Ctten 28 décembre. Titill 19 décembre
1 0. Vax 12 janvier. Yzcalli 8 janvier.
Selon Sahagun , le mois Yzcalli se terminait au 2 7 janvier et le 2 8 se trouvait être le premier des jours épagomènes, Nemontemi , vagabonds ou inutiles. Le premier jour de l'année aurait, d'après le même auteur, été fixé au 2 lévrier.
Atlaciialo . ...: . commençant au 2 février.
Tiaca-Xipehualizili 22 février.
Tozoz-Tontli ih mars.
Huey-Tozozlli 3 avril.
Tozcdtl 28 avril.
Elzal-QiiaUztli i3 mai.
Tecu-ilInii-Toiitli 2 juin.
1 8. Cumhu 21 juin. Hucij-Trcu-Ilhultl 22 juin.
Le 11 juillet commençait pour le Yucatán la série des jours épagomènes, lesquels, avec les dix-huit séries de vingt, complétaient l'année. Selon Landa, on donnait à ces jours supplémentaires le nom de ú Vaijé-Vab, que Pio Ferez traduit par rrle lit ou le repos de l'année," i/ah étant une expression vieillie pour liadh. année. Au dire de Landa et des autres auteurs, le cycle commun des iMayas se comptait de vingt en vingt ans : ils lui donnaient le nom de katnn, c'est-à-dire «pierre qui manifeste ou qui enseigne, w selon quelques-uns; mais dont il me semble plus exact de déi'iver Tétymologie de haa, excéder, sortir en dehors, et de tiiii. la pierre, chaque katuii ou cartouche, indicateur d'un cycle, étant, en effet, toujours
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1" juin.
lio ÉTIDES SUR LE MANUSCRIT TROANO.
placé en saillie du miir où on rencaslrail. Ces pierres, ou ketun.s, sculptées eu relief, de la même manière que les caractères du Manuscrit Troaito, se fixaient, dil Cogolludo '■', au moyen de sable el de chaux, dans les murs des temples et des maisons des prêtres, ainsi cpi'on le voit encore dans cjuelques édifices, entre autres au monastère des franciscains de Méridfi ([ui, après avoir succédé au palais des prêtres mavas, est devenu la citadelle de cette ville. Dans une localité appelée TirtmlahUnt . nom cpii signifie ffle Heu où Ton [»lace une pierre au-dessus d'une autre, ^i a jouir le même écrivain'^', existait le dépôt général des archives, où Ton recourait [)our la connaissance des événements passés, ainsi quen Espagne on consultait celles de Simancas. On sait encore, sur l'autorité de Lauda, que, outre \ekatuii ou cycle ordinaire, les Mayas avaient un grand cycle historique qui se composait de treize kaluus, formant ensemble la somme de deux cent soixante ans; à cause de son importance, on lui donnait le nom (Valuíii-katun un cycle royal.
De même que les autres nations issues de la grande civilisation tollèque, ils comptaient encore leurs années par iudictions de treize ans, dont quatre faisaient un cycle de cin(piante-deux ans. A leur tour, cinq cycles de cincpiante-deux ans revenaient former le grand cycle royal ou dliau-katiin , de deux cent soixante années. Ce qu'il V a de remarquable dans ces combinaisons, c'est que les mêmes signes initiaux des avùres années, de cpiatre en quatre, placés en tête de chaque incfiction, se répétaient au bout de chac[ue cycle de ciiKpumte-deux ans; mais ils retournaient également après une l'évolution de quatre grandes indictions ou cycles de deux cent soixante années, formant ensemble un cycle supérieur de mille soixante ans. C'est d'après les ingénieuses conqjutations de ce système qu'il faudrait, je pense, calculer les événements marc[ués dans la chronologie maya, donnée par don Pio Ferez au voyageur américain Stephens, durant son voyage au encalan *^', et que j'ai reproduite à la fin de la Relation des choses de îucatan de Lauda''*'. Une chose à laquelle on ne saurait apporter trop de circonspection, c'est que des événements qui, dans les histoires du Mexique ou de l'Amérique centrale, paraissent n'être séparés que par une année d'intervalle, pourraient l'être tout aussi
''' Historia de Ynailluin, \\h. IV, caj». v. "' Gonf. Landa, Relation des choses de Yucatán de Diego
'■' Id. il/id. de Lmtda, texte espagnol et traduction française en regard ,
''' Sle[ih<;ns, Iitridciits of trai-cl iit Yiicataii , \o\.l\.ad p. 620. calcew.
EXPOSITION Dli SYSTÈME GRAPHIQUE MAYA. Ml
\ñon par une indiction commune de treize années, comme par une supérieure de deux cent soixante. C'est par ce moyen que les Mexicains, en faisant part de leurs annales aux Espagnols, réussirent à les tromper, en voilant la haute antiquité de leur pays, afin de ne pas les choquer dans leur foi.
