PREMIÈRE PARTIE
MANUSCRIT TROAI\0.
Le Manuscrit Troano, document de la classe des analtés. — Description des manuscrits dits mexicains, dans les œuvres de Pierre Martyr d'Anghiera. — Quels sont les documents de ce genre existants en Europe.
Le Manuscrit Troano es! un document original de la classe de ceu.\ auxquels, dans le dialecte du Peten, on donnai!, au rapport de Fuensalida, cité par Cogolludo '>, le nom (Vanqlté. L'historien Villagutierre ajoute ''^' cju'on appelait ainsi des livres faits de papier d'écorce d'arbre où se trouvaient écrites les histoires de cette contrée en figures et caractères. Cet auteur traduit ailleurs ce vocable, qu'il écrit aussi analteli, par ?t livre de bois,^! ce que je n'ai pas été à même de vérifier. Dans la langue maya, livre se dit himn : le vocable oib (djib) en indiquait la partie figurative, et nooh les caractères de l'écriture phonétique; c'est de ce mol
f Cogolludo, Historia de Yucathan, lib. IX, cap. xiv. de el Itza , reducción y progresos de (a de el Lacamkoii ;/ oinis
'^' Villagulierre, Historia de la conquista de la provincia naciones de Indios barbaros, ele. lib. \L cap. iv. etc.
■y ÉTl'DES SUn LE MANUSCRIT TUOANO.
(fiie semble élre dérivé le qaiclié viih, rc livre, w qui présenle tant traiial(){>ie avec ridée du livre dans nos langues germaniques. Les premiers documents de cette caléoorie (fue Ton vit en Europe y excitèrent nn profond étonnemenl : ils l'ureii! apportés en Espagne, avec les autres présents envoyés du Mexique par la colonie naissante de la Véra-Cruz, fondée par Cortés. Deux des compagnons d'armes de ce conquérant, Montejo et Porlo-Carrero, qui en avaieut été chargés, débarquèrent au commencement d'octobre 1019, au port de San-Lucar ; au mois de mars de l'année suivante, ils eurent l'honneur d'en faire honnnage à l'empereur Charles- Ouint, qui se Irouvait aloj-s à Tordesillas, où il était en visite auprès de sa mèvo. la reine .leanne la Folle.
Pierre Martyr d'Angliiera, dont il est inutile de faire ici féloge, parle avec un grand discernement des livres mexicains dans plusieurs d<^ ses ouvrages : il les avait vus et touchés à la cour de l'empereur, où il brillait par son savoir. Dans une lettre adressée au pape Léon \, il en fait une longue description, qu'il répéta depuis, avec quelques l(''gères variantes, dans sa quali'ième Décade''', d'où je crois devoir la transcrire intégralement :
': Ad numera ergo régi allata, dit-il, deveniannis et à libris ordiamur.
•^Diximus libros habere gentes has : libros attulerunt una cum cîieteris muneri- '•bus hi Colhuacanœ t-' novi coloni, procuratores, nuncii, multos '*'. Scriptilulia -fsunt eorum folia e\ anteriore arborum tenui cortice, sub libro superiore créalo. "Piarum ainnt esse : idi videmus non in saliceo aut ulmeo, sed uti cerneré l'as -est in palmularum esui aplarum, tela dura folia exteriora intersecante : veluli «retia foraminibus et maculis angustis contexla, bitumine tenaci retiacula compin- -fgunt. Ad aptatam hinc formam moUefacta convertunt, et extendunt ad libitum, rdureque facta liniunt gypso. Putandum estautem, eos aliqua gypso consanguifuiea materia tabellas vidisse. Credendum est, gypso in farinam cribrato super- "hdtas, in (piil)us (piicquid venit in mentem scribi potest, deliinc spongia vel
'■' Pétri Mart. De iimdk luiper iiweiUis, lib. apiul lili. iiinii générique d'une partie du Mexique dOù les rois i\f
De rébus oceanicis, etc. Colonise, 1674, pag. 35/i. Toule Mexico prenaient leur titre principal,
celte citation a été collationnée avec le plus grand soin ''' Mrtltos, un grand nombre ! Où sont aiijoiudliui tous
sur l'original auquel elle se conforme absolument, malgré ces livres? en Espagne, apparemment; car il y en a \wu
la difficulté qu'en offre une première lecture. Cf. encore dans les bibliotlièques de l'Europe; et les Espagnols, qui
l'édition d'Hackluyt. Paris, iSSy. no sont pas destructeurs de ces monuments chez eux.
'^' Collimcaiia , c'est-à-dire de Colliuacun ou Colima. doivent les avoir conservés, mais dans quel oubli !
EXPOSITION DU SYSTEME iinAPHIQUE MAYA. 3
'cpanimlo dek'i'i, ut domio reiteretur. E\ licuuiii labellis fiunt libolli, quos f nuignaruni donjoriini dispcnsalores per fora sociini feriml, slyloque iiiclaHico f'iiierces eniptas coaplaul , dclendas quaudo jaiu in coinpulalorios códices Ira- Tduxeriul. Non i'olialini lihros concinnaiil, sed in longuni dislendunt, ad pltires f cubitos : materias in quadratas reducuut parles, non solutas, sed lenaci bi- ^'luniine llexibib adeo conjunctas, ut ligneis conqiactw labellis, arguli librarii ffvideantur nianus subiisse. Quacunque pateat liber apei-tus, duœ sese faciès ff inscripta? olïerunt, duœ paginée apparent, lolideni sub illis latent, nisi prof'tentlalur in longuni. Sul) inio namque folio nndla conjuncla folia consislunl. crSunt characleres à noslris valdè dissimiles, laxillis, baniis, Uupieis, limis, stelfflisqneac formis ejusniodi, lineatim exarati nostro more, Aegyptias ferè forjnas f icmulantur. Interlineatiin bomiinim, animaliuuique species, regumque prœciff puè ac procerum depingunt : quarè credenduni est, gesta esí>e ibi majonnn crcujusque régis conscripta, quemadmodùm nostra fit lempestate. Videmus sa^pcf' numero eos generalibus bistoriis, fabulosis cliam ctxlicibus, ipsiusrei, quœ uar- ^fratur, ad alliciendos emere cupientium ánimos, autborum figuras interserere. « Arte qnoque grata superiores tabulas compingunt : nil diiTerre à nostris clausi ff videntur '''. Legum ([uoquc et sacriliciorum , cœremoniarumque ritus, aslrono- "micasque annotaliones et computationes quasdam, seminandique rationes el cf témpora, libris commendant. Annum al) occasu bellaco \ergiliarum incipiuul. «•et mensibus claudunt lunaribus.w
Ces lignes si concises, mais si remplies de fails intéressants, en disent à elles seules sur la /ibraine mexicaine plus que je ne saurais le faire en vingt pages. Le savant conseiller de renqierenr Cbarles-Quint ne raconte pas seulement par ouïdire : il parle des mannsci'ils nombreux, inultos, qu'il a vus de ses yeux et toucliés de ses mains; il en donne la description matérielle, qui correspond si parfaitemeni avec celle du document publié aujourd'bui sous les auspices du Gouvernement français. Il dit quels étaient les stylets de métal à Taide desquels les Américains écrivaient sur ces feuilles gommées et préparées à Tinstar de nos cartes de visite. Livres de politicpie ou d'iiistoire, livres d'art et de science, traités religieux el
'' C est l'apparence qu'avait extéi'ieurement le Manuscrit Troniio.
riluels, codirilles à l'usage des astronomes, des médecins ou des cullivaleurs, ï'ien n'y manquait, pas même les livres faits pour amuser le public, que les auteurs illustraient d'images où, par contraste avec les œuvres purement riliiéliques, un art supérieur se découvrait dans des tableaux qui n'avaient rien à envier à ceux de l'Europe. Ces détails suffisent pour donner la mesure de ce qui existait encore dans l'Amérique en décadence à l'époque de la conquête espagnole. On se souvient, d'ailleurs, de la lettre où Cortés, écrivant de Mexico à son souverain, décrit les archives et les bibliothèques de ces contrées, en particulier celle de Montézuma, dont ce malheureux prince se plaisait à étaler les trésors aux yeux du conquérant.
Culua, ColJnta ou (j)lhuacan, d'où provenaient, selon Pierre Vlartyi-, les livres eu question, n'était pas seulement un des noms du Mexique, c'était encore le plus commun sous lequel étaient connues les côtes voisines de la Véra-Cruz. Ce nom avait une origine qui se perdait dans la nuit des teuqis. C'est à la courbe majestueuse du groupe des petites Antilles, si souvent comparé dans les légendes mexicaines à la mâchoire béante du monstre marin Cipactli, hérissée de dents aiguës, qu'avait été attribué, dans les siècles passés, ce nom de Colhuacati, comme au premier et plus antique berceau de la civilisation américaine. Colhuman, en effet, veut dire «région courber ou 'f formant la courbe comme le serpent, ^^ cl c'est à cette forme que se rapporte le signe sacré de la lettre c ou N de l'alphabel maya. Le nom de Colhuacan s'était étendu depuis à plusieurs provinces du goll'e, situées dans les grandes Antilles, ou à la côte, et les migrations l'avaient porté successivement jusqu'aux confins les plus reculés du Mexique. Rien ne prouve donc que les livres mentionnés par Pierre Martyr aient été apportés connue nne provenance directe des États soumis à Montézuma.
On pouvait en avoir recueilli dans les temples de Tabasco, de Potonchan on d'Acuzamil(Cozumel), comme des provinces mexicaines : mais la description qu'en donne Pierre Martyr semble correspondre plus directement aux anaJtés de la péninsule yucatèque qu'aux livres venus depuis du Mexique proprement dit. Jusqu'à présent, les seuls documents de cette catégorie que l'on connaisse en Europe sont, outre le Manuscrit Troano, le Manuscrit mexicain n" a , de la Bibliothèque impériale, photographié en 186A, par ordre de M. le Ministre de l'instruction
publique, et le Codex mexicain de Dresde, appartenaul à la l)ibliothè{pie royale (le celte ville. L'exposition de quelques-unes des épreuves dn Maniiscrit Troano. an Chanip-de-Mars, en 1867, a ouvert les yeux aux Espagnols sur la xalciir des I résors oubliés, depuis la conquête, dans la poussière de leurs bibliothèques : nii quatrième document de ce genre s'est produit el des photographies en ont (Hé envoyées à Paris. Depuis lors, j'ai appris que, sur la nouvelle de la re|)ro(lu(ii<.ii du premier, plusieurs autres venaient d'apparaître à la lumière : il y a doue tout lieu d'espérer que la publication de ce monument antique de l'épigraphic américaine contribuera à tirer de l'obscurité la plupart de i'(^n\ (\i\\ ¡¡isenl encore enfouis dans les cabinets privés ou publics d'Espagne.
(> (]ue Pierre Martyr dit des livres mexicains dans sa Décade au pape Adrien M. — i^a scienre américaine étouffée par la politique espagnole. — Résultats de cette politir|U('.
Après avoir doimé une description si détaillée et si exacte des livres de Colhuacan dans sa lettre au pape Léon X, ainsi que dans sa quatrième Décade, Pic-rre Martyr revient sur la même matière dans le dixième chapitre de sa cinquième Décade, adressée au pape Adrien VI, ex-précepteur de Charles-Quint. Par la position eminente qu'il occupait ;i la cour de ce prince, cet homme supérieur ("lail plus ({ue personne à même de voir les hommes et de juger des choses de TAniíH-ique. Les informations qu'il recevait étaient aussi nombreuses que variées, et l'on sait avec quel soin il cherchait à se tenir constamment au courant des merveilles des îles et des terres océaniennes. On ne saurait donc s'étonner de la diversité qui se remarque parfois dans ses récils. Le lecteur a pu apprécier, par le long extrait de sa quatrième Décade, quelles avaient été ses impressions à la \ue des premiers hvres apportés en présent à l'empereur. J'ai dit qu'il revenait siu' le même sujet dans sa cinquième Décade, mais c'est avec une hésitation qui contraste avec la franchise délibérée qui règne dans la précédente. Ribera, auquel il se réfère pour les nouvelles notions qu'il avait acquises, avait cherché à lui inspirer des doutes sur la valeur des manuscrits rapportés du Mexique et à
G ÉTUDES SLR LE MANLSCHIT TROANO.
lui persuader que ces livres ira\;iienl daulre utilité (¡ue (lofCrir des [¡atrous de dessins à l'usage des potiers, des peintres, des broclieurs d'étofles au des Ijijoutiers. N'ayant pas sous la main l'original lalin de celle Décade, je traduirai ce passage de Tancienne version anglaise d'ilackkiyt, insérée dans kiugsborougli '''.
crj'ai déjà dit auparavant (pi'ils ont des livres, et ils en ont a[tport('' beaurrcoup : mais Ribera prétend ([u'ils ne sont pas laits pour Tusage tic la leclui'c. fet c{ue ces caractères ornés et embellis d'images et de contours divers sont des ■'exemples et des patrons de clioses cpie les artistes imitent à leur convenance, ••en laconuanl les bijoux, étoiles et vêtements, afin de les end)ellir, précisément "cumnic je vois partout les tailleurs en Espagne et ceux qui avec des aiguilles '• fines l'ont des ouvrages de soie au crochet, des roses et des fleurs dans les "toiles fines et une Ibule de choses pour flatter les yeux de ceux qui les cousi- "dèrenl; tels sont les ouvrap^es poiu" les formes et les dessins dont ils ont en •parlicidier des modèles en toile fine, et à l'aide desquels ils instruisent les jeunes •'filles et demoiselles. Ce que je penserais de cette diflerence, je n'en sais trop "lien; je suppose cependant que ce sont des li\res et que ces caractèn's et ces rr images signifient quelque autre chose, d'autant [)liis ([ue jeu ai vu d'analogues f'à Pionie, sui' les obélisques et les piliers, et qu'on les tenait pour des lettres: f d'autant plus que nous lisons que les Chaldéens avaient coutume d'écrire de la •' même manière. •'■'
On If voit, Pierre Martyr paraît douter ici des renseignements qu'il avait reçus : mais il est évident que ce Ribera, de qui il les tenait, n'avait rien de commun a\ec ceux qui lui avaient fonini les notions antérieures. D'après la remarque qu'en lait ailleurs l'auteui' des Décades, Ribera était un ami intime et im compagnon d'armes de Cortés, qui l'avait gardé deux ans auprès de lui chms la Nouvelle-Espagne; il s'y était même instruit de la langue náhuatl. Mais il n'y aurait rien d'impossible à ce que les inchgènes, elTrayés de la domination qui connnençail à peser si durement sur eux, lui eussent donné, à l'égard de leurs livres, des iniormaiidns destinées à le tr(iuq)er, afin d'épargner le peu qui avait échappé à
'^ kiiigsburougirs Mciiciiii {nlitpiiùcs . etc. vol. \1. |). -UiH. dans les noies.
EXPOSITION DU SYSTÈME GiniMIIQUE MAYA. 7
la destriiclioii. 11 est parfaitement connu, encore, (iaprès les documents qui nous en ont été conservés, que les Mexicains, ainsi que les autres nations civilisées (|ui les entouraient, indépendauunent des livres d'histoire et de religion dont il est question plus haut, possédaient d'autres livres servant à l'enseignement des aris et métiers; c'est à quoi môme le paragraphe de la Décade citée plus haut en latin lait certainement allusion. Il en reste, d'ailleurs, un témoignage formel dans la collection mexicaine, dite de Meudoça, reproduite en tête de tous les autres documents réunis par les soins de kingsborough. Mais lorscpie Pierre Martyr compare ensuite, dans sa Décade à Adrien VI, les caractères des livres qu'il avait sons les yeux à ceux des obéliscpuis de Ilome, il paraît bien probable qu'il avait devant bii des inscriptions analogues à celles du Manuscrit Troano. Ribera pouvait, malgré cela, avoir encore raison; car les mêmes inuiges auxquelles ces caractères servaient d'inscriptions se reproduisaient siu- la bijouterie comme sur les étoiles dont elles étaient les ornements symboliques.
Lord Kingsborough, commentant le dernier passage cité avec l'opinion de Hibera, semble attribuer, du reste, son langage à des motifs purement politiques " . Ce qui est hors de doute, suivant tous les témoignages des écrivains de cette époque, c'est que des ordres sévères avaient été donnés, fort peu de temps après la conquête du Mexicpie, aux évêques et aux chefs des divers ordres religieux de la Nouvelle-Espagne, de livrer aux flammes les manuscrits ou livres des indigènes, a (pielque catégorie (prils pussent appartenir. On ne sait que trop avec quelle d.'plorable rigueur ces ordres furent mis à exécution; car c'est à peine si (piekpies années après on trouvait encore quelques rares exemplaires de ces documents dans la possession des vaincus. Prêtres et nobles dérobèrent ce qu'ils purent à la criiell'' politique de la cour d'Espagne, mais que de trésors furent anéantis!
La politique, il faut le tbre, contribua encore plus à la destruction de la science auticpic des Mexicains que le fanatisme religieux. Les moines, les franciscains surtout, mis au courant de la valeur historique de leurs livres par les indigènes, (pi'ils protégèrent si souvent contre la violence et la rapacité de leurs nouveaux maîtres, hirent les premiers à prendre ces monuments sous leur protection, et c est
i'i kingsljüi'ough's Mexiaiii Antiquitics, etc. vul. VI, p. ol)8, dans les miU-s.
8 ÉTLDES S[in LE MANUSCRIT TROANO.
au zèle éclairé de Testera , IVère d'un cliambelian de François V el provincial de l'ordre de Saint-François au Mexic{ue, c[ue la science doit les premiers efforts qu'on fil pour leur conservation. Le gouvernement espagnol ne peut certainement pas être accusé de cruauté à l'égard des populations vaincues; il n'épargna rien, au contraire, pour adoucir leur sort el les mettre à l'abri des injustices des conquérants. Mais, d'un autre côté, il mit tout en œuvre pour éteindre la civilisation indigène el réduire ces mêmes populations à la plus barbare ignorance. Le conseil des Indes ne se borna pas à la destruction des monuments de toute classe : dans la crainte que des autres Etats espagnols de l'Europe, quelque esprit éclairé ne vini leur tendre une main secourable et rallumer chez eux le flambeau prêt à s'éteindre, il alla jusqu'à interdire par des lois spéciales l'Amérique entière aux avocats, aux chirurgiens, aux hommes de lettres, sans compter les Maures, les Juifs ou les suspects d'hérésie, eux el lenrs descendants, jusqu'à la troisième génération. Aucun étranger, (piel (pie lui son rang, ne pouvait passer aux colonies sans une licence obiciuie à Sévillc. Ces prohil)itions, comme on le voit, ne frappaient pas moins les sujets de la monarchie que ceux des autres Étals. Il serait inutile d'insister ici sur les raisons qui les dictèrent. Les motifs religieux cpie les historiens espagnols allègueul d'ordinaire en leur ftiveur ne furent bien souvent que des prétextes pour excuser la politique impitoyable du gouvernement. On ne connaît que trop, d'ailleurs, l'interdiction qui frappait les évêques, ainsi que les chefs d'ordres religieux, surtout en Amérique, dans leurs communications avec la cour romaine. Nul ne pouvait écrire au pape ou recevoir des lettrés ou autres papiers de Rome , sans qu'au préalable ils n'eussent passé par les bureaux du gouvernement. Tant de précautions néanmoins sont restées inutiles. Aujourd'hui les avocats, à qui l'Amérique était interdite, commandent dans la plupart des anciennes colonies espagnoles, et les indigènes, à qui l'on a enlevé leur ancienne civilisation, sans aucun doute sont devenus plus ignorants, mais aussi plus idolâtres qu'ils ne relaient à l'époque de la conquête.
