‹ Manuscrit troanoChapitre 3 sur 23 · I-M'OSITION DI SYSTÈMK (iiniMIKKK · texte numérisé non relu

I-M'OSITION DI SYSTÈMK (iiniMIKKK

sijriic ^ uc. avec lequel ils offrent parfois une grande aiialoyic Mais celte analogie sVxpliqne par le sens même du vocable oc qui signifie entrer, etc. Les val'ianlcs M^. ^. sont du M(iiii(f<vn'l do Drosdc.

17. m ^. La copie si peu soignée de ce signe a été longtemps pour moi nuf source de doute et de ditïiculté. Celui qui lui cornvspond dans les documents. ^. présente une analogie notable avec le ^^ /.', d'un coté, de l'autre avec les caraclères @ /; el i:@ ./• (ch français). Ce sont toujours des tètes de prolil à peu près idenli(pies el (¡u"il était aisé de confondre au premier abord. L'étude de leurs variantes a lini, toutefois, par m'amener à discerner leurs caractères spéciaux , et je me suis assuré i[ue celle qui doit être prise pour m est toujours une tète à Tœil ordinaire et vi\anl g^. et c'est en (pioi elle diffère surtout du ^ /.. L'al)sence de points ou de hachures autour de la bouche est ce qui la distingue du ^ p. et l'absence de points, remontant extérieurement de la bouche au front, la distingue du \\^ a- (ch). Le signe suivant ^, où la fronde est ouverte, selon l'explication donnée plus haut, est une variante du m, qui. d'ailleurs, varie peu. La difformité du caractère reproduit par le copiste de Lauda "ne permettrait guère de porter im jugement sur l'origine de cet hiéroglyphe, si ceux du Mtnniscn'l Tfoano. qu'on trouve enttmrés de la fronde, ne paraissaient l'éclaircir jusqu'à un certain poiut. Cette fronde, en effet, est le symbole du contoiu- de la mer des Antilies, formée par le cataclysme et dont la surface est fréquemment comparée à un miroir réfléchissant un visage de fenuue. c'est-à-dire l'image de la terre coulée à fond, tnu, f'ia terre ainoUie. "^ L'allongement de la bouche en nmseau ^. indique par le uiouvemenl ([ue la prononciation du son mu a pu donner lieu à cette forme; mais l'allongement, beaucoup plus remarquable, ([ui se présente dans ([uelques variantes, laisserait penser cpi'une tète d'oiseau en aurait donné la première idée; telles sont :3^, ^J/, lesquels, avec le caractère o qui en surmonte le nez, feraient mo, qui veut dire excroissance de chair, et, prononcé plus long, signifie ara, l'oiseau sacré, dont le nom est celui d'un des mois du calendrier maya. S'il en était ainsi, nous serions porté à croire cpie les premières têtes servaient à écrire les mots en me et en mi, à cause de leur ressemblance avec le signe ^) meii . douzième des jours du calendrier; dans ce cas, probablement, ceux qui se rap-

60 ÉTUDES S(jí; LE MANUSCRIT TROANO.

proclient de la lèlo (roisííati auraienl servi aux vocables en 7)io et en mu, les \(tcables en ma ayani leur première syllabe particulière qu'on a vue dans Texemple cité plus haut du o-^ ma. Dans le groupe suivant ^^^, la tète est celle de tout ce qu'on voudra, précédée d'un caractère qui me paraît être une aspiration, surmontée d'un 0, et suivie d'un autre a, ce qui lèi'ait omo, peut-être pour otnon . '•écume, étranger. '^

18. // ^. (le cai-actère, extrêmement facile à i-ecoimaifre partout, n'en est, peut-être, que plus rare. Il apparaît quatre fois dans tout l'ensemble du Maiiascrit Troaiio, où il semble jouer le role d'un caractère sacré. Entouré constamment d'un poinlillage en forme de carré long, tel queje le reproduis ici, Ijf'l , on le voit d'abord, placé horizontalement en haut de la page xx, puis verlicalement dans la colomie de gauche, vers le bas : on le retrouve dans une position horizontale, en haut de la [)age xxi, puis une dernière fois dans la même position, en haut de la page xxui. Jusqu'à ce moineut, je ne l'ai aperçu nulle part employé en minuscule ou cursivement, comme les autres caractères, pour commencer ou linir un vocable qudconque ; l'écrivain de ce document semble avoir pris à tâche d'éviter de s'en servir autrement que je viens de le dire. Sa position est donc toute spéciale et, tel qu'on l'y voit, il doit signifier très-probablemeni tout ce (pi'il y a de grand et d'élevé, ainsi ([ue la plupart des mots dont le \ est initial. Tels sont na . la mèi'e et la demeure par excellence; iiaat (littéralement mère ou demeure sur l'eau), l'intelligence et la sagesse; iiah, la paume de la main et la mesure; nabi, l'oint, le consacré; iiac, la couronne royale, ce qu'il y a de plus élevé; mih et mik, proche, juste, égal, ce qui est consohdé; nal, la gerbe de maïs; nao:, ce qui brille et brûle; neb, les pointes rangées; nib, la bonté; nie, la prospérité, la victoire, ce qui a fleuri; no, le sol durci par excellence; noh , la grandeur; iioa:, le solide; nue, le fondement, le superlatif et le pluriel de grand, etc. Ces expressions diverses s'appliquent on ne peut mieux à la courbe d'îles que l'hiéroglyphe N était destiné à représenter, courl)e qui donne l'idée du serpent, en particulier dans les variantes du Manascril de Dresde, fj , g, ^; aussi ce reptile en était-il le symbole le plus complet. De là le nom de can, serpent, par lequel ce signe se ti-aduit, vocable qui n'est qu'une nuance de kàa ^^, fargile soulevée, la-an, la

Ierre vermeille el croissante, dont on retrouve le syinl^ole dans le haut du caraclère ^ H, du Manuscrit de Dresde. De là, dans la langue náhuatl, le Colhna on Colhuacaii, le lieu de la rourl)e, la terre des ancêtres, nom sacré qui lui traiis[)orlé ensuite en tant de lieux diflerents. C'est cette courbe si remarquable des petites \ntilles, où chaque île offre une courbe du côté de l'Océan, premier asile des populations échappées du grand naufrage du cataclysme. Voilà pouiupioi le signe //, ^, tel qu'on le voit ici, surmontait, conune Viira'Ks en Égvple, ^, la couronne des prêtres et des rois, pourquoi il était l'insigne sacerdotal et royal par excellence, terminant le bâton sacré, ainsi que la crosse de nos évèques.

19. 0 ^;. Ce caractère a un grand nomlu-e d'('quivalents dans le Maïuiscril Troaiio : tels sont ^. , '^ , ^. , .^ , qui tous se rapprochent du signe donné par Lauda. Si on le compare aux images analogues que nous offre le document en question, on en trouvera la portion inférieure identique avec le syndjole, si souvent répété, en rouge, d'un volcan ouvert et en activité; le petit cercle entouré de pomts, comme l'œil de l'oiseau, dans le second a, |p, en est la section la plus caractéristique, et souvent elle se présente seule ;"o) et ¡mi pour Va, dans le Manuscrit Troano. La section supérieure, identique avec celle du second o, offre l'image d'une gourde ou calebasse à jet, symbole du soulèvement et du cône soulevé. L'expression de l'hiéroglyphe se rapporte, peut-être, au vocable orh . signifiant une calebasse en forme de coupe, peinte en rouge, jaune et noir, dans plusieurs des langues du groupe mexico-guatémalien. Le verbe ok, pleurer, répandre des larmes ou gémir, se rapporte encore à cet o, ainsi que le verl)e ot, sorte de graine rouge, symbole du feu, dans les enchantements; ox, à son tour, expTession du nombre trois, est encore un verbe qui a l'acception d'égrener le maïs et de répandre du feu. L'o maya, dont l'idée première exprime une étendue, une surface circonscrite, n'est, comme on le voit, que très-peu éloigné, quant à la forme, de Vo, latin ou grec, que la bouche semble écrire naturellement, en s'arrondissant pour le prononcer.

20. 0 ê. Ce caractère, présenté par Lauda connue la variante du précédent, est le plus usité : il est composé de quatre étages superposés, lesquels, parfois, se réduisent à trois, à deux, même à un seul, ne laissant, en réalité, que le signe

¡iiff'riciir, (|ii¡ est un vrrilal)le o, même pour nous. Le suivant ^ esl úvé du Mali iiscj'/l Trodiio. Tel qu'il s'oflVe ici, ce caraclère semble être, à peu de chose près, la répétition du précédent, ses traits dislinctifs étant un rond, avec nne ouverture circulaire, surmonté d'une double calebasse : si mes conjectures sont exactes pour le j)remiei', la [lai'tie inlerieure de celui-ci devrait indicpier Lexistence d'un volcan, où l'absence de pointillage annoncerait l'extinction ou bien la non-activité. Les variantes de ce second o sont peu nombreuses; telles sont ^, @, ^, M, toutes égaleuieid extraites du Mainiscn'l Tnxuw. Le lecteur observera, en parcourant les pages de ce document, que cet o arrive, plus encore (pie le précédent, à la simplicité alplial)étique de noire o latin, dans la conqiosition des vocables. Je n'en cilerai (juc l'cxenqjle suivant, |^ ko, la [iremière lettre /.• ^^ étant ligurée par la (rie à l'd'il terme, et ïo ])ar le rond concentrant un point plus petit, placé dans la caviU', entre le nez et le Iront. Ko, d'après Beltran, est le jabot de la poule ou une cxcrdissance de chair; ce (pu? figure encore l'image actuelle.

-I- /' ^- 1^;» dillérence radicale de cet hiénjglyphe d'avec le symbole de la lettre ^ /// dans sa l'orme matérielle, consiste surtout dans les points et hachures ou poils ([ui apjtai'aissent cà et là autour delà bouche, ou bien de l'œil au menton, dans la lettre ¡i. (Test ce dont le lecteur peut se convaincre de nouvf^au, eu conipaianl le ¡i ^% du Moiiiiscril Troaiio, (^([uivalent à celui de Lauda, avec la lettre m. expliijuée plus liaul. En examinant de près les divers spécimens de la lettre /; maya, on finit [)ar les ideutilier avec la tète d'animal, reproduite ici ^^ . exlraile de notre document. Cette tète est celle d'une bête hideuse, ligurée au loi. \\n, lançant de la vapeur par la gueule •.■••.. *'' devenant avec cette vapeur le i\|)e de la lettre .r (cli français). Privée de la \apeur, c'est la lettre /k Cette bêle, snnbole de l'énergie v()lcani([ue cachée dans le sein de la terre, est l'image du |)elil clneu tei'i-ier de Chihuahua, appelé jiek eu langue mava : c'est un animal soineut couloudu avec le ha ou lo:ait mexicain, sorte de rongeur, au- (piel les Lsj)a¡¡nols oui doimé le nom de lopo, taupe. L'idée symbolique est doue d'accord ici avec le phonétisme du caractèi-e p. Les variantes en sont nombreuses, sans toutefois s'éloigner beaucouj) du l)pe primitif. Telles sont les sui- ^;'"l''^ • (S^ @' 9' Q' ©^ â •'' S' <»" l(' pointillage et les poils

EXPOSITION I)l: s\stkmI': r,ii\pinoi]E maya. g:}

vont griiéraloineiit ensemble, bien ([ue ruii puisse parfois se li'ouver sans Tanlre. Dans le si^jne suivant, la l(Me ^^, suivie de la lettre o, ex])i-ime le ui(ni()sylla])e po, i-acine (Tun grand nombril (b^ mots, renrermanl Tidi'c de rcnlliirc, de la vapeur, (Func malien^ rcnb^i'inc'e, etc.

^'2. i) (pp) ^. Ce cararirre ost celui du double pp, délduanl. rendu suiixcul. dans les livres modernes, au Yucatán, par un p, h la (juene barn-e. liliir-roglyplie est remarquablemeul expressif: c'est ainsi ([ue, dans ré([uivalent Q , extrail (\u Maviisnil Troaiio, on voit un(> bouclie aux lèvres serrées, connue de (pii s'apprête à émettre violeniment un son explosif; je crois eu retrouver encore Tidi'-e dans la bonclie encastrée an milieu du canal vertical, coupant la ligure el lenaid la place de To-il on formant Tañí Ini-inème. Un grand nond)re de vocables dans la langue maya, connnençantavec le double pp, ont un sens qui s'accorde, on ne ))eul mieux, avec le synd)ole. J'en citerai cpielques-nns : ¡)(i, onvi'ii- avec violence, ainsi cpie ses dérivés; pcc, ouvrir avec les (loi<»ls ou les pieds comme les terriers; prci , rayer, nettoyer, écosser (comme en anglais, prci); pch , fendre en écbardes; peu, capliver {peu, enfermer, clore, en anglais); ¡^e:, couper, Irancber, écorcliei-; p¡(\ Iniller en pièces (pH/uer la viande, liacber menu); poli, fouler, opprimer; piii/. bioyj-; pul, pousser, rouler en avant ou en lias avec force (comme le vei-be la pull, anglais), etc. Le p 011 double pp se retrouve fréquennuent dans l<' \liniiisn-il Tro(iiii). bien quoiîran! des vai'ianles assez nombreuses; je signalerai ici les 1>'-'"<''F'<''^ s, gP^ S' G3Í3, g, ^. Le« suivantes ^, g), send)lent annoncer (pie le canal vulcani(pie est di'jà plus ouvert et que la source tm est presque exlialée : cette dernière ^^ s'en éloigne davantage, mais n'en esl pas moins expressive; car les signes caractéristiques de cet biéroglypbe ne cousisteul pas tanl dans les lèvres serrées et comprimées, que dans le canal, taulol vertical, lanlol incliné, qui traverse l'image; quelquefois il n'y a (|u'un simple (rail, plus ou moins ondulé, coupé pai" un point rond, comme dans le signe suivant Q, ou celui-ci Q ; le suivant f^, ({ni appartient au Mainisn-if de Dresde. send)le liien indiipier que c'est cet biéroglypbe qui a donné li(ni au a> majuscule el Z minuscule des Grecs. L'image suivante ^ est également tirée du ILiimscril de Ihesdc: les trois derniers §1, ^3f , Q, sont extraits des inscriptions de Palen(pi«''.

23. í7í ^. Ce caractère dans lec|uel on reconnaît aisément une main, bien que (lilïorme, est traduit dans ralplial)et de Landa par un j-, accompagné d'un petit Ti han'f', ainsi que le lecteur peut le voir dans le fac-similé reproduit de son ouvrage, page 38; mais un examen attentif et répété m'a prouvé que l'auteur, d'accord, sans doute, avec la manière d'écrire à celte époque le monogramme du (IhrisI, par un x traversé d'un h, ainsi que le nom de Christobal ou Christophe, avait eu en vue le son du cli espagnol, prononcé connue le français tcli . notre cli . rendu par a- en Amérique, n'existant pas dans la langue espagnole. La main, rendue comme les suivantes ("^^, c:^ , dans le Manuscrit Troano, se trouve idéographiquement d'accord avec le son qu'elle exprime dans la langue maya, si l'on examine les vocables don I la consonne cli est l'initiale. Avant d'en donner ici les exemples, je ferai observer, toutefois, que les Yucatèques modernes proposent, dans leurs grauunaires, deux variétés de cette consonne : la première ch. ordinaire, expliquée plus liaul, mais doni la prononciation n'est ni brève ni rapide; la seconde, qu'ils écrivent (7/. avec le h barré, dont la prononciation est rude et détonante, ainsi cjue rexpli([ue le père Antoine Gabriel, dans sa granmiaire, que nous reproduisons plus loin. Je citerai quelques vocables, selon les deux manières: rluKi , lâcher prise, relâcher, laisser; cIkicJi, poignée d'herbes ou de cheveux, etc. cliiiKc. saisir, atteindre; rîia. prendre, recevoir, apporter; rríí/c. couper avec force; cliah, porter, etc., tous mots cpii, comme on le voit, sont en relation directe avec la main. Landa, dans son alphabet, ne dislingue pas les ch l'un de l'autre, bien que les modernes y attachent une grande importance. Peut-être, de son temps, était-il jugé moins nécessaire d'en faire l'observation, l'usage, l'ensemble de la période, dans le discoui's, |)ouvant aider les lecteurs à reconnaître le ch du ch. Il y a tout lieu de croire qu'il existait un signe particulier, destiné à aider les lecteurs des livres antiques a discerner un son de l'autre, signe analogue à celui qui, dans le latin, lait distinguer une voyelle brève d'une longue. Dans les images que nous donnons ici connue variantes du ch , ^ , ¡^, C^, l'indicateur porte un anneau et montre la droite, tandis (pie les deux images d'en haut n'en ont point. La (lillV'rence entre les deux ch et ch se rendrait-elle encore par le changement de position ou par la bari'e qui traverse la main dans les images ^pJj du Manuscrit Troaiio et |)ar les hiéroglyphes ^^p et ^^ du Manuscrit fie Dresde ?