La première année de la première indiction est marquée daris Laiirla par le caractère ^^ Kcm qui, selon luiC, était colloque au midi. Ce caractère, symbole de la terre soulevée et séchée, était à cause de sa primauté surnommé Cucli-Haal), la couche, la litière ou l'estrade de l'année C^'; car il était comme le piédestal et le point de départ du calendrier chronologique. Le caractère de la seconde indiction était Q Mnluc, dont la place était signalée à l'est. Le caractère de la troisième indiction était (M) Vr, dont le siège était au nord. Enfin, le caractère de la quatrième indiction était ^ Cauac, dont la situation était au couchant. Ces quatre caractères, ainsi réunis, portaient le nom commun áo.Bacah, les os, les |)iliers de l'année ou de l'eau. Sous cette dénomination ils étaient considérés comme les ([uaLre frères divins, soutiens du ciel, les quatre grands dieux de la mythologie aiin'i'icaine. C'étaient eux qu'on représentait sous l'imag'e de quatre grands vases à long col, remplis d'eau et portant la tête des quatre aniuîaux symboliques, ainsi que les Canopes en Egypte. Dans le calendrier mexicain", les caractères initiaux des années, de quatre en quatre, ne correspondaient pas à ceux du calendrier maya, selon leur ordre comme signes des jours. A Kun était opposé Torlitll , fr lapin , v égale- ,ment situé au midi; à Mulnc correspondait AcatI, f'canne,^^ à l'est; à }\r le sigue TecpaÛ, " silex, " colloque an nord, et à Caunc le signe Calli, canaison ou chaleur, ^^ au couchant. Observons encore, en terminant, tout ce qu'il y avait d'ingénieuse philosophie cachée jusque dans ces quatre noms. Oue trouvons-noas, en elTei, eu lisant les premiers en langue maya : kàii inuluc ij.r ca-nnc, «la terre soulev(ie. amoncelée, foyer de ce qui était trop plein. ^^ El dans le mexicain : Tocht/i acal/ tccpatl calII, rt vie de l'Océan, le bamliou de la terre déchirée est l'habitation. ■•^
Ces notions, ainsi (|ue celles qui précèdent, suffiront, nous l'espérons, poui' établir une base à la lecture des documents de la classe du Ifaiiuscrit Troaiio, ainsi (jii'à rinlerprf'Iation des autres monuments épigraphiques de l'Amérique centrale.
''' Ttelatton des choses île Yiiniiiiii, pag-. o.oS. — '"' Ibid. Dans ie pclit iiiivra!¡i' de l'io l'cvpz. pajj-, .'iuO.
Outre les caractères dont Landa donne la clef, nous avons réussi à identifier, à très-peu de chose près, tous les autres, phonétiques ou idéographicpies , et leur syndîolisme ne sera plus une énigme pour personne. Les documents précieux suilesquels nous travaillons, depuis plusieurs années, nous ont permis de les devineiinsensiblement, et la lecture absolue des signes phonétiques a fini par justifier nos prévisions. Les variantes du Mainiscrit T roano, quoique assez mufiipliées, s'identifient les unes après les autres : on suit le copiste dans les formes si capricieuses, en apparence, de ses caractères, mais où l'on reconnaît, après une étude plus sérieuse, le besoin qu'avaient les sages américahis de peindre aux yeux, dans le vocable phonétique, les mêmes idées qui s'y présentent idéographicjuement.
Ce qui pour nous a été une source de difficultés, an commencement de notre exploration épigraphique clans le Manuscrit Troano. c'est l'ignorance où Landa a laissé ses lecteurs sur la valeur des signes numériques, qu'on voit apparaître fréquemment dans les pages de ce document; c'est la manière de lire les inscriptions, ce sont les ])oints de départ et les points d'arrêt, toute la ponctuation dont il parle, mais qu'il néglige de faire connaître. J'ai fait ce que j'ai pu pour suppléer à ces défauts; j'ai recherché et j'ai interprété, autant qu'il m'a été possible, les symboles des nombres. Mais avant de les expliquer j"ai cru devoir compléter cet exposé, en y ajoutant un certain nombre de groupes composés de cUverses syllabes, souvent abrégées et rédnites, et j'y ai joint une nomenclature de signes figuratifs, dont l'intelligence est indispensable à la lecture des inscriptions.
Explication des symboles de la terre, de l'eau, de l'air et du feu.