Itl
Les livres iiioxicaiiis d'après Las Casas. — Histoire cl rlir()uoi(i¡;ie. — Description des livres du Yucatán,
selon Landa.
Le nom le plus célèbre qui se présente après relui de Pierre Marljr, pour la nionograpliie des livres mexicains, est ie nom de Las Casas. S'il sacrifia, comme Zumarraga à Mexico, comme Landa au Yucatán, à la politique inexorable de son pays, il n'en rendit pas moins une justice entière au mérite des livres américains. rdl faut savoir, dit-il dans son Histoire encore inédite''), que dans toutes les 'f républiques de ces contrées, dans les royaumes de la Nouvelle -Espagne, el "ailleurs, entre autres professions, étaient les fonctions de chroniqueurs el f' d'historiens. Ceux qui exerçaient cette charge avaient la connaissance des ori- 'fgines et de toutes les choses touchant à la religion, aux dieux et à leur culte, '? comme aussi aux fondateurs des villes et des cités. Ils savaient comment avaieni rf commencé les rois et les seigneurs, ainsi que leurs royaumes, leurs modes r' d'élection et de succt^ssion; le nombre et la cjualité des princes qui avaient -vécu; leurs travaux; leurs actions et faits mémorables, bons et mauvais; s'ils "•avaient gouverné bien ou mal; quels étaient les hommes vertueux ou les héros rîcpii avaient existé; quelles guerres ils avaient eu à soutenir et comment ils s'y " étaient signalés ; quelles avaient été leurs coutumes anli(pies et les premières "populalions; les changements heureux et les désastres cpi'ils avaient subis; enlin 'dout ce qui apparlieni à l'histoire, en sorte qu'il y eût relation et mémoh'e des «•f choses passées.
T Ces chroniqueurs tenaient le comput des jours, des mois et des années. Quoi- " qu'ils n'eussent point une écriture comme nous, ils avaient, toutefois, leurs ^'figures et caractères, à l'aide desquels ils entendaient tout ce qu'ils voulaient, el «•fde cette manière ils avaient leurs grands livres, composés avec un artifice si ffingénieux et si habile, que nous pourrions dire que nos lettres ne leur furent pas "d'une bien grande utilité.
''' Hislorin ii¡ii)ki¡jelkn de las Indias Occidenlales , Ms. inédit de la bibl. nnlionalc de Madrid, cap. ccxxxv.
10 ÉTUDES SLR LE MANUSCRIT TROANO.
ffNos religieux ont vu de ces livres et moi-même j'en ai vu également de mon (toôlé, bien qu'il y en ait eu de brûlés, sur l'avis des moines, dans la crainte qu'en 't((> qui touchait à la religion ces livres ne vinssent à leur être nuisibles. Il arrive vait parfois que quelques-uns d'entre ces Indiens, oubliant certaines paroles ou ff particularités de la doctrine chrétienne qu'on leur enseignait, et n'étant pas en ftétat de lire notre écriture, se mettaient à écrire en entier ces paroles avec leui's rf propres figures et caractères, d'une manière fort ingénieuse, mettant la ligure "qui correspondait chez eux à la parole et au son de notre vocable : ainsi, pour ^f dire amen, ils peignaient quelque chose comme de l'eau [a, racine iXatl), puis un f' maguey [me, racine de mi?//, aloès) ; ce qui, dans leur langue (mexicaine), corff respond à amen, parce qu'ils disent amell, et ainsi du reste. Quant à moi, j'ai vu 'fune grande partie de la doctrine chrétienne ainsi écrite en ligures et en images, ff qu'ils hsaient comme je lis nos caractères dans une lettre, et c'est là une pro- "duction peu commune de leur génie.
ff II ne manquait jamais de ces chroniqueurs; car, outre que c'était une proi'esff sion qui passait de père en lils, et fort considérée dans toute la république, touff jours il arrivait que celui qui en était chargé instruisait'deux ou trois frères ou f parents delà même famille en tout ce qui concernait ces histoires; il les y exerffcait continuellement durant sa vie, et c'était à lui qu'ils avaient recours lorsqu'il ffy avait du doute sur quelque point de l'histoire. Mais ce n'était pas seulement ffces nouveaux chroniqueurs qui lui demandaient conseil, c'étaient les rois, les ff princes, les prêtres eux-mêmes. Dans tous les doutes qui pouvaient leur surff venir relativement aux cérémonies et aux préceptes de la religion, aux fêles ffdes dieux, en tout ce qui avait rapport aux règnes antérieurs, en matièi'es "profanes, du moment qu'elles étaient de quelque importance, c'étaient ces ff chroniqueurs que l'on s'enq^ressait de consulter, chacun selon ' ce qu'il avait à 'fleur demander. •>•<
L'évêque Lauda, qui livra aux flammes la plupart des documents historiques du Yucatán, porte à leur égard un témoignage qui ne saurait être suspect: ff Les fffds ou les parents les plus proches, dit-il i'\ succédaient au grand prêtre dans
Ilrlnlion îles clioscs ilc ïiictitaii . tle Dic;;o i\o. Lamia. Irailnctinii t-t le\(p (iiijjiiial . piibliw pai' Brasseur de üourboiug, p. /i3 et /i5.
ftsa dignité : en lui ëlail la ciel' de toutes leurs sciences, et c'était à quoi ils s'ap- 'fpliquaient le plus; car c'étaient les prêtres cpii donnaient des conseils aux seiwgneurs et des réponses à leurs questions. Quant aux choses qui avaient l'apport 'f aux sacrifices , ils en traitaient rarement en dehors des fêtes principales ou des rr assemblées réunies pour les aiTaires importantes. C'était le grand prêtre qui nom- -'inait les prêtres, quand ils venaient à manquer dans les communes, les examiff nant auparavant dans les sciences et les cérémonies : il leur recommandait les rt choses de leur ofliceet le bon exemple envers le peuple, les pourvoyait des livres r^à leur usage, après tpioi il les envoyait; ceux-ci, à leur tour, s'employaient au ff service des temples, à enseigner leurs diverses sciences, comme à écrire les fthvres qui les contenaient. Ils instruisaient les fils des autres prêtres et les fils "Cadets des princes, qu'on leur amenait, à cet eflét, dans leur enlance, si Ton « remarquait qu'ils fussent enclins à cet oiTice.
ffLes sciences (ju'ils enseignaient étaient la coni|)ulalion des années, mois et «jours, les fêtes et les cérémonies, radministratiou de leurs sacrements, les jours «et époques fatales, fart de la divination et les prophéties, les événements à «venir, les remèdes pour les maladies, ainsi que leurs antiquités, avec l'art de « lire et d'écrire selon les lettres et les caractères à l'aide desquels ils écrivaient , «comme aussi avec des figures qui signifiaient les écritures. ^i
Dans les dernières lignes de ce paragraphe, qui ne sont pas d\me bien grande clarté, Lauda, ce semble, donne à entendre la ditîérence qu'il y avait entre les caractères purement plionétiques de fécriture maya et les images qui les accompagnaient d'ordinaire, ainsi c[uon le voit dans le document ci-joint. J'aurai plus loin l'occasion de m'étendre plus longuement sur cette question intéressante. Pailant ensuite de la forme et de la matière dont les livres étaient composés, Landa s'accorde entièrement avec la description que j'en ai donnée plus haut , d'après la Décade de Pierre Martyr d'Anghiera.
«Leurs livres, continu e-t-il , étaient écrits sur une grande feuille, doublée en «plis, qu'on enfermait ensuite entre deux planches qui étaient ornées avec soin : "ils écrivaient de fini et de fautre côté, en colonnes, suivant l'arrangement des «plis; quant au papier, ils le faisaient des racines tfun arbre et lui donnaient un çç vernis blanc sur lecpiel on écrivait très-bien. Il y avait de ces sciences que cul-
«livaient par goùl des seigneurs de haut rang; ce qui ajoulaii à leur considération,
rrquoiquils n'en usassent pas publi([uement. 57
A ces pai'oles Lauda ajoute encore une cin-onstance fort remarquable, ayant les livres pour objet : cr Durant le mois Un, dit-il, les prêtres, médecins et sorciers, •t ce qui était tout un , conunençaient à se préparer, par des jeûues et autres actes raie piété, à la célébration d'une autre fête que les chasseurs et les pêcheurs sof' lennisaient au septième jour du mois Zip: chacun d'eux la célébrait en son jour, rrde son côté, les prêtres les premiers. On donnait à cette fête le nom de Pocam. rS'étant rassemblés, revêtus de leurs ornements, dans la maison du prince, ils tt chassaient d'abord le mauvais esprit, connue à l'ordinaire; ils découvraient encr suite leurs livres et les exposaient sur un tapis de verdure qu'ils avaient préparé rfà cet eiTet. Ils invoquaient ensuite dévotement Kinchau-Izamna, qui avait, "disaient-ils, été le premier prêtre : ils lui offraient chvers présents et lui brùfflaient au feu nouveau des boulettes d'encens. Pendant ce temps-là, d'autres dér lavaient dans un vase un peu de vert-de-gris avec de l'eau vierge qu'ils disaient rf avoir apportée des bois où jamais femme n'avait pénétré : ils en humectaient les T planches des livres, afin de les nettoyer; cela fait, le plus savant des prêtres ourfvrait un livre où il examinait les pronostics de cette année, qu'il déclarait à tons ffceux qui étaient présents'''."
Plusieurs observations importantes résultent d<! ces paroles de Lauda. (îesl d'abord «c iavag(^ des livres au vert-de-gris, au mois Uo, dont le nom est en connexion intime avec les livres eux-mêmes : uo, en effet, signifie une grenouille , un p(Mit crapaud, tout en faisant allusion au têtard et en même temps au pépin renfenué dans son fruit. Uo est le signe figuratif de l'écriture phonétique, dont chaque vocable ressendile, dans son cadre rond ou carré, au pépin dans un fruit . à l'embryon dans le sein qui l'a conçu. De là le nom de Uooh, donné, en maya, au caractère même de l'écriture, et qui a en même temps le sens d'écriture phonétique. La se(;onde observation concerne le lavage même au verl-de-gris : cette substance, qu'on sait être un composé d'oxyde de cuivre et d'acide acéti(pie, était évidennnent employée pour conserver les livres eu question, et la céré-
•'' Relalioii (les choses (k Yucatán, p. -icSi.
EXPOSITION DU SYSTÈME GRAPHIQIjE MAYA. i:\
munie religieuse n'était qu'un moyen et un prétexte pour obliger les prêtres, piir la conscience, à s'acquitter de ce soin chaque année. L'eau vierge qu'on y mélail. selon l'auteur, cette eau vierge venant des bois oii jamais femme ne pénétrait. n'indic|uait-elle pas elle-même l'acide ou le vinaigre extrait de quelque plante ligneuse? C'est sans doute à ce procédé qu'il faut attribuer la belle conservation de la plupart des documents originaux du \b:'xique, mais en particulier du Yucatán, où il était d'usage, d'ailleurs, de déposer dans l'urne funéraire des princes et des prêtres les livres qui leur avaient servi de leur vivant '''.
(îogoUudo, qui écrivit environ cent cinquante ans après Lauda'-', lien! à [x'ii [)rès le même langage que ses prédécesseurs au sujet des livres mayas et confirme toutes leurs paroles : wAu temps de leur infidélité, dit-il, les Indiens du 'f Yucatán avaient des livres d'écorces d'arbres, revêtus d'un vernis blanc et inalfdérable, de dix à douze vares de long, que l'on fermait en les pliaid, et de la "largeur d'un palme. Ils y peignaient avec des couleurs la computalion de leurs " années, les guerres, inondations, ouragans, famines et autres événements. D'après ff un de ces livres que le docteur Aguilar enleva à quelques idolâtres, il apprit qu'ils 'f donnaient le nom de Mai/acimil à une ancienne peste, à une autre celui d'Ociia- '•Kuchil, ce qui signifie morts subites et temps aux([uels les corbeaux entraient 'fdans les n)aisons pour dévorer les cadavres. Quant à l'inondalion on ouragan. -ils l'appelaient Ilun-ïecil, submersion des forêts.
ff Ils comptaient les aimées de trois cent soixanle-cinq jours, correspondanl aii\
-nôtres Par cette computation, ils savaient en quels temps ils devaient
••défricher les bois et mettre le feu aux broussailles, attendre les pluies, semer "lein-s champs de maïs et d'aulres légumes, ayant pour lonl cela leurs adages.-
' Reintiou des choses de Yucatán. \i. 19(1. — - llisl. de Yiicalhaii . lib. IV, cap. \.
i/, ÉTUDES SUR LE MANUSCRIT TROANO.
Notions foncernanl les docuinenls analogues au .Manuscrit Troano. — Observation relative à la chronologie mexicaine. — Les lettres [jarmi les indigènes du Darien. — Livres trouvés chez les Panos de l'ücayale.
La lecture des témoignages divers réunis sous les paragraphes précédents suffit déjà pour faire comprendre qu'en lail de livres et d'écrits, l'état social des populations du Mexique et de l'Amérique centrale n'était guère inférieur à celui des iialions civilisées de l'ancien monde avant la découverte de l'imprimerie. 11 serait donc parfaitement injuste de chercher à asseoir un jugement à leur égard sur le petit nomhre de livres qui nous sont restés, après la destruction opérée par la politi([ue espagnole. La plupart de ces documents, copiés par les soins de lord Kingsborough et publiés à ses frais, forment encore aujourd'hui le plus beau monument de l'épigraphie américaine existant en Europe. Entre les plus importants sont ceux qui sont classés généralement sous le titre de ntuek et dont les plus remarquables sont le Manuscrit du Vatican, différent de celui qui hit annoté par le dominicain Iiios; le Manuscrit mexicain de l'université d'OxfortI, calalojfué Laud B. 65 (nunc 678), celui de M. Fegérvari/ en Hongrie, celui de Ylnstitut de Bologne, enfin le* Codex mexicain de Dresde et le Manuscrit Borgia de la Propagande à Rome. Tous sont originaux et, malgré leur dissemblance, paraissejil être des variantes de la même histoire mystérieuse, celle du grand cataclysme préhistori([u<' dont j'ai traité dans mes Quatre lettres sur le Mexicjue. Ces divers docunnnits sont pr(»l)ablem(Mit de provenances diverses, bien que le plus grand nombi'f de ceux qu'on connaît soient catalogués sous le titre de mexicains. Tous aideront néanmoins à s'interpréter les uns par les autres, lorsqu'une fois les études se seront portées sérieusement de ce côté. La Copie Vaticane et le Manuscrit Letellier delà Bil)liothèque impériale, bien que n'étant pas originaux, seront alors d'une giaiidc uliliU', à cause des explications dont ils sont surchargés. Quant aux abré<)(''s chronologiques, écrits postérieurement à la concpiête, on ne saurait s'en servir avec trop de pn'cauliou pour ce (pii concerne les événements antérieurs : car j'ai tout lieu de croire que chacun (les signes annuels, en bien des circón-
stances, au lieu d'être simplement le caractère d'une seule année, comprend un tiapilli entier, c'esl-à-dire une indiction de treize ans. C'est sur les mêmes notions (fue je me fonde pour dire que les règnes des rois de Tezcuco et de Mexico, antérieurs à ceux de Aezahual-Coyotl et d'Itzcoatl, sont fort probablement des dynasties, dont les années, pour être computées correctement, devraient être évaluées en indictions. Il y a de ce côté des reclierclies d'un intérêt considérable à faire pour l'histoire, mais c{ui n'entrent pas dans le cadre de la matière actuelle.
En parlant de la provenance différente des documents dits mexicains (jiie l'on connaît en Europe, je crois utile de faire remarquer que ce n'est pas seulement le Mexique et l'Amérique centrale qui ont pu fournir des livres de ce genre, au commencement de la conquête, mais l'Amérique à peu près entière. On Siiil que le Manuscrit mexicain de la bibliothèque impériale de Vienne porte en noie le litre de Codex Indiœ meridionalis : ceci toutefois est loin d'être un témoijvuiigv concluant; car il a tous les caractères d'un document mexicain. Les ailleurs affirment que chez les Caramaris, dans les régions voisines du Darien, on trouvail les traces d'une culture en décadence, comme parmi les Caribes d'üraba, d Pierre Martyr d'Anghiera raconte la surprise naïve d'un Indien qui, voyant des livres éntreles mains des Espagnols, Vétonnait qu'eux aussi eussent des caractères à l'aide desquels ils pussent transmettre leurs pensées aux absents '''. Le poêle espagnol Erzilla , dans son introduction à VAraucana, parle des livres qu'il observa entre les mains des Araucans. D'après la description donnée par Hund)oldl (le ceux que le père Narcisse Gilbar trouva parmi les Indiens Panos, sur les boiils de rUcayale, on ne saurait douter qu'ils n'eusseut une grande analogie avec celui ((ui fait l'objet de celle monographie. Au rapport du père Cisneros, l'un des l'é-dacleurs du Mercurio Peruano, à qui le père Gilbar en envoya un exem])l;iire a Lima, c'étaient, ajoute le savant voyageur'-', des cahiers de peintures qui, jiar leur forme extérieure, ressemblaient parfaitement à nos volumes in -quarto. Chaque feuillet avait trois décimètres de long sur deux de large; la couverture de ces cahiers était foi'mée de plusieurs feuilles de palmier collées ensemble el (riin
'' Decad. III, lib. \, pag. .3iO. — ''• Vues des Cordillères cl ititmumciits dex peuples indigènes de l'Amérifie. I. I. |). Ü10, (idit. in-8".
pfii'curliynjo (irs-épais; des morceaux de loile de roloii, d'un tissu assez fin, représentaient auiani de feuillets, qui élaient réunis par des fils de pile. Lors(pie le père Gilbar arriva parmi les Panos, il trouva un Aieillard assis au pied d'un palnn'er et entouré de plusieurs jeunes gens auxquels il expliquait le contenu de CCS livres. Les indigènes voulurent s'opposer d'abord à ce que l'honnne blanc s'approchât du vieillard; ils firent savoir au missionnaire, par l'intermédiaire des indiens de Manoa, les seuls qui entendissent la langue des Panos, «cpie ces pein- •f tures contenaient des choses cachées qu'aucun étranger né devait apprendre." Ce ne liil donc ([u'avec beaucoup de peine que le père Gilbar parvint à s(^ procurer un de c"s cahiers, (pi'il envoya à Lima pour le faire voir au père Cisneros. Plusieurs personnes delà connaissance d'Alexandre de Ihnnboldl avaient eu en main re livre de TUcayale, dont loutes les pages, disaient- elles, étaient couvertes de peintures : on y voyait des figures d'hommes et d'animaux, accompagnées d'un gi'and nombre de caractères isolés, qu'on croyait être des hiéroglyphes; ils étaient l'angés par lignes, avec un ordre et une symétrie admirables. Ce qui frappa surtout les personnes qui les considérèrent, ce fut la vivacité extraordinaire des couleurs; mais, conime aucune à Lima navail eu l'occasion de voir des mamisci'its mexicains, il ne leur fut pas possible déjuger de l'identité ou de la différence du si vie entre des peintures trouvées à une distance de plus de huit cents lieues les unes des autres.
