CONCLUSION
Nous n'irons pas plus loin actuellement dans rintei-prétation du Munuscrii Troano. Ces pages, nous aimons à l'espérer, suffiront pour donner de ce document une idée complète au lecteur. Elles serviront à vérifier ce que nous en avons dit précédemment dans la monographie et démontreront amplement le sens géologicpie de l'histoire qui s'y trouve écrite, simultanément avec celle des dieux. Chacun pourra donc, sans autre aide que l'étude, travailler à interpréter les diverses |)arties dont ce document se compose. Les principales difficultés ont été levées et la majeure partie des signes a reçu son apphcation : ceux qui pourraient se présenter encore s'expliqueront aisément, soit par les variantes reproduites dans le tableau ci-annexé, soit par l'ensemble des images et des symboles qui accompagnent les inscriptions phonétiques. Nous ajouterons, ainsi ([ue nous l'avons énoncé, en commençant cette monographie, que l'interprétation des hiéroglyphes du Manuscrit Troano ne donne pas seulement la clef des pages du Manuscrit de
EXPOSITION DU SYSTEMS (iHVPUlQUE MAYA. 197
Dresde, ainsi que du Manuscrit mexicain v" a, de la Bibliothèque impériale;; elle louniit aussi celle des inscriptions de l*alenqué et des uionolilhes de (lopan, etc. Nous avons toute raison d'espérer même qu'on pourra utiliser avantageusement cette connaissance pour interpréter la plupart des aulres manuscrits, dits mexicains, existants dans les bibliothèques de rEuro[)e et en grande partie conleiuis dans la collection de King'sl)orougli.
Avant de terminer, nous croyons devoir laire une deruière observation : elle concerne les noms des heux où se sont passés les événements dont il est question dans le document. A ne prendre que la traduction ([ue nous donnons au lecteur des premières pages du Manuscrit Troano, on pourrait être tenté de croii'e qu'il ne s'agit que d'une série monotone de commotions volcaniques, sans mention d'aucune localité en particulier. Pour ne pas embarrasser le lecteur par trop de choses à la fois, dans une matière si nouvelle, nous n'avons pas jugé opportun d'appeler là-dessus son attention : nous nous sommes borné à lui l'ournir un modèle de traduction purement et simplement, et pas autre chose. Mais les noms des localités sont indiqués de plus d'une manière, et il ne saurait en être autrement, bien qu'au premier abord cette mention ne soit guère apparente. Disons, pour commencer, qu'ils doivent se trouver relatés chaque fois que le signe de la localité ^ ou ^ apparaît; ajoutons que les effigies, présentées dans la partie imagée, c'est-à-dire dans les tableaux du document, ne sont très-probablement elles-mêmes que des symboles, tels c[ue ceux qui, chez nous, représentent encore le Rhône, la Saône, le Tibre, etc. Chaque figure indique donc la localité à laquelle se rapporte le texte qui l'accompagne, et le travail du lecteur consiste ici à les étudier et à les reconnaître, suivant leurs attributs, ainsi que le faisaient les populations du Yucalau. au temps de la conquête. Nous pouvons dire encore, en Uièse générale, qu'un homme est le symbole d'une terre avec une rivière ou une eau courante; un dieu, d'une montagne, d'un volcan, quelquefois d'un fleuve; une fenune, d'un bassin d'eau calme, d'une mer intérieure, d'un lac, d'une nappe d'eau contenue.
Dans la partie phonétique du document, les noms des localités se trouvent exprimés non-seulement parle signe @ ou ¿; mais, ainsi que nous l'avons reconnu si fréquemment dans le texte du Codex Chimali>opoca, ils se trouvent renfermés virtuellement dans les mêmes mots qui rendent compte du phénomène qui
s'y est passé : c'est ainsi, par exemple, que, dans le texte du titre (Cf. page iA5).
on lit :
@ ® iS ë 1
ah káan x — o — ca
Celui de la foire soulevée a souillé dans l'eau.