Les signes ayant ponr objet de représenter la terre, Teau, l'air et le feu, c'està-dire les quatre éléments primordiaux des anciens, étant les plus importants, c'est avec leur explication que je commencerai cette exposition. Le premier symbole qu'on découvre, à ce sujet, dans le Mamiscrit Troaiw, c'est celui de la localité (^S) ' caractère de la préposition ii, identique au fond avec la lettre Q í et le caractère égyptien©, qu'on retrouve encore dans le signe mexicain [q] , que
EXPOSITION DU SYSTÈME GRAPHIQUE MAYA. ll.i
M. Aubin donne pour liai ou llalli, terre. La terre, proprement dile, la surface du sol et le solide se trouvent représentés, dans noire document, par une sorle de ])anc 5=S nu i\o carré long [l l| , analogue au synd)ole mexicain, souvent réduit à une simple l)arre ■ i ta, r^lieu sur Feau,-»? barre noire, rouge ou
jaune, suivant la circonstance. Les Mayas appelaient la terre, en général, Imim . mot composé de lu, motte ou la partie molle du sexe féminin, et de um, à Ten- (our, environnant, c'est-à-dire «ce qui environne la motte terrestre." Dans les nombreuses images qui symbolisent la terre dans le Manuscrit Troano, une, entre autres, qui se représente fréquemment, c'est celle de la (erre glaise [g5^ , crevassée et bouleversée alternativement par la chaleur ou par le tremblement el descendue sous les eaux; fréquemment encore elle apparaît avec les pieds sillonnés en zig-zag par le signe de Teau 'l^ ^' . Ailleurs , on verra plus d'une fois le corps d'une abeille la tète en bas, supportant un banc, dont les pieds sont pointillés [J; ce qui indique que le gaz, poussé par le feu inlérieui-, cherche une issue, })iiis ronq)t la terre dans le second l)auc, la bouleverse, ainsi (pie l'exprime doublement le caractère ^ ca-ban, inscrit entre les deux pieds de ce banc. La variante de ce signe n'est pas très-différente du précédent : symbole du tremblement de terre dans plusieurs documents mexicains, |ls-iV^j|. elle indique ici une terre déjà sillonnée par l'eau, après s'être crevassée.
Ce qu'il y a de remarquable dans le signe ordinaire de la terre, c'est que le ])anc, qui en est le svmbole, forme fréquemment la vas([ue j^ ou la partie supérieure de l'autel américain, qui semble ainsi une image de la montagne on du globe du monde: au centre on reconnaît les gaz qui tendent à s'y élever, en i)r()duisant la fumée qu'on voit au-dessus. Un autre symbole non moins fréquent que les autres par rapport à la terre, c'est celui que fait connaître le caractère ^ Œcchan, dont la partie réticulée (^^^ est, ainsi queje l'ai fait remarquer pins haut, le signe de la terre inondée, marécageuse; c'est le jupon de la femme recouvrant son sexe. A côté de ce symbole vient s'en placer un qui n'est pas moins intéressant [^^g]; c'est celui de la terre entièrement sous l'eau, et qu'on trouve également rendu par le caractère ^ lamat, rr abîmé sous l'eau," signifiée ici par les gouttelettes qui la recouvrent en forme de raquette.
Si des symboles de la terre nous passons à ceux de l'eau et de la mer, pre-
ll/i ÉTUDES SUR LE MANUSCRIT TROANO.
lions l'iiiérogiyphe ei^ kaani, la cürde, le lien de terre crevassé et traversé dCau; c'est celui qui rattache, dans hMaiiusctit Troaiio, les localilés restées à la surface des eaux ou de la mer au corps de l'animal qui en symbolise le fond, sarigue, dans (|iielques documents, lapin, dans d'autres. Le lecteur le trouvera dans l'animal Îr?^^ représenté par l'image tirée de la planche vui de ce document, où transformations diverses semblent annoncer celles que subirent les terres riveraines de la mer des Caraïbes et du golfe du Mexique avant leur formation délinitive. La tète de la bêle "^ indique Irès-probablemenl le golfe, et la figure en fer à cheval sur laquelle vient poser un de ses sabots, le fond méridional de la mer des Caraïbes, dont les montagnes lurent des premières à se soulever, à la suile-du cataclysme. C'est ce fera cheval ^^, représenté sur un grand nombre de monuments en pierre, souvent sculptés avec un ai'l remarquable, <}ue l'on voit dans la plupart des musées mexicains et dont les archéologues ont jusijn'à ])r(''sent cherché vainement la significalion : on a dit et répété que l'on posait cette pierre au cou des victimes deslinées à la mort sur le techcatl, ou autel du sacrifice, afin de les tenir en respect. Il peut y avoir du vrai dans cette asserlion : on sait, toutefois, par les monuments, que la tèle de la victime penchait en dehors de l'autel; le poids seul du fer à cheval eût sufli dès lors pour la hier. En admellant donc qu'on s'en servit dans des cérémonies de ce genre, ce ne pouvait èlre i[u'un simple rile, destiné à conservería mémoire de quekjue événemenl : deux prêtres auraient tenu le fer à cheval sur la victime, tandis c|u'un autre lui arrachait le cœur et l'offrait palpitant au soleil. Celte supposition n'est pas gratuite : car le fer à cheval était non pas précisément le syml)ole du fond de la mer des Caraïbes, mais celui d'une des aretes montagneuses qui se dressent dans les Cordillères, et que la nature, au grand jour du soulèvement, avait posée , comme au col du captif, à la vague bondissante de l'Océan en fureur. Tels sont les renseignements que l'on trouve dans le Coder ClñmaJpopoca et que fournira également le Manuscvit Tvoano, ainsi que la plupart des documents mexicains, lorscpi'on les traduira sérieusement.