Le père Cisneros, ajoute l'éminenl voyageur, voulut faire déposer ce livre au couvent des missions d'Ocopa; mais, soit que la personne à lacpielle il le confia l'eiM perdu au passage des Cordillères, soit qu'il eût été soustrait et envoyé furlivemenl eu Europe, il est certain ([uil n'arriva pas au lieu de sa destination. Toutes les recherches laites depuis pour retrouver un objet aussi curieux furent inutiles, et on regretta trop tard de n'en avoir pas fait copier les caractères. Le missionnaire Narcisse Gilbar, avec ([ui Humboldt fut lié d'amitié durant son séjour à Lima, lui avait promis do tenter tous les moyens de se procurer un autre cahier' de ces peintures des Panos: il savait qu'il en existait plusieurs parmi eux (>t qu'ils disaient que ces livres leur avaient été transmis par leurs pères. L'explication qu'ils donnaient de ces peintures paraît fondée sur une tradition antique (pii se perpétuait dans ([uehpies familles. Les Indiens, de Manoa, que le père Gilbar avail
EXPOSITION DU SYSTEME GHAPHIOlE MAYA. 17
chargés de faire des recherches sur le sens de ces caractères, crurent deviner qu'ils indiquaient des voyages et d'anciennes guerres avec des hordes voisines.
rtLes Panos diiîèrent aujourd'hui très-peu, continue Humboldt''',.du reste des «sauvages qui habitent ces forêts humides et excessivement chaudes : nus, vivant wde bananes et du produit de leur pêche, ils sont bien éloignés de connaître la rr peinture et de sentir le besoin de se communiquer leurs idées par des signes ff graphiques. Comme la plupart des tribus fixées sur les rives des grands fleuves ffde l'Amérique méridionale, ils ne paraissent pas très-anciens dans le lieu où on <-'\es trouve maintenant. Sont-ils les faibles restes de quelque peuple civilisé ff retombé dans l'abrutissement, ou descendent-ils de ces mêmes Toltèques qui ont ff porté l'usage des pemtures hiéroglyphiques à la Nouvelle-Espagne, et que, pousf^sés par d'autres peuples, nous voyons disparaître aux rives du lac de Nicaw ragua? Voilà des questions d'un grand intérêt pour l'histoire de l'homme; elles rtse lient à d'autres dont l'importance n'a pas été suflisamment sentie jusqu'ici.
«Des rochers granitiques qui s'élèvent clans les savanes de la Guayane, entre «le Cassiquiaré et le Conorichité, sont couverts de figures de tigres, de crocof'diles et d'autres caractères que l'on pourrait croire symboliques. Des dessins "analogues se trouvent tracés cinq cents lieues au nord et à l'ouest, sur les rives «de rOrénoque, près de l'Encaramada et de Calcara, sur les bords du Rio- « Cauca, près de Timba, entre Cali et Jehma; enfin sur le plateau même des f' Cordillères , dans le paramo de Guanacas. Les peuples indigènes de ces régions « ne connaissent pas l'usage des outils métalliques : tous conviennent que ces ca- " ractères existaient déjà lorsque leurs ancêtres arrivèrent dans ces contrées. Est-ce « à une seule nation industrieuse , adonnée à la scul'pture , comme l'étaient les «Toltèques, les Aztèques et tout le groupe des peuples sortis d'Aztlan, que sont «dues ces traces d'une ancienne civilisation? En quelle région doit-on placer le «foyer de cette culture? Est-ce au nord du Rio-Gila, sur le plateau du Mexique, «ou bien dans l'hémisphère du sud, dans ces plaines élevées de Tiahuanacu que « les Incas mêmes trouvèrent déjà couvertes de ruines d'une imposante grandeur, «et que l'on peut considérer comme l'Himalaya et le Tibet de l'Amérique méri-
'•' Vues des Cordillhes, etc. I. I. p. 21a, ¿dit. in-8°.
« dionale? Ces problèmes ne peuvent être résolus dans l'état actuel de nos con-
rf naissances.
Etudes à faire sur la marclie des migrations américaines. — Usage antique des lettres au Pérou , selon Montesinos. — Annales peintes du Poquen Cancha, à Cuzco. — Quipos, peintures et caractères au Pérou, selon Herrera. — Ecriture en cailloux de Quito. — Testament de Huayna-Capac. — Ecriture des Mexicains, selon Valadès.
De tels problèmes ne pouvaient être, en effet, résolus à l'époque où Humboldl ouvrait avec une perspicacité si singulière la voie aux investigations que d'autres (mt suivie depuis. Pour ma part, si je ne suis pas encore arrivé à résoudre tous ces problèmes, je pense avoir été assez heureux, néanmoins, pour avoir levé déjà en partie le voile qui les enveloppait. Les recherches auxquelles me conduisent, d'ailleurs, les pages de cette monographie, aideront certainement à dissiper encore bien des ténèbres. Les découvertes historiques aujourd'hui marchent d'un pas plus rapide que jamais, et les sciences en apparence les plus étrangères à l'histoire en révèlent chaque jour un nouveau coté. Le relevé des images de toute espèce et des inscriptions gravées sur les rochers de l'Amérique fournira , avec le temps, les témoignages les plus considérables sur l'antique civilisation de ce continent; c'est, avec l'étude de l'orographie américaine et celle de la distribution des eaux. Tunique moyen de reconnaître un jour avec certitude la marche des migrations des peuples du sud au nord ou du nord au sud. Je ne saurais trop recommander ces études aux explorateurs nouveaux ; elles sont du plus haut intérêt pour ce qui concerne les migrations parties des Antilles vers le Darien, soit par terre soit par mer, et leur passage par l'isthme jusqu'au fond de la Patagonie avec retour vers le nord. M. Léonce Angrand a donné à ce sujet un travail remarquable et dont le public éclairé demande la continuation'''.
Tout ce qui concerne l'art graphique chez les nations américaines entre donc parfaitement dans le cadre queje me suis tracé au sujet du Maimscrit Troano, et je reprends d'aussi haut que possible les notions ([ue me fournissent mes docu-.
''' Lettre sur tes antiquités de Tiaguamco et l'origine pré- in-i"; extr. de la Uccue gén. d'architecture et des travmur sumahle de la plus ancienne civilisation du haut Pérou, publics.
menfs. L'annaliste Montesinos''', traitant des événements de l'histoire du Pérou, de plus de deux mille ans antérieurs à l'ère chrétienne, dit que « les amauias (sages) t: prétendaient savoir tout ce qui s'était passé par des traditions transmises des <•: uns aux autres , ajoutant qu'à cette époque éloignée on connaissait l'usage des T lettres; qu'il y avait des hommes savants en astrologie , qui était la science la plus reconsidérée parmi eux, et des maîtres qui enseignaient à hre et à écrire, comme ffie font aujourd'hui les amantas, et qu'ils écrivaient sur des feuilles de bananier,
ft selon ce qu'on en sait Quand Don Alonzo de Ercilla , durant son séjour
cf au Chili, manqua de papier pour écrire les vers de son poëme, continue Monte- " sinos, un Indien lui enseigna l'usage de ces feuilles. Ils écrivaient aussi sur des cr pierres. Un Espagnol en découvrit une avec une inscription parmi les monuments «de Quinoa, à trois lieues de Guamanga, mais il n'y eut personne qui la pût expliff quer. il pensa qu'elle avait rapport à la guaca (l'idole du lieu), et garda la pierre «dans l'espoir de trouver plus tard quelqu'un qui la pût déchiffrer. 77 Au rapport du même auteur '-', l'usage des lettres se perdit dans la suite, au milieu des guerres civiles. Les prêtres, consultés par un des rois de Cuzco, ayant répondu que les lettres avaient été la cause de tous les maux de la patrie, elles furent alors solennellement abolies et renqdacées par les quipos, un amanta, ayant tenté de les rétablir sous une autre forme, fut brûlé vif en expiation de son délit.
La brièveté des annales de Montesinos ne permet guère de reconnaître jus- ([u'où s'étendait la puissance des rois de Cuzco à cette époque. On sait, toutefois, que le vaste empire soumis naguère à la monarchie espagnole sous le nom de Pérou était partagé, antérieurement aux Incas, en un grand nombre de petits États indépendants les uns des autres : il y a donc tout lieu de croire que le décret rendu contre les lettres ne saurait s'être appliqué partout avec une égale rigueur, et que la connaissance s'en conserva plus ou moins dans les autres Etals péruviens; car les arts graphiques ne furent jamais entièrement perdus dans l'Amérique méridionale. D'après un document manuscrit que je possède i^', les faits et gestes des rois de Cuzco, depuis leur origine, étaient pemts sur de grandes tables, dans
''' Memorias antiguas historiales del Peni , etc. Ms. de la '^' Molina , Ilclacion de lasfabnlas ij ritos de los Ingas, etc.
bibl. de l'Acad. royale d'histoire de Madrid; copie de la Ms. de la bibliothèque nationale de Mach'id; copie de la
collection de l'auteur, lib. II, cap. iv. collection de l'auteur.
'"' Ihid. et cap. \iv.
une des maisons du soleil, appelée Poquen Cancha. En traitant de cette matière, je ne saurais passer sous silence le paragraphe (pi'Herrera consacre à l'appréciation (les (piipos et (les diverses manières de conserver la mémoire des choses passées, au Pérou : il est trop important et trop peu connu généralement pour que je ne le traduise pas ici en entier. Il n'est pas sans intérêt, d'ailleurs, d'ajouter (pie les renseignements de cet historien, en ce qui concerne cette contrée, sont en grande partie tirés textuellement des manuscrits encore inédits de Las (iasas (!t de Hetanços.
rcA la mort de Tinca, dit-il "', on avait sous la main des hommes extrêmement r sages et de haut rang, auxquels on commandait de raconter ses faits et gestes, «si tant est qu'il le méritât : on leur ordonnait de composer des hallades et des "chants avec un grand soin, aiin qu'il restât mémoire des rois déhmts et qu'ils '•lussent loués en présence de l'Inca (nouveau), comme également dans tous les '•lieux puhhcs et durant la céléhration des leles; mais si l'Inca avait été lâche, il f était défendu de conserver de lui aucune mémoire'''. Les statues des Incas, que c l'on sortait à l'époque des fêtes et des sacrifices, étaient portées en place purhlique avec le nom du roi défunt, qu'accompagnaient ses femmes, ses serviteurs «et leurs familles, avec ses bouffons et ses farceurs. On faisait au peuple des dis- "Iributions de vivres au nom du souverain, en chantant tour à tour des cantiques ff de joie ou de tristesse. Pour tenir compte et mémoire (des choses), ces peuples rtse servaient de ce qu'ils appelaient quipos, ayant une chamlire où ils étaient ff suspendus ; ce qui leur tenait lieu de livres. Ces quipos étaient des bouts de ff cordelettes noués de différentes manières et de couleurs diverses ; avec cela ils ff trouvaient le moyen de conserver toutes leurs histoires, leurs lois et cérénioffuies, ainsi que les comptes de leurs affaires, avec une grande exactitude. Or ffpour garder ces quipos, ils avaient des employés, délégués à cet eflét, qu'on ff appelle encore aujourd'hui quipo-camaj/oc, lesquels, ainsi que parmi nous les ff notaires, étaient tenus de rendre compte de ce qui leur était confié : aussi leur ff accordait-on tout crédit; car il y avait des quipos différents pour la guerre, j)Our
'' Historia gen. do las Indias Occidentales, decad. V, paraît ronionler à si pea d'anoéus, et aurait-on siiplil). IV, cap. I. prime des noms de rois dans les listes dynastiques?
'■' Serait-ce la raison pour laquelle le règne des Incas
'fies tribuís, pour le gouvernemenl, ainsi que pour les comptes de toute sorte. "S'il est vrai qu'avec nos vingt-trois lettres nous écrivons tous les mots possibles, •ries Indiens, avec non moins de facilité, à l'aide de leurs nœuds et de leurs dil- 'flerentes couleurs, exprimaient à l'iniini toutes les choses qui les intéressaient. "Il s'est trouvé des Indiennes, converties au christianisme, qui se sont confessées "avec les quipos, de la même manière absolument qu'un Castillan par écrit. "Quelques Indiens se sont confessés également, en apportant leur confession écrite "en peintures et caractères, dessinant chacun des dix connnandements d'une cer- 'ftaine manière et y faisant ensuite certains signes comme des chiffres, qui étaient "les péchés qu'ils avaient commis contre ce commandement. D'où l'on peut dé- 'tduire la vivacité de ces esprits; car ils écrivent ainsi nos prières et les choses de "la foi, sans que les Castillans le leur apprennent. Comme les lettres furent invenir tees pour exprimer et signifier immédiatement les paroles que nous prononçons , T ainsi ces mêmes paroles et vocables sont l'expression immédiate de la pensée et et de la perception des honunes : les lettres et les mots sont donc destinés à 'f donner à entendre les choses; donc les signes qui ne donnent pas à entendre "d'une manière prochaine des paroles, mais des choses, ne sont pas des lettres, "bien qu'ils soient écrits. Ainsi l'image d'une étoile ne peut pas s'appeler une f- lettre, mais de la peinture : les autres signes qui n'offrent pas de ressemblance " avec la chose et qui ne s'enqiloient (pie pour la mémoire ne le sont pas davancdage, celui qui les inventa ne l'ayant pas fait pour signifier des j)aroles, mais fi dénoter la chose. Les Indiens n'eurent donc jamais de lettres, mais des chiffres 'fOu des aide-mémoire, selon la forme dite ci-dessus. Avec des séries de petites ff pierres ils apprennent par cœur tout ce qu'ils veulent : les grains de maïs leur ff servent aussi d'ordinaire pour des arrangements de comptes fort difficiles, don- 'f nant à chacun la part qui lui revient. C'est ainsi qu'ils ont coutume de prendre 'fies comptes qu'on leur apporte, et c'étaient des comptables de ce genre que tes ff Incas envoyaient pour les recevoir des mains des collecteurs de tributs, ce qu'ils ff faisaient avec autant de régularité que le meilleur calculateur. Leurs écritures 'f n'étant donc point des lettres, mais des mots, qu'il n'était pas nécessaire d'entreff mêler les uns avec les autres; ils les plaçaient de bas en haut, et de celle maffnière ils s'entendaient au moyen de leurs figures, n
Ces dernières paroles ne sauraient laisser de doute sur l'existence d'une écriture ail Pérou, à l'époque de la conquête : quant au caractère de celle écriture, Thislorien, malgré la confusion de son style, donne sullisaniment à entendre (pi'ellc; était figurative, à l'instar probablement de celle des Mexicains; mais elle était phonétique tout à la fois, puisqu'il s'agit de mots et, selon toute apparence, elle était monosyllal)ique dans son ensemble. L'usage de placer ces mots de bas en liant rappelle, de son côté, le système graphique des Mayas, et il y a tout lieu de penser qu'une écriture analogue à celle du Yucatán était encore employée au Pérou sinudlanément avec les quipos et les autres guide-mémoire dont il est fait mention dans le paragraphe ci-ilessus. Le jésuite Acosta, cpii avait vécu au Mexique et qui avait été provincial de son ordre au Pérou, dans les dernières années du xvi'' siècle, tout eu disant que les Péruviens crue se servaient pas •cde lettres, de caractères, chiffres ou petites ligures, comme les Chinois et les fc Mexicains , 55 ajoute : r? Ils suppléaient au défaut d'écriture ou de lettres, en partie, ce comme ces derniers, par des })einlures plus grossières au Pérou qu'au Mexi([ue,
•^en partie et surtout par des quipos (!e fil cl de petites pierres servant à
■rapprendre ponctuellement ce qu'on veut retenir de mémoire. 11 est curieux, >:( poursuit-il , de voir des vieillards décrépits apprendre, avec un rond de cailloux, '^\e Pater noster, avec un autre, ï Ave Maria, avec un troisième le Credo, et savoir '•((uelle pierre signifie : couru du Saint-Esprit, quelle autre a souffert sons Ponce- ^f Pilate; puis, cpunid ils se tronquent, se reprendre, seulement en regardant leurs w cailloux (''.Il
Le langage et la civilisation ne présentaient que fort peu de ililférence enti'e Cuzco et Quito, même avant la conquête du royaume de ce nom par les Incas *-J : il est donc tout natin^el de rapprocher ici les quipos en cailloux et en grains de ujaïs décrits par Herrera de la manière d'écrire des Quitos : « Leurs archives ou ff annales, dépositaires de leurs hauts faits, dit Velasco '^^ se réduisaient à certaines 'fiables de bois, de pierre ou d'argile, divisées en plusieurs compartiments dans 'f lesquels ils plaçaient de petites pierres de grandeur et de conteurs différentes, « taillées avec art par dliabites lapidaires. C'était par les diverses combinaisons de
''' Hidoiia nalurid y morid de lus ludias, lib. VI. cap. viii. — '*' Velasco. Histoire du nuianme de Quilo, Iratl. Ternau,\, loin. I, p. 81, i85. — ''' Id. ibid. pag. ai.
«ces pierres qu'ils conservaient leur histoire et établissaient toute espèce de « calculs. 11
Plus loin, Velasco ajoute C' : wLa lignée des rois de Quito a été refaite, avec- « plus de talent et avec la connaissance de la langue maternelle , par le cacique 'f D. Jacinto Gollaliuaso,dans les Guerres civiles d'Aiahuallpa. Il y a des différences T notables entre tous les auteurs qui ont fait de semblables tables, soit dans le rt nombre des Incas et des Scyris, soit dans la date ou la durée de leurs règnes; 'X car, cette histoire n'ayant d'autres sources que les traditions , les quipos et les rt petits cailloux de comptes, chacun les comprend diversement et suit l'opinion qui rhù semble la meilleure." Plus loin encore, en racontant la manière dont on enterrait les Scyris ou anciens souverains de Quito, le même auteur reprend''^' : frLes corps étaient embaumés, placés en cercle, et auprès d'eux leurs insignes r royaux et leurs trésors. Au-dessus de chacun de ces cadavres était une cavité ffou petite niche dans laquelle on plaçait une figurine de terre, de pierre ou de " métal , qui représentait le mort. Elle était incrustée de petites pierres de formes fret de couleurs dilTérentes, qui marquaient l'âge et la durée de son règne, n A la suite de ces paroles, je ne parlerai que pour mémoire des inscriptions que, selon Garcia'"', divers Espagnols avaient vues au Pérou; je mentionnerai simplement celle dont il est question dans Gieça de Léon et qui fut trouvée sur une pierre d'un vieil édifice aux bords du Rio-Vinaque <''' , ainsi que l'inscription dont Galancha donne la copie dans son ouvrage'^'.