EXPOSITION Di; SYSTÈME GUAIMIIOUE MAYA. 65

2/i. X ^^. Ce symbole esl aisé à reconnaili'c 11 est fréquemnieul répété dans le Mamiscrit Troano, et son é({iiivalent í;^ ne diiTère du précédent qu'en ce qu'il est mieux exécuté, (l'es! une trie analogue aux ((Mes ([ui caractérisent les lettres ^^ /.-, ^ 111 et ^^ p, avec cette différence, suilisannnent remarquable, que le x porte (\u menton au iront une et, le plus souvent, deux séries de petits points, indi(piant récliappement du son ou de Tair de la bouche, ce à quoi correspond cette lettre x, prononcée comme le eh français ou le sli anglais. Le lecteur observera que les points, en se portant do bas en haut dans Thiéroglyphe du x, se terminent vers la cavité existant*» entre le nez et le front, oii se place d'ordinaire la voyelle (pii doit en détei'miner le son; l'exemple suivant ^^ lait voir le x, suivi ou plutôt surmonté d'un a abrégé, tel (pi'on l'a observé plus haut parmi les variantes, faisant ainsi xa, en français cIki et en anglais slui. D'après ce qui vient d'être exposé, on reconnaîtra donc que c'est au pointillage partant de la bouche ou du menton, l)()intillage tout extérieur, qu'est du le caractère de l'hiéroglyphe; aussi ce pointillage paraît-il parfois seul '•;... dans l'écriture cursivo ou dans les tableaux où il doit se prononcer, s'il y a phonétisme dans l'ensemble, comme l'hiéroglyphe entier. C'est au son exprimé ¡)ar ce pointillage ([ue se rapporte le sens de la plupart des vocables qui, dans la laujfue maya, commencent par un x. Tels sont : xnaii. lîux, écoulement; xí/¿, génération, chaîne des êtres; xacli, séparer, éloigner; xak. mélange, union ;.rft/ící/», retenir, retarder; xamm, envoyer; ¿P(?, vomir; xclem, partager; xex, sperme; xihil, couler, se répandre; xHti/, éclore, jaillir, etc., vocables qui tous, conune on le voit, s'accordent avec l'idée symbolique de cette chaîne (jui part de la bouche au front de l'image hiéroglyphique où se place la voyelle. Dans le Manuscrit de Dresde, ce signe /\^^ se repi-oduit de la même manière, bien ([u'avec une apparence d'ordinaire plus cursivo. Les variantes \^), :í¡^^^^ sont trop faciles à reconnaître pour qu'il soit nécessaire de s'en occuper davantage.

25. u %. La voyelle u (on, en français), dans sa première figure, bien que légèrement déformée dans l'alphabet de Landa , n'en est pas moins aisée à reconnaître. L'image (|, modifiée dans les suivantes 1, Q, 1|, 0, Q, ¡j, ¡|. |, 1^1^, [|¡¡. du Manuscrit Troano, se présente ainsi, avec les autres, conune les variantes de ce caractère. Ce qui dislingue le premier queje reproduis pour modèle, c'est la denl

qui ressort de l'ensemble de l'hiéroglyphe et qui se retrouve dans toutes ses variantes. Les deux points, blancs le plus souvent, noirs quelquefois, existant de l'un el (¡0 l'autre colé de la dent, ne s'y voient pas constanniient. La copie de l'alphabet de Landa ne les porte pas. Le lecteur fera bien de remarquer ici toute la différence qu'il y a entre ce caractère et celui du monosyllal)e ^ ca, ^, toujours dentelé ou pointillé. La voyelle ii (on) a, dans la langue maya, plusieurs significations assez différentes, mais, ([ui au fond, présentent un même ensemble d'idées. U est un vase, lui bassin, une superficie circonscrite; c'est un crochet, un collier pour porter au cou; c'est la lune, le mois; ce sont les règles de la femme, idée de retour sur soi comme dans les vocables qui précèdent. U est un pronom possessif de première et de troisième personne, suivant sa position dans la période. Dans l'hiéroglyphe actuel, est-ce la lune, est-ce le croissant que les inventeurs ont voulu représenter, cela est probable? J'observerai seulement à ce sujet qu'il arrive hvMjiiemment ([ue ce caractère!^, placé horizontalement, prend également l'acception de la circonférence d'un vase, de son contour extérieur; voilà pourquoi on ^M le trouve souvent encore dans la position d'un couvercle sur une marmite. ^^ ainsi cpie dans cette image toute syndjolique, extraite de la page xxi du Mainisrnt Troaiio. La marmite représente le bassin de la mer des Antilles, en déterminant ainsi le sens du caractère (/ (^, dont l'envergure, plus ou moins analogue à un arc, indique le retour du ciel à la surface de la mer, c'est-à-dire l'horizon, un crochet dans son sens le plus grossier. Au-dessus de Vu, couvercle, deux signes du jour ^j kan . "l'argile soulevée et la croissance,'- double sens de ce vocable, indiquent (pie la terre s'est soulevée accrue par la puissance de son iuaitre, signifié par le M h ou ah. celui qui possède, la fumée et la vapeur, (pii s'élèvent en cône au-dessus du symbole, dont les deux pieds, o, indiquent des cônes volcaniques. Le symbole entier se lit : ooh Jia-u káankánii ah hiu xo-xo, « bubons (collines) du bassin d'eau ont soulevé la terre du maître soulllanl la fumée."

'26. Il 9. La seconde forme de la voyelle n (ou) est aussi rare que la première est frécpiente, au moins d'après celle qu'en donne l'alphabet de Landa. Au premier abord, ce caractère paraît se confondre avec les caractères des jours ^ caban et surtout ^ àh, dont il serait assez difficile à distinguer, si ces deux derniers

EXPOSITION DU SYSTEME (ilMPHIQUE MAYA. 67

iTrlaient encadrés. Tel qu'on le voit en tète de ce |)ai'agraplie, il me parai! re- [)roduit avec exactitude par le copiste; c'est un çrocliel, ainsi que Tiiidique la voyelle maya, ou un écoulement, dans le sens des mensti'ues, si on le compare au cib, qui est la lave en ébullilion, la lave coulante ou les menstrues de la teri-e mère, dans son acception ancienne, et la cire fondante, dans son acceptiou vulgaire. Si ce cai-actère esl malaisé à identifier, à cause de sa ressemblance avec le cib, il Tesl [)eut-èlre plus encore quand on vienl à rechercher ses variantes. I.e crochet suivant, sans cadre ^, du Manuscrit de Dresde, doit être une lornic du second ic uiais j'éprouve encore quelque doute au sujet du suivant ^, que son cadre ramène au type du caractère (J) cib. Ce qui est certain, toutefois, c'est que par leur forme ils correspondent, aussi bien que celui de Landa, à l'idée de la voyelle ii, de retour, de torsion.

27. z ^. Cet hiéroglyphe est le vingt-sixième et le dernier de ceu\ ([ue Landa propose dans son al|)habet. Il le rend par un :, sans énoncer aucun autre son; mais l'examen du Manuscrit Truano, ainsi que l'étude de la langue maya, m'a convaincu que cet hiéroglyphe était à la fois l'image du z et du j ou c renversé, adopté depuis pour exprimer les nuances du z, savoir dj et /:. la phqiarl des vocables commençant par ;, ç, dj on tz, n'étant eux-mêmes que des nuances les uns des autres. Quant à l'hiéroglyphe qui les représente tous à la fois, l'analyse n'en saurait être difficile. Chacun pourra par lui-même, en voyant les documents, reconnaître à quel ordre de faits il doit son oiigine. Il suifîra de prendre son équivalent dans le Manuscrit Troano, ^ : on le découvrira également dans l'image d'une plume i, symbole du bruit produit par l'échappement de la vapeur, exprimé, on ne peut plus naturellement, par le son du ; et par ses nuances. Cette plume n'est elle-même cpi'une forme de la feuille du mimosa, le mizqmtl uiexicain, dont les dentelures en flèche ont été prises pour i-endre l'image du gaz, d'abord, puis pour en énoncer le son dans la lettre :. L'hiéroglyphe qu'en reproduit Landa n'est autre chose que le corps d'un autel américain, qu'on voil § tantôt de cette manière, surmonté de la fumée, tantôt comme un vase ou une marmite d'où s'élève la flamme ^, soulevée par le souffle, dont le signe @ *'/.■ apparaît tout menu au-dessous. L'image caractéristique de la consonne : ou f,

,58 ÉTUDES Sin LE VUNLSGRIT TP.OANO.

c'est donc la lancette presque toujours triple, superposée comme les dentelures de la plume ou de la feuille du mimosa, au centre d'un vase quelconque, d'où le gaz ou la vapeur comprimée s'échappe. C'est encore une fois l'écriture ligurative unie au phonétisme; car le ,' maya indique une des nuances du son produit ])ar la vapeur, comme le pointillage '•;•... de la consonne x (ch) en énonce nw autre. Les onomatopées sont coulintK'Ues dans cet alphabet remarquable el doni on ne saurait contester la haute antiquité: la nature fut évidemment le guide de ceux qui en inventèrent les caractères; mais ce fui la nature en travail d'un nii)nde nouveau. Nid ne saurait s'y iriépi'cndre, en conq^aranl les caractères aux scènes (hi Mamiscrit Troano, dont ils composent les inscriptions : ce sont partout les signes non é(piivo(pies do la fumée, de la flamme, des gaz et de la vapeur, opérant dans les entrailles de la terre. J'oljservorai, en finissant ce pai'agraphe, que le mizquiti ou mimosa, dont la feuille est l'hiéroglyphe du gaz, est, d'après le savant Hernández"', le même arbre que l'ac^m des anciens, qui joue un rôle si mystérieux et si difllcile à comprendre dans les sanctuaires égyptiens, connue encore de nos jours dans ceux de la franc-maçonnerie. Selon le mémoire déjà cité de M. Aubin *'-', une épine servait à rendre le son du z ou r. dans les livres mexicains.

Kn terminant, avec le :, les Iroj) courtes notions qu'il nous a conservées de rulphabet maya. Lauda ajoute à la lin : ff (xitte langue manque des lettres qui ne sont «pas ici; mais elle en a plusieurs, ajoutées de la nôtre, pour d'autres choses dont rrelle a besoin, et ils (les indigènes) ne se servent plus de leurs anciens caracw tères, en particulier les jeunes gens qui ont appris les nôtres. '^ Ce qui veut dire que pour les vocables de la langue espagnole introduits dans le maya pour désigner des choses ignorées auparavant an \ucatan, on se servit des caractères latins, correspondant aux sons dont le maya manquait. Ce sont les lettres d,f, g et r, dont le son était inconnu, avant la conquête, aux populations de cette péninsule.

On ne peut guère douter (jne Lauda n'ait reprodnil ici l'équivalent des sons

' íUi;í/míí/, rrvei-isäiilia antiquorum acacia. M H^nniul. "' Mvinmre aur la ¡irinturo iliducUque , etc. \)ag. oO.

Hisl. nal. lib. XII, cap. ix.)

divers existant dans la langue maya. Il n'en est pas moins vrai, cependant, c[ue son alphabet est inconiplet : car il témoif^iie lui-même par les exemples qu'il apporte (juen dehors des caractères phonétiques ordinaires, pouvant être usités aiternalivement comme alphabétiques ou monosyllabiques, il y en avait d'autres qui étaienl purement syllabiques. Apn>s avoir exposé l'explication de ceux qu'il a fom'uis, je m'elVorcerai, dans le cours di^ cette monogTaj)hie , d'exli'aire et d'analyser tous ceux que je serai à même de découvrir, en travaillanl à la lecture des inscriptions.

'18. ha %. Le premier caractère enlièremeid monosyllabique dont Landa tasse mention dans son alphabet est le ha ou a, fortement aspiré parle ti barré qui le précède. Ce caractère a pour variante h^ suivant Q , ([ui parail être en même temps le symboh^ figuratif de l'eau qu'il exprime phonétiipiement, ha. Il fait partie du groupe formant le symbole chcn i^Jij. ^f i)uits natui'el, 'i nom d'un des mois du calendrier maya. Les deux demi-cercles concentriques (pii en sont la partie saillanle se retrouvent dans ceux-ci ^ , (pTon \ojt superposés fréquemment au caractère /,■ dans l'image présente ^. Aussi suis-je disposé à penser que ce signe est identi({ue avec celui de ha de Landa et qu'il se trouve ici pour appuyer la forte gutturation du k. Dans la variante (piVu donne l'auteui', l'ensemble de l'hiéroglyphe rappelle le premier a ^^ de ral|)habet, c'est-à-dire une espèce de croissant : si, dans celui-ci Q ^ l'^w voit à gauche, en dedans, le signe ordinaire du volcan et du feu, on trouve contre le cercle intérieui" une larme ovale et deux gouttes d'eau, pendantes extérieurement en bas, caractéristiques de cet élément dans le Manmirit Troano, ainsi que dans les documents purement mexicains.

29. ma o-'Ss. Tel est le second caractère dont parle Landa, sans le mentiomier dans son alphabet. Son équivalent qaû dans le Manuscrit Troano s'y trouve fréquemment, avec plus ou moins de régularité, soit isolé, soit placé de manière à former la partie supérieure du caractère monosyllabi(]ue ^' l,ii, où il ne fait ({u'un, d'ordinaire, avec la partie inférieure, comme ci-après ^B- Sous la forme suivante cr-o, ma se voit souvent dans le Maituscrit Troano et dans le Mamiscn'l de Dresde, bien que, dans l'un et l'autre de ces documents, il paraisse en composition avec un seul pomt ou o, posé en plein sur le (| u. avec lequel il ne fait

70 ÉTUDES SUR LK MANLSCHIT THOANO.

({iriiii : lel est le groupe suivant ¡^, où il termine la phrase gj© (di- ^ kan, i^ kan, (t //, ^ 0, d-"^ ma, ff celui de la terre soulevée sur écuniante Teau." Ma, (Hii est Ti-uoncialion phonétique (hi caractère dans le langage antique, est le hras ou la main; c'est la syllabe primitive d'un grand nombre de vocables, dont le sens indique l'opération de la main ou des bras. Lliiéi'oglyphe n'est ainsi, |)robal)lement, qu'une image des deux Ijras étendus. Ma est encore une négation dans la langue maya, un sioue du prétérit après le verbe, comme aussi de l'optatif très-usité, etc.

'■^0. fi A. Le troisième caractère apporté par Landa, en dehors de l'alphabet. est h' il, dont je trouve les équivalents suivants A, A, dans le Manuscrit Troanu, à la page v. Ils y sont posés au-dessus de deux rayons de miel, signes de soulèvements de terrains, qu'ils indiquent, par conséquent, comme étant des locaUtés; le suivant (^) en est très-probablement une variante. Ce signe n'étant lui-même , après tout, qu'une variante du f^ I, le lecteur pourra en revoir l'explication détaillée au n" 7 de l'alphabet.

Ces trois caractères sont les seuls que Landa Iburnisse d'une manière certaine, dans l'inslruclion qui y est relative. Toutefois, avant de clore cette matière, je crois pouvoir en ajouter un autre c[ui s'offre fréquemment dans les manuscrits présents sous nos yeux. C'est le signe ^ i/aj\ formant au calendrier la section supérieure du vocable i/a.r-kiii !^J|, "soleil nouveau, " nom de l'un des mois mayas. Ailleurs on le trouve analogue à celui-ci (^ ou au suivant ^^, pour énoncer le mois yaa'. autre mois du calendriej-, dont la signilication est f-neuf, vert, vigoureux, etc."' Quant au premier de ces hiéroglyphes, tel cpie l'apporte Landa, il est identique avec Wiliau (^, dont l'explication viendra plus loin. En le comparant à ses variantes diverses, ou y reconnaît une sorte de citrouille ou de calebasse, fruit auquel il est fait ti-ès-souvenl allusion dans les documents, comme symbole de la fécondité végétale, par la similitude de son germe avec le membre viril en érection. Sous cette double idée, il fait allusion à la puissance du feu tellurique, ouvrant le sol comme un germe, crevassant la terre et s'y dressant sous la forme d'un cône volcanique. Le lecteur observera, d'ailleurs, que, dans limage présente, ce n'est pas tant le fruit qui vise à l'effet que le germe qui s'y développe

et qui s'en élance avec la vigueur que rend si bien la syllabe //rtx en maya; yax (prononcez ijuch en français) est tout ce qui pousse avec force dans la nature animale ou végétale, c'est le bourgeon au printemps de Tannée. Dans la langue quichée le v remplace Xij maya et le mot fait rax (rach), fort, puissant, rapide, vigoureux, violent, exactement avec les sens divers du moi rash, anglais, lequel a conservé, en médecine, le sens antique que lui attribue Tbiéroglyphe maya, á'énipíion. Notre vocable rage s'en rapproche beaucoup.