Les quatre points ronds que l'on voit sur le contour du fer à cheval, analogues aux bases de la lettre ^ o, sont fort probablement les indices des quatre cônes principaux qui surgirent les premiers dans ces lieux : quant au sabot de l'animal
lij'uré dans Timage ci-dessQS, il précise Tendroil où vint s'acculer un des derniers {¡laciers c|ui avaient recouvert l'Amérique méridionale, antérieurement au cataclysme : c'est ce qu'énonce la légende qui accompagne l'image en ([uestion :
or czaiiah cinn liiiiint rih kdan
eiitiv glacier mort ahîiné dans l'eau lavo terre soulevée
Iron
caclié f'
iOuffl(
IIH'II
faite
(ihnn volcan
TRADLCTION LIBRE.
'f Souille du Irou caciié où est entré le glacier mort, abimé sous Teau; la terre soulevée ffsy est faite avec le volcan. n
Pour en revenir à l'hiéroglyphe du 1er à cheval ^J, il y a loul lieu de croire ([ue c'est aux phénomènes divers qu'éprouva le fond méridional de la mer des Antilles, que les signes analogues ^^^ et ^^^ font allusion; c'est ce que l'interprétation entière du Manuscrit Troauo finira par nous apprendre. En attendant, constatons ia ressemblance que ces images présentent avec celle que nous avons extraite de la liste des tributs payés naguère à Montézuma ('), bien qu'elle en diffère par le signe de l'eau '^'^^^^ , fortement accentué au-dessus de cette dernière. Or celte image est donnée, dans ce document, comme l'hiéroglyphe (Vatlaii. traduit dans les auteui's par lagar de agua, «pays de l'eau.-» Dans la CoUeclion de Mendora^\ où le nom ú'atlan paraît plusieurs fois, il est rendu par le signe suivant ^^, identique, à fort peu de chose près, avec ceux du Maïui.smt Troauo: on y voit clairement indiquées deux barres noires, indices du sol, entrelaçant un signe ([ui a quehpie ressemblance avec les caractères Qui) et fnj lidan, la terrf soulevée, mais qui , dans la langue náhuatl, expriment le monosyllabe tiau , la dent , ayant le sens de frlieu, proche ou auprès. ^^ Nous observerons encore à ce sujel ([ue si alian signifie rlieu de l'eau," il indique aussi les pays sur l'eau ou contre l'f^au : niais (|u'il ail ce sens ou bien même qu'il énonce l'eau qui recouvrait naguère
'' Lorenzanii, Carias de Hernán Coi-les . etc. [>. 177. ^^' Conl'. Kingsborougli, Mmto;/; Antiquities , vot. I. et
in Cordillera de los pueblos, tani. I. Comment, vol. V, ad voc. Alian.
116 líTUDES SÜH LE MANUSCRIT TROANO.
les lies ou les contrées engloulies dans l'Océan, il est indubitablement la source du nom de V Atlantique, le vocable ntlantic lui-même étant en mexicain (eu ma\a at(uittc) Tadjecl if propre batían; (illnii-tic signifie, en outre, le fond ou le ccnire iWitlan ou le sein de la mer.