Balboa, dans son Histoire du Pérou C^', parlant du testament écrit de l'inca Huayna-Capac, dit ces paroles curieuses : wOn prit un long bâton ou espèce de ff crosse et l'on y dessina des raies de diverses couleurs, d'où l'on devait avoir conff naissance de ses dernières volontés; on le confia ensuite au quipo-camayoc, norc taire ou archiviste général. 7^ Quant aux quipos proprement dits, cordelettes de laine ou de coton, ils étaient connus aux Puruhuas de Quito longtemps avant leur assujettissement aux Incas. Les conquérants espagnols les trou\èrent au Mexique,
'' \eiasco. Histoire du royaume de Quilo, Iraá.Tevnaux. <*' Chronica del Perú, cap. L\s.\\ii, M. i(Jo.
liv. II, § 5, n° la. '^' Coránica moralizada de la Orden de San Augustin en
''' Ibid. pag. 11 6. Citation de l'ouvrage de Fr. Marcos cl Pcru, jiag. 3ü8. de Niza, Ritos y Cerem. etc. '"' Ballioa, Histoire du Pérou, traduction de M.Ternaux-
'■■'' Origendclos Indios, etc. liv. II, S, n' li. Conipans, ch. xiv, p. 198.
-2/, ÉTLDES SLR LE MANLSCRIT TROANO.
comme les Poiiiigais en Chine, et le franciscain Valadès dit, en parlant des premiers (') : "Sic nosiri (licel alio([ni crassi et inculti videantur) veluti polygraphia ff ([iiadam utenles variis modis arcana sua absque literis, sed signis et liguris manrfdabant. Siiccedebant interdum in locum ejusmodi characterum, fda, diversis ffcoloribus pro qualitate nimcii ipsius tincta. Addehuc, sagitlas,*sasoles ('^'colore r: diversos ac varios, scrupidos , grana et id geiuis alia. Sed qu* pergam dicere, •'omnium admirabilium admirabilissima suntquôd cuni adeo sint slupidi, tamque ffin crasso aere nali, istis i'ormis ephemerides calendarla et annalia deli néant. '?
Des débris de l'ancienne épigraphie américaine se retrouvent dans toute l'étendue de ce continent. — Annales des Linapi et des autres indigènes des Etats-Unis. — Antitpie astronomie péruvienne. — Eléments pour la reconstruction de l'ancienne histoire de rAméricpie.
Ainsi, des provinces les plus septentrionales du Mexique jusqu'au fond du Pérou, on retrouve non -seulement des rochers ou des échfices couverts de sculptures, souvenirs antiques d'une histoire aujourd'hui perdue; mais dans ces mêmes contrées, chez ties populations descendues aux derniers degrés de l'échelle sociale, on découvre des hvres et des annales, les restes d'une écriture plus ou moins élaborée, dont la pierre, le bois, dont les bâtons peints et les quipos sont les monuments irrécusables. De nos jours encore les Araucaniens se servent des cordelettes de laine ou de coton el les lisent aussi couramment que leurs ancêtres. Aux Elats-l nis quelques tribus ont conservé l'usage des wampum ou colliers de porcelaine dont parlent Lafilau et Charlevoix, et que les écrivains américains comparent, non sans raison, aux quipos du Mexique et du Pérou. On sait, d'ailleurs, que ces tribus, qui vont en diminuanl chaque jour, conservaient des annales peintes en hiéroglyphes ou symboles sur des planches, sur des toiles de coton, sur des papiers d'écorce d'arbre et sur des peaux d'animaux, préparées probablemenl suivant la même méthode que celle des habitants plus civilisés de l'Amé-
^'' Ulietorica Chriatimia , de. part. 11. cap. xxvii , p. qU '" Le iiiol sasoles est. je crois, une erreur : faseolos dé-
fit loo. vrai t le remplacer.
rique centrale. Le D'' Ward, de TÉlat d'Indiaiia, inentioime les \lallani-0liim ou annales peintes de la Irihn Linapi de Wapahani ou de White-Rivei', que Haíinesípu avait promis de reproduire, texte original el traduction, acconipagnées d(^s traditions qui s'y rattachent''). Les jésuites, dans leurs relations, nous parlent des symboles gravés et peints sur bois des Hurons, et Heckweldcr vit entre les mains des Linapis l<'s olumapi ou bâtons peiuts, ([ni rappellent celui sur lequel liuayna- Capac-Inca fit écrire son testament à Quito. Lederer trouva, au xvn'' siècle, chez les indigènes de la Caroline, des tableaux peints, portant des cercles avec des rayons indiquant chacun un uondjre d'années, analogues aux roues ou cycles des Mexicains (^', que les lecteurs ont vus dans la plupart des ouvrages ti'aitaul (hi Mexique, depuis Gemelli Carreri jusqu'à Clavigero et ilumboldt.
Si du Mexique nous retournons au Pérou, nous y retrouvons l'usage des cycles peints, ainsi que les différentes autres manières d'écrire les annales que je viens de passer en revue, d'une extrémité à l'autre de l'Amérique. Les documents péruviens, existant en si grand nondjre dans les archives diverses de l'Espagne, fourniront probablement, avec le temps, des données non moins précieuses que les documents mexicains, pour éclaircir les époques encore inconnues de l'histoire. On computait le temps au Pérou de la fin du dernier cataclysme, que Montesinos désigne sous le nom de déluge. Je n'affirmerai pas ici qu'il s'agisse du même cataclysme dont le Manuscrit Troano et le Codea- Chimalpopoca racontent les phases diverses: des cataclysmes partiels peuvent avoir eu lieu depuis en Amérique, et les traditions des deux portions du continent paraissent s'accorder à ce sujet; mais j'ai tout lieu de croire, jusqu'ici néanmoins, que les annales péruviennes remontaient au même berceau que celles du Mexique. Monteshios rapporte au roi Inti- (^/apac-Yupangui la restauration de la science astronomique, qui connnençait à se perdre aune époque, remontant déjà, d'après ses calculs, à plus de deux mille ans avant l'ère chrétienne. fSous son règne, cbt-il'^', fut établie l'année solaire ^rde trois cent soixante-cinq jours et six heures : aux années, il ajouta des décades ffde dix ans; aux décades, des centuries de cent ans, et de dix centuries forma f un capac-liuata (c'est-à-dire grande année) ou iiitip-lmafan (année du soleil).
' The Amcricau Nations or Oittliiœs of a national /î/>- ''' The American Nations, etc. ihid.
t'in/. etc. (11. V. •''' Memorias antipas historiales ciel Ptrn .\\\).\l.cíi^).M¡.
-2(i KTUDKS SUR LE MANUSCRIT TROANO.
ff complélaiit un total de mille ans, c'est-à-dire la grande année (h\ soleil. (Tesl ainsi rr qu'ils comptaient les cycles et les événements mémorables de leurs rois. C'esl rdoiic une chose assez connnune que d'entendre répéter aux Indiens : Iscai/ iullp ff iallifi campim cay caij caria, passé deux soleils, est arrivé ceci ou cela. C'esl parce ffque le licencié Polo de Ondegardo n'a pas compris cette m;inière de parler, qu'il ffa avancé que les incas n'avaient pas plus de quatre cenl cinquanle ans d'antifrquilé, confondant avec les années communes les grandes années solaires qu'il rr aurait du calcule]', c'est-à-dire donnant mille ans, ou les quatre mille cinq cents 'f passés depuis le déluge. Avec tout cela, l'idée que le gouvernement actuel des ff Incas n'a duré que quatre cents ans a beaucoup d'apparence de vérité. Que les r? Indiens aient connu le solstice, on le voit par une observation remanjuable qu'ils "lirent sur certaines pyramides, dans le voisinage de Quito.'?
\insi, je le répète, au Pérou comme au Mexicpie, des bords du Saint-Laurent juscpunix extrémités du Chili, dans rAméricpie enlière, on reirouve, en les cheirlianl, les témoignages les plus l'ormels de l'existence des arls graphiques, sous leurs formes diverses, auxépocpies les plus reculées de l'histoire. Malgré l'obscurité ([ui (Ml enveloppe encore l'origine, en dépit des difficultés que présente toujours l'explication des monuments auxipiels ils se rattachent, on finii-a, je l'espère, par retrouver le sens mystérieux des livres que la conquête nous a conservés, comme celui des inscriptions qui s'échelonnent sur les rochers d'une portion de l'Amérique à l'autre. L'alphabet maya, que j'ai publié avec l'ouvrage de Lauda sur le Yucatán, (juelque ¡nconq)let qu'il soit, a jeté les premières lueurs sur cette matière intéressante : le ManuKcr'tt Troano commence à s'expliquer; le Codex mexicain de Dresde se lira à son lour, lorsque les éludes se seront portées un peu de ce côté et fournira, j'ai lieu de le croire, })lus d'un renseignement précieux pour l'éclaircissement (le choses en apparence les plus éh^ignées. Il ne sera pas, d'ailleurs, sans avantage, pour arriver à l'interprétation absolue de ces documents comme de bien d'autres, de passer en revue les principales méthodes employées par les premiers missionnaires pour enseigner le christianisme aux indigènes. Ces méthodes ou catéchismes en peintures. Doctrinas Cristianas, aux images parlantes, cntremiMées d'explications éci-ites, le plus souvent, suivant le système gr;q)hique des i)o[)ulalions auxquelles elles étaient destinées, seraient des plus utiles pour
déchiffrer los livres énigmaliques légués par la coiiqiièle espagnole à rp]ur()|)e. C'est donc avec une grande raison que M. Aubin, après avoir développé, dans un mémoire rempli d'érudition mexicaine <'', tout ce qu'on trouverait d'intéressant dans l'étude des peintures ordonnées par les religieux franciscains pour l'enseignement de la religion chrétienne, ajoutait ces paroles significatives : «En se rf rappelant donc ce que j'ai dit des catéchismes mixtes encore en usage dans c(>s - contrées , en songeant (pu-, au passage de M. de Humboldt à Bogota, M. Duquesne 'épuisait, chez des Indiens Mozcas, la connaissance du calendrier et de caractères rranticpies par lui transmise à l'illustre voyageur, on ne désespérera point de r retrouver la clef de ces écritures incrustées, à quelques égards congénères, mais « qu'il sera plus sage de considérer comme distinctes. 55
Causes diverses de la grossièreté de certaines peinlures dans les docunicnls américains. — Les civdisations américaines, existant au temps de la conquête, n'étaient que des débris d'une civilisation très-ancienne. — Traces de cette civilisation cliez les populations les plus sauvages. — Nécessité de relever les inscriptions de tout {jenre, en Amérique, pour Retrouver son antique histoire, et d'étudier la constitution topograi)liique du continent. — Causes probables du déclin de la civilisation en Amérique. — Opinion de Hnmboldl à ce sujet.
En classant sous le litre de rituels la plupart des documents originaux de provenance .américaine qui se trouvent en Europe, les écrivains qui en ont traité avaient évidemment en vue le caractère religieux dont ils s'enveloppent et dont l'explication manqua absolument aux hommes qui, comme Sahagun et Motolima. s(" trouvèrent en contact direct avec ceux qui am-aient pu la leur donner. Ils n<' leur en laissèrent connaître, ainsi qu'on le faisait avec le vulgaire, (pi'une version apparente et qui se traduisait en fictions plus ou moins plausibles, concernant les dieux et les héros. D'un autre côté, ces documents étant, en quelque sorte, les seuls originaux qui nous soient parvenus, il serait impossible, en rentrant (hms l'objet innnédiat de ce travail, de reconstituer, à l'aide des rares notions
diilncli/iiie cl réci ittirc Jlgiinairc des (iiineiis Mexiniiiis. i'iiri^ . iS'uj. p. Ou.
28 ÉTIDES SLllí LE MANUSCRIT TROANO.
qu'ils nous rournisseni, en dehors de lenr objet principal, les divers alphabets dunl les Mexicains se servaient dans les nsajjes de la vie ordinaire, selon les ti-nioignages de Las Casas et des antres ('crivains dont il a été question plus haut. J'ai cité le Mémoire de M. 4id3Ín ''' : ce travail, remarquable à tant d'égards, mais malheureusement trop peu connu, devrait se trouver entre les mains de tous ceux qui cherchent à s'occuper sérieusement des études américaines, en [)arlicuher de la langue náhuatl et des arts graphiques chez les Mexicains.
J'ai expliqué ailleurs ^"-' une des causes de la grossièreté (pii se remar([uc dans la plupart des peintures mexicaines que l'on connaît. Je reviendrai plus Idiu sur cetle malière, à propos de la laideur des profils dans les pages du Manusrril TvodHo; je répéterai seulemeni ici, avec M. Aubin, fupi'on ne doit guère plus y ft chercher l'art mexicain que celui de Raphaël dans nos figures héraldiques ou rrdans nos cartes à jouer. 57 Remaripions, d'un antre côté, (pie ce document, ainsi (pie le Manuscrit nicxiaiiii it" ^2 de la Bibliothèque impériale et le Codcjmexicain de Dresde est un livre en écriture cursive, où l'on ne recherchait nullement la perfection du dessin. Si l'on veut en avoir une autre preuve, il n'y a (pi'à conqiarer les images dont leurs pages sont couvertes aux bas-reliefs dt^s palais de Palenque et à ceux des monolithes de Copan : les premiers, reproduits par \\aldeck et Catherwood, les seconds photographiés à diverses reprises par des voyageurs anglais dans l'Amérique centrale. Une autre considération se présente ici : elle n'est pas moins importante; c'est que si la grossièreté des images, dans une certaine classe de peintures, peut être attribuée à des motifs religieux, il pourrait se faire également que la cbflérence de l'art y fût pour beaucoup chez certains peuples; car si les figures, dans nos cartes à jouer, adopten! des formes cojivenlionnelles, généralement fort peu artisti([ues, il y en a néanmoins de beaucoup plus grossières les unes que les autres. Ajoutons encore (pic l'art, au Mexicpie, était complètement en décadence à l'époque de la conquête, et que, dans tous les États de l'Amérique, les populations n'offraient plus (jiie des reliefs d'une civilisation antique, depuis longtemps éteinte chez un grand noinltrc.
0 Memniir, ck. passiiii. (=- On^iir kllre.'< sur Ir Mexi,¡w , etc. Lullro I, S /l , [). ai.
Des dél)ris de celle civilisalion se relruuveiil chez toules les nalioiis de rAiiiérique, el l'on en découvre des traces dans les peuplades aujourd'hui les plus sauva{}es el les plus abrulies. L'examen des superstitions populaires, communes aux hordes barbares connue aux nations policées, l'étude de la vie domeslique et des éléments (pii la composent, celle des plantes nourricières, partout les mêmes, cultivées d'un l)out à l'autre du monde occidental, l'organisation de la tribu comme de la tamille, au Mexique ainsi ({u'au Pérou, chez les aborigènes de la Patagonie, aussi l)ien que de la baie d'Hudson ou du Labrador; toutes ces choses, observées sans esprit de parti et comparées les unes aux autres, porteront le témoignage le plus formel en faveur de l'existence préhistorique d'une grande civilisation centrale, longtemps maîtresse de l'Amérique entière, et dont les restes achèvent de disparaître. Pour rentrer d'une manière plus complète dans la matière qui m'occupe ici , je ne saurais mieux taire que d'attirer de nouveau l'attention du lecteur sur les inscriptions de tout genre gravées sur les arbres ou sur les rochers, dans les dilTérentes contrées de l'Amérique. Ces dernières, moins sujettes aux ravages (hi temps, ont particulièrement fixé la curiosité des voyageurs, (pii en ont relevé un grand nombre à des dislances considérables les unes des aulres. Qu'on les com- |)are, néanmoins, et l'on y trouvera un fond d'analogie qui n'échappera à aucun œil perspicace. Quelque grossière que soit celte épigraphie, il serait temps qu'on travaillât à la relever : car si les inscriptions plus parfaites de l'Europe, de l'Asie el de l'Afrique, ont servi à restaurer des portions perdues des annales de nos pères , à des époques regardées comme historiques, les inscriptions américaines, si mdéchiflrables qu'elles paraissent au premier abord, serviront, je n'en doute pas, à ('■claircir bien des points importants des temps préhistoriques.
Pour moi, je n'en ai pas ftîil encore une étude assez particulière pour être en état de les juger d'une manière absolue. Les inscriptions, gravées sur les rochers, soil aux allluents de l'Amazone, soit dans les États-Unis ou au Groenland, remontent-elles toutes également aux époques qui précèdent l'histoire? c'est ce que je n'oserais affirmer. Mais je n'ai pas le moindre doute qu'un grand nombre ne soient contemporaines des monuments gigantesques à forme d'homme ou d'animaux, etc., qui s'étendent dans la vallée du Mississipi , au bord de l'Ohio ou du Saint-Laurent. Les agents du gouvernement des États-Unis ont recueilli et publi»'
HO ÉTUDES Slin LE MANUSCRIT TROANO.
la nlii|)arl do celles qui rxisleii! dans les différentes parties de TUnion : mais le Iravail qui resie à faire, avant de chercher à les interpréter, c'est de les classer géographiquement et de les réunir en un atlas, suivant les lieux et les régions où plies ont été découvertes, en y joignant la mention des monuments et des tertres les plus voisins. On suivrait ainsi pas à pas les grandes migrations de peuples et de tribus qui ont dû se porter vers le nord-est, dans les régions plus septentrionales du Labrador et du Groenland : on lînirait ainsi par les rattacher aux nombreuses inscriptions, publiées par les sociétés archéologiques du Danemark, de la Norwége et de la Suède, dont l'ensemble fournit déjà le témoignage le plus formel de la traversée des po])ulations américaines aux rivages de la Scandinavie. On ne saurait douter ([ue cette rude épigraphie ne soit une des premières productions de l'école qui donna naissance à des écritures plus élaborées. Pas plus dans un continent que dans l'autre cet art ne resta stationnaire; mais, au lemj)s (\o la conquête, la destruction fui si grande en Amérique, qu'on aurait delà peine aujourd'hui à définir exactement les progrès que fit l'écriture chez les nations policées et jusqu'où elles poussèrent réellement l'analyse de la parole. Je l'ai dit ]»lus haut, tout y était en décadence; et si l'écriture avait suivi le progrès des arts, aux premières époques de la civilisation, il n'y aurait rien que de naturel, à ce qu'elle en eût partagé ral)aissement aux époques postérieures. Si l'on veut juger de cet abaissement, il n'y a qu'à regarder les Antilles grandes et petites et à considérer ce (pi'elles étaient devenues au xv*^ siècle de notre ère, lorsque (jolomb y aborda. Suivant toute apparence, elles avaient été le berceau originel de la civilisation, (pii de là s'était répandue à toute la surface du monde; mais (juatre-vingts siècles s'étaient écoulés, peut-être, depuis lors, et les arts, comme l'état social des insulaires, avaient dû décliner à mesure tpie les relations avec le monde oriental étaient devenues plus rares. L'interruption de ces relations entre les deux continents, si elle eut lieu effectivement, comme tout porte à le croire, ne fut probablement j)as la seule cause du déclin et de la décadence des Antilles. Il en est une autj'o bien plus profonde. Si la civilisation, dont les histoires démontrent qu'elles furent le premier centre, sortit des suites d'un cataclysme, des catastrophes parlielles paraissent avoir contribué depuis à leur abaissement, eu rompant à la lois toutes les antiques conunuuications entre les deux mondes. L'ensemble
des tradilions américaines, presque iiiianiines à cet éjjard, en compte généralement trois, et des témoignages géologiques d'un grand poids assurent (pie la péninsule yucatèque elle-même aurait été noyée entièrement depuis que les nombreux monuments existants à sa surface ont été construits. Depuis quand a-t-elle commencé à se soulever de nouveau, c'est ce que la géologie, riiisloire peutêtre, pourront nous dire un jour? Ce ([ui est positif, c'est que, ainsi que les petites Antilles, qui ont pu redescendre depuis leur soulèvement, le Yucatán continue à monter, et que des édifices, prodigieux par leur étendue, situés sur les rivages marécageux de Champoton et de la haie de Términos, édifices inconnus aux conquérants espagnols, se dressent petit à petit au-dessus des flots du p;ollV' du Mexique.