Eh bien! dans ces mots nous retrouvons, non-seulement le fait du phénomène, c'est-à-dire de la puissance volcanique, signifiée par le nom d'ah-kàmi, le maître, celui qui dispose de l'argile soulevée, mais encore le nom du lieu Xoca, où ce phénomène a ou lieu. Car Aoai (prononcez shoca) est encore aujourd'hui , d'après Alcedo et les autres géographes américains, le nom d'une rivière de la province de Mérida, dans la Nouvelle-Grenade, l'un des principaux théâtres des événements du cataclysme. Alcedo ajoute qu'elle est un des affluents de l'Apure et qu'elle prend sa source dans la vallée de Cuenta, nom qui se retrouve, ainsi que tous les autres noms en ciicu ou en coco, très-fréquents dans cette région, dans la ligne entière de co, co, co, etc., répétés également aux lignes 6 et 7, 1 1 et 12 du même titre du Mamiscrit Troaiio. De même encore, à la ligne deuxième des caractères eu noir, composée de
Ü© ë li® ë il© ë m ë ;.i© ë i© ë m a
nous découvrons que Mu, la déesse mère, la terre, amollie par les eaux qui la recouvrent, a gémi et sifflé, qu'elle a lancé de l'eau; mais, eu outre, elle a vomi des sécrétions de toute espèce et versé le ûnneux diluvium des bassins de l'Amazone et de rOrénoque. Non-seulemenI nous y découvrons ces choses, ces faits si intéressants, mais nous savons d'où ils sont partis, où était le grand l)assin qui les contenait : en effet, si le nom (VO.roinoco, de la Cybèle mexicaine, de la déesse mère, appelée encore Auduîco, Aonmiico, Xumaco, dans les tracUtions diverses du Mexique, s'y lit tout d'abord, on y trouve également celui de Xomoco, qu'on lit •axWqwv^ Xomocoit , identique avec celui de Somocon et de Somondocmt, noms de locahtés célèbres anciennement dans le Cundinamarca, et des divinités bienfaisantes auxquelles les Muyscas attribuaient leur civilisation. A ces noms joignons celui de Simiaco, montagne célèbre au royaume de Quito, avec celui de Mote, que
ie Codex Chimalpopoca désigne spécialement, ainsi (jue les précédents; achevons avec celui de Soma, qui se retrouve également dans un des lieux de la Nouvelle- Grenade, célèbre par les effets du cataclysme, et qui vit encore dans une rivière de l'État de Venezuela, prenant sa source aux montagnes d'Imataca. Tels sont les noms qui ont donné naissance à tant de légendes dans les deux mondes, et dont la mer de lait de la Sonia du Véda n'est pas une des moins intéressantes. Cette mer de lait c'était la mer d'alluvions que la terre mère laissa couler de ses mamelles sur les plaines de l'Amazone et de l'Orénoque, qui devinrent la source de la fécondité terrestre et nourrirent le genre humain renaissant.
Que de choses il nous reste à étudier et à apprendre dans les documents mexicains , si longtemps repoussés avec dédain par les philologues et les orientalistes. Mais, sans oublier cet Orient dont les livres sacrés contiennent la même science mystérieuse que ceux des Américains, ils ne pourront s'empêcher bientôt de diriger, à leur tour, les yeux vers l'Occident, vers ce pays des ancêtres, dont les langues ne tarderont pas à leur donner la clef de celles qu'ils ont étudiées si vainement jusqu'ici. En effet, sauf d'immenses travaux de philologie, auxquels nous sommes les premiers à rendre hommage, mais dont les résultats sont restés incertains à tant d'égards, quels avantages la science historique, la science de l'humanité a-t-elle retirés de l'étude des livres védiques et des autres sources sacrées de l'Orient? Aucun. De l'avis même d'un des princes de l'école, de l'aveu de Max Millier, la lutte des brouillards du matin et de l'aurore , des images fantastiques et trompeuses, voilà à quoi se réduit tout ce qu'on a étudié jusqu'à ce moment dans les livres orientaux. Quoi! la sagesse de l'antique Egypte, les mystères de la Perse et de l'Inde, gardés avec une si austère fidélité, n'auraient eu pour but que d'entretenir des illusions , que de tromper les peuples sur l'origine des dieux présentés à leurs adorations et de chanter, au fond des sanctuaires, ces mêmes dieux dans des hymnes énigmatiques ? Gela n'est pas croyable. Les livres védiques, de même que les prétendues oraisons du prétendu Rituel des Morts, ne sont pas des livres écrits par des imposteurs ou des insensés. Embellis quelquefois par une imagination poétique, ou ])liuôt interprétés ainsi par le double sens ([ue comportent les langues de l'antiquité, ces livres, nous en possédons aujourd'hui cent témoignages, ces livres, disons-nous, révéleront à ceux qui apprendront à les hre l'histoire
primitive de rhumaiiité en hitle avec la nature en convulsion : ils raconteront, comme les livres américains, l'histoire détaillée des cataclysmes dont nos ancêtres furent les (émoins et dont les phénomènes donnèrent naissance à la fois aux arts et à l'industrie, ainsi qu'aux fondements des théogonies antiques. Tous les poëmès anciens, sans en excepter ceux d'Homère et de Virgile, disent les mêmes choses. C'est aux professeurs de la sagesse moderne à y prendre garde, à en dévoiler le véritable sens. Écoutant la voix de la raison et de l'indépendance scientifiques, ils s'affranchiront des liens embarrassants d'un respect humain suranné, ils examineront les traditions obscurcies pai' le transcendantalisme et l'amphigouri mystique de l'école d'Alexandrie, dont nous continuons à porter le joug, et nous donneront généreusement la main pour nous aider à lever les voiles qui recouvrent encore les destinées de l'homme antéhistorique.