Dans la langue maya, at(ni correspond exactement au nabuatl nllaii. (IVst le lieu étendu sur Teau, a-taii ; c'est le pays que le Popol Vuh appelle fhni , dOù (i-dan, la terre sèclie, l'argile au-dessus de l'eau, la terre exaltée conslanuueul, dans les traditions mexicaines, comme le père et la mère de l'humanité sauvée du grand naufrage, et dont le nom se retrouve dans celui de la première tribu (piicbée, celle de Damib ou Taiiid), el dans le nom caraïbe de la Martinique, Mu- Dan-iiia, identique avec le Madaii de la Bible el les Madai, de l'antiquité. Os noms divers doivent levu' origine à quelques-uns des plateaux de l'Amérique méridionale et aux petites Antilles, où brillait en particulier la Guadeloupe, la première sortie des flots, la fleur, Xóchitl , ainsi que l'appellent les traditions mexicaines, xo-fli-itL la vie issue du fond du bassin, le premier homme, selon les interprètes du Manuscrit LetelUev el de la Copie Vaticane, parce que ce fut la première montagne qui s'éleva avec le volcan sur la mer, au sortir du déluge. Voilà d'où vient encore la nuance du nom dWtau si curieuse dans a-thau, la parole la langue de l'eau, en maya; car le premier signe de la terre fut le feu ronq)anl la glace et jaillissant au-dessus (1^^ ezaii-ah, première parole de l'homnic- montagne, annonçant l'ère du salut aux populations éparses sur les glaciers.
C'est donc avec une profonde raison que la langue náhuatl, ainsi que la langue maya, revendique comme sa propriété le nom à^ Atlaii, d^Atan et d'Atlantic, dont les Grecs avaient conservé le souvenir. L'image suivante '^l^ nous montre la terre antique, sous la forme d'un lapin, s'enfonçant dans ^^S ^^^ ^^-^^ ^'' '^'~ céan, au moment même où la terre nouvelle conmience à surgir entre ses jandx's
É^rt^ d'arrière, symbole qui semble locahser la courbe des petites Antilles. ^ Dans cette autre image, Tanimal est sous les eaux; mais dans ses pattes ^iF il élève deux flambeaux, présages des deux volcans qui ne tarderont pas à percer le plafond de la terr(^ où les g('ologues reconnaîtront aisément un dessin familier à leui-s regards.
Avec le double volcan, laissons les eaux dont nous aurons à nous occuper en-
core plus loin. Examinons rapidement les symboles de l'air et du feu ([ui se combinent continuellement dans le Manuscrit Troano, ainsi que dans la nalure. On connaît le premier (^ ih\ ipie rbiérogrammate maya tire des cornes du limaçon, iorsqn il ne le compare pas au pollen des ibnn'S ^^. De là les dents de Quelzal- (kjall, en sa qualité de dieu de l'air, et des divinités qui portent ses attributs; de là, peut-être, le signe suivant ^3, que l'on voit fréquemment, ainsi ([ue le dard du serpent, pour exprimer la même idée. C'est un symbole du même genre ipic l'on reconnaît dans la bouclie du dieu, à la couleur jaune, occupé à souiller le feu, à la page v* du compartiment intermédiaire, j)remière partie, de notre document. Quelque chose d'analogue à la coi'ue du limaçon ou au dard du serpent se retrouve dans le long nez de la divinité, occupée à creuser avec une feuille pointue d'aloès l'écuelle (pii symbolise le bassin de la mer. Les quatre éléments semblent réunis dans cette image. Si sa coillïn-e ])rf'sente à droite la lettre S h, indiquant la |K)Ssession, l'extrémité gauche de celle coiffure porte les emblèmes de la flamme, ornée d'une goutte d'eau, sorte de massue comprenant à la fois les deux éléments de destruction les plus redoutables. Le pendant d'oreille de ce dieu est un ^ o, un cône soulevé; sa langue est un épanchement de lave qui porte avec raison tous les signes de l'argile et des sécrétions volcaniques ^^ káaii, signes qui reparaissent dans le cothurne de ia jambe. La corne du hmaçon se retrouve dans la dent qui lui sort au coin de la bouche, synd)ole de l'air ([ui pousse la lave, et son œil, identique avec celui du caractère ^î) cinii, mort, annonce que le cratère, après avoir vomi son lro¡) plein, s'est rempli d'eau; car les gouttes d'eau l'entourent.
Quelle est cette divinité terrible, armée de tant d'engins de destruction? Elitest, en particulier, ce qu'énonce son action, celle de percer la barrière qui sépaïc encore rantique Océan méridional où aujourd'hui existe l'endjouchure de l'Amazone, du futur bassin de la mer des Caraïbes. C'est un des dieux décorés du nom de ('Juic ou Cltdac, au Yucatán, c'est-à-dire qui étend les eaux, si on ne considère ([ue la [tremiere partie de ses attributs. Mais dans son action d'ouvrir la terre, c'est le dieu Ah-Buluc-Balaiii, ^t celui des Neuf-Tigres^', ou plutôt r celui du Tigre Tde l'inondatiim, ^1 appelé encore (jit-Chdc-Cólt, "• sanglier qui étend l'eau comme ftun lion,^^ et Cil-Bohm-Tam, "sanglier roulant sa défense ; •"> c'est, dans la mytho-
118 ÉTUDES Sl!|{ LE MANUSCRIT THOANO.