Etoimons-nous encore de la décadence des races américaines ! Que deviendrait la France, que deviendrait l'Europe, si, privées de l'art de l'imprimerie, elles descendaient un jour sous les flots par suite d'un cataclysme, et si les sommets des montagnes échappaient seuls à un si grand naufrage? Les désastres dont les petites Antilles, et en particulier Saint-Thomas, ont été frap])ées, il y a deux ans à peine, les tremblements de terre qui, l'année dernière, couvraient de i-uines les régions du Pérou et de l'Equateur, désastres insignifiants, si on les compare au\ autres catastrophes auxquelles elles sont exposées, sont ici des enseignements dont l'éloquence n'échappera à personne.
Ces notions, jointes à toutes celles ({ue nous offrent les voyageurs et les écrivains depuis l'époque de la découverte de l'Amérique, tendent unanimement à prouver que si les arts étaient partout en décadence, ainsi que la civifisation. l'écriture pou\ait avoir suivi également une marche rétrograde. Aussi serais-je disposé à penser que la peinture symbolique, chez les populations des Etats-Unis, ainsi que l'écriture totémique, n'étaient elles-mêmes que des débris d'un art plus avancé. Longtenqîs on s'était accoutnnu' à considérer les nations policées de l'Amérique connne des sauvages (pii avaient réussi, depuis à peine quelques siècles, à s'élever au-dessus de l'échelle commune et qui commençaient à sortir (le la harbarie. L'état avancé de quelques arts, tels que la fonte des métaux et la perfection de l'astronomie, annonçaient, néanmoins, un développement qui ne pouvait être le résultat d'une société nouvellement constituée. Aussi Alexandre
■A-2 KTl DES SliR LE MANUSCRIT THOANO.
(le lliiiiiboldl ilis;iil-il, il \ a <l<''jà près (îc soixaiilo ans : f-Oii csl surpris rk ••Iromcr vers la fin du \\^ siècle, dans un monde que nous appelons nouveau, ^Tps institutions antiques, ces idées religieuses, ces formes d'édifices qui semblent '•remonter, en Asie, à la première aurore de la civilisation '''. ^^ Aujourd'hui les recherches physiologiques, non moins que celles de Thisloire et de la géologie, s'accordent à nous faire voir dans l'homme américain une des plus vieilles races de notre globe. Cette race ayant été civilisée de très-bonne heure, il est loul naturel de penser, abstraction faite de tout ce (fue les découvertes modernes nous enseignent à cet égard, qu'elle posséda également de fort bonne heure l'art de transmettre sa pensée par des images visibles.
()ii('lle voie suivit récriture poiii- se pciioclionner. — l'icdierche sur lus causes de ses diverses Iriiiisilieiis. — Sens différents attacliés à un tuêiiie sijjne phonétiquement, figurativement et symboliquement dans les tangues et surtout dans le maya. — Avantages que cette langue présente sur celles (]<■ noire contincLif. — (Caractère des liiéroglyplics du Manuscrit Troano. — Si elle était ¡dcnti(|ue avei l'écriture vulgaire. — Les voyelles aspirées en paraissent les éléments constitutifs.
On ignore aujourd'hui la voie (pie suivit l'art de l'écriture et les phases diverses ]>ar lescpielles il passa pour arriver à se perfectionner : mais on s'en rend compte aisément, eu voyant ce qui a lieu encore avec les enfants ou les popidations sauvages, et l'on peut s'imaginer, ])ar induction, que la transition de la représentation grossière des objets à ce qu'on est convenu d'appeler l'écriture figurative dut s'opérer relativement avec une certaine rapidité. Le désir de conserver la mémoire des événements passés devait se faire sentir vivement aux hommes qui s'étaient chargés de reconstituer la société à son berceau. Les institutions civiles et relijjieuses reposant en entier sur la commémoration de ces événements, ils se virent dans la nécessité de travailler immédiatement à combiner les images et à inventer des signes dont l'ensemble fût capable de transmettre leurs idées aux générations Inlures. L'imitation malérielle do tous les objets ne pouvait guère répondre à un
''' MniK'irr . Hc. p. l'i. — "■ Vues <lc>: Conllllrrcs , etc. loin. I. Iulroil. n. H.
plan aussi complexe; elle eût pris d'ailleurs trop d'espace, et le temps n'aurait jamais sufll pour peindre tant de choses. On en arriva donc d'un bond, comme les enfants eux-mêmes, à abréger ces images, à n'en dessiner que les parties saillantes : l'on eut ainsi l'écriture figurative, la première dans l'ordre de l'invention, et la dernière qu'aient retenue les naturels, retombés à la vie nomade en Amérique. Bien que cette manière de rappeler les événements n'embrassât pas ostensiblement d'idées abstraites, ces idées, néanmoins, y étaient contenues virtuellement et elles devaient évidemment s'énoncer au moyen de l'explication orale qui se faisait au peuple par les initiés de la science. La tradition en était donc la clef, et c'est la seule qui puisse un jour rendre raison des inscriptions gravées sur les rochers dans les deux Amériques.
Ces inscriptions sont l'épigraphie monumentale des âges primitifs : mais il y h tout lieu de croire que leur usage dut se perpétuer encore longtemps après que l'écriture se fut transformée, de figurative en symbolique, et qu'à côté de l'une et de l'autre les caractères phonétiques eurent également pris leur place. Les symboles naquirent tout naturellement de l'écriture figurative : ils n'en furent, en quelque sorte, que l'amplification et le complément, en ce sens que le même hiéroglyphe qui, à son origine, avait servi à représenter un objet purement matériel finit ensuite par exprimer simultanément fidée ou les idées c[ui paraissaient s'en i-approcher davantage. Combien de mots, dans nos langues, en sont encore là actuellement ! Prenons pour exemple ce vocable même, langue, en français, comme dans tant d'autres idiomes; figurons -le ensuite de la même manière que les Mexicains l'exprimaient , c'est-à-dire par une flamme ou une languette devant la l)ouche d'un personnage quelconque, et, dans cette image si simple, nous aurons aussitôt la représentation matérielle de la langue, en tant cpie membre du corps; nous y trouverons le symbole du langage, par conséquent, de l'àme et de la vie, sans compter les idées matérielles accessoires, du feu, du gaz ou de la fumée, suivant la couleur qu'on lui donnait dans les peintures. On se tromperait assurément si l'on croyait que les symboles étaient uniquement les résultats capricieux d'une imagination féconde. Il est bien évident qu'au commencement tous furent étroitement liés à f objet matériel dont ils avaient fapparence, et d'où ils dérivaient, par analogie, le symbobsme qu'on y rattachait. Mais avec le temps.
l'éloignement des lieux où ces synilîoles avaient pris leur origine et le changement c[m s'opéra dans le. langage , on perdit de vue l'idée première qui reliait ces sym])olcs aux objets dont ils avaient été la représentai ion matérielle, et l'on ne se souvint plus que de l'idée secondaire et actuelle.
Voilà pourquoi les égyptologues ne sauraient, sans diiTiculté, se rendre raison de l'origine des hiéroglyphes. D'où vient l'usage de la croix, cpii y apparaît si souvent? Que signifie l'image de la croix ansée? Comment le scarabée est-il le signe de la vie? Ponrcpioi l'abeille, pourquoi le basilic (urœus), sont-ils des attributs de la royauté? Pourquoi le lièvre a-t-il le sens (Youvrir, au dire d'Horapollon ? La plupart des caractères symboliques usités dans les manuscrits anciens en soni là , et c'est la preuve la plus convaincanle ([u'il Inut en chercher l'origine primitive ailleurs ([u'en Egypte. En nous rapprochant de l'Amérique, toutes ces choses s'éclaircissent singulièrement : l'alphabet et les autres signes de la langue maya, conservés par Lauda, ont, sous ce rapport, un avantage décisif sur les hiéroglyphes égyptiens ; tous s'expliquent par les épisodes du cataclysme doni ils sont des images expressives, bien qu'abrégées, et dont ils renferment phonétiquement l'expression. Ils en sont les symboles doublement parlants, en ce sens que l'idée qu'en donne l'image se reproduit dans le nom, analysé grammaticalement, comme les lecteurs pourront en juger d'après l'exposé du système graphique du Manuscrit Troano.
L'alphabet de la langue maya étant, jusqu'à présent, le seul des alphabets mexicains qui se soit perpétué jusqu'à nous, il est donc aussi le seul sur lequel nous puissions baser nos observations relativement aux divers systèmes de l'écriture. Nous avons dit ce que nous pensions de l'écriture figurative, et comment la symbolicpie en était sortie tout naturellement. Il y a aussi lieu de croire que l'écriture phonéti([ue ne suivit pas une marche différente en Amérique. Le Manuscrit Troano, non plus que les autres documents du même genre cpii existent dans les bibliothècpies de l'Europe, ne saurait suffire pour démontrer d'une manière décisive jusqu'à quel point les Mexicains avaient porté l'analyse de la parole. Leur caractère, entièrement scientifique et religieux, en les confinant dans les bornes d'un temple, dont les initiés avaient seuls le droit de pénétrer les mystères, les mettait niiturellement hors de l'atteinte du vulgaire : composés, ainsi cpie tout ce
EXPOSITION DU SYSTÈME Glî Al'IllOUE MAYA. 35
qui était riluéiiqiie, sur un système plus ou moins voilé, dont on ne pouvait se départir, ils n'étaient entièrement inteliigil>ies que poui; ceux qui en avaient la clef; aussi lorsi[ue Las Casas et Landa nous parlent des livres mexicains ou mayas que tout le monde lisait comme nous lisons crnos caractères dans une lettre, '7 il paraît bien évident qu'il s'agissait d'une écriture plus courante et plus à la portée de chacun, quoique basée sur les mêmes signes.
Cette écriture, quelle était-elle ? Il est indubitable (pi'il s'agissait d'une écrilure phonéticpe. Les preuves en ont été apportées déjà trop souvent pour qu'il soil nécessaire d'insister désormais à cet égard. L'alphabet conservé par Landa, et que nous reproduisons textuellement un peu plus loin, en est le témoignage le plus positif. D'après les exemples cités par cet écrivain, on ne saurait, néanmoins, déclarer d'une manière absolue cpie les Mayas eussent une manière d'écrire entièrement alphabétique, bien que tout porte à le croire. Or si les Mayas, avec qui les Mexicains étaient continuellement en relation de commerce et d'amitié, se servaient d'une écriture phonétique et alphabétique, ceux-ci indubitablement devaient s'en servir comme eux. L'analyse de la parole et l'invention de l'alphabet devaient avoir suivi de près, chez ces peuples, l'application des symboles au système de l'écriture. La propriété merveilleuse qu'on! leurs langues d'exprimer un vocable par une simple voyelle devait avoir facilité ce résultat dans les commencements; car, bien que les vocabuhiires de la langue maya, malheureusenient troj) incomplets jusqu'à présent, n'offrent pas tous les mois correspondant par leur signification au Irait de chacun des caractères de l'alphabet de Landa, on en trouve néanmoins, le plus grand nombre ; on y découvre surtout ceux qui correspondent à la figure de chacune des voyelles, dont le sens, à pende chose près, est identique dans les diflerentes langues du groupe mexico-guatémalien. C'est là ce que nous aurons l'occasion de démontrer plus loin. En attendant, nous ferons remarqueique, dans celte condition, deux faits également intéressants paraissent découler de cette observation : le premier, c'est que, dans aucun des alphabets de notre continent, on ne découvre ce phénomène de l'identité absolue de tous les signes dont ils se composent avec le sens qui s'attache à leur expression; le second, c'est que les voyelles, dans le groupe mexico-guatémalien, étant, à leur tour, chacune l'expression d'une et même de plusieurs idées, il y aurait tout lieu d'admettre que
36 ÉTUDES Slín LE MANUSCRIT TROANO.
(•es voyelles, elles figures à l'aide desquelles on les rendit sensibles, durent fournir les éléments conslitutifs de l'alphabet primitif. Mais, s'il en était ainsi, n'aurait-on pas quelque raison de se demander si ralplia])e( littéral tout entier n'est pas dérivé immédiatement de la simplicité des trois, puis des cinq voyelles primitives, a, i\ Il et a, e [e pour ai), /, o et t( , unies à leur origine à un son plus ou moins aspiré? C'est là une question (|ue pour le moment nous ne faisons que poser, connue en passant, mais qui no saurait être indifférente à la science.
Examen de t'alpliabel de Laiida. — Sijjncs des lettres alpliabétiques et monosyllal)iqucs. — Explications de l'auteur. — Leur peu de clarté. — Analyse de ces explications. — Analyse des divers exemples proposés.
INous arrivons à l'examen de l'alphabet maya, tel que Landa nous l'a conservé. C'est aux archives de l'Académie royale d'histoire de Madrid que nous avons découvert ce précieux document, au mois de décembre i8G3. Nous étions allé en Espagne pour y faire des recherches scientifiques : ayant obtenu gracieusement l'autorisation de ])arcourii- le catalogue des manuscrits de la bibliothèque de l'Académie, le manuscrit de Landa, que nous avons publié depuis, texte original et traduction française en regard, fut précisément le premier document qui me tomba sous la main 'l Les signes des vingt jours du mois maya et ceux des dixhuit mois du calendrier attirèrent tout d'abord mon attention. Je continuai à feuilleter le manuscrit et, bientôt, à ma grande satisfaction, j'y trouvai l'alphabet queje joins ici avec le texte original de Landa.
Le manuscrit que nous avons copié à Madrid n'est malheureusement pas l'original écrit de la main de Landa, existant, sans doute encore, mais resté inconnu : c'est un extrait de ses ouvrages, ([ui paraissent avoir été assez considérables; nous avons cherché vainement à les découvrir, soit en Espagne, soit au Yucatán,
'■' Relation des choses de YucaUin , de Diego de Landa; ])liique de la langue maya, accompagnée de doeumenls texte espagnol et traduction française en regard , compre- divers historiques et chronologiques . etc. i vol. grand in-8° ; nant les signes du calendrier et de l'alphabet hié-ogly- Paris, 1866.
durant le sf^'nur que nous avons fait dans ce dernier pays, à la fin de Tannée 1 86'i. Nous avons vérifié suffisamment ralphal)et et les signes des jours du calendrier sur le Manuscrit de Dresde et le Manusciil Troano : on peut donc être assuré ([u'ils sont copiés exactement, bien que d'une manière parfois peu correcte; car cette copie fut faite au Yucatán même par nn religieux du même ordre que Landa, probablement peu d'années après la mort de ce dernier, si l'on en juge par la lettre du manuscrit. Je crains seulement que le copiste n'ait abrégé les explications de l'auteur : elles ne paraissent pas toujours d'une bien grande clarté et, dans l'ensemble de l'alpbabet, on s'aperçoit d'un assez grand vide. On n'y trouve ni les signes monosyllabiques, ni les signes numéraux, non plus que ceux qui indiquent les points d'arrêt, dont il est parlé dans l'expfication. Nous reproduirons donc en entier, ici, le texte de l'auteur concernant l'alphabet, et nous y joindrons la traduction française en regard, telle cpie nous la comprenons aujourd'hui. L'étude particulière que nous avons faite des hiéroglyphes mexicains, en général, depuis la publication de la Relation des choses de Yucatán, nous met à même d'éclaircir bien des points que nous n'entendions pas suffisamment à cette époque.
Usavan también esta gente de ciertos caracteres ó letras con las quales escrivian en sus libros sus cosas antiguas, y sus sciencias, y con ellas y figuras y algunas señales en las figuras, entendían sus cosas, y las davan á entender y enseñavan. ílaliamosles grande numero de libros destas sus letras, y porque no tenían cosa en que no uvíesse superstición y falsedades del demonio, se les quemamos todos, lo qual á maravilla sentían y les da va pena.
De sus letras pornc aquí un a, b, c, que no permite su pesadumbre mas, porque usan para todas las aspiraciones de las letras de un carácter, y después, al puntar de las partes otro y assi viene á hazer in infinitum, como se podra ver en el siguiente exemplo. Lé quiere dezir laço y cacar con el ; para escri-
Ces gens se servaient aussi de certains caractères ou lettres, avec lesquelles ils écrivaient, dans leurs livres, leurs choses antiques et leurs sciences, et par leur moyen et celui de quelques signes particuliers dans ces figures, ils entendaient leurs choses, et les donnaient à entendre et les enseignaient. Nous leur trouvâmes un grand nombre de livres de ces lettres, et comme ils n'avaient rien en quoi il n'y eût de la superstition et des faussetés du démon, nous les leur brûlâmes tous, ce qu'ils regrettaient vivement et leur donnait de l'affliction.