Exposition des signes ries jours du calendrier.

Ces signes, auxquels j"ai fait allusion plus d'une fois dans le cours de l'exposition précédente, se trouvent constamment mêlés à ceux de l'alphabet dans les documents ([ue nous possédons. Ainsi queje l'ai dit plus haut, c'est ce mélange qui occasionne la confusion inhérente, en apparence, à ce genre de documents: mais cette confusion disparaît, du moment que l'on ne prend plus les signes des jours que pour la valeur réelle qu'ils ont ici, celle de rébus, énonçant des vocables d'une ou de deux syllabes et qui prennent naturellement leur place, comme tels, dans le corps de la période. Le lecteur en trouvera des colonnes entières dans les pages du Manuscrit Troano, sans aucune intervention des caractères de l'alphabet; eh bien, ces colonnes doivent se lire précisément connue le reste. Les noms des jours, ainsi disposés, pris sans aucune arrière-pensée des divinités cju'ils consacrent, formeront des phrases courtes et énergiques, en rapport complet avec les images des tal)leaux où ils s'alignent et dont ils fournissent l'explication. Leur coimaissance est donc absolument indispensable pour la lecture des monuments. Lauda nous les a conservés intégralement : nous les reproduirons d'après son ouvrage, en y mettant en regard ceux du Manuscrit Troano qui y correspondent. Nous les analyserons successivement, ainsi que nous l'avons fait pour les caractères de l'alphabet.

Le lecteur sait déjà que l'année maya, ainsi cpie l'année mexicaine, se conqjosait de dix-huit mois, chacun de vingt jours, auxquels on ajoutait un mois de

72 KTLDES SL li LE MAMSCniT T KO A NO.

cinq jours épagomèiies, pour compléter les trois cent soixante-cinq jours de Tannée cnnürunie. Celte année était celle de toutes les nations américaines qui avaient conservé, avec plus ou moins de soin, Tautiquc civilisation toltèque, issue de la mer des Antilles. Dans Tordre du calendrier, les vingt jours avaient chacun un nom différent, ([ui se répétait de vingt en vingt : ces noms étaient considérés «omme ceux iTaulanl de divinités dont la religion solennisait les fêtes. Selon les notions que recul Tas Casas au Yucatán^'*, ils étaient ceux des vingt chefs ou compagnons de kukulcau ou Ouetzal-Cioatl, ([ui avaient peuplé le Mexicpie et les contrées voisines : fTa[très les explicalions données à Tévèque Nunez de la Vegai"-' Tiui des successeurs de Las Casas, ces noms, pres(pie identiques dans le calendrier Izcndal avec cenx du calendrier maya, étaient les noms cTautant de rois; d'après les commentateurs espagnols des dociimenls uiexicains'''^ c'étaient ceux des chefs de nalions existant au temps de la graiule inondation, et dont sept senlement auj-aieul échappé au cataclysme. Ce (pii est certain, c'est (pie ces vingt signes sont les symholes des ])hénomènes géologicpies dont Tlusloire est renfermée dans le Maiiiiscn'l Tnxino. svmholes qui, de honne heure, reçurent dans ces contrées les homieurs divins, comme autant de héros mythologiques, (rest là ce que Tanalyse particulière de chacun d'eux démontrera amplement, sans (pu' nous ayons même besoin (Ta\oir recours à la lecture des inscriptions du manuscrit. Avant d'entrer en matière, prenons les vingt caractères ensemble, dans Tordre où ils se trouvent dans Tanda et voyons la signilicaliou ipie nous donnera la traduction des vocables

u'ils exitriment.

¿2lâ

kdan cluc-rluiii ciiin nta-nil lam-al

soulevée accru en s'élevaiil iiuul sans torce aj)înié dans I eau

)iiiiliir oc clui-en eh bc-eit

amassé eiitri' caleljasse (lesceüdiic |)eu a peu nionlé la voie descendue

'' //(6/. iiiioloi;: de lus Indws Ucciil. Ms. de racatl. rn\ . Fiibreyal , Esposizioiic délie jiguru gevogUJkhc del

(le Madi'iil, lora. [II. cap. laS. Qidice Borgiano Messiciiiio, dedícala aW Emo e Mu Piiii-

- Constituciones diœcesanas del Olnsjmdo de CJiiapas , cipe il Sig. Cardinale liorgia, etc. Ms. de la collertion de

in Prseamb. ii. 3s. SS 28 et suiv. laiiteiir, passim.

jj' nifn rili ca-han cz-a-nah

trou caché fait lave bouillante amoncelé surlace d'eau glacée

ca-vac ah-au im-ix ik ak-bal

trop plein, débordé l'énergie volcanique profond foyer souillé en eau tourné.

TRADUCTION LIBRE

:: La terre soulevée s'est accrue en s'élevant. Morte elle était demeurée sans vigueur, f abîmée sous les eaux amoncelées. Elle est sortie de la calebasse descendue peu à peu : elle r-a monté, surface descendue, foyer caché fait de la lave en ébullition qui a amoncelé les a feux; puis a débordé l'énergie volcanique, foyer profond qui a soufflé de la terre changée '•en eau. •■

1. Kan @. Ce signe est le premier dans Tordre du calendrier maya, tel qu'il a été conservé par les auteurs. On le trouve identique ^^ , à fort peu de chose près, dans le Manuscrit Troano, et généralement facile à reconnaître dans ses variantes. Sa forme la plus ordinaire est la suivante ^. Don Pio Ferez, juge de Peto, au Yucatán, le dernier qui, dans cette contrée, se soit occupé sérieusement de ces matières, traduit, dans un passage de son essai sur le calendrier maya, la syllabe kan par corde ou fil de henequén, le chanvre de son pays; mais, dans un autre endroit, plus d'accord avec les auteurs anciens, il le traduit par jaune, à propos de l'exphcation du mois kaii-kin, r soleil jaune. " Dans le Manuscrit Troano. le signe kan est souvent peint de la même couleur jaune vermeil, attribuée à l'argile, à la terre séchée, sortie de l'eau, ainsi que le mot aride de l'Ecriture. Kan, que Beltran de Santa-Rosa écrit aussi kaan, a diverses acceptions, selon cet auteur. S'il signifie r corde," il veut dire aussi rlong, chose qui s'allonge comme le ser- "pent : ^^ puisque kan n'est qu'une nuance de can, serpent, dans la même langue ; c'est donc ce qui va croissant ou qui a crû, qui s'est accru, une chose manifestée, apparue au-dessus d'autre chose : c'est la terre, travaillée par le feu intérieur, l'argile, le fiel de la terre qui est monté, ka-an, c'est-à-dire les sécrétions du volcan ; c'est encore la mesure qui sert à mesurer la terre, les champs, etc. L'examen du Manuscrit Troano prouve amplement, d'ailleurs, que son sens réel et antique esl celui même de la terre soulevée et séchée, argileuse, du conglomérat volcanique

soulevé du sein des eaux. Il n'y a qu'à parcourir les vocables qui reçoivent ce monosyllabe en composition et à le coniparer avec sa nuance c(w , pour se convaincre que le sec, le solide, le consolidé, le durci comme la (erre au soleil ou au feu, quand elle est sortie de l'eau, sont les idées attachées à la significalion radicale du vocable kan. L'image qui le représente ne varie pas extrêmement, bien que souvent elle n'oIVrc d'autre indication que celle de l'ondulation inférieure O, sans qu'aucune des deux dents soit visible; d'autres fois, on voit le signe avec la dent d'en bas (laT), et d'autres fois une semblable dent, enfermée dans un cube fn) , signe au Mexique du vocable tlan, «au lieu, contre ou proche du wlieu. •" Une variante curieuse, toutefois, est celle-ci. Le signe jyJ% kan s'y élève en forme de cône, d'accord avec le sens qu'il emporte de terre croissante, en travail ou soulevée. Ce cône est dentelé d'un contour en zig-zag, symbole de l'eau au Yucatán, ainsi qu'en Egypte; ce qui nous montre que c'est la terre, égouttant l'eau à mesure qu'elle s'élève du sein des flots. Ce qu'il y a de remarquable encore dans ce petit groupe conique, c'est le titre du dieu chi feu qui s'y trouve exprimé en entier. En ellet, dans le 'A @, qui en est le piédestal, je trouve, ainsi que je l'ai expli(jué plus haut, page 5i, le vocable «/(, rendu également par un /( simple, au commencement des mots, dans la langue moderne, et signifiant la ])ossession. r Celui de, le maître, le seigneur de. ii Ce cjui avec le kan ^^ , (|ue supporte cet ah, ftiit le terme a/i-/»Y/» , r^le seigneur de la terre soulevée, croissante, w titre déterminé par le feu ^^, qui brûle à côté de ce groupe, à la page v*, à laquelle il est emprunté. C'est le titre que la mythologie mexicaine traduit par Tlal-Tenctli , le seigneur de la terre, le plus puissant des dieux, et qui le premier, dit Motolinia, s'enqjara de la terre, flottante sur l'Océan après le déluge, et s'y assit comme sur un caïman. Les Mexicains l'appelaient encore Huehué-Teutl, «le dieu ancien, ^i ou cria voie de pierre qui s'élève et qui croît, v te-otl. Un autre de ses noms était Idroçanhqui, qu'on traduit par f^ l'œil jaune, ^' expression, d'accord, ce semble, avec le symbole kaii, qui parait un œil ouvert. Mais Ixcoçauhqui veut dire encore w celui qui mûrit son œil, qui le dessèche, ^i et Ixco-çauhqm . <t celui qui ourdit sa "trame dans son (pil,^5 allusions qui tontes se rapportent à l'œil du dieu du feu, cratère du volcan. Voilà pourquoi Kan s'identifie avec le dieu d'Izamal, Kin-Icli- Kdk-Mô, rd'œil du soleil ou l'œil qui perce, ara ou excroissance de îe\i,i-> ce qui

est tout un dans la langue maya. C'est ce titre que semble juslifiei- ici le symbole suivant (^S , où Ton voit une tête cFara, ornée d'une huppe, semblable au signe q&j de la terre soulevée, à l'œil d'où s'épanche une larme rouge, symbole du feu et de la lave, et sortant de la section ouverte du caractère kan. Le lecteur pourra le confronter avec les figures qui l'environnent à la page vi*, d'où il est extrait. Si nous nous sommes étendu si longuement sur ce symbole, c'est qu'il est d'une importance considérable dans le Manuscrit Troano, non moins que dans le Manuscrit de Dresde : il y joue le rôle principal, ainsi que dans le calendrier où il occupe la première place, et sa connaissance est indispensable pour l'intelligence des origines de la mythologie maya et mexicaine. Dans le calendrier mexicain, le signe correspondant à kan se trouve être précisément Cuetzpallrn, caïman de l'espèce qui vit le plus hors de l'eau, par conséquent le plus en rapport avec la terre séchée. Les variantes du caractère kan sont nondjreuses, bien que différant, en général, peu l'une de l'autre. Nous signalerons, entre autres encore, les suivantes ^ et ^ ; celte dernière présente cela d'intéressant quon croit y reconnaître comme un ci^atère où percent trois bouches volcaniques.

•2. Chicclián r|]|. Cet hiéroglyphe, assez mal rendu par le copiste de Landa, a pour équivalent, dans \e Manuscrit Troano, le suivant @, dont voici quelques variantes ^§, @, @. Le vocable chicchan, qui en est Texpression, n aurait pas de signification actuellement dans la langue maya, au rapport de Pio Perez : eu le décomposant, on arrive, toutefois, à lui en trouver une parfaitement d'accord avec l'ensemble de ses symboles. Chic, prinùtif du verbe citicpahal, cr accroître, aug- « menter, v en est la première syllabe ; chan , de chanchanhel , w peu à peu , lentement , ^^ nous donnerait «chose lente qui croît ou augmente. ii Mais en prenant le vocable chan avec un h, composé de cha, «porter, recevoir, etc.i5 et de an, signe du participe passé, ayant en particuher le sens de support, d'aide, de secours, nous trouvons alors «ce qui est soulevé, accru, augmenté; porté ou donné comme secours, r idée merveilleusement d'accord avec la terre des Antilles, qui, en s' élevant, porta secours à ceux cpii cherchaient un refuge contretes Ilots. Dans la langue tzendale, chic-chàn signifie serpent qui se manifeste en s'élevant, chan, serpent, permutation du mot can, maya et quiche. Ainsi la terre, déjà signalée par fœil jaune du volcan

7r, ÉTUDES SUR LE MANUSCRIT TROANO.

dans le signe kan, précédent, reparaît dans le second signe du calendrier chicchan, où elle a porté secours, en se soulevant davantage. L'hiéroglyphe, qui en est l'expression ici, est particulièrement remarquable: c'est un fond réticulé, symbole lui-même de la terre encore inondée ou à iîeur d'eau, conune un marais; mais ce fond est entouré d'un cercle de dents, signifiant elles-mêmes les gouttes de l'eau qui l'enveloppent. Le caïman ou le serpent s'élève petit à petit. Remarquons, d'ailleurs, que si, dans le calendrier maya, kan et vhiccluin se suivent, tria terre ff serpent et celle qui croit et porte secours, ^i dans le quiche, on trouve can et fjat, rr le serpent et le caïman ou le séché, ^' de même qu'en mexicain l'on a cuetzpaUin et coai/, w caïman et serpent, w Motolinia ajoute''', en parlant de ce caïman, qu'il était le siège du maître de la terre, lorsqu'il apparut sur l'eau, après le déluge; ce caïmau, dit-il, avait pour nom Clpactli, le monstre mai-in de l'Océan, dont le dos hérissé figurait précisément, de même que sa mâchoire, la grande courbe des petites Antilles. Les variantes de l'hiéroglyphe de chicchàu n'ont d'autre caractéristique que la surface réticulée (^^^, synd)ole de la terre à fleur d'eau, encore inondée; c'est le jupon de la mère des dieux, de la terre mère, Xnuc, "celle ffdu nœud de la terre, ?5 en maya, Amumné, en quiche, elOxomoco, l'égreneuse, Jk ^^ ''" mexicain : on la reconnaît aisément dans l'image ci-jointe, occupée (,' >yf';^ ^^ verser de l'eau sur le metlatl, la pierre à moudre le maïs, symbole V ü\.__J du fond de la mer, vers sa courbe. Son jupon est réticulé, comme encore de nos jours celui des Indiennes de l'Américpie centrale, généralement bleu comme la couleur de l'eau. De là le nom de (MaMn-imé, rr celle du jupon «étoile, 15 ou plutôt T celle de la surface des îles de la rupture, ^ nom attribué à la même divinité, devenue, depuis, le symbole de la voie lactée. Tel est le jupon que l'on voit aux divinités femelles des temples de Palenque, tel est celui que porte l'égyptienne Isis , etc. , et que nous donnent les deux variantes [m^ et ^p (Ui caractère chiccJiáii.