|(!,(>i(' mexicaine, le dieu } (icd-Tciirl/i, le seigneur îiu long- nez, ou plulôl à poinle (Feau,!! Feau qui avance el ((ui s'ouvre un chemin, ¡/a c-d. (le dieu est le prolotype (le ï Indra au beau nez du Véda, in-da-ra, celui qui coupe la terre avec Feau. Ai'uié de la feuille de Faloès, fui», qui lui sert de vilebrequin, il est appelé pour celle raison, en quiche et en maya, Alitian, rr celui du vilebrequin, celui qui se -sert de la feuille de Faloès pour percer la terre, --i insinimeni (pii est Wi-iiim, le vilebre(piin d'eau; de là Wifiimn des Egyptiens, ali-linii-ii , celui ([ui perfore le bassin ou le croissant, a-lum-u, eau perforant le croissant, (i-t-mit, eau qui va loul autour; a-t-u-mu, eau dans le vase ou le bassin de la terre mère.
La fumée et le feu ^ , généralement représentés par leurs images ordinaires, sdiil Irop aisés à reconnaître pour ([u'il soit nécessaire d'en parler. Mais, ainsi que nous l'avons fait observer plus haut, Faction du feu dans Finlériein' de la terre est symbolisée souvent dans le travail de l'abeille, comme on peut s'en assurer • 'U examinant les premières pages de notre document. Si l'on jVlte les yeux sur le n" I, on y verra, au compartiment inférieur, le plus grand nombre des symboles déjà ex|)li(|ués dans les paragraphes de la terre, de Feau et de l'air, réunis à celui d\\ feu. Dans le compartiment de gauche qui est le moins oblitéré, on reconnaît un génie, analogue à celui que nous venons de décrire, à l'œil entouré d'eau, à la
abouche ouverte, les dents saillantes, avec la langue pendante. Il tient a J la main une hache, symbole du travail et de la destruction, et en frappe il une abeille planant, la tète en bas, sur un signe effacé qui doit èlre celui du feu ^^, si Fou on juge par les abeilles des pages suivantes. Le cor[)s de l'abeille est jaune comme celui du caractère kan ^, qu'on voit si fréquemment à côté d'elle dans les auli*es tableaux; ce caractère se retrouve même dans les ailes de Finsecte travailleur, dont la tète offre la répétition du caractère cliiwn ^, se mo(hriani en ahaa (^ , étabh sur un fs^ y/, renversé el formant les dents de l'abeille. A droite le caractère (^^ ezanab, eau gelée, avec la croix du tremblement de terre; à gauche sur la tète de la divinité le symbole de la llamine et de Feau ^^, sous la forme d'un casse-lète indien. Toute cette scène esl renferuK'e entre les pieds du banc, images de l'intérieur de la terre qui ressemble ici à une espèce de cage; le plafond, pointillé comme la lettre .r {eh h'iincais) v.^ , pousse des l)arbes, analogues à celles de la lellre /; j^ . signes
dos gaz qui cherchent à s'échapper entre les crevasses (hi sol, déjà tendu sous la couclie ordinaire de sa surface, indiquée ])ar le banc.
Si, maintenant, j'analyse le nom de l'abeille, j'y l'etrouve toutes les mèin(!s idées, dans l'ordre de la langue maya. ïikil-mb, qui en est l'expression, a pour fondement la syllabe ad), qui signifie la lave, le miel et la ruche à miel; ç(ib <'sl le nombre doux, c'est le venin et le poison du serpent, c'est une habitation et nu lieu, autres acceptions du même mot; cah, enfin est l'aurore ou plutôt l'épanchemenl des brillantes couleurs du feu, annonçant le lever du soleil, comme l'épanchement du feu volcanique. Prenant ensuite le mènifi vocable, éci-it avec un /,■, je trouve dans kah la force et le bras, la bave, s'il s'agit de la bouche, la larme, s'il s'agit de l'œil; mais l'œil, à son tour, indique encore le cratère Aw volcan, cabilini en maya, cahi'nin en quiclié, comme en hébreu, httéralement le "double Cabire,')! ou bien «-fies mamelles ou les foyers de la lave," double puissance de la nature, qu'on ne saurait mieux exprimer, et dont l'Amériijue seule donne l'explication. Le lecteur a quelque droit d'être surpris à la vue de laiil d'acceptions diverses : on trouve facilement le moyen de les concilier; il sullit pour cela de considérer un moment les cinq ou six premières pages du Manuscrit Troano. L'eau, le feu, les gaz de toute espèce, concenirés au fond de la (erre, ruinant, bouleversant le sol et s'échappant avec éclat, tout cela ne prouve-l-il pas mieux que de longues exphcations que la ruche à