De leurs lettres je mettrai ici un a, b, c, leur grossièreté n'en permettant pas davantage; car ils se servent pour toutes les aspirations des lettres d'un caractère, et ensuite, pour noter les parties, d'un autre, et ainsi ü vient à se reproduire à l'infini, comme on le pourra voir dans l'exemple suivant. Lé veut
vii'le con sus caracteres, haviendoles nosotros heclio entender que son dos letras, lo (îscrivian ellos con tres, puniendo á la aspiración de la / la vocal é, que antes de si trae, y en esto no hierran, aunque úsense, si quisieren ello de su curiosidad. Exemplo : Ç^ ^© ^^ ^S <' / e lé. Despues al cabo le jiejjan la [larte junta, lía que quiere dezir agua, porque la liaché tiene a, h, antes de si la ponen ellos al principio con a, y al cabo desta manera ^M^ a-tia. También lo escriven á part(;s pero de la una y otra manera. Yo no pusiera aquí ni tratara dello sino por dar cuenta entera de las cosas desta gente. Ma in kali cjuiere dezir, no ¡¡uiero, ellos lo escriven ¡í partes desta manera.
cr^l
dire ff lacet et chasser a vec; ii pour l'écrire avec leurs caractères, (|uoi(jue nous leur eussions donné à entendre qu'il n'y avait que deux lettres, ils l'écrivaient, eux, avec trois, mettant à l'aspiration de la lettre / la voyelle é qu'elle porte devant elle, et en cela ils ne se trompent point, encore qu'on se serve, s'ils le veulent , de leur manière curieuse '■'. Exemple : @ ^ @ ^ c I c lé. Ensuite ils mettent au bout la partie jointe'-'. Un, qui veut diie mu, parce que la lettre h contient a, h devant soi; ils le mettent eux au commencement avec a et à la tin de cette manière a-ha. Ils l'écrivent aussi en parties, mais de l'une et de l'autre manière. Je ne mettrais pas cela ici et je n'en traiterais pas, si ce n'était pour donner entièrement raison des choses de cette nation. Ma in kali veut dire et je ne veux pas , t ils l'écrivent en parties de cette manière.
a. (I. (I. h, h. (\ (, r, /'. /. ce />\ /• ^ '"■ "- î'- 0, p, p. en, l>'ii , II. Il, u-, .!■. :.
La première chose qui frappe le lecleui-, après avoir lu celle notice, c'est la présence de trois caractères monosyllabiques dont il n'est nnllement question dans Talphabet. C'est d'abord le signe ^ , qui est celui de l'aspiration, suivant ce qu'on y lil . et ([ui paraît être en même temps un des symboles de l'eau ; en second lieu le o-^ , ma, négation prohibitive, et ¿ tí, monosylla])e qui, pris isolément, signifie le heu et en UM'-me lenqjs la préposition /î, dans, vers, en maya. Ceci seul sutlit pour prouver ou (pie l'alphabet recueilli par Lauda était incomplet, ou que son copiste en avait négligé une porlion n()labl(\ Ce qui ne parait pas moins certain, c'est
''' Je (raduis aussi clairornent qut possible; et je prie le lecteur qui ne iireiilendrait point de rccourii- au texte espagnol.
I.a ])arlie jointe est le ^sTîïïT-JviJ /. répété, et qui seul l'ait /'■ l'i) niava.
EXPOSITION DU SYSTÈME GP. APHIOI E MVYA. 39
que parmi les caractères qu'il place dans son alphabet il y en avait qui servaient à la fois de lettres isolées et de monosyllabes : j'ai lieu de penser même que toutes les consonnes étaient au besoin employées monosyllabiquement. C'est ce que j'aurai occasion de faire voir d'une manière plus sensible, en les examinant isolément les unes après les autres, un peu plus loin.
Maintenant (jue dit la notice de Landa? Que les Mavas se servent, pour toutes les aspirations des lettres, d'un caractère et ensuite, pour noter les parties, d'un autre caractère. Notre auteur, qui leur reproche la grossièreté ou la pesanteur de leur méthode, pourrait bien mériter le même reproche, si l'on ne considérait que son style. Rien, en effet, n'est plus obscur que sa phraséologie : le mol puntar, queje traduis par noter, me paraissait faire allusion, d'abord, à la ponctuation, et le mot partes. -parties, ^ aux périodes du discours : mais il y a toute apparence qu'il s'agit simplement de rannolation des lettres ou des monosyllabes. Malheureusement la confusion continue plus grande. En proposant à ses lecteurs le vocable lé pour exemple, il semble attribuer à chaque consonne une aspiration parlicuHère, exprimée paila répétition de la voyelle fondamentale afllxe dans les vocables commençant par une consonne, et pour écrire lé, rr lacet et chasser au lacet, '? les Mayas auraient écrit élé; malheureusement, pour augmenter la confusion, au lieu d'élé, les caractères originaux donneraient elel, (^g^@^S , qui précisément signifie brûler et non chasser au lacet. Ici, toutefois, la cijufusion est facile à dissiper : elle provient uniquement de ce que l'auteur a omis d'avertir le lecteur de la manière de lire les livres mayas; car bien qu'il ne soit pas impossible qu'on ait pu les lire indifleremment de droite à gauche, ou de gauche à droite, ce qui serait toujours indiqué par la position des figures usitées dans les livres, néanmoins, ce que j'en ai vu, jusqu'à présent, me porte à croire qu'il faut lire d'ordinaire de droite a gauche et en montant de bas en haut. De cette manière elel, qui signifie brûler. ferait lélé, redoublement de lé. Quoi qu'il en soit, il me semble qu'il y a ici une erreur de copiste, consistant, selon toute apparence, dans le premier ^^. /, de droite, qui serait superflu.
J'ajouterai, pour conclure cette première observation, que l'aspiration existe elTectivement dans la prononciation de la plupart des consonnes, supposé qu'on puisse désigner ainsi une certaine aiTectation gutturale qui croit avec l'emphase
àO ÉTUDES SLR LE MANLSGHÍT THOAlNO.
employée daiis le discours, w Ensuite ils meltent au bout la partie jointe, v continue l'auteur, sans autre explication. Cette partie jointe, est-elle la voyelle supplémentaire, ce qui n'est pas probable, car son rùle ici paraît tout à fait hors de saison? Mais si, comme tout le donne à penser, c'est le copiste qui a commis l'erreur que je signale plus haut, à propos du signe ^^, cette erreur consisterait, non dans l'adjonclion pure et simple de ce caractère, mais dans l'équivoque de ce signe pour un autre. C'est là ce c[ui résulterait de l'exemple que l'auteur apporte à la suite du premier, où un signe idéographique J , symbole de l'eau, accompagne le vocable ^Q, Iki ^ c? l'eau, 15 de la même manière que les signes déterminatifs accompagnent les mots phonétiques dans l'écriture égyptienne. Ainsi, au lieu de €W^ dans l'exemple plus haut, il aurait fallu probablement le signe ^^, proposé par fauteur, dans son alphabet, comme second caractère /, et qui semble, dans le Manuscrit Troano, être l'image d'un lacet ou d'une fronde armée d'une pierre, symbole figuratif du vocable lé, qui en exprime fidée, en déterminant le phonétisme de (^î^^. Quant à l'exemple ^^, écrit ah, en le lisant de gauche à droite, selon hi méthode européenne, il prouve précisément ce que nous disions il y a un instant, qu'il faut lire les vocables de la langue maya de droite à gauche, alin de les rendre correctement; la présence du signe synd)olique de l'eau J , à h droite du vocable semble prouver également que le déterminatif se plaçait avant le vocable qui l'exprimait phonétiquement. Le dernier exemple apporté par fauteur, ma in kati, autant qu'il nous est possible cf en juger, est écrit à rebours, de la même manière qu'on l'écrirait en français, ce que Landa avait •voulu faire, sans doute, pour olTrir plus de facilité à ses lecteurs. Mais il sert à constater, d'un autre coté, la présence dans une même phrase de caractères monosyllabiques, employés simultanément avec des lettres alphabétiques isolées : car T-^ ma. ^ ka el ^ // sont des monosyllabes, tandis que ^^ / et ^ n sont écrits alphabélicjuemenl.
EXPOSITION DI SYSTEME GUAl'HIOLE MAYA.
A nuelle classe de caraclèics appartient le Mamiscrh Troano'! — Ce document est [ilionétiíjiie, monosyllabique et alphabétique à la fois. — Il est mêlé de caractères figuratifs et symboliques. — Exemples divers. — La langue dans laquelle il est écrit est le maya du Yucatán. — Altérations que cette langue a subies depuis la conquête. — Ces altérations sont une dillicullé. non un obstacle à l'interprétation du document.
Le lecteur pourrait être tenté de nous demander maiiitenanl à quelle classe d'écriture appartient le Manuscn'l Troano, et si c'est à Taide de la langue maya qu'il faut chercher à en interpréter les inscriptions. A la première question je répondi\ai que, bien queje retrouve dans ce document tous les caractères phonétiques de Lauda, tant alphabétiques que monosyllabiques, ils n'y paraissent néanmoins que rarement employés selon la lecture dont cet écrivain nous a laissé les leçons. A côté d'un petit nombre de caractères queje hs phonétiquement, je trouve constamment les symboles des jours du calendrier. C'est ce mélange qui, pendant bien longtemps, a causé toutes mes perplexités et mes incertitudes : depuis lors, toutefois, je suis venu à bout d'en comprendre la signification et tous mes doutes se sont dissipés. Au lieu de prendre ces caractères pour les symboles des vingt grands chefs ou des vingt dieux des nations du Mexique et de l'Amérique centrale, ainsi que les prêtres l'enseignaient au vulgaire et comme ils les traduisirent aux rehgieux espagnols, au temps de la concpiête, il s'agit tout simplement de les lire comme des mots, mono ou polysyllabiques, comme des vocables ordinaires, joints à la suite les uns des autres, et nullement connue des noms propres : car chacun de ces noms^ou symboles s'exprime par une ou deux syllabes, qui sont toujours soit un, soit deux mots séparés, unis seulement pour le sens de la période; c'est-à-dire que les signes des jours, ainsi qu'un assez grand nombre d'autres, sont tout sinq^lement des rébus figuratifs, entremêlés de mots et de lettres vulgaires. Citons-en quelques exemples : ainsi (^ imix, dix-septième des symboles des jours, signifie fie trou profond, l'issue du foyer ou le bout de la mamelle, le teton," im. mamelle, chose haute et profonde, et ix, le petit trou, le sexe de la femme, l'extrémité qui émet un liquide. Q cob-an, cpiatorzième des jours, a pour signification crlave ou miel monté, ou bien celui qui a bouleversé, " «<-&«»;
Ír2 F/n DES SI R LE MANUSCRIT TROANO.
eiiíiii le seizième, ^ ca-uac, c'est ff celui qui est trop plein, surabondant, qui va se répandre, etc. 11 Ce qu'il y a de remarquable, c'est que ces caractères, tout en se lisant syllabiquement, sont en même temps l'expression idéogTaphic¡ue de ce qu'ils énoncent. C'est là ce (pie le lecteur sera à même d'apprécier amplement dans la suite de celle monographie.
Cette explication nous amène tout naturellement à répondre à la seconde question, savoi]' si c'est à l'aide de la langue maya qu'il faut travailler à interpréter le Manuscrit Trodiio ? i^)ui' y i-épondre d'une manière entièrement satisfaisante, il faudrait posséder cette langue comme nul ne la possède aujourd'hui, très-probablement, au Yucatán : il faudrait èlre instruit des différents dialectes qui s'y rapportent, et, ce qui est plus, connaître, au moins en partie, le maya antique, tel que les prêtres et les princes le savaient, selon toute apparence, au temps de la conquête. Cette langue antique deAait être, sous bien des rapporis, à l'égard du langage vulgaire, dans la position, je ne dirai pas du français ou de l'espagnol à l'égard du latin, mais, j'ai quelque lieu de le croire, comme l'italien du bas moyen âge à l'égard de la langue de la Rome des Césars. Le maya a subi beaucoup d'altération depuis le xvr'' siècle : on le reconnaît aisément, en comparant les divers écrits ([ui nous en sont restés aux livres imprimés de nos jours; mais il ne paraît pas avoir subi de bien notables changements dans les longs siècles (¡ni se sont écoulés auparavant. Les langues américaines ne se sont probablement modiliées d'une manière sensible que par le déplacement, et le maya est bien certainement une langue née sur place ou parlée encore bien près de son berceau. C'est ce que confirment également et l'examen qu'on en peut faire et celui des traditions : ces traditions attribuent toutes à Zamnà la langue ainsi que les dénominations multiples des localités qu'on trouvait au Yucatán à l'époque de la conquête ''' : voilà ce qu'affirment CogoUudo et Beltran de Sanla-Rosa, d'après le grand ouvrage du père Antoine Gabriel de Saint-Bonaventure, religieux franciscain français, du monastère de Mérida , dont nous donnons plus loin la grammaire maya. Or, Zamnà était la personnification d'un mythe célèbre dans ces contrées, la source de toutes les connaissances, ainsi que Ouetzal-Coatl au Mexique, le fondement du sacei-doce primitif auquel l'Amériipie entière était redevable de sa civilisation.
Beltini) (le Süiiüi-Rosíi, Arle >lfl iilioma maya, édit. Mérida de Yucatán, iS.ôg, n" on.
EXPOSITION DU SYSTÈME GHAPIIIOUE MAYA. Ix%
Malgré les modifîcalions introduites dans la langue vulgaire du Yucatán, de|)uis Pépoque de la conquête, nous avons réussi, non sans Iravail toutefois, à inter- [)i'(''l('r le langage antique et sacré auquel apparlienneni les inscriptions du Manuscrit Troano. La grauimaii-e du père Gabriel, les vocabulaires contenus dans celle de Bellran, les mots que nous avons réussi à recueillir nous-mème durani notre séjour au Yucatán, tout cela réuni nous a servi à former un dictionnaiic HU{piel nous n'avons cessé de travailler. Il sera aisé au lecteur de s'apercevoir, «ni f'n lisant les vocables, des modilications (pii s'y sont introduites, par les signiiications diverses qu'ils oITriront : mais, autant qu'il nous sera |)ossible, nous aurons soin de placer toujours le sens le plus antique à la suite du vocable maya. Le père Beltran avertit lui-même ses disciples (pie des formes et des locutions encore en usage an tenq^s du père Gabriel avaient perdu leur raison d'être : aujourd'hui le langage s'est plus que jamais esp(t¡>ii(>li.<<(\ surtout à Mérida et tlaus les localités qui avoisinent cette capitale, où la race européemie est en majorité. Les livres d'instruction religieuse publiés |)ai' le [)ère liuz en sont le tf'moignajje le plus complet. Je le répète, malgré tous ces cliangements, il existe assez d'éléments antiipies dans ces divers ouvrages; on en trouve même encore, en assez gi-ande quantité, dans les prétendues prophéties contenues dans Lizana Í'' et dans l'abrégé chronologique de Pio Perez C^', pour ])ouvoir travailler avec sécurité à expliquer les documents du caractère du Manuscrit Troano.
H\|)l¡(iitions |)iirliculières des lollivs de l'iii|)liiil)i't maya. — Varianles diverses.
Malgré le peu de soin appoi-té par le copiste de Landa à la transcription de son alphabet, c'est toutefois cette copie qui doit nous servir de guide, et c'est aux c{u-actères, tels qu'ils y sont reproduits, (pie nous devons nous réierer dans le
'' Historia de Niieslru Seuum de Ilimal.Ce livre, truiie juslijicative ii" 7. ^ Voir la clircsloiiiiilliio qui suit lu ¡¡raiH-
extrême rareté, con lient en maya les proplieities attribuées maire du présent ouvrage.)
à divers prrtrps ni.iyas. touchant l'arrivée des Espagnols; Voir ¡klalion des choses de ïiicakin . de l.aiulii, oie.
le langage imi rsi lies jiui'. Je les ai insérées dans mon peur lopuscide maya , pag. 'i>i>. flisl. des iinll/iifs ririlisres du Mexique, etc. (om. IF, Pièce
hh ÉTUDES SUR LE MANUSCRIT TROANO.
travail auquel nous nous sommes livré pour reconnaître la valeur des signes du Manuscrit Troano. Nous reprendrons donc nn à un les caractères de Talphabet et ceux du calendrier dont Timporlance n'est pas moins grande ici, puiscpie chacun d'eux est encore Texpression d'une ou de plusieurs syllabes, frécjuemment employées dans l'ensemble de ce document. Nous les rangerons dans l'ordre adopté ])ar rauteur de la Rehiiion des choses de 1 ucaldu, en leur joignant les quelques variantes qui se trouvent dans le même ouvrage : à la suite de chacun d'eux nous ajouterons, à l'occasion , le signe identique, tel que le présente le Manuscrit Troano. d'un coté, de l'autre, le Manuscrit de Dresde, où il est généralement plus cursil' et plus délicat que dans le précédent. Pour terminer, nous donnerons avec chacun des caractères les différentes significations qu'ils paraissent offrir dans la langue maya, et nous y joindrons les explications que pourront nous fournir les langues du groupe mexico-guatémalien, dans leur rapport respectif avec les signes de l'alphabet et du calendrier du Yucatán.
I . a ^ . Le premier caractère a a pour variante ^ , dans l'exemple ha proposé par Landa, ainsi qu'on peut le voir dans l'alphabet ci-dessus, page 38. Je crois le retrouver au folio xxi* du Mairiiscrit Troano, où on le voit connue ^^ orné de petites virgules, à la manière des lettres ornées du moyen âge. Ces virgules sont, à ce qu'il paraît, le symbole de l'eau salée; car on les trouve fréquennuent employées d;ms les documents mexicains, tantôt poui" exprimer le sel ï ü ü i quand la virgule s'ouvre en haut, et la glace, lorsqu'elle s'ouvre en bas ^^, suivant h' Manuscrit Troano. Le signe suivant ^ paraît être une autre variante de cet a, qui semble se confondre ailleurs avec le caractère du quati-ième jour du calendrier nninik^^, (pii n'offre d'autre différence avec le symbole suivant ^^ que celle d'être renfermé dans la circonférence du signe. Dans le caractère ^^, ainsi que dans le suivant ^ , ce qui lait le caractère principal de Va, c'est un symbole dressé d'ordinaire dans l'eau, affectant tour à tour la forme d'une petite hache ou d'un croissant ou bien d'un phallus, telle que l'image ^ (pie j'extrais de la page xv* du Manuscrit T/vmíío. J'ol)serverai, toutefois, que les images les plus ordinaires pour représenter le ])remier a de Landa sont, dans notre document, les variantes suivantes : ^ , ^ , qui se réduisent et se simplifient ensuite de la manière ci-après :
^ et 5), ainsi qu'on le verra dans la lecture des groupes divers que présentent les inscriptions. L'ima¡¡e de la première des lettres de Talpliabet fait évidemment allusion à la terre abîmée du croissant, dans son alTectation à se tourner en caractère mmik g£) ; mais elle ne se rapporte peut-(Mre pas d'une manière moins directe à la canne, au bambou, croissant sur l'eau où il se féconde, symbole ordinaire du membre viril dans la |)liipart des documents, sytnbole lui-même de la vie et de l'énergie volcanicpie.