3. Ciini ^S)- L'hiéroglyphe du troisième jour du calendrier maya a pour e(pnvalent l'imaoe suivante O, dans le Manuscrit Troano. Le vocable cimi, (pi'il

Hisl. de los Mericanos por sus pinturas , Ms. de la collection de l'auteur.

faut prononcer qimi, signifie la mort : si on l'analyse étyniologiquement, on y trouve d'abord cim-i, germe ou embryon mort; puis ci-mi, sans sève, sans activité; la sève, l'effervescence, vient de se répandre, il n'y en a plus, ci étant le jus fermenté, effervescent de toute plante, etc., et mi le manque, l'absence, etc., d'où minus, minuere, en latin. Les signes caractéristiques de cet hiéroglypbe sont ici la paupière baissée, indice de la mort, et les dents en saillie, comme dans une tête de mort, ainsi que dans la lettre A-. La petite tête d'animal, symbole de l'eau, qu'on voit dans riii(''roglyphe du ^^^ k, manque dans le cimi et c'est ce qui l'en distingue. Mais les variantes du ciiiii sojit assez multiples et s'abrègent pai-l'ois considérablement dans l'ensemble de l'écriture. C'est tantôt une tète de mort, à la prunelle morne et tombée, comme dans le signe actuel ^^, tantôt seulement un symbole composé d'un semblant d'añl et de deux dents (^^ , symbole qui se simplifie parfois davantage encore. D'autres fois, au lieu d'un œil dans le visage c'est un profil où l'on ne voit, au lieu d'oeil ou de paupière, qu'un vide, dont le dessin rappelle la haclie ^¡, (jiii iinil par demeurer seule dans son cadre, pour exprimer le cimi, \ "^ \, identique alors avec le tau grec. Cette bache est, d'ailleurs, elle-même un signe de mort; voilà sans doute pounpioi elle prend la place du profil funèbre. Les autres variantes du cimi ^F), ^, 50^^ '"' ^'•'•î' I'''^ moins intéressantes : dans la première, l'œil du squelette est remplacé |)ar un œil entouré de gouttelettes, comme celui du dieu des eaux, el symbole (fun volcan ou cratère rempli d'eau, fort frè([uent dans le Maniiscril Troano. Cette dernière image correspondrait ainsi à l'idée fondamentale de ci-mi, plus de la\e, plus d'effervescence, c'est-à-dire plus de chaleur, la glace y ayant pris fréquemment la place du feu. De là, sans doute, le sens étymologique du mol iitic. mexicain, f-mort, V ou m'ic, ^il s'est bu ou absorbé,^' qui semble n'être qu'une inversion du vocable maya dm. Le nom correspondant à cimi, dans le calendrier (piiclié, est (jimeL "fhumble, riuiniiliè, le mortel,'^ et dans le calendrier mexicain Miqni'Jli. qui signilie la mort.

k. Manik(^. Cet hiéroglyphe, signe du quatrième jour du caleiidi'ier, a, dans le Manuscrit Troano, une assez grande variété cf équivalents; le suivanl (^ est un de ceux qui se rapprochent davantage de celui de Landa. Ce qui caractérise

cet hiéroglyphe, c'est l'espèce de tau grec renversé qui le surmonte, mais surtout la petite tête d'animal, généralement placée à la gauche, tête de tigre, de chat ou de chacal, symbole de la vague à la surface de la mer, dont les ondulations sont elles-mêmes souvent indiquées par les hachures inchnées à la droite de l'image. Dans plus d'une circonstance, \e manik se rapproche du croissant, formé dans le creux de Y a premier de ralphal)et, et l'analogie est telle qu'on ne sait souvent discerner lequel est un a, lequel est un manik. Telles sont les images suivantes Q31, Q3^, qui se modifient parfois de façon à offrir comme une main qui se ferme P^- Dans d'autres, l'esquisse intérieure reste seule, ainsi que dans l'image suivante ^^, où, surmontée d'un o, elle fait alternativement l'effet d'un manik ou d'un a. Il est vrai de dire, toutefois, que ces hiéroglyphes différents ne sont que des nuances dune même idée, nuances difficiles, parfois, à discerner aujourd'hui, mais qui ne devaient laisser aucun doute dans l'esprit de l'hiérogrammate maya. Le temps finira pro])al)hMiieul par nous en instruire également. Si, d'ailleurs, le cai'actère du premier a est un des symboles d'une terre ensevehe sous les flots, le ciiiii en est un autre et le manik de même. En effet, de quelque manière (pie l'on déconqiose ce vocable, on y trouve l'idée de la mort, de la nonexistence. Manik. dit Pio Ferez, signifie vent ou souille qui passe; mais le sens est bien ]ilus conq)let, si, en admettant que tous les radicaux des verbes indiquent un prétérit ])arlait, nous disons que c'est un souille passé, man ou mani étant le prétérit du verbe mauéJ. jtasser, finir, et ik. l'esprit, le souille ou le vent. En prenant la (('sure iiia-iiik. je crois être plus grammatical. Ma est la négation et m'A' le mouvemeni, l'agitation, la li'épidation, l'ébranlement, la force et la puissance d'ébranler, dcinl la nuance y/vV signifie la prospérité, la victoire, l'avantage, exactement comme ron;, eu grec. Ces divers sens correspondent, on ne peut mieux, avec l'hiéroglyphe de la main ou plul(M du poing ^^ qui se détend, pour avoir perdu sa vigueur. Combien d'idées, en effet, sont renfermées dans cette petite image? Double carte géographie pie, on doit probablement y reconnaître, d'abord, les conloui-s lopographiques, plus ou moins indécis, de la terre du croissant, engloutie dans l'Atlantique, ensuite ceux de la péninsule du Yucatán; la terre du croissant avec s<>s deux grands golfes, au nord et au sud, comme le Yucatán avec le golfe du Mexique au nord, et la mer des Caraïbes au midi. Terre du croissant

sans vigueur, sans trépidation, après avoir été une première fois vaincue par les eaux, terre des Mayas, également vaincue par les eaux cjui la couvrirent et cpii éteignirent tous ses volcans, ainsi que le dit explicitement le Codex (^himalpopoca. Ai-je besoin d'insister davantage sur les idées profondes du manik, si bien en rapport avec celles que présentent les variétés de la lettre a. Pour en finir, ajoutons que le nom correspondant à Manik, dans le calendrier quiclié, est Quieli. -cerf, ffbète fauve," identique avec celui du mexicain, Mazatl.

5. Lamat ^^. Hiéroglyphe du cinquième jour du mois maya, Unnal a pour équivalent le signe suivant ^^, dans le Manuscrit Troano. Pio Perez ne trouve aucun sens à donner à ce vocable dans la langue actuelle du \ucatan; on en découvre divers, cependant, en décomposant le vocable. La est une syllabe indiquant adverbialement et substantivement le lieu qu'on a sous les yeux, comme quand on dit là en français. Mat, radical de plusieurs verbes, a ici le sens d'obtenu, d'atteint, ce qui présente l'idée d'im lieu atteint par quelque chose ou obtenu comme une faveur. Si j'analyse le vocable lam-at, j'y trouve le verbe lam, ^en- •f foncer, abîmer, -•• et at, pour a-ti, « dans l'eau; 15 de cette manière hmat signifiei-ait Tlieu enfoncé, abîmé sous l'eau. ^1 Lamat est donc le gouffre, l'abîme d'eau, formé par l'Océan, après l'enfoncement des terres recouvertes par l'eau de la mer des Caraïbes, idée qu'exprime en grec le vocable Xá[xo5 qui a évidenmient la même origine, le mol Aafii'a, gouffres, abîmes, étant tout à fait maya, ainsi que l'idée du monstre fabuleux dévorant les hommes et les enfants , qui s'v rattache. C'est à quoi, d'ailleurs, paraît correspondre l'hiéroglyphe, originairemenl composé, comme on le voit dans la variante suivante (^, de deux petites têtes, de celles que j'ai signalées comme étant le symbole de la vague à la surface de l'eau, chaltigre ou chacal, dont le rugissement est comparé à celui de l'Océan, au teuqjs du déluge, dans le Mauiiscrit Letelliev et la Copie Vaticane. Dans le calendrier tzendal, au lieu de lamat, on lit lamhat, qui peut s'expliquer encore ici par tant. enfoncer, abîmer, et bat, la hache, la batte du jeu de paume, la ra([uette, indiquées déjà dans la seconde lettre ^p h, de l'alphabet ci-dessus, et dont rhii'roglyphe a une analogie frappante avec le signe lamat. La variante ^^, tirée du Manuscrit de Dresde, est d'autant plus curieuse, ([u'elle semble rappeler l'image gravée au

fondement de la fameuse idole mexicaine, appelée Teoijaomiqui , dieu ou déesse de la guerre divine, qui se traduit étymologiquement par r superficie du roc qui rrse débat en se noyant, ^^ te-o-i/ao-miqvi. Le nom du jour correspondant, dans le calendrier quiche, est (juiielow QiiieL que d'anciens auteurs traduisent par w lapin , ^^ d'accord avec le Tochtli, lapin, dans le calendrier mexicain; or c'est la forme du lapin ou du sarigue, dans une position plus ou moins couchée, que les antiques hiérogrammates ont cru retrouver dans le contour topographique de la mer des Caraïbes. Cette idée se représente fréquemment dans les documents mexicains, etc.

(). \luliic ^. Cet hiéroglyphe, sixième signe des jours du calendrier, n'offre à peu près rien qui puisse comporter de véritables variantes : celui du Manuscrit Tronno ^) lui est idenli([ue, et le suivant ^^ ne l'est guère moins. Ailleurs un simple cercle, en renfermant un autre plus petit, en varie quelquefois l'image en composition. Pio Perez, bien (pi'avec une certaine hésitation , donne au vocable nniliic le sens d'amas ou amoncellement. MuL en effet, énonce ce qui est groupé, réuni, amoncelé, multiplié, ensemble, comme le multus latin : dans la lecture ordinaire, il a fréquemment raccejition d'une colline, d'un m(Me, d'un tertre; le vocable miil est un de ceux cpie l'on appli([ue, au Yucatán, aux pyramides tronquées, servant de soubassement aux grands édifices religieux ou royaux. Mais muluc paraît être un ancien prétérit du verbe nnil : j'observerai, toutefois, que la désinence ne, à peu de chose près identique avec uk, primitif d'//Äy//, " boire, ^^ peut faire ici allusion à l'iuuuersion, à la mort sous l'eau, ainsi que tant d'autres hiéroglyphes, dans le Mnnuscn't Troaiio. Ce qui me le laisserait supposer, c'est que le nom correspondant à ilJuhte, dans le calen(h'ier quiche, est Toh, w l'averse et l'inondation par la f' pluie,'! idée d'accord, d'ailleurs, avec le mexicain AU, reau."» Jusqu'à quel point riiiéroglvphe de í/híA/c correspond lui-même à cette idée, c'est ce qu'il est malaisé de déterminer, les variantes n'offrant aucune esquisse propre à éclaircir la matière. J'en excepte, toutefois, la suivante {^: , qui peut passer aussi pour une variante de la lettre o: les cercles concenlri([ues, que Fabregat explique par l'adjectif iiiiiomhrtihie, seraient ici l'expression des eaux amoncelées sur les abîmes nonvellement formés et s'y engouffrant en tourbillons.

líXPOSITION Di: SYSTÈME GHAPHIQUE MAYA. 81

^- ^^'" ©• L'hiéroglyphe du septième jour maya nest pas moins difficile à expliquer que le précédent. Oc, dit Pio Ferez, est la poignée, la quantité que peut contenir le creux de la main, et ie vocabulaire le traduit par cr pied, jambe, entrée, -poignée, et Taclp de répautlr(^ à poignées le grain. r Les variantes de cet hiéroglyphe ^, ^, (^^, ^, f^^, ^, ue nous en apprennent guère davantage sur le dessin priniilif, bien qtio Fidée fasse probablement allusion à la puissance volcanique entraid au sein des eaux : c'est ce que ie nom de Tzy, correspondant à Oc, dans ie calendrier quiche, seml^ierait confirmer. Tzy, en effet, signifie à la fois le petit chien du pays, l'esciave et une sorte de pâtisserie renfermant de la viande, pâtisserie connue au Mexique sous le nom de nextamal; c'est à quoi correspond encore dans le calendrier mexicain le nom d'Itzcuintli, qui est celui d'une sorte de cliien, dans la langue nalmall, mais qui dans l'analyse énonce ffla vie ou ie mouvement caché sous la glace, •>? it:-cu-in-tli.

8. Cliucn Q. Cet hiéroglyphe, huitième de ceux des jours mayas, a, conmic je l'ai exprimé plus haut, beaucoup d'analogie avec la lettre ^ c, dont il semble la reproduction, au premier abord; mais, en l'examinant de plus près, on trouve au caractère chuen deux dents saillant entre les deux pointes d'en haut, et qui manquent à la lettré c. Pio Perez ne donne du vocable cimen aucune raison suffisante. J'observerai donc que c'est le nom de l'un des deux frères changés en singes, dans le Popol Vnh , où il est appelé Hun-Cliouen, c'est-à-dire ffune souris •f en sentinelle 71 ou rr un lac caché, ^' dans la langue quichée. Pour expliquer le nom maya chien, prenons d'abord le mot chu, la calebasse, dont il a été si souvent question, comme image d'une localité terrestre, rongée intérieurement par un germe de feu qui commence par la gonfler et y produit un soulèvement : telle est la calebasse ci-jointe (^¿) , image d'un cône volcanique; en, ancienne forme adjective et marque d'un passé, d'une chose finie, est ici pour hen, ouvert, détruit peu à peu, ce qui viendrait à donner, pour cim-en, "la calebasse passée ff ou bien ouverte peu à peu. " L'hiéroglyphe peut , à la rigueur, correspondre ici à une calebasse qu'ont ouverte ses rejetons, comme les dents soulevées par le feu ouvrirent le sol de la terre. L'image qui se voit ici, toutefois, est une bouche de singe grimaçante, montrant les dents, d'accord avec le nom de Huii-

Chouen qui, ainsi que son frère Hun-Bai z, symbolisait, sous les voiles mystérieux de la mythologie quichée, le soulèvement temporaire de deux montagnes dans la mer des (Caraïbes, après rengloutissement de la terre qui la recouvrait. Les dents que l'on voit ici, ces dents aiguës, sont les images de ces montagnes, efl'ondrées à leur tour et transformées en récifs.

Nous avons tout lieu de croire, d'un autre côté, que ces deux mythes s'appliquaient, d'une manière spéciale, à deux volcans qui, après une éruption éphémère, avant la lin du cataclysme, disparurent sous les eaux, où ils formèrent denx gouffres, encore connus dans ces parages sous le nom de fíoncadorcs, ronfleurs*'', (¡e sont ces goulïres que la mythologie mexicaine, d'accord avec celle des Quichés, comparait à deux de ces singes \\ur\e\irs , nnigiuttei^ , qui, à l'aide du tand)our osseux de leur gosier, fout retentir, durant la nuit, les forêts de l'Orénoque de leurs ronflements cadencés et lugubres. De là, sans aucun doute, l'origine des traditions concernant les Pithécuses, Uidv>cos, en Grèce comme en Amérique, et dont le nom est identique, au fond, avec celui des (honidlin mexicains : le premier '^id- V-Koç signifie le ft sanglot des stigmates souffleurs 77 ou des ^r volcans jouant de la tr trompette, 'i])//:-i'-co.r, en náhuatl, et le second, oz-om-a-lin, rrjets d'eau double rfde la bouche ou de la grotte. " L'un et l'autre fout allusion à la fois au cynocéphale et à des vases remphs d'eau, iJ^idos, dans la fable grecque, connue dans les anciens souvenirs américains. Dans la mythologie des Grecs, Hercule est le vainqueui- de ces singes qui se moquaient de lui; c'est la vague du ipilf-stream. du courant d'eau chaude, qui fait descendre les Ronfleurs sous les eaux, où les marins ne les connaissaient que trop : de là encore leur nom de Cercopes, xépKw^, fourbes, artificieux, trompeurs comme les récifs, le vocable correspondant, en langue mexicaine, cei-cop-ix, œil de flamme isolé, étant l'indice des feux qui, sur ces bas-fonds, attiraient jadis les navigateurs. Toiù contribue donc à démontrer invinciblement (pie c'est dans ces lieux que la mythologie greccpu' eut sou berceau: le nom (VArime. qu'on donne aux frères des Cercopes, ne se retrouve que dans

'■' "¡Nous passâmes à plus de trente lieues à l'ouest du vsaus doute sur un relbulenienl périodique de lair, coni-

ttBoncador. Ce bas-fond porte le nom de Rondeur, parce -r primé dans une roche caverneuse. J'ai observé le même

ffque les pilotes assurent, d'après d'anciennes traditions, crpluMiomène sur plusieurs côtes dans le calcaire de la

rrqu'on l'entend ronller [roncar) de très-loin. Si ce bruit ft Havane, etc. ')(A. de Iluniboldt, Voyage arnc régions equina effectivement lieu (il n'est que trop connu) . il se fonde noxiaks du Nouveau Continent, etc. éd. in-S", t. XII, p. aSa. )

l'Amérique méridionale, à côté des forêts de la P-Arime , où Alexandre de Hnmlîoidl entendit les concerts des singes hurleurs : là se trouve également VAmenaims, ce fleuve divinisé ''^ qu'on ne saurait méconnaître dans VAmanani, l'un des noms divins de l'Amazone, identifié encore avec Quetzal-Coatl. Que les mythologues de bonne foi fassent connaissance avec l'Amérique, et à l'instant leurs yeux s'ouvriront : ils apprendront la réalité de ces fables dont les Gares, prédécesseurs des Pélasges et des Phéniciens, transportèrent la scène d'ile en île jusqu'au continent de l'Asie.

Les variantes de l'hiéroglyphe de CInien, Q, ©, ©, n'olfrent rien de particulièrement remarquable. Dans les deux dernières, au lieu de la dent d'en bas, on voit comme une petite calebasse, germant peu à peu, correspondante au mot chu ([uon trouve dans chnen. Dans le calendrier quiche. Bat:, grand singe, le fileur ou le grimacier, est le nom correspondant au C/ímc/í maya, et, dans le calendrier mexicain, c'est Ozomatli, qui a une signification commune analogue.