miel, c'est la fournaise ardente, que le miel, a[>])elé aussi le venin et le poison du serpent (pii le vomit, c'ost la lave cpii fait explosion, d'une manière si visible, dans les pages du manuscrit. Pour couipléter le nom de l'abeille, nous avons encore le mot yikH, adjectif signifiant "(pii cf porte aiguillon, aérien, ^ du monosyllabe ik, le souille et l'air, déterminé dans ikil, précédé de y, pour u possessif, selon les règles de la grammaire. Examinez la plupart des abeilles des pages i* à v*, vous les trouverez armées d'un double aiguillon, dans lec{uel vous reconnaîtrez sans dilficulté le double crochet expliqué plus haut. A la page ni*, l'abeille s'élève au milieu des flammes et des gaz, symbolisés dans la plume ou la feuille du mimosa É, et à la page v*, comparlimenl d'en haut, vous voyez l'abeille, dont la tète, au lieu du caractère clnicii ow-íiIkiii. prend la forme ;o) o, le cratère allunu', déterminé encore par la llamme (pii l)rùle au-dessous. Pour terminer enfin ce qui a ra])port à l'abeille, ai-je besoin
rl';ijou(er que, à la page A^íTaljord, on voil un rayon de miel /^i^ surinonlaiil le caractèro ^ cahaii, qu'on retrouve ensuite, aux pages vu" et \in, remplissant les cages de la terre où planent les abeilles. Or caban veut dire précisément trois choses dans le même mot : le poison, le miel fait ou la lave achevée, cah-an, et la terre bouleversée, ca-bau. Que le lecteur, pour finir de se convaincre, jette maintenant les yeux sur la page vu* et là il retrouvera -rimage suivante, la terre en motion L^m/ dans Tabeille toute couverte des signes du feu et des gaz, la tète for- ^^^j-¿A. niant ïahau et planant sur un foyer allumé, déterminant le petit cartouche où je lis mot à mot ^uih-kan-li , le seigneur de la terre en travail ici." El ce qui n'est pas moins curieux, c'est (pie kaidi, d'un autre côté, est le nom d'un des serpents les plus venimeux de l'Amérique centrale.
In petit nombre d'explications achèvera d'éclaircir cette matière, importante à tant d'égards. Quel que soit le symbole composé que l'on trouve dans le Maimscn'l TrodiKK à figure humaine, d'animal ou d'insecte, il sera toujours nécessaire d'en analyser tous les détails avec une grande attention ; car tous doivent se lire comme une véritable phrase ou une inscription, chaque détail étant lui-même un caractère spécial. La llannne et la fumée, les signes de l'air se retrouvent fort fréquemment par exemple dans la coiffure, dans les panaches (pii ornent la tête; la bouche, souillant des points ou du feu, est le syml)ole du cratère encore caché ou prêt à s'ouvrir, d'un volcan i[ui éclate par l'ouverture de la poiti-ine. L'œil avec les gouttelettes est un cratère rempli d'eau; le pouce de la main, démesurément allongé, une feuille d'aloès, qui devient un instrument symbolisant l'action du feu, de l'eau ou des gaz déchirant le sol. Dans l'image du Cabire, ici prc'sente, la tête rappelle, par la hgne verticale ([ui la traverse, le canal exprimant le ^^ ¡), signe de l'air comprimé : mais l'œil est ouvei-t. ce qui annonce l'ouverture d'un cratère, d'où soi'tent les flammes et les gaz, dessinés dans la coiffure tout en imitant l'esquisse d'une tête d'animal. Les indices du soulèvement se retrouvent dans le pendant d'oreille, à la base entourée des marques de la glace et dans la couronne qui supporte les flammes, ainsi (pic dans le rayon de miel qu'il tient de la main droite. Les bras eux-mêmes répètent, sous forme de manchettes, le caractère "^" kart; l'argile, les déjections soulevées, tandis que la main gauche, en se portant sur le caractère [^ caban, pri'sciilc
EXPOSITION DLi SYSTÈME GUAIMIIOLE MAYA. 121
