , et il y ^tait ati fond tout-à-fait décidé. Mais il ne pouvait se per^

. Cette attaque était vLYe.:M. de Mett^Bnkb se jette à la traveifse av^c un attirail complet de phrases diplomatiques. «|Le,^eul avantage que » TempereuF son niftitre soit jaloux d'îjcquérir, » c'est l'influence qui communiquerait aux ca- » binets de l'Europe l'esprit de modération , le i> respect pour les droits et les possessions des » états indépendans qui l'animent lui-même...,. » L'Autriche veut établir un. ordre de choses qui, » par une sage répartition de forces , place la ga- » rantie de la paix sous l'égide d'une association » d'états indépendans..»— « Parlez plus clair , dit

,suailer qu'il y eût assez d'aveuglement dans le monarque ^ .assez de trahison dans ses meneurs , pour vouloir Tabattre tout-à-fait , lui , JVapoléon , et livrer par-là leur propre paya à la toute-puissance non balancée désormais de la Russie.

11 faisait le même raisonnement à Tégard de la Prusse et des états de la confédération.

Ainsi , Napoléon admettait bien de la haine dans ses ennemis, et de l'hameur, ^e la jalousie même dans les al« liés ; mais il ne podvait supposer aux uns ni aux autres le désir de le détrôner tout-à'fait , tant il se sentait nécessaire à tous. Voilà l'idée dominante de Napoléon dans cette grande circonstance ; elle est la clef de sa conduite jusqu*au dernier moment. Il ne faut pas la perdre de vue ; elle explique bien des choses , et peut-être tout : son attitude hostile y ses paroles flè^y , son reifus de conclure , etc. (Voir le' Mémorial de ScSnîe-Hûène- y /psj: le comte de Lasr» Cases ^ tom. vi , pag. 4^ et 42-J

io ' MANOSCRIT ■ ■ :

» l'empôreùr en rinterrompant^^t Vendtts 'au )) but ; mais n'oublieî pas qv»je suis un soldat » qui sait mieux rompre qu^ plier.' Je vous/a^ V offei-t riUyrie pour re^er neutre, cela vous 7> convient-il? Mon armée est bien suflSsante^pour iï amener les Russes et les P^ssiens à la' raison^ » et votre neutralité est tout ce que je dematiàe.oo^ » — «Ah ! sire, reprend vivement M. de Metterr » nich, pourquoi votre majesté resterait-elle ». seule dans cette lutte ? pourquoi ne doublerai!*^ » elle pas ses forces? Vous le pouvez, sire! car » il ne tient qu'à vous de disposer entièrement » des nôtres. Oui , les choses en sont au peint » que nous ne pouvons plus rester neutres ; il » faut que nous soyons pour vous ou contre » vous!»

.JB( A ces mots , le ton de la cx)nversalion fléchit ; l'empereur conduit M. de Metternich dans le cabinet des cartes. Après un assez long intervalle, la vois: de l'empereiir s'élài^e de nouveau, a Quoi ! » non-seulement nUyrie, mais la moitié de » l'Italie et le retour du pape à Rome ! et la Po- » logne, et Tabandon de l'Espagne! et la Hol- » lande , et la confédération du Rhin , et la » Suisse ! . . . f^oHà donc ce que sh)us appelez tes^ » prit de modération qui mfis anime ? Vous ne » pensez qu'à profiter de 'toutes les chances , » vous n'êtes occupé qu'à transporter votre al-

DE MIL HdT CENT TREIZE. 4^

» liance (î*tin carhp à Fautre, pour être toujours

» du côté où se font lés partages , et vous venez

»* me porter de votre respect pour les droits des

y> états indépendàns ï Au fait , vous veuillez llta-

» lie, la Russie Veut la Pologne, la Suède veut

» la Nôrwege, là Prusse veut la Saxe, et FAn-

ï> gleterrë veut la HoHande et la- Belgique. En un

» mot, la paix n*est qu*tm prétexte : voii^ n'as-

w pirez' tous qu'au démembrement de Tetnpîre

» français ! — Et pour couronner une telle en-

» treprise, l'Autriche croit qu'il lui suffit de se

» déclarer! Vous prétendez ici d'un trait de

» plume fkîre tomber devant vous les remparts

» de Dantzick; de Custrin , de Glogau , dé Mag-

» deboùrg, de Wesel , de Mayence , d'Anvers,

D d'Alexandrie , de Mantoue, de toutes les places

» lès plus fortes de l'Europe, dont je n'ai pu ob-

» tenir les clefs qu'à force <le victoires ! Et moi ,

» docile à votre politique , il me faudrait éva-

» cuer lïurope , dont j'occupe encore la moitié,

» ramener mes légions la crosse en l'air derrière

» le Rhin , les Alpes et les Pyrénées , et , souscri-

» vaut à un traité qui ne serait qu'une vaste ca-

» pitulation , me livrer comme un sot à mes

». ennemis, et m'en remettre pour un avenir

» douteux à la gén^osité de ceux-là même dont

» je suis aujourd'hui le vainqueur!... Et c'est

» quand mes drapeaux flottent encore aux bou<

4i MANUSCRIT

» ches de la Vistule et sur les rives de FOder L. » quand mon armée triomphante est aux portes, yy de Berlin et de Breslau, quand de ma per-, » sonne je suis ici à la tête de trois cent mille » hommes, que l'Autriche, sans coup férir, sans w même tirer l'épée , se fl^ede me faire souscrire » à dételles conditious!).... Sans tirer l'épée^ » cette prétention est un outrage * ! Et c est mou » beau-père qui accueille un tel projet ! c'est lui » qui vous envoie ! dans quelle attitude veut-il » donc me placer en présence du peuple fran- » çais ? Il s'abuse étrangement s'il croit qu'un « trône mutilé puisse être en France un refuge » pour sa fille et son petit fils ! .... Ah ! Metter- » nich , combien l'Angleterre vous a-t-elle donné