9. EbQ. Cet hiéroglyphe, neuvième signe des jours du calendrier, a le sens d'un escalier ou d'une échelle pour monter, selon Pio Perez, dans le maya moderne. C'est celui que lui donne également le vocalnilaire de Beltran : mais en même temps il en fait le primitif du verbe ebezalt, monter c[uelque chose en pointe, aiguiser, alfiler; d'un autre côté, heb, qui n'en difl'ère que par une légère aspiration, signifie tourner, rouler, se mouvoir, et heu, percer, ouvrir, pénétrer, etc. Ces significations diverses semblent se rapporter au tuyau pointillé, remplaçant l'oreille dans l'image présente; il rappelle celui du p explosif de l'alphabet. Ce tuyau pointillé, symbole du gaz se faisant une voie, est le signe caractéristique de cet hiéroglyphe, dont l'équivalent @, dans le /l^/^í/.scr/í Troauo, ne présente guère de variantes remarquables : il send)le encore faire allusion au mythe du singe, c'esl-à-chre aux volcans engloutis sous les eaux et changés en gouffres et en bas-fonds, dont le tuyau énoncerait les conduits sous-marins. Le nom correspondant à Eb, dans le calendrier quiche, est Zt ou Zii, bois à brûler, broussailles, dont l'idée se retrouve, avec une légère nuance, dans le jour correspondant du

'' Guigniaut-Greuzei-, Religions du raiiliqiiité, liv. IV, §iii, p. i8i-i85.

S^ ÉTUDES StlR LE MANUSCRIT TROANO.

calendrier mexicain, Maiiiialli : c^st le nom (Knne plante comnume, Îacilc à tordre, dont on fait des lilels, selon Hernández, et qni fait encore allusion, probablement, à la torsion du gouffre des singes.

10. Bceii Q. Cet biéroglyplie, dixième de ceux des ¡ours mayas, est alternativement écrit heu et been. Pio Perez, le comparant au nom (bi jour tzendal, Been. en fait la racine de bentali ou herulah. r? dépenser modérément," ce qui ne dirait rien ici. Étymologiquement be-eii se compose de la syllabe be, ff la marche, le clie- « min , la voie, la superficie circonscrite, i7 et de en , " chose passée, descendue, " ou de hen, ainsi queje l'ai expliqué plus haut, signifiant rr s'ouvrir, se détruire peu à wpeu. V Le sens de he-en serait donc rda voie, la surface descendue, ouverte ou qui rr s'est détruite peu à peu." L'image hiéroglyphique donnée par Lauda, non ])Ims que son équivalent ^, tiré du Maiiusen't Troano, n'a rien (pii s'accorde en ap[)arence avec cette idée. Mais dans ses variantes ^^, (^^, on trouve le moyen de reconnaître (piehjue analogie entre l'idée e| l'image. La section supérieure est un symbole qu'on voit fréquemment usité dans le Manuscrit Troano pour figui-cr une terre marécageuse, crevassée par la chaleur et recouverte par les eaux (^^^ : c'est ce qu'on recoimait dans le compartiment inférieur de la page i* de ce document et dans un grand nombre d'autres. Les variantes <^nïïïïj>, (?ff^, /-¿l-iy , ^n^ , paraissent destinées à ligurer des terres descendues sous la surface de l'eau, représentée par la ligne horizontale qui les traverse.

11. h' ^^. Le nom donné à cet hiéroglyphe, le onzième de ceux des jours mayas, est, selon son acception commune, une particule exprimant le sexe féminin, en langue maya. Dans plusieurs des langues du groupe mexico-guaténialien , outre cette idée, elle «Mionce celle des parties sexuelles chez la femme, ainsi que Tuiine. Le vocable paraît s'appliquer, en général, à toute issue secrète d'ftù s'échappent, comme en filtrant, des eaux ou des va])enrs. l^e son ./• (isli on .s7(/, en français irli ou clii) est, néaiunoins, comme en anglais she, t(»ujours la marque du féminin et précède les noms de femme, comme il (wprime la femelh* de l'animal, en l'ajoutant comme préfixe au nom généi-icpie; disons que l'.r ou .ri {isli, shi) est encore une mai'(pi(' d'infériorit(' ])our tons les vocables auxipicls il s'aflixe et le signe

d'un prétérit antique, ainsi que dans la langue quichée. Trois stigmates, noirs d'ordinaire, environnés d'un pointillage qui les sépare, sont les marques caractéristiques de cet hiéroglyphe : son équivalent ici , (^ , est identique à celui de l'original. Mais les stigmates changent parfois du noir au blanc dans les variantes fq.^.°") , ^j^ : au heu de trois, on en trouve tantôt deux, tantôt quatre Ç/'] . taulôl le système entier est changé, ainsi que dans le suivant ^g^. Dans la langue nahuad, ix (ich français) signifie l'œil, ce que le mot icii {itcli français) exprime en maya : il est donc hors de doute que la signification du terme ix, dans le calendrier, ne soit celle d'une ouverture volcanique, plus ou moins cachée, servant d'issue aux eaux, aux vapeurs ou à d'autres sécrétions analogues; c'est ce dont on reste convaincu, après avoir parcouru les pages du Mamiscrit Troaiio <»u du Manuscrit de Dresde. Dans le calendrier quiche, le nom correspondan! au caractère ix est yiz ou itz, deux termes qui s'appliquent aux opérations secrètes de la magie et de la sorcellerie; ils ont aussi le sens d'exprimer le jus d'une plante, de tamiser, etc., ce qui se rapproche de celui de Yix maya. On trouve égalenieiil dans le calendrier quiche le nom de Balam, tigre, pour correspondre au jour du calendrier yucatècpie, d'accord avec celui d'OcelotL du calendrier mexicain.

1 2. Meii ^^. Cet hiéroglyphe, signe du douzième jour maya, apour é([uivalent celui-ci ^ dans \e Manuscrit Troano. Le vocable qui en est l'expression, nieiK si- ¡¡nifie rr artiste, artisan, i? selon Pio Perez : c'est, suivant les grammairiens aiu'iens du Yucatán , un verbe qui a l'acception de ^r fonder, bâtir, soutenir, etc. ii Son é'tymolo{;ie a un sens profond que je crois devoir faire connaître. Men est un mot coniposé de me ci de en ou hen : me-en ou me-hen est le fils, le rejeton , par consé([ueut, le fondateur et le soutien de sa maison. Me, à son tour, est une racine composée ({ui appartient à l'ensemble des langues mexico-guatémaliennes : car me est le nom commun, original, de l'aloès; il en exprime les formes courbes, (pTon retrouve en particulier dans la feuille de cette plante, liim. la feuille aux côtes aiguës et dentelées comme un instrument de travail, type, d'ailleurs, de plusieurs instruments, ainsi qu'on le voit dans l'image suivante du dieu Atttm, ffle vilebrequin de l'eau, ^i le cheu au long ou au beau nez, qui apparaît fréquemment dans les pages du Manuscrit Troano. Le vocable

80 ÉTUDES SLR LE MANUSCRIT TROANO.

me esl ainsi un radical qui signilie fc courber, plier, contourner, lî et c'est dans ce sens qu'il est appliqué, dans la langue quichée et ses dialectes, énonçant l'action de plier, en les brisant, les épis de maïs, déjà niùrs, pour les faire sécber sur pied dans les champs. De là, en mexicain, le verbe mcija, couler l'eau en serpentant; de là metl, l'aloès, c'est-à-dire ce qui est courbé et dentelé ou ce qui vit en courbe. Dans la langue maya, men vieni donc de me. instrument, chose courbée et perçante comme la feuille de l'aloès, et de en ou Uen, ce qui est ouvert lentement. Voilà pourquoi mehen est devenu " le fils, w en général, c'est-à-dire celui qui perce en courbe : car il perce sa mère pour en sortir, ainsi que le feu du volcan perçant la terre sa mère, dord la foruje courbe affectait plus ou moins celle d'un croissant, avant le cataclysme. Voilà pourquoi encore men est le fondateur, le fondement, comme le fils, fondement de la famille, comme le feu d'un côté et l'eau de l'autre, fondement de la mer, nien-u, le fondateur, le fondement du bassin de la mer, dans l'hide comme en Amérique, fondateur et fondement de la terre, telle qu'elle existe aujourd'hui. L'hiéroglyjdie, reproduit au commencement de ce paragraphe, ne présente, non plus que ses variantes, rien de bien intelligible pour l'analyse du vocable. Le ]>elit prolil porte une calotte qu'on peut prendre pour un croissant, si l'on veut, ou j)our une chose courbe; en le mettant à l'envers ^^, la calotte sendde donner la sui-face de l'eau, et la bouche, la forme du vilebrequin, de l'épine de l'aloès, tnm, tandis que les hachures indiqueraient les glaces, dont elles sont souvent le symbole. Le non» de Men, tel (pi'il se présente, est appliqué, d'ordinaire, à la terre antique du croissant, auquel correspond en mexicain celui de Mektli, qui énonce aussi la lune, le mois, etc. : c'est le dieu Men des Grecs et le men-sis des Latins. Dans le calendrier quiche, Men a ])our correspondant Tziqmn-Gih , l'oiseau du soleil ou l'aigle, identique avec le Quauhlli du calendriei' nahuaÜ, et ils rappellent l'un et l'autre le volcan qui causa la ruine ])rhnitive. jQ. ^^^, ^), sont les variantes les plus intéressantes du caractère men.

1 3. Cib ^^. Cet hiéroglyphe, signe du treizième jour du mois maya, n'a dans sa forme rien qui en facilite l'intelligence; dans les trois variantes qui suivent ^, ©' (^' extraites du ManiiMTil Troano. je constate uni([uenient la ressemblance

de rimage qui caractérise cet hiéroglyphe avec la seconde lettre ^ u de l'alphabet. Cib ou qib est, selon Pio Ferez, la cire ou la gomme de copal. Etymologiquementce nom vient de ci ou qi, syllabe dénotant la douceur d\m li([uide exprimé ou composé d'une plante, ainsi que ses propriétés enivrantes; n'b est donc le nom générique de toutes les boissons fermentées. A son tour cib (qib) n'énonce pas seulement la cire et le copal, mais il énonce encore les gouttes découlant de ces substances; il a l'acception de couler lentement, d'un liquide épais et chaud, de glisser, etc. : de là, peut-être, la forme de ce caractère, bien qu'il semble être encore plus l'expression figurée d'un liquide bouillant, ondoyant sous un couvercle où il cherche une issue. C'est ce c|ue l'on peut induire de la signification antique de cib, faisant allusion à l'écoulement de la lave, souvent comparée soit à l'-écoulement mensuel de la femme, soit à l'effervescence et aux qualités enivrantes des boissons fermentées; les gouttes de copal étaient elles-mêmes des images du feu. dont on croit reconnaître l'écoulement dans quelques-unes des variantes de l'hiéroglyphe. Le vocable grec kí§oví, boue, scorie des métaux, pourrait bien venir de là. Le nom dWItmac, qui dans le calendrier quiche correspond au Cib maya, fait également allusion à l'écoulement du feu; car h\enqi\ a hmac ait actuellement la signification de ff pécheur, méchant, ^i il exprime proprement l'idée de quelqu'un qui égrène le maïs, acte qui symbolise fréquemment l'épanchement de la lave, dans les documents anciens. Dans le calendrier mexicain, Cozca-Quauklli est le nom du signe de ce jour. Son acception ordinaire est le sopilote royal ou porto-collier, de cozcall, la chaîne ou le collier précieux, composé de co:. la pbnne jaune, svmbole de la flamme.

1/|. Caban (^. Cet hiéroglyphe, quatorzième de ceux des jours mayas, se retrouve aisément dans son équivalent et dans les diverses variantes qu'il présente (^^, ^, l^, ce dont le lecteur peut s'assurer, surtout, au folio vm* du Manuscrit Troano. Bien que différant sensiblement de l'original, on peut les reconnaître toujours sans le moindre embarras. En comparant cet hiéroglyphe avec le précédent cib, le lecteur ne pourra s'empêcher de trouver entre les deux une grande analogie, bien qu'ils se distinguent facilement l'un de l'autre; tous les deux présentent le crochet de la voyelle a deuxième "^, mais ils en diffèrent en ce que, dans

88 ÉTl DES SUR LE MANUSCRIT TROANO.

cette image, 1'« est en dehors de tout cadre, et que le cib, aussi bien que le caban. en comporte toujours un. Pio Perez ne donne point de traduction du vocable caban : analyliquemenl il vient de cab, le miel ou la lave, ainsi qu'on le reconnail dans les jjreiuières pages du Manuscrit Troano, et de an, support, aide et signe du passé. Ou bien il se compose de la syllabe ca, ce qui, celui qui est, le lieu visible, déterminé, etc., et de ban, bouleversé de fond en comble, renversé, amoncelé; aussi riiiéroglyplie parait-il devoir s'expliquer par les mêmes idées que le précédent. Si, maintenant, nous analysons cab, nous pouvons y trouver encore pour racine première ka. Targile, les sécrétions volcaniques de la terre, et ab, le souille ou Técoulement, kab, le bras, la force qui soulevait la terre, yd, en grec, comme /iYi,en maya. De là le nom des Kdêeipoi, lîls deVulcain, c'est-à-dire des puissances volcaniques qui enseignèrent aux Cabires, avec le secret de leur force, l'art de mettre en œuvre les métaux, aux mêmes lieux où ils existent encore aujourd'hui. Puissants par leur lial)ileté dans les arts et la navigation, émules des Cares ou Caribes, dans Tantiipiité, les Cabires de l'Orénoque, après avoir porté leurs mystères et leur industrie en Irlande et aux des de la Méditerranée , [)eutêtre aussi en Scandinavie, se restreignirent avec lé cours des siècles aux bords de ÏAriari et du Guariari, où ils tombèrent dans la barl)arie. C'est là qu'on les trouve encore de nos joui-s, puissants entre les nations de ces contrées, sous le nom de Cabires, de Cavires, de Cavères, de Cabres, etc., distingués surtout par leur union, parla renommée de leurs tambours, qu'on entend à plusieurs lieues de distance, ]iar leur industrie dans la construction des pirogues et par la préparation du curare, dont seuls ils possèdent le véritable secret'''.

Le caractère Caban a pour correspondant, dans le calendrier quiche, Ao//, ([ue Ximenez traduit par le mot temple, tempérament, trempe, harmonie, mais dont le sens ancien, ajouto-1-il, est celui de combler, de remplir jusqu'à déborder; noh

'■' Gumilla, liisloria natural, ciril y gi'f>fp-fif. de las na- chap. ii, ¡m.ssiiii. — Coilazzi. Hcsiimert de la geograjia île

ciones del rio Orinoco, etc., t. I, cap. \xviii cX l.II, passim. Venezvela, etc., pages a53, 667, etc. Nous recommandons

— Alcedo , Diccionario liistor. geograf. de las Indias ia lecture et la comparaison attentive de ces ouvrages , en Occid. au mot Cabires. — Humboldt, Voyage aux régions particulier des noms qui y sont contenus, aux mylhologues équinoxiales , etc., passim. — Cf. Guigniaut-Creuzer, fíe- et aux sanscritistes ; c'est à peine si un nom célèbre de la ligions de í antiquité , t. II,liv. V, cli. n, pages 287 etsuiv. haute antiquité manque parmi ceux du grand bassin de

— Pictet. Du culte des Cabires chez les anciens Irlandais, l'Orénoque, où existe \'Aria-ri, le Cahir-inm cl tfii]l d'aiilies passim. — Rossignol, Les Métaux- dans l'antiquité, etc., noms en «n et aria. ara. etc.

est en même temps le nom d'une résine coulant d'un arbre et qu'on offrait, comme le copal, sur les autels. Dans le calendrier mexicain, à Caban correspond le signe Olliii, niouvemenl, oscillation, tremblement de terre, idée qui s'accorde on ne peut mieux avec celle du vocable caban.

