Descripcion, p
prouvent l'intérêt que ce savant attachait à des récits
dont la traduction m'a coûté des peines infinies.
Je ne ferai que nommer l'histoire de Tlaxcalla, par Zapata, $ XVIIT, n° 4, du même catalogue; et le n° 3, $ XIX, qui est une copie, faite par Loaysa, de l'original d'où Torquemada a traduit plusieurs chapitres curieux, écrits aussi par le P. Picharda, en regard du texte mexicain, dans une copie de ce MS. laissée par lui. L’interprète royal, chargé du rapport sur la collection de Boturini, regardait au contraire ces deux cahiers comme traduits après coup du texte espagnol : c’est qu'il n’avait pas lu attentivement Torquemada.
Avant de parler des peintures mexicaines, nous devons citer de nouveau notre savant collègue M. Aubin, qui a traduit toutes ces pièces et une foule d’autres non moins remarquables, telles que les fragments de Christoval del Castillo, sur l’histoire et le calendrier des Aztèques. On sait que le système calendaire mexicain, exposé par Gama et admis en Europe, est en définitive celui de Castillo. Or, comme ce travail n’est pas à l’abri de toute objection, il est fâcheux que M. Aubin n'ait pu recucillir, de l’œuvre étendue de l’auteur mexicain, que ces fragments conservés par Pichardo.
La plupart des chroniques dont il vient üe parler ne consistent qu’en une série plus ou moins continue de dates avec l'indication sommaire des événements corres-
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pondants, Quelquefois des restes évidents d'anciennes traditions orales ou de chants historiques forment des digressions plus intéressantes, quoique généralement peu animées, [l n’y a guère à se méprendre sur l’origine de ces morceaux. Des passages entiers se trouvent répétés à la fois, presque mot pour mot, dans Chimalpaïn, Castillo, Tezozomoc, dans le MS. $ VIIT, ne 14, et dans plusieurs fragments d'auteurs contemporains. De nombreux abrégés, d'un laconisme désespérant, paraissent n'être que la transcription littérale des précis historiques en figures destinés à l'enfance ou à des gens dont l'instruction devait être très- limitée. D’autres, souvent reproduits aussi avec de légères variantes, semblent avoir été, ou les textes mêmes de ces peintures appris par cœur dans les écoles, ou des résumés techniques à la portée du jeune âge. Voici ce qu'Acosta dit à ce sujet : « Comme (les Indiens) « sont encore dans l’usage de réciter de mémoire les ha- « rangues et les discours des orateurs et rhéteurs anciens, « ainsi que beaucoup de chants composés par leurs poëtes, « qu'on ne pouvait acquérir par les hiéroglyphes et les « caractères 1; il faut savoir que les Mexicains avaient « grand soin de faire apprendre par cœur ces discours et « ces compositions; et, pour cela, ils avaient des écoles et « des espèces de colléges ou de séminaires où les vieillards
4. « Dans les écoles, » bien entendu. Le collége de vieillards « chargés « de composer, de mettre en bon style et d'écrire en figures les histoires « et les sermons que les grands prêtres prononçaient en p ‘lie, » prouve qu'il n'y avait pas impossibilité absolue. Voy. ToRQUEMADA, Monarquia indiana, lib, XIX, cap. vur,
10 MANUSCRIT PICTOGRAPIIQUE
« enseignaicnt à la jeunesse ces choses et beaucoup d'au- «tres conservées par la tradition, comme si elles eussent « été écrites, C'est surtout chez lesnations célèbres qu’on « les faisait apprendre mot à mot aux jeunes gens instruits « pour être rhéteurs et orateurs, Les Indiens eux-mêmes « en écrivirent beaucoup, quand les Espagnois vinrent et « leur apprirent à lire et à écrire notre iangue, comme « l'attestent les hommes graves qui les ont lues. Je fais « cette remarque, pourauit Acosta, parce qu'en voyant « dans l’histoire mexicaine de semblables raisonnements « développés et élégants, on les croit facilement inventés « par les Espagnols et non rapportés réellement des 1n- « diens, Mais la vérité connue, on doit accorder à leurs « histoires un juste crédit... 1»,
Nous sommes persuadé que la plupart des tlatolli où harangues récitées de mémoire, plutôt qu'improvisées, par les Indiens dans une foule de circonstances, sont des résle. de ces anciennes oraisons, Cette origine est suffisatiment indiquée par une extrême conformité avec la lañigue littérale, dont les patois modernes ne conservent généralement que le tiers des mots, et par la certitude où l'on esi que les scènes dialoguées, représentées dans les réunions d'apparat, sont formées de fragments d’antiques compositions indigènes, dramatiques ou oratoires, adaptés, depuis la conquête, à des sujets chrétiens, par les moines (et par Torquemada lui-même) ou par les inter-
1. AcosTA, Historia natural y moral, etc., lib. VI, Cap. vit.
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locuteurs, à la verve desquels les développements sont abandonnés !, 1! serait urgent de recteillir ces morceaux c'aloires, qui deviennent chaque jour plus inintelligibles et se perdent rapidement au milieu de commotions politiques incessantes.
Mais si cette classe d'ouvrages pèche par trop de concision, l'élégance de Gastillo, de Tezozomoc et d'autres auteurs est quelquefois redondante : la profusion des synonymes, flatteuse pour une orcille américaine, fatigue souvent le lecteur européen.
Ce même défaut est encore sensible dans un long morceau d'éloquence antique, conservé par le vénérable Andrès de Olmes à la fin de sa grammaire manuscrite, ayant appartenu à Las-Casas, à Torquemada, et aujourd'hui en la possession de M. Aubin. C’est un échantillon de ces admirables exhortations morales encore si attachantes dans les traductions décolorées de Sahagun, de Zurita, d'Ixtlilxochitl, de Torquemada et d’autres. Ce dernier auteur. après avoir inséré, d’après Olmos, de longs extraits de ces exhortations, et rappelé le soin extrême des Indiens pour les inculquer à leurs enfants, « comme parmi nous « chrétiens, dit-il, les oraisons et le plus indispensable de la « loi divine, » ajoute : « Jose affi::né que ni Olmos, qui « les a traduites, ni Bartholomé de Las-Casas. qui les
Chérita de lui, ni moi, qui les possède et qui ai tàché
« d'en approfondir le sens et les métaphores, n'avons pu