» pour me faire la guerre? »

A ces mots, qu'il n'est plus possible de rete-^ nir, M. de Metternich a changé de couleur; un profond silence succède, et l'on continue de. marcher à grands pas. Le chapeau de l'empereur est tombé à terre; on passe et repasse plu-^

' L'auteur du Manuscrit de Sainte-Hélène a bien rencontré cette fois , dans son ingénieuse fiction, lorsqu'il fait parler l'empereur en ces termes : <r Les conditions que l'Au- » triche me propose paraîtront supportables à bien des » gens qui, à ma place , s'en contenteraient. . . Je suis donc » )>ïetk déchu dans Topiaion, puisque, après trois victoires,

sieurs fois deyaat. Dans toute autre situation , M. de Mettemich se serait empressé de le relever ; . • . l'empereur le ramasse lui-même. • . .

De part et d'autre on est quelque temps à se remettre.

Napoléon, reprenant la œnversation avec plus de sang-froid, déclare qu'il ne désespère pas encore de la paix , si l'Autriche veut écouter enfin ses véritables intérêts. Il insiste pour qu'on réunisse le congrès ' , et demande formellement que, dans le cas où les hostilités recommenceraient , la négociation n'en soit nas pour cela interrompue, afin que cette porte du moins reste toujours ouverte à la réconciliation des peuples.. £n con-: gédiant M. de Mettemich , l'empereur a soin de

9 oa ose me demander d'abandonner des états <{iie l'on ne v.peat pas même menacer encore..'... Si je consentais à 1^ iecevOïV'Une telle paix, Teitipire déchoirait encore plus » vite qn'il ne -a* est élevé. On peut s'arrêter «quand on » monte, jamais quand on descend.... Au pis-aller, il me » reste à obtenir la gloire des revers ^ etc. »

* La France se flattait que ses plénipotentiaires , mis en présence de ceux de la Russie et de la Prusse , parviendraient à s'entendre , et , même sous la médiation de l'Autriche, échapperaient aux embarras que cette puissance apportait par ses prétentions particulières et ses insinuations. {Observations du duc de Bassano sur la déclaration de l'Autriche, )

Idî tîfré qiïè fâ cession 'de llltyrië rfie^ pas son

dferrfier niot. . \ . j •

Après ce grand débat , M. de Metternicb âcliève ses négociatïoias avec M. de Bassanô. il ne fait plus difficulté sur rien. Le congrès doit se réunir le ïrjuiilet au plus tard. La ville deï*rague est substituée au séjour de Gitchin que PÀùtriche avait proposé d'abord pour la réunion du congrès. M. de Metternich semble accorder que le médiateur ne sera pas arbitré, maïs concilia-' teur; il se charge de faire prolonger ranbistice jusquBu ïo août. . . . lEvfin il est facile sur toutek les fortnes: cest évidemment un homme qui a pris son parti !

Il quitte Dresde le îojuîn, après avoir* signé la convention suivante :

«S, M. l'empereur de& Fraaçai&, roi dlta« » lie, etc. , et S. M. l'empereur d'Autriche, etc., » animéâ d'un égal désir de parvenir au rétablis^ » sèment de la paix, et ayant à cet effet, sadité » majesté rempéreur d'Autriche , offert sa mé- » dlation pour la paix générale , et , à son défaut, » pour la paix continentale; et S. M. l'empereur » des Français ayant manifesté l'intention d'ac- ^ cepter ladite médiation , ont jugé à propos de j» constater ladite ofBre et ladite acceptation par » une convention ; en conséquence , leurs diïi tes majestés ont nommé pour leurs 'plénîpo<»*

DE MIL IftitT CENT TREIZE. i$

n tçntiaires, 6avoi9:,jvS^ M* Feippereur d^s^can^ » çais , M. Hugues-Bernard , coipte Mar^t , dixcde » Bassano, etc.: et S. M. l'empereur d'Autriche, » M. le comté clément Wènceslas deMetternichx> Winnebourg-Oeh§enhjau&én^' chevalier de la » Toison-d'Or.» etc- , son ministre des afïaires » étrangères , lesquels , après avoir échange leurs » pleins-pouvoirs respectifs, sont convenus des » articles suivans :

» Art. i^^. S. M.^l'empereur d'Autriche ofifre sa » médiation pour la paix générale ou continen- ,» taie.

» Art. a. S. M. l'empereur des Français accepte » ladite médiation,

» Art. 3. Les plénipotentiaires français , russes » et prussiens se réuniront, avant le 5 juillet, » dans la ville de Prague.

» Art. 4- V^ l'insuffisance du temps qui reste » à courir jusqu'au 20 juillet , terme fixé pour » l'expiration de l'armistice par la convention si- » gnée à Pleiswitz , le 4 jmû , S. M. l'empereur » des Français s'engage à ne pas dénoncer ledit » armistice avant le 10 août, et S. M. l'empereur » d'Autriche se réserve de faire agréer le même » engagement à la Russie et à la Prusse.

}) Art. 5. La présente convention ne sera pas » rendue publique.

» Elle sera ratifiée , et les ratifications en se-

y> ront échangées à Dresde dans ]e terme de <]ùa»

» tre jours.

» Fait et signé à Dresde , le 3o juin i8i3«

^ Signée le duc de £AsSAJ!ro.

» Signé le comte de Mettehw ich. »

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