•2. a ^. Le second caractère a n'a pas de variante dans Lauda. L'image qu'en présente son alphabet est celle d'une tête d'oiseau : c'est ce qu'on recoimaît surloul dans les nombreuses variantes de ce caractère qui se trouvent dans le Maunsml de Dresde, f , (f¡^. Ce qu'il y a de remarqual)le à ce sujet, c'est que ces tiMes m rapprochent quelquefois de la forme de la tète et de la trompe de l'éléphant : telle est celle-ci iÇ que nous tirons du folio 3-2, deuxième ligne, de ce document. Les images suivantes ^ et ^ , que nous avons extraites du Manuscrit Troano, peuvent être considérées comme identiques avec celle qui est donnée par Landa. Ce qu'd V a de particulier à remarquer dans ce signe, c'est l'œil de l'oiseau qui en tait le caractère : cet œil, pointillé tout autour, est un des nombreux symboles du volcan et de son cratère, symbole fréquent dans les pages de notre documeni, où le lecteur pourra le vérifier à son aise. Le poinlillage autour de l'œil indique d'ordmau-e l'œil de l'ara ou du perroquet, hiéroglyphe du dieu des volcans : cette divinité avait à Izamal un temple superbe dont les ruines colossales apparaissent de lom aux regards des voyageurs t{ui se dirigent vers cette ville. C'était celui de Kw-lch-knhmô, litléralement rrœil du soleil, ara de feu.^i Le lecteur peut en voir la description que nous avons reproduite, d'après Lizana, à la" suite de la fíelalíon des choses de Yucatán, page 36o. (Conf. dans les Archives de la Commission scientifique du Mexique, t. II, p. /i() et suivantes, notre Mémoire sur les mines de Tihoô et dlzawal. adressé à M. le Ministre de l'Instruction publique.)
3. a §. Le troisième caractère a se reconnaît aisément pour une ¡aiidie humaine, malgré l'incorrection de l'original. L'esquisse suivante g] fait voir la partie inférieure d'un homme accroupi, dont l'idée principale est celle de la jambe
Üé ÉTLDES SIR LE MANUSCRIT TROANO.
avec la cuisse, i'iino des significalions de la voyelle «, dans plusieurs des langues du groupe mexico-gualénialien, bien qu'inusitée aujourd'hui dans la langue maya; mais ou la trouve dans le quiclié avec l'acceplion de cuisse, tnuslo, en espagnol, sens qui s'accorde parlailement avec l'hiéroglyphe. Les variantes de ce signe, telles que les donne le Manuscrit Troano, sont ^Jl' 9' 9' %- S' ■&' ^' ,9- Les siiivanles ^, ^, ^, semblent être les intermédiaires enlre le premier et le second a. Dans celle-ci J^ , le lecteur peut reconnaître l'image d'un demicorps d'homme accroupi, couvert de pustules, symbole de la terre effondrée dans la mer des Antilles, figurée par cette partie d'an corps d'homme el plus souvent d'animal. La suivante Ä^ représente un cadavre, enveloppé de bandelettes, où la jambe seule se signale d'une manière bien visible, se rapportant évidemment au svnd)olisme renfermé dans cette troisième lettre a. Car si la jambe est un des signes de la terre, au moment du cataclysme dont il est question dans toutes les histoires, c'est dans la cuisse qu'était le volcan principal que l'on reconnaît dans les trois variations de la lettres/. Or, si a veut dire la jaml)e dans plusieurs langues du groupe mexico-guatémalien, en cakchiquel, il vent encore dire l'année et, dans toutes les langues du même groupe, il a l'acception de l'eau, a ou ha, indifféreumieiil, l'i'lément humide où la jambe, où le corps du dieu soleil fut enveloppé de bandelettes, c'est-à-dire enseveli ajamáis. Les variantes de cet r/.que présente le Maimscrif de Dresde sont intéressantes à plus d'un point de vue; telles sont ^, É) *' ^ '''"^*^ lequel, avec un peu de bonne volonté pour les origines américaines, on pourrait, au besoin, retrouver les premiers éléments de l'aleph hébreu ^í , du copte ?> et de notre a romain.
^1. h ^. Le premier caractère b n'a pas de variante dans l'alphabet de Lauda, le second n'oH'rant aucune ressemblance avec celui qui le précède. Bien qu'il ne soit [)as commun dans le Manuscrit Troano, on le retrouve, néanmoins, tel ([u'il est ici dans quelques-unes de ses pages, ainsi que dans le Mannscrit de Dresde. où, loulel'ois, il appai'aît plus fréquemment (^.
La [oruic de ce caractère est facile à comprendre : les deux hgnes horizontales qui le traversent indiquent la voie, le chemin, qu'on reconnaît à l'empreinte du pied f[ni y est marquée : cette voie et cette empreinte sont les signes de la marche
EXPOSITION DU SYSTÈME Gn\PlllOl]K M\Y\. M
el du chemin, exprimés en maya el en quiche par le monosyllahe hc correspondant au son de ia lettre. Dans la langue des insulaires de Haïti, Ix' on hci indique Têtre el l'existence, comme le verbe io k, anglais, el bi.qm signifie reparler,'^ en quiche, a le sens de la vie en haïtien, connue le radical grec |Sî dans ^ioç, el le latin vi-ta. Dans la langue náhuatl, qui n'a point de h, la syllabe hue on ve, prononcez we, signifie rr grand et grandir; ^ huionvi, prononcez ivi, r saillir, jaillir, etc. •• Dans la nomenclature des signes reproduils par M. Aubin dans son Mémoire, le signe de la marche, exprimé par o, radical (VotU, r? chemin, ^^ àSos, en [¡rec, est a peu de chose près identique avec l'hiéroglyphe maya, .lusqu'à ce moment, je nai découvert, dans le Manuscrii Troanu, qu'un seul exemple qui corres]»on(lil enlièrement à celui de l'alphabet de Lauda (g), bien que les suivants en soieni indubitablement les variantes @, @, gHO- Dans ceux où le caractère paraît se doubler ou se tripler ([Î0], /B^, QUI], OHE/, d y a évidennnent un redoublemenl de la syllabe hc, énonçant le verbe hehe, f? marcher, - comme dans ^é§ypia, pariait de ¡Sa{r&>, identique avec le plus-qne-parfail mexicain vevem. Les signes c^. <^ et ^ sont encore des variantes du premier, cpie j'ai confondues plus d'nne t'ois. dans les commencements, avec l'abréviation de la lettre a premier g. Ce cpii les distingue de la lettre a repose donc uniquement sur les points, indices des doigts du pied. J'ajouterai (pie la lettre h parail se confondre parfois avec le p. dans les signes suivants gg . G3ÍD , p* surtout avec le ^ on la ligne horizontale supérieure le distingue seul des h. Dans le Maiiiisrrll de Dresde on trouve les variantes Q et (^.
5. h (g). Le second caractère h est identique avec ceux dn Mantiscril Troano Q, bien qu'il apparaisse plus fi-équemment dans ce document, ainsi ({ne dans le Manuscrit de Dresde, rempli de cinq ronds blancs au lieu de quatre : tel est l'exemple suivant ^, extrait du premier de ces documents; quelquefois même ces points sont encore plus nondu-eux. Si je me rends bien compte de cet hiéroglyphe, il correspond an vocable maya hat : il signifie tout d'abord la batte du jeu de paume, sorte de raquette qui semble avoir poin- origine la fenill(^ iU\ nopal: il a le sens de massue, de hache de guerre et, par extension, l'acception de gr('le. de neige, de torche allumée. Ce vocable, en tant surtout (^u'il signifie r battre, corn-
48 ÉTUDES SUn LE MANUSCRIT TROANO.
battre , " est la racine de halcil, f bataille , " de hatah, tr seigneur, capitaine de guerre. ^' A Haïli, de même qu'au Quiclié, hal ou haie était également la batle du jeu de paume, la raquette, sous la figure de laquelle le caractère apparaît à la main de quelques divinités, dans notre document, mais en particulier au folio 34 du Mainiscril (le Dresde ^. Nous n'avons pas besoin d'appeler l'atlenlion du lecteur sur ce vocable, si identique dans les langues américaines et celles de l'Europe, où le français le possède d'une manière si remarquable, dans battre, comhat, dans la luittc, de. Ce caractère ¡^ cpi'on trouve dans le Manuscrit de Dresde , el le suivaiil (°A des iuscriplions de Palenque, sont identiques avec les précédents.
*'• c^)- ^^^' caractère, dont voici Téíjuivalent ^, est donné par Lauda comme représentant la lettre c, sans aucune explication. Mais, plus bas, on trouve dans son alpbal)et les caractères syllabiques ca et eu: ce qui donne sujet de penser que le r actuel était destiné à se lire ce (prononcez qé) et à s'em[)loyer alternativement devant e. i el o. et cela avec d'autant plus de fondement que 1'/ est figuré, dans le même alphabet , par des dents analogues à celles que l'on voit dans le c ^. Il est à remaripier, d'ailleurs, que ces dents apparaissent non pas seulement dans le caractère c. mais bien encore dans le symbole destiné à représenter le jour Clnieii ^, huitième de ceux du calendrier maya, et nom d'un des deux singes divins de la mythologie de ces contrées; il parait encore à peu près identique dans le signe du mois M^ t:ec. dont on verra plus loin l'explication. Les trois caractères, en eliet , présentent une certaine ressemblance avec la bouche grimaçante d'un singe ou d'une tête de mort, ce à quoi le nom du mois t:ec fait allusion. Mais, dans cette bouche ouverte, ce sont les dents qui sont surtout la chose apparente : or le vocable dent se dit co, en langue maya: cocan, de son coté, signifie f piquer avec des épines ou des aiguilles, ^^ c'est une sorte d'acuponcture. Aco ou acu . qui a racce|)tioii d'en haut, en mexicain comme en grec, vient, d'ailleurs, du maya el signilie '-(lent de feau^^ ou s'élevanl sur feau, d'où l'idée de la hauteur. Je crois devoir faire remarquer encore une fois que le c maya est constamment dur devant les voyelles : on doit toujours lire ce comme qé et cl comme qi, bien qu'au fond ce. prononcé se. dans le mexicain, ne soit qu'une permutation de qé; car l'un et l'autre siguilient ce qui est uni, ensemble, adhérant, congelé, et on particulier la
. r? fi- - ^
glace; de là encore, dans les denx langues, le vocable celtic, en maya (jeltie, pouitout ce qui appartient au froid, aux pays froids, au nord, etc.
7. / g^. La langue maya n'ayant pas le son isolé du d, Landa le remplace ¡ci par le /, dont l'hiéroglyphe est fort remarquable. Ce signe, en effet, est celui de la localité, légèrement modihé @, ainsi qu'on peut le voir, en les comparanl. Ce dernier peut s'exprimer en maya de différentes manières, selon le genre et la classe des lieux auxquels il se réfère. Il est le même en Egypte qu'au Mexique. Le symbole, non moins que la signification qui s'y rattache, est un souvenir de la première terre où, après le cataclysme, les hommes habitèrent côte à côte avec le volcan. La cassure en quatre parts est une allusion naturelle à l'éruption du foyer volcanique au centre de la pustule terrestre, se rompant en cpiatre, pour s'ouvrir au jet du feu souterrain. De là les variantes si curieuses dans les noms de locahté dont cet hiéroglyphe était l'image. Ti, là, devant vous, première eiïïorescence sur l'eau, dont la surface recouvre la terre soulevée. Ta, première apparition du dépôt volcanique : tan ou dan, voilà qu'il s'étend, que la terre prend de la consistance, en s'arrondissant. Ca, les matières continuent à monter, le lieu est visible de toutes parts, il s'agrandit en s' exhaussant. Cah, la masse s'est gonflée de nouveaux dépôts éruptifs : le volcan pousse un cône, boursouflé de vapeurs; d'où la composition du vocable cah poui- ca-ab, lieu où est renfermée la vapeur, lieu qui s'est gonflé par elle. Enliii la montagne s'est ouverte avec la puissance volcanique : elle s'est déchirée en quatre, mn, c'est le mot qui exprime ce nombre. Entre les quatre ravins qui se sont ouverts, s'érige un- autre cône; c'est le bambou du feu, ah, d'où ca-ali, contracté en cah, pour exprimer l'ensemble de cette idée, c'est-à-dire, là est le bambou : là est le foyer où se réchaufferont les populations, mourant de froid sur h glace, là plus tard sera le centre de la tribu, dont les quatre quartiers s'élèveront aux quatre régions du volcan . dont le cône sei-a le premier teocalU, la maison du premier dieu, Teotl, l'énergie volcanique, la pyramide, le sanctuaire du feu sauveur. Combien d'autres idées se présentent encore dans ce seul symbole : (3) sera celui du soleil et du jour, comme le suivant @ le symbole du jour au Mexique, comme celui-ci ^ fut celui de l'année, image, à son tour, de la cité parfaite, de la Roma (juadrafa. ainsi que de la Ba-
byioue des Chaldéens. Ajoiilons que la croix + représonlait au Mexique, de même que chez nous, ie plus arithmétique, dont l'idée première se rapporte encore au soulèvement, ajoutant />/î/,s à la terre, et qu'une autre croix, celle de saint André, était le signe du passage du soleil par l'échplique sur le front de la déesse d'Éphèse, comme sur les statues monsirueuses de Mexico.
Ainsi que le Q t précédent, ^ peut aussi se rendre par </, préposition de lieu, signifiant dmis, à, vers, etc. Le caractère suivant Q du Manuscrit Troiino est identique avec celui que donne Landa : dans ce document, ainsi que dans le Manuscrit de Dresde, le signe de la localité le remplace fréquemment et avec de nombreuses variantes : tels sont @, @ et (^) , dans le premier, ainsi que le suiviuit (^ (pi'on voit dans les inscriptions de Paleuijué. Le Manmcrit mexicain II" 2, de la Bibliothèque inqjériale, est le seul document où je le trouve altsolument identique à celui de Landa : c'est le premier à droite du petit groupe M où, avec Ye^ (pii le suit et le ^ i/aa- qui le surmonte il fait tei/ax, ruui neuf, au rejeton verdoyant, 11 ou bien ti-i/a,r-é, 'Hieu des trois nouveaux, des rejetons , etc. V Dans l'exenqde fourni plus haut par Landa , ma in ka-ti , «je ne veux pas , r< page 38, le li syllal)i(pi«" ^ ne parait être que le point central, isolé et agranch du r^ / [)remier de l'alphabet. Je ferai observer, d'ailleurs, que dans le t du Manuscrit mexicain h" Í le monticule central du bas ressemble étonuannnent au petit monticule du signe @ chuen ou aux petites têtes du caractère ^ nianik et autres. Dans la i>iupart des lan{>ues du jp'oupe mexico-guatémalien, t ou ti a le même sens qu'en maya; il représente les prépositions à. dans, en. vers, (»tc., ainsi que nous l'avons dit plus haut. Dans la langue náhuatl on le trouve également avec la même acception, mais seuleinent dans des mots composés.
8 . e ^. Ce signe , dont l'éipùvaleut Q est identique , dans le Manuscrit Troano , avec celui de Landa, n'est pas moins remarquable que le précédent. De même que le son e n'est, d'après les règles de la philologie, que la composition de ^ et de 1. dansai/, suivant la pnmonciation française, leprésenlhiéroglyphe paraîtrait avoir été (Muprunlé originairement au signe S) a, ([U(^ je crois retrouver dans le croissant qui surmonte ici les trois points noirs, et ceux-ci, à leur tour, ne seraient que l'abrégé des dents ou pointes (¡ne Ton voit dans divers autres signes, connue dans la lettre î,
EXPOSITION DU SYSTÈiME GRAPHIQUE MAYA. 51
qui vient plus bas. (Test qu'en effet le vocable e signilie, en maya et dans d'autres langues du même groupe, la pointe, la denl, le fd, le tranchant : c, daus les mêmes langues est la marque du vocaUÍ, comme en laliu. E est un pronom du pluriel et la marque du pluriel dans TAmérit^ue centrale; il indique le chiffre /ro/.s dans le uahuall ou mexicain, cxactemenl comme les trois points qu'on voit dans l'hiéroglyphe. L'image telle qu'elle apparaît ¡ci, et qu'on découvre fréquemment dans les documents, semble l'aire allusion aux trois premières pointes de montagnes qui tranchèrent au-dessus de la glace, en se soulevant à la suite du cataclysme. C'était la vie (jui s'anuoucait aux échappés du grand naufrage : de là, sans doute, toutes les significations qui s'attachent à cette voyelle, sans compter celle de la vie, de l'existence et du verbe être qu'elle exprime, ainsi qu'en français et en latin, dans le maya et la langue haïtienne. Les variantes de l'hiéroglyphe s'éloignent peu de l'original, doimé par Lauda. Celle-ci s'en rapproche entièrement @; puis viennent les suivantes (^, ©, ©, quelquefois renqilacées par les trois points isolés •/ : ceux-ci, dans cette position, semblent faire allusion aux trois pierres du foyer domestique américain, symbole lui-même des trois premiers cônes volcaniques. Les caractères du Manuscrit de Dresde n'offrent guère de différence et Ton trouve le suivant (Q dans les inscriptions de Palenque.
9. h ©.Cet hiéroglyphe, ainsi que sa variante^, également donnée par Lauda, diffère sensiblement des exenq:)les qu'on en trouve dans le Manuscrit Troaiio, J, S' S' §' S' ES©' ^^"^^^ '^l"*' ^^ lecteur peut le voir. Dans les uns comme dans les autres, on reconnaît, toutefois, que c'est le nœud du bambou qui a dû fournir le symbole de ce caractère. Dans le Manuscrit de Dresde, il revêt encore une apparence cursive; il a, toutefois, trop de ressemblance avec celui-ci ^, pour qu'il soit nécessaire de le reproduire. Cette lettre , toujours aspirée, en réalité est par elle-même un vocable; elle n'entre en composition d'aucun autre son, connne le fait le h français dans ch, ce dernier ayant en maya un signe particulier qui le distingue, comme on le verra plus loin. /T g, qui paraît ahernalivement comme ah, ou Ita, se prononce par lui-même comme 'h, pour exprimer l'idée de l'homme en tant que mâle, ainsi que le ] perpendiculaire des monuments assyriens : il désigne l'homme qui a ou qui est de; il est préfixe, d'ordinaire, dans
ces divers cas, comme le ah de la langue ([uichée; il devient suftixe dans d'autres circonstances et c'est comme suffixe qu'il apparaît constamment dans le náhuatl où il joue à peu près le même role. L'hiéroglyphe entier paraît avoir du montrer d'ahord l'image plus ou moins parfaite d'un roseau ou d'un hambou, exprimé par îio /f-'-»^' ' ig ,jio( f^fi, ou h, dans la plupart des langues du groupe guatémalien, et dont la 'u /¿ ^'^ signilication élait celle d'(Mre, d'élre sur pied et d'exister debout. Ce qui distingue le caractère de la lettre h, c'esl la roideur de ses lignes intermédiaires, toujours parfaitement horizontales et par lesquelles elles semblent réunir les deux parties du signe ^\ kânit, symbole de la terre. C'est là ce qui le fait reconnaître; c'est ce ([ui empêche (fu'on le <'onfonde avec li' suivani S3g), ([ui est une des formes multiples du caractère or. Entre les vîu'iantes de la lettre//, la plus curieuse est celle où l'on retrouve le signe de la croix : tels sont les caractères ^ et Q du Maimscrtt Troano, mais surtout le suivant (^ , cpii se présente dans les inscriptions de Palenque. La vie à laquelle le h, fait allusion, et dont l'idée se reproduit si complètement dans le ^, i/a.r, ff vigueur, rt^eton, etc., "et dans Valuni [^, ajoute à l'intérêt de cette inuige ipii offre, d'ailleui-s, une analogie assez frapjiante avec notre H ordinaire, comme avec Yetti grec.