15. Ëzanab (^. Cet biéroglypbe, quinzième de ceux des jours du caleudriér, s'offre fréquemment dans le Maiiuserif Troario, où il a pour équivalent le suivaul (^^, identique avec l'original. Lauda écrit le vocable ezanah et Pio Ferez ejnah ou eihnab. mais sans en donner l'étymologie. Elle est aisée, cependant, à découvrir, en séparant les voyelles qui la composent, quelle que soit l'orthograplie que l'on adopte. £".>, c'est la grimace, c'est la déformation qu'éprouve une cliose , c'esl enfin l'esquisse bizarre et iucerlaine qu'on aperçoit sur l'biéroglyphe lui-même, semblable à une fente, à une crevasse dans le sol ou dans un fruit. E: pour ?:. f' glacé, gelé,'i est, aujourd'hui surtout, l'idée exprimant la magie, la sorcellerie, l'enchantement, le sort jeté sur quelqu'un ou quelque cliose; a, c'est l'eau; nab. contracté de na-nb, c'est l'or, c'est toute espèce d'onction; c'est la paume de la main, c'est l'action de la passer doucement sur la peau; de là nah, oindre, naba, le slorax, la résine huileuse de l'onction, nabal et nabi, l'oint, le consacré. Paiextension nab, qui est la paume de la main, est encore la balle du jeu de paume, le ballon. Ces diverses acceptions peuvent s'appli([uer aisément à l'hiéroglyphe ici présent. C'est une boule, ronde d'ordinaire, ovale souvent, c'est encore une fois la calebasse, image de la terre antique, ensorcelée, grimacée alternativement par le froid et la chaleur: ezanab, surface d'eau, pomme d'eau gelée, qui devint la grande coupe couverte de glace, le bassin des lacs et de la mer; ez-an-ah, souille montant au-dessus du froid, de la ride, le trait de feu lancé dans les airs, en fendant la terre recouverte de glace, etc., c'est le ballon, la paume du grand combal qui se livre dans les entrailles du globe et qui apparaît, dès qu'il s'en élance, sous la forme d'un couteau de silex ^^^, le lecpatl , qui, dans le calendrier mexicain, lui correspond sous tous les rapports, connue le tihax, la lance ou le couteau de silex, dans le quiche. Ainsi X ezanab est à la fois le symbole du froid, ridant les eaux à la surface de la terre crevassée par le feu intérieur, et celui de ce même feu qui s'en élance comme une pointe de silex, à laquelle il est

90 ÉTUDES SlîR LE MANUSCRIT TROANO.

si souvent comparé, premier signe de Témption volcanique, ainsi que le lecteur le verra dans un grand nombre de pages du Mnmiscrit Troano. La croix tremblée •du sione czanah est l'origine de la croix de Saint-André, adoptée, dans les documents mexicains^'', pour exprimer le tremblement de terre, en général, bien quk l'origine elle dût indiquer le craquement de la glace, d'où s'écbappèrent les premiers signes volcaniques, au début du cataclysme. C'est sur cette croix que s'exercent les variantes nombreuses de ïezanah, qui toutes caractérisent les pliases diverses de cette épocpie remarqua])le. Si dans cette image (^^ la surface du glacier n'offre (pi'une fente croisée, dans la suivante (^^^ , la glace fendue a laissé monter l'eau, signifiée par les deux parties réticulées qui s'entre-croisent à sa surface. Ici ^i'.:] , la croix n'offre plus que des signes de vapeur dans le pointillage qui la forme; enfin dans l'image de la croix blanche sur fond noir (^S), nous avons le symbole de la terre et du glacier descendus entièrement sous les eaux.

Par suite du symbolisme mexicain qui avait transporté au soleil tous les attributs du grand volcan, dont l'éruption se signala à la suite des ([uatre secousses du tremblement de terre, le même hiéroglyphe devint le signe de l'intersection de l'écliptique, en exprimant le nom de Naltui-Ollin-Tonatiuh , rf ou le soleil dans ses ff quatre mouvements. 11 On sait que cette croix, que l'on voit comme une selle au dos d'un lion dans les hiéroglyphes égyptiens, ainsi que sur la tête d'une déesse à Éplièse'^', passait pour y avoir la même valeur (pi'au Mexique.

IG. Cauac ^. Gel hiéroglyphe, seizième signe des jours mayas, n'est pas moins remarquable que le précédent; car, ainsi qu Ezanah, il a un rapport direct avec les phénomènes de la nature au temps du cataclysme : c'est ce (|u'on peut voir dans l'équivalent qu'en offre le Manuscrit Troano ^, qui en est une image et un souvenir frappant. J'ai fait observer déjà, à l'explication du caractère de la syllabe eu @), la ressemblance qu'il présente avec ce caractère. Dans l'analyse

"' Codex Letellicr, de ia Bibl. imp. Il suffit de jetei' un ■Jie.s.n (Conf. Kingsborough , Mexic. Aiiiiq. vol. \ . p. loi

coup d'œil sur ce seul document pour s'assurer que la et suiv.)

croix de Saint-André était le signe du tremblement de ''' Guigniaut-Creuzer, Bdigions de l'antiqnilê, tom. II,

terre. De l'année i5i a à 1 54-2 , ii est répété dix fois avec i" parlio. pag. ihh. l'explication rrhuvé un temblor, tembló, una, dos, 1res ve-

^, cattac, se décompose facilement. Ca, frce qui est, le lieu visible, apparenl,'i verbe être et pronom ce qui, celui (jiii; uac, primitif ([ui signifie f? (lé])order, surar bouder, sortir, vider; 77 ou bien, avec un k, ortliograpliié uak, r fendre pour sortir, 'f crever, crevasser, briser, rompre, ouvrir avec éclat; 75 donnant ainsi pour ca-nac, ce qui a débordé, ca-uak, ce qui a crevé, fendu, rompu pour sortir, elc. Or l'iiiéroglyplie s'explique on ne peut mieux par ces particularités. En haut du caractère, le signe /^i^ , de la terre en travail, est exprimé par un rayon de miel, placé audessus de la croix de Saint-André, syndiole du tremblement de terre, et à gauche le symbole ordinaire du volcan et de ses feux, tel qu'on le voit si souvent dans le Manuscrit Troano. J'ajouterai, pour plus de clarté, que le signe supérieur qui, par sa position, pourrait se prendre, dans le ca-uac, pom* une aile d'oiseau, se retrouve, servant de crête ^^n à hi tête de l'ara, symbole du volcan qui se soulève. Le lecteur n'a d'ailleurs qu'à jeter les yeux sur les huit ou dix premières pages du document, et il y reconnaîtra aussitôt ce symbole, comme celui du travail du feu souterrain : il le trouvera, peint en jaune vermeil, souvent placé sous une abeille planant la tète en bas, symbole elle-même du soulèvement et des gaz qui se produisent. D'autres fois ce rayon de miel apparaîtra, porté dans les mains d'une divinité tellurique, qui semble en faire hommage au dieu du feu : c'est le Cahirc antique. Nul ne s'y trompera; ces images, d'un dessin grossier en apparence , sont trop expressives pour ne pas porter aussitôt, avec la lumière, la conviction sur les origines géologicpies de la religion des Américains. Dans le calendrier quiche, le nom correspondant à Cauac est Caok, presque identic|ue avec l'autre. Le vocabulaire lui donne l'acception de pluie et d'averse; mais, dans l'analyse, il signifie wce qui a gémi, pleuré ou rugi, etc., 77 ca-ok. Dans le calendrier mexicain, Quialtuitl, pluie, correspond encore à ce dernier; étymologiquement, ce vocable vient de qi, la li([ueur enivrante, l'effervescence, et de ija, couler, répandre, et présente plutôt l'idée d'un écoulement que de la pluie.

17, Altau (^ . Cet hiéroglyphe, dix-septième de ceux des jours du calendrier, est identique |^ avec ceux du Manuscrit Troano, où il joue un rôle considérable. Le vocable est composé à' ah, canne, bambou ou roseau, signe de l'être et de

Texisteiice masculine ou mâle, de même que le caraclère assyrien T le clou perpendiculaire; ah est la forme ordinaire du prétérit dans les verbes actifs; au. qui est la seconde section du vocable, est une syllabe, peu usitée aujourd'hui, conqiosée de a, l'eau, et de u, vase, bassin, surface, etc., ce qui nous donne pour altaa, la canne, le signe du mâle dans le vase d'eau, le mâle uni à la femelle, idée (ju'on ne saurait méconnaitre dans l'hiéroglyphe, et que ses variantes reproduisent souvent d'une manière bien plus conq)lète ^^ , ^^ , ^. Il est identique avec le yoni-lmgam de l'Inde, dans la forme connne dans la signitication. Ahau, dans la langue (juichée, offre, sous plusieurs rapports, une étymologie encore plus complète que dans le maya. Il est non-seulement la canne, le bambou, le signe du mâle dans le vase ou bien uni à la femelle, il est encore tr celui qui a répandu rla semence dans le champ, le semeur, celui ([ui la fail croître et fructifier, i? ali-au; de là linversion au-alt, signifiant «semer, féconder un champ, -n Aliaa était, dans la plupart des langues de l'Amérique centrale, ainsi qu'au Yucatán, le litre souvei'ain le plus ancien et le plus estimé. De là l'étymologie (ju'en donne Ximencz, ah-au, maître, possesseur d'un collier, d'une chaîne d'or, ce qu'exprime également ce vocable. Ahaii, était également, au Yucatán, le nom d'un cycle de vingt ans, selon tous les auteurs anciens. Dans le calendrier mexicain, le nom correspondant l\ Ahau est Xóchitl. Celui-ci se traduit, d'ordinaire, par ff fleur ii ou rr rose. ■" Mais ao-clii-ll, pris étymologiquement, signifie wce c[ui vit ou remue au fond du vase, v ou bien l'élamine dans le calice de la fleur qu'elle féconde, l'organe mâle dans l'organe femelle, exactement comme ïahau; aussi la variante j^, tirée du Maiiuscrlt de Dresde, semble-t-elle faite pour rendre, d'une manière plus complète, cette idée d'activité et de mouvement, dans le germe tortillé qu'on y voit.

Le calendrier quiche correspond à ces deux noms par celui de Hun-Ahpu, que, d'ordinaire, Ximenez traduit par «un tireur de sarbacane, 77 dans sa version du Poiml Vult, et par «une fleuri' ou «une rose, 75 dans son vocabulaire. Ce nom signifie, en l'éalité, «membre viril debout sur le vase, i? hun-aJi-jiu, le terme hun. « un ^1 {h II II [)()ur liini , « celui qui remplit tout autour 1^) , signifiant encore le phallus, (A ¡m pour]w-i/, «sur le vase,'i ayant, de son côté, le sens du duvet des parties sexuelles de la feunne. Bien plus, pu est aussi la poussière, le pollen de la fleur, en quelque sorte sou souffle et sa semence, que le vocable, en s'énonçant, sendjie

exprimer. Ainsi, tout se réunit pour donner la même acception à des noms si diflerents au premier abord. J'ajouterai, pour terminer ce qui concerne ['Aluni. que s'il paraît s'appliquer, en particulier, au cratère de la Guadeloupe, il exprime, en général, l'énergie volcanique, s'exerçant dans les phénomènes divers, même dans celui qui donna naissance au cours actuel du grand courant d'eau chaude ou gulj'-sircam. Après avoii- synd)olisé les volcans qui précédèrent et qui suivirent le cataclysme, le nom à'Ahan se transporta successivement, de montagne en montagne, avec les émigrations des peuples, juscju'au volcan dit del Fuego, au Guatemala, où les Indiens continuent à l'adorer sous son nom antique de Hun Ahpu.

18. ImLv (^. Cet hiéroglyphe, dix-huitième signe des jours du calendrier, est exprimé par un vocable ([ui, selon Pio Ferez, est inconnu à la langue maya actuelle : mais, en l'analysant, on en trouve le sens conforme à l'image. Im ou im exprime à la fois l'idée de la profondeur unie à l'ampleur, comme Vimus latin; c'est la source de la sul)stance, la mamelle, le conduit de ce qu'il y a de j)lus profond, d'où tant d'autres vocables dans les langues dites indo-européennes et dans celles du groupe mexico-guatémalien. Ix ou ia', ainsi qu'on l'a vu plus haut, est le signe du féminin, de la femelle, comme aJi est celui du niàle, dans l'espèce humaine : mais il énonce cette idée du féminin parce qu'il en est la marque, c'est-à-dire le fond secret de la femme, de même que ah, la canne, est Jjjrgane viril chez l'honnne. Le vrai sens d'wi-/.r est donc le profond foyer, l'exutoire, la mamelle du foyer volcanique; on en verra la preuve entière, en jetant les yeux sur les folios v, xvn, xx*, etc. du Manuscrit Troano, où des femmes, aux seins nus, laissent comprendre précisément l'identité de cette partie de leur corps avec le caractère yinù'. Si on le compare ensuite aux antres images du mênie genre réunies dans ce document, on demeurera convaincu que c'est là un des syndjoles les plus comnuuis, pour exprimer le stigmate d'un volcan, exutoire du foyer de la terre. Le caractère Ç^^ , ymix, est généralement aisé à rccoiuiaitn^ partout: j'en proposerai ici, toutefois, diverses variantes {^^ , ^^, [^ , ^ ; elles s'éloignent sensiblement de l'original. Ce qui les distingue tlu caractère ijr ^), ce sont surtout les hachures verticales, exprimant le im, le tuyau profond, dont le stigmate, environné de points au-dessus, signifie, à la fois, et le foyer sou-

9/i ÉTUDES SLR LE MANUSCRIT TROANO.

terrain et Texiitoire. Dans le calendrier quiche, Imoúc se trouve placé pour 1 intj\ dont il est cerlainement Téquivalenl; im y a le môme sens qu'en maya, et u.r a celui du chiflre IroïK. Si la mamelle fait allusion au volcan, ox en exprime peutêtre le nond)re, bien que, placé après im, il ne soit pas grammatical. J'ajouterai, touterois, qnox paraît avoir eu, dans le quiche, la même acception qu'en maya et en mexicain, celle d'égrener le maïs, de le répandre, idée symbohque, adoptée dans l'antiquité américaine pour exprimer l'épanchement du feu et de la lave, idée qui s'accorderait ainsi avec les idées précédentes.

Dans le calendrier du Mexique, le monstre CipactU est le nom qui correspond à Yiiii.r. De même que Xlnwx, au Guatemala, s'interprète, selon Ximenez, par r espadon, poisson armé, •'i le CipactU était considéré, par Boturini et les autres auteurs espagnols, comme un serpent armé de harpons ou im monstre marin, d'un caractère assez difficile à définir. Nous avons dit plus haut que MotoUnia en fait expressément un caïman; mais, poisson armé, monstre marin ou caïman, ce ne sont là que des termes de comparaison symboUques, exprimant l'idée de la chaîne ondúlense des petites Antilles, rtdont les chaînes secondaires «donnent à l'en- « semble l'aspect général d'une épine dorsale de poisson'''. •'•» Motolinia ajoute c{ue ce fut sur ce caïman que les dieux bâtirent la terre, après le déluge, lorsque Tlal- Teuctli, le maître de la terre, le même que Xiiih-Teuctli, le dieu du feu ou plutôt des soulèvements, s'en fut emparé et s'y fut assis. Dans les idées mexicaines, la gueule béante de CipactU était l'image de l'Océan, et l'épine dorsale du monstre aux dents aiguës, le symbole des îles qui y apparurent en courbe, soulevées aux premiers jours qui suivirent le cataclysme. L'une et l'autre image se reproduisent fréquemment dans les documents mexicains, entre autres dans les planches du Codex Borgia, où elles sont toujours présentées comme le symbole de la terre sèche aj»rès le déluge f'^l Ci- pac-tU. s interprète littéralement rce qui vit ou s'agite ffsur la déchirure, 17 c'est-à-dire la déchirure de la terre mère, de l'aïeule. Voilà pourquoi CipactU , considéré comme le premier jour de la création, après le déluge, suivant les auteurs, était regardé comme un signe de vie et de salut; c'est ainsi

''I Dollfus, Montserrat et Pavie, Coui) d'œil ¡¡cnlrid sur ^' Conf. Kinosljorniigli . Me.rkan Anliijiiilies , vol. 111.

lespetitesAnlilles, dansks, Arcliivesik la C(immi/i.KÍoiií:c¡cii- in Cod. Vdict. Ui>r¡j. \c premier document du volume. tifique du Mexique, t. II, p. 87. passim.

qu'il était placé romnio le premier signe du calendrier, au Mexique et au Quiche, exprimé par rimap;e ^ jjréseule, extraite du Manuscrit Troano : cette image, répétée avec plus d'exactitude [g^[ , p^^jl dans le Manuscrit de Dresde, était selon Gama''), celle du jour déterminé, au Mexique.

Ajoutons que c'est aux phénomènes extraordinaires qui précédèrent et qui suivirent le soulèvement des petites Antilles et des montagnes, an contour des mers voisines, fermées ainsi par la mâchoire iXlmix ou Cipactli, que font allusion les riches traditions de Kctu et de Makar dans la mythologie indoue. Les relations si circonstanciées du Codex Cliimatpopoca, confirmées par l'interprétation du Manuscrit Troano, les expliquent toutes par les longs et curieux détails du cataclysme. Si tant de trihus et de localités, dans l'Amérique méridionale, portent encore les noms des Arimes, des Cares, des Caramantes , des Cahires, des Cophènes, etc., d'autres lieux ont conservé celui de Makar, à l'endjouchure d'un grand nombre de fleuves et de rivières, ainsi que les traditions antiques cpii s'y réfèrent. C'est en Américjue que Kàma, lÉros qui sort de l'Océan, le feu du volcan, a pour enseigne, pour signe, le Makarah, le monstre marin Ymixow. Cipactli : là était le Kétu, littéralement le bassin glacé, Ket-u, ou le signe glacé du bassin, Ke-et-u, lui, le monstre cpii avait englouti Kàma, de même cjue le glacier avait englouti le volcan, semblable au ciste d'où le dieu volcan sortit victorieux. Car Kâma, identique avec le Camaxtli mexicain, c'est celui qui saisit l'eau, d'où il s'élance Aí/7/í-rt, cjui sort de l'Océan, où il s'étend, comme sur une concjue marine káam-a , après avoir laissé la gueule du monstre, lui camaxtli, rrla vie de la nui- ^'choire ou du gouffre volcanique, celui qui prend la ceinture ^^ des petites Antilles. Or tous les géologues savent ce que c'est que cette ceinture, et les indianistes ne sauraient ignorer cpie les prodiges attribués à Kàma sont les symboles des phénomènes de la nature en convulsion.