10. / ^^. Ce caractère se présente deux fois dans Lauda : outre celui de l'alphabet ((ui vient ici en tête, il s'en trouve im second dans l'exemple cité plus haut : ma ¡n kalt, "je ne veux pas, ^ que voici @, mais qui ne diffère guère du premiei'. Celui (pii vient ici @ est tiré du Mainiscrif Troano, ainsi que les suivants ^^, ^ : ils offrent, comme on peut le voir, inie certaine ressendolance avec le signe Î^ cliiicii. et avec la lettre ^ c, expliquée plus haut; mais ils s'en distinguent par la ligne traversée de deux dents, ligne ([uelquefois double, ainsi qu'on peut le voir dans les exemples cités. La voyelle / exprime par elle-même en maya et en quiche rend)ryon, le petit-HIs de la femme, le rejeton de la terre : en haïtien, il dit la vie, ractivilé ([ui entre ou ([ui sort, l'idée du mâle agissant, ce (pii pousse dehors ou dedans, une pointe quelconque : ce sont, à leur origine, les pointes des lies, poussant à la surface de l'eau, ainsi qu'on le voit dans le même signe placé à l'envers ^^ ; enfin, en mexicain, c'est l'action de boire, d'avaler un liquide, dont l'idée première se rapporte aux volcans, poussant sous
EXPOSITION DU SYSTÈME GRAPHIQUE iMAYA. 53
les eaux et d'iivance abreuvés. Les varianles de ce caractère sont nombrei^es, mais toujours aisées à reconnaître; telles sont les suivantes M , ©, qu'on trouve dans le Manuscrit de Dresde.
11. m §. Le son de ce cai-actère a bien pi'obablenient conduit Lauda à le placer dans Tordre alphabétique où, d'ordinaire, se met le k dans les alphabets européens; sa véritable place, toutefois, eut été à la suite du h. Car bien (jue les Mayas lui donnassent la prononciation m. à cause de sa figure el du sens qu'ils y attachaient, il y a tout lieu de croire que, s'il servait syllabiquement à exprimer ce son, il devait alphabétiquement servir comme c dur, c'est-à-dire connue le c. tel (jue le donnent les écrivains yucatèques, qui le prononcent toujours comme /y, indifféremment devant toutes les voyelles. Le vocable ca correspond, d'ailleurs, parfaitement à l'image (jue présente l'hiéroglyphe; c'est celle d'une mâchoire, c'est la mâchoire de Cipactli , ;qjpelé aussi Capactii dans Motolinia ''', le monstre marin fabuleux de la mythologie américaine, monstre qui n'était autr-<% au fond, que l'Océan même, et dont la mâchoire était cette grande courbe d'îles que forment les petites Antilles. Cn, en effet, signifie la mâchoire, dans le groupe îles langues mexico-guatémaliennes :íyí, est la mâchoire, dans le quiche et ses dialectes; dans l'antique maya, bien qu<', dans le maya moderne, il devienne camarli, comme dans le mexicain du tenqjs d(^ Monlézuma. J'observerai encore ici (pie cnmach , en s(> décomposant, signilie, en maya, la mâchoire qui saisit, <jui prend , ai-marli , ou a(inach , reprendre bien, fortement, saisir et serrer ■.•'i ca, dans ces diverses langues, a égalemeid l'acception du verbe e'tre, avec l'idée de stare; il est le nombre deu.r: il a dans le maya le s(mis du pronom qui , ce <jui, ce qui est, celui (¡ui . celui qui est: celui du pronom personnel nous et du [)ossessif notre, et il marque connne la conjonction et. Dans cette langue, ainsi (|ue dans la langue ancienne de Haïti, ca est encore le sol, la terre, le sec où l'on s'abrite, un lieu, ainsi (pie nous l'avons décrit plus haut, à propos du caractère ^ ti. L'hiéroglyphe de m, tel que le donne Lauda, se trouve identi((ue dans le Manuscrit Troano : exemples 1, fj- Il se présente de même dans le Manuscrit de Dresde. Uemar([uons. loutf^fois. à
''' Historia de los Mexicanos por sus pinturas , Ms. de la collection de rnuteiir.
5/4 ÉTliDES SUR LE MANUSCRIT TROANO.
|)i'(>u(;)s de cette image, que, si elle peut rendre l'idée d'une mâchoire, elle a poilcment beaucoup de ressemblance avec le peigne commun des indigènes de l'Amérique : orle peigne prend et saisit les cheveux; il fait conjonction et il se dit l.anm dans les langues germaniques, vocable qui en maya, cam et kam, signiiie -prendre, etc»' Les variantes du ca sont nombreuses; j'en fais suivre ici les plus remarquables Í, S, S- ^'^ lecteur observera dans les deux dernières la forme courbe du caractère, qui rappelle à la fois le serpent et la courbe particulière du serpent, à la croupe hérissée, si bien attribuée aux petites Antilles. C'est cette croupe du monslro marin, ce sont ces pointes volcaniques qui sont si bien signi- (iées ici par les dénis. D'aidres variantes de ce caractère se retrouvent dans les signes suivants |, ^ et 17, qui sont également fréquents dans le Manuscrit de Dresde. Celle-ci \¡¿¡a , est fort renuu-quable : elle i-appelle l'idée de la galère antique et se présente fréquemment dans les dessins de navires, sculptés sur les rochers de la Scandinavie, et publiés par les antiquaires de Stockholm. Cette galère reparait dans le caractère ç^), des inscriptions de Palenque, où elle se transforme dans l'image d'une ilute de Pan ^. Toutes ces idées correspondent également à celles que présente le soulèvement des petites Antilles, qui imitèrent à la fois les sons de l'instrument du grand Pan, avec leurs volcans réunis, et servirent conmie de navire ou d'arche de Noé aux populations éparses sur les Ilots, à la suite du grand naidrage.
12. m 0). J'ai cru devoir transposer ce caractèi^e, en le plaçant à la suite du ca, bien que dans l'alphabet il vienne après le double pp oup: le son qu'il énonce est le même que celui du monosyllabe ca. En eflet, si le m, comme tout me le fait supposer, servait alphabétiquement de c dur devant a, e, /. il y a bien lieu de penser que le eu servait de même devant o, dont le son offre, d'ailleurs, si peu de différence avec celui de [u. Il se pourrait que l'un et l'autre signe eût servi indifféremment de c, dans l'ordre alphabétique; ce qui nous dispose à le croire, c'est que nous le trouvons dans la composition d'un certain nombre d'autres mots; ainsi, par exemple, à l'exception du petit signe n^ qu'on ne voit pas dans le caractère @ en, celui-ci est identique avec le caractère du jour ^ eauae.' On retrouve également ce sigile Q <"'', dans l'hiéroglyphe du mois cumhu, corn-
EXPOSITION DU SYSTEME GHAPIIIOlJE MAYA. 55
inençanl par le eu. La syllabe eu, racine de mm, le vase sous quelque forme qu'il soit, la chose placée, posée, el de cun, exprimant les parties secrètes delà lemme, énonce, en général, ce qui est secret, mystérieux , savant, dans les langues du groupe mexico-guatémalien; il est le temple, la sainteté, dans la langue haïlienne, ainsi que le mot ku , en maya. Ce n'est qu'en remontant aux origines les plus anciennes qu'on parvient à reconnaître celle du caractère actuel. Il parait faire allusion au vase de la terre mère, de la déesse mère américaine, YOxomoco mexicaine, Xmucané, en quiche, Xmuc, l'ensevehsseuse ou Xniic, la puissante, en langue maya. Son vase était la mer des Antilles, qui se creusa à la suite de l'incendie des volcans allumés dans le sol recouvrant naguère le site où existe actuellement ce vaste bassin. La courbe, à la droite du signe, indique le vase; à la gauche, le pointillage autour d'un petit cercle, le volcan et la croix dessinée dans le vase sont, suivant une inter- [)rétation, l'indice de la grande déchirure qui ouvrit le sol; selon plusieurs documents, c'est la marque des quatre tremblements successifs qui la produisirent; c'est le signe que les Mexicains désignaient sous le nom de jSalun'-Ollin , f-cpialremouvements,i7 nom qui, depuis, est devenu celui de tout tremblement de teri'e considérable, et du passage du soleil par l'écliptique.
13. k .^. Ce caractère, dont voici l'équivalenl ^^, d'après le Manuscrit Troaiio , n'est pas rare dans ce document, non plus que dans le Manuscrit de Dresde, où il a l'air de se confondre presque toujours avec le signe du jour ^) cimi, dans ses nombreuses variantes. Les deux hiéroglyphes sont identiques, à première vue : c'est l'œil mort, à la paupière baissée, qui leur donne cette ressemblance; car le sens ordinaire de cimi, c'est la mort ou la cessation de toute activité; c'est là ce que ce terme signifie au premier abord. C'est aussi ce qu'il y a de caractéristi(pie dans le signe de la lettre k : sous quelque variante que se présente l'un ou l'aulre signe, il faut qu'il porte un air de mort, ainsi que dans les vai'ianles (pii suiveni â. ^^^ ® ' ^, ^, ® <^l 9- Dans la première, au lieu d<' l'œil, c'est une sorte depelile hache, signe de morí également, qui le remplace, el les dents saillantes de la bouche indiquent la bouche d'un squelette. On remarquera tous les mêmes caraclères dans l'hiéroglyphe de cimi, et longtemps je me suis demandé si l'un ne remplaçait pas quelquefois l'autre. Mais dans le signe cimi,
56 ÉTUDES SUH LE MANUSCRIT TROANO.
donné par Landa, on ne voit qu'une figure inlorme, dont la paupière baissée et les dents saillantes de la bouche sont les uniques caractères. Ce qui doit donc dislingucr le r/«î/ du k, c'est que, dans le @ k\ on trouve toujours à droite la petite tête identique à celle qui se voit dans le niantk ^ , ainsi ([ue dans divers autres hiéroglyphes, mais qu'on ne découvre pas dans le caractère ^ a'mi. Cette tète, ainsi placée, est un signe de Tonde, de la vague et de la surface de la mer, caractérisée par une tête de chat, de tigre ou de chacal, à cause de son rugissement. C'est là sans doute ce qui a lait adopter cet hiéroglyphe pour exprimer le son de la lettre k, son (pii est fortement guttural, rauque et explosif; aussi les éh-angers ne se le font-ils sortir de la gorge qu'avec difficulté. Tels sont, entre antres vocables, ka, que Landa écrit encore monosyllabiquement avec le même caractère, dans l'exemple cité plusieurs fois, plus haut, page 38, signifiant le fiel et le chagrin; kaab, le comble de toute chose, ce qui recouvre tout; kaah, le souvenir; kaap, le ligament, comme celui des bandelettes où l'on serre le mort; kalt, la rupture violente et la descente d'une chose grande dans une profondeur; kak, le l'eu; kal, l'enfermement; kax, le ligament, ce qui cause l'étonnement; kaz, l'horrible, la ruine, la destruction; kil, la souffrance; kin, le soleil; kom, le fond, Tabime, etc., tous mots (jui s'appliquent parfaitement aux idées de tristesse et de mort, énoncées avec le caractère funèbre de l'hiéroglyphe ^^5 k, précité.
1^- /.'/ ^. Ce caractère, ainsi que le 0 eu, est placé, dans l'alphabet de Landa, à la suite du p. Sa signification syllabique est celle de tout ce qu'il y a de plus saint et de plus sacré: c'est Dieu dans sa plus parfaite expression, en maya. Si l'on examine l'origine de ce vocable, on ne la découvre, probablement, que dans l'idée plus simple de ku, en tant que signifiant le nid, le gîte de l'oiseau. C'est là ce (pie semble représenter l'hiéroglyphe qui ressemble tantôt à un nid ^, t;ml(M à trois œufs d'oiseau gg , colloques ensemble dans un nid. Comment l'idée de la sainteté, de la divinité a-t-elle pu se trouver unie à une idée si commune. c"est ce que les circonstances du cataclysme aident seules à comprendre. En effet, trois auraient été les volcans principaux avec lesquels se soulevèrent les petites Antilles, trois volcans réunis à peu de distance l'un de l'autre, souvent comparés à trois œufs d'oiseau, couvés dans un même nid. Trois encore sont les sources de
EXPOSITION DU SYSTEME (¡i; VPIIK)! E MAYV. 57
(rois ilouves, issues du mèuie bassin, au plateau de l'upayau, où elles couvèrenl, ••ouiuic eu un uid d'oiseau, sous un épais inanleau de {{lace, avant que la nature Icui- eût pern)is de prendre leur cours, en s'épaurhant de leurs canaux souterrains, et (pie les chants antitpies comparent aussi aux trois pierres du foyer domestique. Les volcans, dont Téruption brisa les glaces sur les îles comme sur les plateaux du continent, .de^inrent ainsi connue les premiers dieux des populations qui s'y réfugièrent : ils furent l)énis connne les auteurs de leur salut et de leur (conservation. Ainsi nacpiit de l'idée d'un nid d'oiseau, non, sans doute, l'idée de la divinité, mais le nom ([ui servit à la désigner chez les nations antiques du Yucatán. Dans la langue haïtienne, en a la même signification ([ue, dans le maya, kn, el toutes les variantes de l'iiiéroglyphe se rapprochent de Tidée première : telles sont ® et f^. Dans les deux suivantes ^ t't *^ , les deux parties des caractères, en se séparant, peuvent se lire (^©^ i/ax-ma, rrdéjà crû, grandi, fortifié, etc., '• ma, placé à la suite de ya.r, donnant au vocable la forme d'un prétérit absolu. Les variantes du Manuscrit de Dresde /^^, ^]^ , sont identiques avec les premières du MaïKiscril T roano.
15. / £g). On trouve dans Talphabet de Lauda deux formes dilTérentes de la lettre /, dont la première, en tète du paragraphe, a pour équivalent le caractère suivant ^^ dans le Maniismt T roano et dans le Manuscrit de Dresde. Cet hiéroglyphe se rencontre plus fré([uemment avec la forme allongée que-présente sa variante fïW^. dont la suivante, Q, est la tète ou la réduction. Elle fait, comme on le voit, l'effet d'un gros ver ou d'une chenille, bien que parfois la tète en soit analogue aux petits profils qu'on trouve si souvent dans d'autres caractères. Il semble bien, au moins, que ce soit une larve quelconque qui ait donné naissance à cet hiéroglyphe, lorsqu'on vient à l'examiner sous ses variantes diverses, dans le [fanuscrit de Dresde, f^^ : ear la plupart des voi^ables que nous trouvons dans le vocabulaire, commençant en la, lo, lu, ont une analogie frappante avec cette idée. Tels sont lac, écraser, fouler; lath, chose plate, un plat, une latte, comme en fran(:ais; loch, courber, contourner (comparez-y loch, lac, en anglo-écossais et lock, serrure, bracelet, etc.); loth, ce qui se ride, se fronce, se retire ou s'allonge comme une larve; lou, identique avec le monosyllabe anglais loiv, bas.
58 lÍTlDES S( H LE MAMJSCRIT TI'.OANO.
indiné, pU\; hib, chose ronde, ('(endiie el allonoée {/ohc en IVançais); enlin hiniii . terre, la lei'i'e Tcrlile, comme le /oaiii anzoláis. Le signe ([ue donne ici Landa [)onr le premier / esl répété deux fois dans l'exemple qu'il apporte plus liaul, /c7c. page 38, (M où il semble admettre (pie la letlre ^fyf^ I pnisse se prononcer et se Iraduire cl, vocable qui signifie s'éle\er el brnlei", en maya, et sortir, en (piiciie. Ce qui ponrrail ajoutei* dn poids à celte assertion et donner à penser ([n'ainsi devrait se jirononcer la letlre, lorsipi'elJe n'est précédée ou suivie d'aiicimc voyelle, c'est t[ne lii tète de la lai've prend très-souvenl wne ressemblance l'ra|)panle avec le signe de la voyelle ^^ e et qu'il arrive parfois (pie cette UMe senle paraisse, ainsi que dans rexeni|»le suivant ^p, prendre en abrégé la place du caractère f>t\7ix3 I.
"^- ^ ^^ ■ *''' •'¡«'■aclèi-e, vai'ianle de la lettre précédente, mais destiné, ce semble, à èlre usilé parliculièrement avec les vocables commençant en le on en //, a pour é(|uivalent celui-ci m , dans le Manuscrit Troaiio. Sa l'oi'me orijpnale esl celle d'une li'onde, arm(''e d'une |)ieri'e (pii paraît n'èlre ici ([ue la reproduclion de la tète du caraclère préci'denl, ou bien d'une arme analogui^ à la baclie de [)ieire primitive : nul ne saurait s'v tromper; car l'image suivante ^ vient confirmer cette assertion en plusieurs endi-oits du \Lini(Scril Troaiio, notanuuent au loi. \\ La prononciation de ce caraclère, alphabétique et syllabique à la fois, ainsi que celle du.préc<''d(»nl, est donc /c, vo(!able ([ui veul dii-e fronde, lacet et chasser au lacet, comme on le fait fréquemment en Amérique. Lé a aussi l'acception de feuille d'arbrfi, en s'écrivant avec un double e, c'est-à-dire Ice, dont l'image est des plus significatives, si l'on examine la forme ordinaire du ^ I, variante de celui de Landa. De là le vocable /ce, le front, cette tète entourée d'une fronde, qu'on voit si fréquemment dans le Mniniacrit Ti-odiio, comme par exemple dans le caractère de la letti-e ^ ¡II, ci-joint. Le vocable Icc a encore le sens de "h'cher, "> sens (pii \aut la jieine d'être remanjué, comme étant le radical de ce même mot français et latin. De là encore lo. Ilauune, etc. et lemha, l'éclair; Icpp, prendre on saisir; llcli . le croc ou crochet; ///. secouer; lila, arroser, etc. Les seules variantes que nous trouvions du caractère / dans le Manascrlt Troaiio sont ^ et ^, dont j'ai douté souvent, au c(jnnnelicenient, à cause de leur aflectation à tourner vers le