19. Ik (y). Cet hiéroglyphe, dix-neuvième des signes des jours mayas, a le suivant (m) pour équivalent dans le Manuscrit Troano. D'api-ès tous les auteurs, sa signification est celle de l'esprit, du souflle, du vent, de l'air. Le symbole, eu

'' ücscrijjcioit hkt. y cronol. de las dos piedras, cíe. part. II, p. ia.

lui-même, lel qu'on le voit généralement, semble être une réduction de la mâchoire, souvent attribuée aux symboles dits de Quetzal-Coatl, montrant des dents et deux crochets, insignes spéciaux (hi dieu de l'air. Dans les variantes diverses de riiiéroghphe, on pourrait croire cjue ce symbole a été emprunté aux cornes du limaçon (^ qui les avance ou les retire comme un souille, et dont le nom maya même, liiilml), sendde y faire alhision; nuiis d'autres variantes de l'hiéroglyphe, les suivantes (a], ^^, entre autres, donneraient plutôt à reconnaître l'étamine d'une fleur avec son pollen, cjui exprime si bien le souille, selon ce que j'ai exposé au sujet du caractère antérieur, nhau. Le souille dont il s'agit ici a presque toujours un i-appori direct avec le souille intérieur de la terre : dans le Manuscrit Tromio et le Codex de Dresde ^W)- ^^^ ^^^ retrouve constamment le symbole, avec le feu et la flamme, dans les soulèvements du sol, comme une puissance égale, sinon supérieure à celle de cet élément. Dans le calendrier quiche, c'est Ik ou Ig qui correspond à Ylk maya et, dans le calendrier mexicain, c'est Ehécatl, identique avec les deux autres.

20. AkhaJ (^. (let hiéroglyphe, le vingtième et le dernier des signes des jours du calendrier maya, a pour équivalent celui-ci (^) dans le Manuscril Troano. Pio Perez n'en donne pas la traduction. Selon Ximenez , il signifie , en quiche , <•<• casseftrole, vieille marmite, ^-i allusion directe à la marmite, au bassin de la déesse mère, formé par la mer des Antilles. On retrouve, dans cet hiéroglyphe, les dents aiguës de la consonne ^ c et du signe du jour Chuea Q, l'un et l'autre exphqués plus haut. Mais que l'on vienne à renverser l'image (^) A\Akhal, et aussitôt elle présentera au-dessus de la dent principale une ondulation qui la distingue des signes précédents et qui est un des symboles de la surface de l'eau. L'ensemble du caractère présente nettement alors l'image de la marmite, du grand bassin de la mer, du fond ducpiel les pointes de la terre engloutie ne tarderont pas à reparaître : c'est ce que l'on découvre, particulièrement, en retournant au caractère ^ kdan . la terre soulevée, et au caractère ^â chtcchàii, où elle se manifeste avec le renouvellement desvingtjours. /1 /.-/w/ peut signifier r- taire nuit , - iïakalj-aL ^' nuit se faire ; ^^ car tout fui nuil pour la terre engloutie; mais okhal ii sa racine propre qui est ac, ff dans l eau , dans la terre faite eau, marécage, etc. , 71 d'où ak-hal, ff tourner en eau.

"en étang ou en marécage, w Le nom correspondant, tlans le calendrier mexicain, est Calli, «maison, 75 étymologiqueiiient, « retourné dans la chaleur, w cal-ili.

Telle est l'analyse des noms des jours du calendrier maya : bien qu'incomplète encore, faute de documents suffisants, elle oiTrira, néanmoins, un grand secours à ceux qui voudront s'occuper du déchiffrement des pages du Maimscrit Troaiio. de celles du MannscrUde Dresde ou du Mamiscrtl mexicain /t" Í, de la Bibliothèque impériale. Elle trouvera certainement sa place dans l'examen et la lecture des inscriptions antiques de Palenque, de Quirigua et de Copan. Avant de clore cette exposition, je crois devoir répéter ici ce cpie j'ai dit plus haut, que les noms des vingt jours du calendrier doivent être lus, dans les documents, non comme des appellations distinctes de chefs ou de divinités, mais comme des vocables ordinaires, d'après leur acception radicale et étymologique. Dans les anciens récits historiques, en langue quichée ou mexicaine, nous avons fait plus d'une fois ra[)plication de cette méthode à la lecture des noms des rois et des héros du Mexique et de l'Amérique centrale, dont l'interprétation a jeté un grand jour sur cette matière. Les annales de ces contrées témoignent que les souverains, à leur couronnement, comme les membres des différents ordres de chevalerie, après leur temps d'épreuves, recevaient un nom nouveau, qu'on leur imposait avec une grande solennité. Nous nous sommes souvent demandé, en interrogeant sur leur signification les séries des dynasties royales, si chacun des rois n'était pas rebaptisé à dessein, non pas d'une quahfication ordinaire, mais d'un des mots de la grande litanie sacrée, pouvant indifféremment se prendre dans l'acception d'un verbe, d'un substantif ou d'un adjectif, afin qu'à l'aide de ces noms mystérieux le souvenir des grandes choses du passé se conservât intact et sans difficulté dans la mémoire des peuples : depuis lors, notre conjecture s'est vérifiée d'une manière étonnante, et, ce qui est bien plus remarquable, c'est que les noms de l'alphabet grec, d'alpha à oméga, traduits simplement à l'aide du maya, nous ont donné un chant complet, bien qu'abrégé, des événements du cataclysme. Qui sait si cette méthode d'interprétation , appliquée aux dynasties égyptiennes, assyriennes ou persanes, etc., ne servirait pas à retrouver des choses qu'on peut croire aujourd'hui entièrement perdues?

Exposition des sii^jnes des mois mayas.

Si los jours du mois maya élaient au nombre de vingl, ainsi quon vient de ie voir, à son tour, l'année se composait de dix-liuil mois, faisant trois cent soixante jours, auxquels on ajoutait cinq jours complémenlaires, pour terminer l'année solaire commune. Landa, qui a conservé les signes des dix-huit mois, assure que l'année commençait au Yucatán au premier jour du mois Pop, coïncidant avec le 16 de notre mois de juillet. C'est ce que, de son côté, confirme Pio Ferez.

1 . Pop <^^ . Le groupe dont se compose ce signe ne semble rien avoir de bien particulier avec le vocable qui en est l'expression. La section inférieure est une esquisse peu soignée du caractère phonétique ^ ca : au-dessus vient un signe assez mal rendu pai- le copiste de Landa {^^gj] , la terre crevassée par la chaleur et par l'eau, la terre inondée, véritable natte du sol, ainsi que l'exprime le nom du mois; puis, le caractère ^ />, à droite, <'t, sur la gauche, deux signes du souille ou de l'air (M), l'un au-dessus de l'autre. Le groupe entier parait faire allusion à un souflle rompant la terre pour en sortir. Ce groupe n'existe pas dans le Manuscrit Tronno; mais ce document n'étant pas un calendrier, il n'y a guère de quoi s'en étonner. Le vocable pop, que Beltran écrit long, poop, signifie la natte, rr estera ó petate," dit Pio Ferez, qui donne encore à pop le sens d'un arbrisseau ou d'une plante qu'il ne décrit point, mais qui, fort probablement, doit être de la nature des joncs dont on fait les différentes espèces de nattes connues au Yucatán. En prenant ce vocable avec l'orthographe de Beltran, poop se composerait (h po, primitif inusité, exprimant l'enllure, la vapeur, l'expansion par la chaleur d'une matière dans une enveloppe, et de op, briser, rompre pour sortir, crevasser par la force du feu. Le mot pctlail, natte, en mexicain, a une étymologie analogue : pe, venir, monter, rompre pour sortir, en est la racine. Do là petia (ni-tla), trouer, crevasser le marécage, et pella {ni-te), rompre ou fendre violenuuent. d'où petlatl, eau rompant (la terre) et y formant comme une natte, ou un mare-

cage, d'où l'on tire les joncs pour la fabriquer. Les mots français péiUler, pétulance, etc., auraient-ils une autre origine? Le vocable petlatl, natte, en mexicain, comme poop, en maya, signiliaient non-seulement la natte fabriquée, mais aussi la natte naturelle, le sol bas, tantôt crevassé par le soleil, tantôt recouvert d'eau, rendu par le symbole ^^a1 , dans le Manuscrit Troano, à peu près identique avec celui que M. Aubin donne, dans son Mémoire''', pour exprimer le monosyllabe pe de petlatl. Le groupe en entier se lit :

C(i pooji ba ili — '/«■

ce qui a lail rompre ' le sol le double souille.

'^- ^^ B^(@1- ^^ ^'S"*^ ^^^ interprété uo, c'est-à-dire grenouille, selon P Ferez. Second mois de Tannée maya, i/o ferait-il allusion par son nom au croassement des grenouilles que l'on entend, particulièrement à cette époque, dans les lieux marécageux? Il y a. tout lieu de le penser. Beltran ajoute que m désigne en outre le têtard, une sorte de petit crapaud et un fruit indigène, appelé pitahaya aux Antilles. Mais ce qui nous paraît plus digne d'observation, c'est que uo, au rapport du même auteur, énonce l'idée des caractères de l'écriture, en particulier des voyelles : de là le mot uooh, rr voyelle et écrire en écriture pbonétique, " distinction remarquable, en ce sens que, pour esquisser et peindre, la langue maya employait le vocable jib, le seul qui exprime actuellement les mots peindre et écrtre. Cet hiéroglyphe paraît assez difficile à expliquer. La section inférieure renferine un caractère qui semble, en raccourci, celui de la lettre ^ h, et la section supérieure est identique avec le signe (^) que je crois une variante du ^ fi , localité, lieu. Ce qu'on pourrait interpréter par «le possesseur enfermé du lieu,^' indice du têtard, de l'embryon dans son enveloppe (?). L'ensemble de l'idée géologique, qui a présidé à la composition du calendrier maya, se poursuit dans les noms des mois, ainsi que dans ceux des jours. Après le marécage, déjà crevassé par la chaleur, apparaît le têtard, l'embryon de la grenouille, laissé au fond de la bourbe, symbole de l'embryon du feu volcanique, couvant sous la terre glacée

''' Mèjnoire sur la peiiiiiire didacliijtie , etc. pag. 6.3.

et qui ne tardera pas à rompre son enveloppe, ainsi qu'on le verra dans les noms

des mois suivants.

3. Zip ¡M. Le troisième mois du calendrier maya, figuré par ce groupe dans Landa, a pour traduction le vocable dp, dont Pio Ferez ne trouve pas d'explication convenable. Zip est le primitif de zipil, que Bellran rend par rr manque, «faute, défaut, w vocable dont les modernes ont fait le péchc. Il est encore le primitif de zipit, délier, détacher, lâcher; d'un autre côté, on trouve zip qui signifie la grosseur, l'enflure, etc. Zip, analysé, donne li-ip, bois à brûler qui se gonfle outre mesure, sens intéressant qui rappelle le grand arbre du monde, gonflé outre mesure par les gaz et les feux volcaniques, avant d'éclater. C'est à quoi, d'ailleurs, semble correspondre le groupe du mois Zip, composé du ^^ / ou //, indiquant la localité et la préposition à, dans, vers, et d'un caractère en forme de croix grecque, dont la signification me paraît encore incertaine; mais, à considérer son apparence bombée comme une sphère, on pouri'ait croire (pie l'hié'rogrammate a voulu signifier l'elTet d'un vase i-empli, se gonflant par suite d'une force intérieure.

h. Tzoz Êvo'^ • Telle est l'image qui représente le quatrième des mois mayas, dans l'ouvrage de Landa. Le vocable qui en est l'expression est transcrit moins correctement, peut-être, par Pio Perez, :oj, que cet écrivain traduit par cchauveff souris. 7) Il faudrait certainement un grand eflbri d'imagination pour retrouver dans cette esquisse informe le manmiifère volant de la nuit dont il est question. Ce qu'on y reconnaît, ce sont les signes de la lettre ^ p autour d'une sorte de bouche, environnée des signes de la glace, et, au-dessus, un caractère qui sendile être le ^M aJtnu : voilà pour([uoi j'inclinerais à penser que Landa a voulu exprimer par t:o:. non la chauve-souris :a>. mais l:<)t:. la chevelure, vocable (jui dans toutes les langues du groupe mexico-gnatémalien indique symboliquement la cbevehire de l'eau, la surface ondoyante, renuianle de la mer, d'un lac ou d'une rivière : c'est à quoi semblent correspondre les signes de la glace qui se présentent dans l'image du mois Tzoz. Il s'agirait donc ici de la chevelure, de la surface des eaux gelées au-dessus de la terre et que la force du feu volcanique

commence à rider, à faire grimacer, ainsi que l'énonce le nom du mois suivant. Les variantes de Tzoz ^^ et ^^ , qu'on trouve dans le Manuscrit de Dresde. donneraient à penser que la localité, indiquée par ce caractère, serait le voisinage de la gueule de CipactU, image de la gueule béante de l'Océan, où le volcan, Ahmi, que l'on voit apparaître comme le soleil entre deux montagnes, surgit, en conpant la terre couverte de glace.

5. Tzec ^^. Ce signe, cinquièaie de ceux des mois du calendrier, a été, en partie, expliqué déjà au sujet du ^ c et du ^ chien, avec lesquels il offre une grande analogie. Pio Ferez écrit le vocable zeec et n'en trouve point d'interprétation; s'il avait eu occasion de le lire dans Landa, tzec, il l'eût compris immédiatement. Ce t{ue l'auteur du calendrier a voulu exprimer, c'est bien probablement une tète de mort de singe, aux dents grimaçantes, image assez commune dans les fantaisies mythologiques de l'Amérique centrale et qu'on retrouve sculptée fréquemment dans les belles ruines de Copan. Tzel;, en effet, est une tète de mort, en maya, et les tètes de mort sculptées sur les édifices de cette ville me paraissent, ainsi que le signe du calendrier, se rapporter aux deux frères Hun- Chouen et lîun-Balz, changés en singes par leurs deux frères : mais une intention plus profonde encore se révèle dans ces tètes de singes. Car si les danses et les mouvements de ces animaux symbohsent, dans le sens mystérieux du Popol Vuh, le soulèvement momentané des montagnes à la surface de la mer des Caraïbes, leurs tètes, avec l'expression de la mort, ne sauraient faire allusion, probablement, qu'à la chsparition de ces montagnes sous les eaux, où elles continuèrent à grimacer, dans les récifs et les Ronfleurs, comme elles avaient fait grimacer la glace, en se soulevant. Tzek, selon Beltran, est la tète de mort, ainsi que le crâne. Son primitif /:<^, grimacer, nuance de je, pousser, montrer les dents, etc., fait tzee, moudre le grain, mâcher, grincer des dents, et tzec, gronder, faire des reproches, sermonner, châtier, etc. (Goiif. plus haut, au vocable c/íí/í/í, page 89.)

(). Xiil ^jjf^- Ce signe, sixième de ceux des mois mayas, tronqué, déformé par le copiste de Landa, ainsi que tant d'autres, présente encore quelque difficulté pour son explication. Au premier aspect, nous avons cru y reconnaître la

tète et le bec crun oiseau; peut-être était-ce l'intention des auteurs du calendrier d'imiter plus ou moins cette partie d'un volatile, dans leur esquisse du mois Xul : car ce vocable qui, en quiclié, fait allusion au cbant de l'adieu, à l'air, à la musique du départ, signifie, dans le maya, l'adieu, le dernier terme, la fin, etc. Or, c'est au commencement du mois qui porte ce nom, que l'on solennisait, au Yucatán, le dépari et la disparition de Kukulcan, dont le nom semble faire allusion à deux choses fort distinctes. Ecrit avec deux k comme il l'est ici, c'est Quetzal- Coatl, l'un des symboles de la terre antique et de ses eaux fécondantes, disparue, mais vivante dans les terres restées debout après le cataclysme; écrit Cuculcan, il signifie le serpent de la vague ondoyante, et semble faire allusion aux vagues de l'Amazone, prenant leur cours dans les vastes plaines de l'Amérique méricfionale. Xul, d'un autre côté, dit précisément : r il est venu, il est descendu : -•! il annonce la descente du fleuve des lieux dont Quetzal-Coatl avait été le roi et le pontife. Tillan, la terre fertile par excellence, devenue la région de la stérilité et de la mort, M ¡et la n, depuis que, des plaines inférieures, la puissance volcanique l'avait soulevée à la hauteur des neiges éternelles. En examinant avec attention le groupe ci- dessus, on croit y reconnaître les quatre bras d'une croix, dessinés avec plus ou moins d'exactitude; au centre, un douille cercle, formant l'œil de l'oiseau, peut avoir voulu exprimer l'idée d'un volcan, qu'on trouve avec certitude sur le bec, indiquant peut-être ainsi le double abîme où disparut Quetzal-Coatl, suivant d'autres documents. L'aile qu'on voit à la droite du signe semble, au premier abord, n'être qu'une variante du monosyllabe || m; mais elle est probablement le symbole d'un banc de glace, ses hachures étant celles de la gelée, ainsi que celles du caractère suivant.

7. lao-kin^Î. Ce groupe, septième des caractères des mois mavas, est un de ceux que l'on voit répétés le plus souvent dans le Manuscrit Troano ÈMi , ainsi que dans le Codex' de Dresde. Pio Perez écrit je-yaxk'm le vocable qui l'énonce, sans en donner toutefois la traduction. Mais on sait que la syllabe je, représentée par le z dans Lauda, signifie rr manifester, pousser dehors, etc.; ^5 par conséquent le sens de oe-yax-kin, que Pio Perez traduit par soleil nouveau, est : rr le nouveau f soleil (c'est-à-dire le volcan nouveau) a poussé, s'est manifesté, le rejeton nou-

«veau est venu dehors, fort et vigoureux." En effet, Tidée première, celle qui ressort de tout ce qui a été expliqué plus haut, à propos de Vahan fM, reproduit ici, c'est celle d'un rejeton qui pousse avec vigueur ^^, c'est le membre viril, debout dans le vase : mais, outre l'image de Yaliau que présente le groupe ci-dessus, on y reconnaît d'abord la queue ou aile de glace h* qu'on peut lire phonétiquement m, ou idéographiquement iz, zt ou ce, puis le ^K^ ti ; ce qui donne pour l'ensemble du groupe, en le lisant phonétiquement : ca li ija.r km. et c'est ici le lieu du vigoureux volcan, w et, en le prenant figurativemenl , w c'est de la rc glace cpie jaillit le volcan nouveau, vigoureux,'? le caractère ti, de la localité, étant en même temps le symbole du foyer volcanique, image du soleil, kin, et Xahau, celui de la verdeur, de la force et de la puissance, ifax. Telles sont les symboles dont les nations se servirent, aux jours de la rénovation, pour exprimer l'idée du volcan qui surgit tout à coup, au-dessus des glaciers, précurseur des terres et des îles qu'il soulevait, premier refuge des populations naufragées, après le cataclysme. Ä7// vient de ki , épine, pousser eu chauffant, nuance de ci {(ji)-, la liqueur enivrante, Teffervescence, et de in, dedans, dans l'organe femelle, d'où son apphcation au membre viril d'abord, puis au volcan, et enfin au soleil.

8. Mol '.(^': • Ce signe, le huitième de ceux des mois mayas, offre une analogie frappante avec le caractère ^: o de l'alphabet. Sa signification, selon Pio Ferez , est celle de réunir, rassembler, et en prononçant Y o long , mool, d'une griffe de quadrupède. Mol, selon Beltran, a également ces diverses acceptions : il a le sens de tout ce qui est réuni, amassé, recueilli, amoncelé; aussi n'est-il qu'uue nuance de miil, exactement comme dans les vocables latins moles et mullus, etc. De là un grand nombre de dérivés dans les Igingues du groupe mexico-guatémalien, ainsi que dans le latin, etc. L'hiéroglyphe actuel, qu'on retrouve identiquement ■{^! aux folios lo et i i du Manuscrit de Dresde, présente une petite tête semblable à celle du caractère (^ mauik, symbole de la surface de l'eau, avec cette différence qu'ici .'(^.' elle est debout le nez en l'air. Elle est ainsi dans la même position que la tête du caractère ^ t, de l'alphabet; mais il est encore douteux si c'est la surface de l'eau qu'elle représente plut(M (pi'uue localité où l'eau a été amoncelée, ou bien une localité sortie de l'eau.

lOâ ÉTUDES SUR LE MANUSCRIT TROANO.

9. Chen (^31 • ^'^ signe, neuvième de ceux des mois mayas, est orthographié par Beltran de Santa-Rosa, ctien et cheeii, qu'il traduit piir puits ou abmie, crpozo «ó abismo. 77 C'est ainsi que, dans la langue maya, on appelle les fontaines ou puits creusés naturellement dans le roc, au Yucatán. La section supérieure du groupe a-t-elle la prétention d'être le symbole d'une grotte, c'est ce qu'on pourrait croire, d'après l'image inférieure c[ui semble affecter celle des citernes en forme de dames-jeannes, existantes sous la cour du palais des vestales à Uxmal, ainsi que sous les terrasses de divers autres palais. On croit y retrouver encore le caractère @ /, des pointes sous l'eau, et quelque chose du caractère ^^ heeu, voie descendue, qui énonce l'idée de profondeur sons l'eau. Dans la section inférieure se voit couché le caractère (^)|/^J // et l'ensemlile du groupe est encadré à droite par le caractère ^ , « eau. v En sorte qu'on pourrait le lire en entier ha ah he-en, w eau en possession de la voie descendue, intérieure , 77 ou bien ¡ta h-i. ffeau de l'argile recuite. 77

10. i«<^"|^^- Ce groupe, dixième des signes des mois mayas, est exprimé par un vocable dt^à connu, yad'. rendu lui-même par une calebasse ^^ , dont le jet pousse avec vigueur : quant au symbole ija.i\ ainsi qu'on l'a vu, il a l'acception de fort, vert, nouveau, vigoureux, premier; de là la traduction que Pio Ferez donne du mois Yax , premier soleil ou principe du printemps. L'hiéroglyphe, dans son ensemble, représente d'ajjord le caractère phonétique J7 ca, suivi du signe du jour @ miiac, surmonté de la calelîasse ijax, ce qui nous donne ra ca-uac yax, httéralement, rr c'est celui c|ui s'élance (oujailht), le fort (le vigoureux, ff le nouveau). 17

11 . Zac ^^- Ce groupe, onzième signe des mois mayas, rendu par le vocable :a<\ veut dire blanc, selon Pio Perez; mais ce sens, bien que parfaitemcnl intelligible, n'en est pas un véritablement pour le calendrier. Dans l'analyse, il n'offre rien qui aide à reconnaître son origine; zac peut se rendre par Mac, abondant, etc. mais ne dit guère davantage. Le groupe hiéroglyphique n'apprend rien pour le moment; c'est le caractère Q cauac, sur lequel vient un symbole qui paraît être un de ceux de la glace, suivi, à gauche, d'un autre qui serait composé

d'un ^ p et d'une variante de ^) «, ce qui nous donnerait : ca-uac iz pa, cree ff qui était trop plein a rompu la glace, v

1 2. Cch ^w? ■ Ce groupe , douzième signe des mois de l'année maya , s'exprime par coli, w venado , " en espagnol , c'est-à-dire bête fauve , cerl", gibier, etc. Rien , dans l'hiéroglyphe, ne répond à une idée de ce genre : mais le vocable ceh est long el s'écrit souvent ceeli, dont l'analyse donne ce, ensemble, réuni, glace, etc., et eh, particule d'assentiment, ancien signe du prétérit, pour áh, ancien verbe concéder, consentir. Mais si le sens idéographique cUt ceh, le groupe montre d'abord une aile, cjui, bien qu'ayant les apparences d'un jj ca, présente, à ses extrémités, ainsi qu'on l'a vu plus haut, les signes de la glace, suivis d'un ^ cauac surmonté d'une variante assez mal rendue du @ t ou ti. Ainsi on peut y lire : ceel cauac ti, cr glace qui est débordante ici, 17 sens qui correspond parfaitement à ce-eh . rr glace faite, ou ce qui est gelé. 51

13. Mac'^^^. Ce groupe, treizième des signes des mois mayas, est rendu par le vocable mac, qui a le sens de fermer, recouvrir un vase, selon les auteurs : c'est là ce que paraît signifier l'image ci-dessus, qui se rapproche assez d'une boîte fermée de son couvercle, composé du caractère a-^ ma et d'un autre symbole fort imparfait; il n'est pas aisé, non plus, de déterminer le reste de l'image, où l'on découvre comme deux points ronds, analogues à certains 0, reliés par une petite figure semblable à celle qui fait le fond du signe [j^fj ko et qui me paraît être une variante de la lettre S li.

H. Kan-Kin l^^^- Ce groupe, signe du quatorzième mois maya, kan-kin. présente encore des diiTicultés pour son interprétation, faute d'avoir été rendu, peut-être, avec suffisamment d'exactitude par le copiste de Lancia. On y reconnaît toutefois, dans la section supérieure, le signe du soleil ou de la localité ^ , quoiqu'il soit ici privé d'un rayon. Le reste n'est guère clair : on n'y retrouve autre chose qu'une sorte de lettre ^ h, à côté de laquelle semble monter un jet qui se répand tout autour du signe du lieu, en l'entom^ant comme un torrent de lave; c'est à quoi peut-être fait allusion le vocable kan-kin, soleil jaune, mais kan veut

106 ÉTUDKS SUR LE MANIISCIUT TROANO.

dire tout aussi bien argile, sécrétion volcanique soulevée, accrue, augmentée. L'ensemble du vocable semble plutôt se rapporter à la croissance qu'à la couleur; ce qui justifierai! l'idée du (orreni de lave autour du signe de la localité, le mol kin, connue on le sait, étant le volcan encore plus que le soleil. Kankin, soleil jaune, ajoute Pio Ferez, serait ainsi nommé, peut-être, parce que durant le mois d'avril, dont les deux tiers lui correspondent, le soleil apparaît souvent jaune dans l'atmosphère, ou bien à cause de la fumée des broussailles (pie l'on brûle vers l'époipie des semailles , dans la campagne.

15. Miuui i^^M ■ i^'' grou])e, signe du quinzième mois maya, semble avoir été encore plus altéré que les autres par le copiste de Lauda. Pio Ferez l'écrit moan, vocable qui, selon lui, exprime l'idée d'un jour couvei't, nuageux et disposé à la pluie. En l'analysant, on y trouve mo ou moô, l'oiseau ara, ou bien une loupe ou une excroissance c|uelconque, et an, support, aide, secours. Malgré la déformation de l'image, je crois y reconnaître comme une tète d'oiseau, au bec pointillé et surmonté d'une excroissance, pouvant, comme l'image présente ^^, exprimer le vocable mô, la lettre m étant plus d'une fois représentée pai- une tète d'oiseau, dans le Mamm'vll Troaiio et dans le Mainoicrit de Dresde; à droite elle offre comme un signe de glace, et le groupe entier est porté à la surface de l'eau

figurée par le . Le vocable mu-an semblerait dire cpie la terre molle i-e-

monte, est en avant, et mo-an. (fue le mont est en croissance sur l'eau couverte de glace.

16. l^à.r ^^^^. Ce groupe, seizième des signes des mois mayas, est a|)[)elé pà.r et Pio Ferez le traduit par ff musique ou instrument à faire de la musique. " (l'est qu'en eflet le caractère principal, analogue à une sphère, ornée de points ovales, a une ressemblance frappaide avec un ancien instrumeid, fait de bronze ou d'une écaille de tortue, comme le sistre antique, et auquel, au Yucatán, on suspendait de petites clochettes de métal. Nous ferons remarquer, toutefois, que ce n'est pas là le sens original du grou|)e; dans ce signe, (pii i-essemble à un instrument de musique, on aura sans doute déjà reconnu l'une des variantes du caractère ^ 6fc/^ et dans celui qui parait au-dessus, le caractèi-e ^^ cliicclian, lesquels réunis, en

lecture ordinaire, donnent he-en ch'cvhan. c'est-à-dire tIb voie ouverte (ou descenff due) peu à peu, s'est accrue montant en avant. ^i Quant au vocable pdx, dont Pio Ferez fait rt musique , n j'y trouve , en l'analysant , pa ou ¡jaa , briser, renverser, ruiner, désemparer, et ax, ampoule, verrue, ce qui s'est gonllé, soulevé, étymologies (|ui, comme on le voit, s'accordent encore avec les sens de been et de chiccluin.

17. Kai/ah w^^- Ce groupe, dix-septième des signes des mois mayas, esl appelé kai/(tl>. Pio lierez le traduit par le mot ff chant, ^i du verbe Imy, chanter, gazouiller, bruire, sens qui correspond, d'ailleurs, à la musique de l'article précédent. L'image n'est pas facile à analyser, peut-être à cause de l'incorrection du copiste. Je crois toutefois reconnaître au bas une variante du caractère m ^^, puis trois jets qui appartiennent au caractère Ç^ imix, ayant à gauche le M it et, à l'angle droit supérieur, un symbole qui semble être encore le zig-zag de la surface

de l'eau . Le caractère à gauche offre une petite silhouette analogue aux

variantes de la lettre ÎMj p. aux symboles glacés, avec deux pendentifs qui semjjlent aussi être des glaçons. Dans cette supposition on pourrait lire le groupe entier : ca imix ha u-p ceel, r c'est le foyer profond de l'eau (qui) en montant a T rompu la glace. -^

18. Cnnihu^^^. Ce signe, dix-huitième et dernier de ceux des mois du calendrier, esl appelé cumhu par Landa : sa signilication est celle d'un sourd murmure dans un vase. Pio Perez l'écrit ciim-ku; c'est, ajoute-t-il, le bruit d'une explosion, entendue au loin, et comme d'un coup de canon, semblable à celui qui se produit quelquefois, vers le temps de la saison des eaux, dans les marais, dont le fond se crevasse avec la sécheresse ou par l'éclat du tonnerre, accompagné d'averses lointaines. Ce bruit, dit-il encore, s'appelle également limn-ku, bruit ou murmure divin. A cette explication j'ajouterai que ces bruits lointains, que les Espagnols appelaient retumbo, dans l'Amérique centrale, ont été attribués par des écrivains au vent dans l'intérieur des montagnes. Dans les mythes antiques de ces contrées, ce bruit que les Mayas personnifiaient comme une divinité, dans le Cum-ku, «le dieu des profondeurs w ou wle dieu renfermé, 17 était appelé k Qux huyu, «le cœur de la montagne, v en quiche, et Tepeyolotl, en mexicain, qui

a le même sens. Le Manuscrit Letellier de la Bibliolhèque impériale poi'te Tepeyolotkc, littéralement ttau feu du centre de la montagne, v et l'annotateur de ce document ajoute que rrce nom se dit en référence de l'état où la terre resta après ffle déluge.'' L'image représentant le groupe cum-lm correspond jusqu'à un certain point à ces idées; le signe le plus visible y esl une calebasse (^¿), qni, prise dans le sens d'une gourde, dont elle a ici la figure, se dil cmn en maya, ainsi qu'en flamand kom, c'est-à-dire écueile, bassin : dans cette gourde sont dessinés trois points indiquant, peut-être, des ouvertures dans la terre avec le signe des gaz qui produisent ces bruits sourds. La gourde s'appuie, d'ailleurs, sur le caractère k^ kàii , symbole de la terre soulevée; elle indique aussi le creux terrestre, l'intérieur du sol. L'autre figure, à gauche, me paraît être une \ariante de la consonne Q m, surmontée du caractère du joiu' @ caïuic. Cet ensemble réuni me permet ainsi de lire ces mots : lain ni-in-ni ca-vac (le m isolé probablement pour Mw), c'est-à-dire rrla terre (pii a ruminé ou murmuré parce qu'elle est trop tt pleine. ■" Je n'ai pas besoin d'insister sur le sens profond de cette sentence, si bien déterminée, d'ailleurs, par le symbole entier. Ce groupe cumhu présente donc idéographiquement et phonétiquement la divinité à laquelle les Mexicains donnaient le nom de Tepei/ololl.

Ici se termine l'explication des noms des mois mayas : inalgr('' le doute qui en enveloppe encore cpielques-uns, on reconnaît, avec évidence, ipie tous également se rapportent aux phénomènes du cataclysme; qu'on les lise à la suite l'un de l'autre, soit idéographiquement, d'après leur sens ordinaire, ou qu'on les prenne selon la composition de chaque groupe, on y trouvera toujours les mêmes choses, caractérisées avec plus ou moins de détails, ainsi que dans les noms des jours, e1 c'est là un fait qui ne saurait Iroj) appeler l'attention du lecleur, vérital)lemenl intéressé à l'histoire.

Noms (les mois mayas compari's aux mexicains. Idée des cycles mayas.

A la suite de l'expücation relative aux mois du calendrier nuiya, nous croyons devoir, pour offrir plus de facilité au lecteur, mettre en regard de ces noms les

EXPOSITION DI) SYSTÈME GllAPHlQUE MAYA. 109

noms du calendrier mexicain, généralement mieux connus de ceux c[ni se sont occupés de l'archéologie américaine.

-MOIS MAYAS SELOiS LES AUTEURS. MOIS MEXlCAIiNS SELON SAHAGUN.

1. Pop.. . .coniineuçaiit au iG juillet. Tkxochi-Maco commençant aa i -i juillet.

-.1. Uo 5 août. Xoco-Huetzi i*^' août.

.3. Zip 2.5 août. Ochpanizlli 21 août.

Zi. Zotz 1 4 septembre. Teotleco 10 septembre.

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