l'idée de la lave, de tout ce qui est amoncelé ou bouleversé. L'image suivante, que nous répétons, n'est pas moins expressive. C'est celle de Amu\ ''la ^^ " C'ra"(le ^^ ou plutôt " celle des grands nœuds (de la terre) , ^^ la déesse des montagnes^'', la déesse mère , Anmcané ou Oxomoco, selon les noms divers qu'elle portait, eu quiche et en mexicain : son corps, en majeure partie découvert, représente la terre mère américaine, recomiaissable à la double ligue de la lettre n, qu'elle porte sur la tête en forme de Q, horizontalement posé, qui ex[)rime l'idée de deux bassins intérieurs, probablement déjà vides de leurs eaux, sur la croupe des Andes : car si les tresses de cheveux désignent la surface de l'eau lorsqu'ils sont noirs, leur blancheur en indique le dessèchement, circonstance dont il est utile de se souvenir, toute chevelure dans les symboles américains impliquant une surface humide. Ce qui nous aide à reirouver ici la personnification de cette divinité, c'est l'instrument devant lequel elle est accroupie, le caa, la pierre à moudre le grain, le metlatl mexicain. Car Xnuc est la broyeuse par excellence, la nourricière des dieux et des humains. C'est elle c[ui personnifie, dans son nom mexicain ¿'(Iromoco, le dépôt de débris diluviens, amassé par le cataclysme sur les nœuds de la cordillère des Andes, et qui se répandit avec les eaux des fleuves nouvellement formés sur les vallées de l'Amazone et de l'Orénoque. La pierre à moudre étalée devant Oxomoco n'a pas d'autre signification : c'est le syndjole de la surface du sol, sur lequel les fleuves épanchent, avec leurs alluvions fécondantes, les ondes du nœud maternel. Voilà ce que la vieille répand avec l'eau dont sa cruche est remplie : cette cruche, symbole du nœud où le fleuve s'ouvre une issue, c'est le modius de la grande déesse, c'est cette coiffure crénelée qu'on lui voit dans une foide de peintures, en Amérique, ainsi qu'en Asie. Mais ici elle prend la forme du rouleau de pierre, servant à broyer, et le liquide qu'on voit étendu sur le metlatl se dessine légèrement en courbe, prêt à suivre le contour du grand bassin de l'Amazone.
Le groupe suivant ^^ parait faire allusion à la même idée; c'est la tête m
'■' Ce nom de Xiiuc. et les montagnes auxquelles il fait osselets dont il était entremêlé, les rivières qni en desceu-
allusion. expliquent le fouet qu'on met à la main de la dirent, umitl , os, en mexicain, ou bien o-tnill. flèche de
Xnuc phrygienne, Cybèle; car le fouet était le symbole de la voie, cours. (Cf. A. Maury, Hist. des religions de la Grèce
In Cordillère, les nœuds celui des cônes montagneux, les antique, t. III, page 87 et note 3.)
122 RTUDES SUR LE MANUSCRIT TROANO.
pour Mu, la terre mère, la terre molle, sur le même metlatl, s'identifiant avec la forme de la lettre ^^^ , </'- la main, d'où cha, répandre, et cTida, prendre Teau, idée (raulant })lus intéressante ici, que les Chéac sont les génies qui prennent et répandent Feau, les dieux fécondateurs du soi, dieux des sources et des orages, auxiliaires de la grande déesse. Les mythologues qui oseront, sans prévention, étudier la mythologie américaine reconnaîtront comme nous qu'elle est l'origine de toutes les mythologies antiques : dans Xmic ils reconnaîtront la Rhéa des Grecs, y-e-a, rrles dents ou les stigmates sur l'eau, ^i en quiche, ou 7^-e-i/a, ff celle ff qui répand ses signes. " 11 en est de même de Cyhèle, Kué'eXî?, nom maya et non phrygien, cnh-rl-e, ^ stigmates brûlants du cube, de la montagne, ii ou bien kubel-(\ astigmates du chemin du dieu (par excellence). ^i Si, comme le dit Macrobe''', Cybèle se plaît aux rugissements des lions, c'est en souvenir de la grande déesse américaine qui se soideva et s'assit sur les Andes, au fracas tumultueux des volcans, et où elle continue à se plaire aux rugissements des fleuves symbolisés dans les tigres et les lions.
Je n'ai pu vérifier encore d'une manière absolue si ce son! les deux niéditeiranées, le golfe du Mexique et la mer des Caraïl)es que l'hiérogrammale maya a voulu signitier dans le symbole suivant ^^. Cette image curieuse présente une sorte de double fronde, flanquée à droite d'un @ o, signe d'une montagne soulevée, et à gauche d'un ^À(i, déterminatif phonétique de l'eau des deux bassins. Tai dit plus haut qu'ils étaient symbohsés dans la coilîure de Xtme sous la forme d'une sorte de M horizontalement étendu; cette forme se retrouve dans un autre signe (^^^ non moins intéressant. Le lecteur accoutumé aux choses américaines y reconnaîtra immédiatement un tronçon du corps humain, du nombril an basventre, revêtu de la ceintiu-e commune, ex, en langue maya, maxtlatl , en mexicain. Le bas-ventre se dit lioh-iiil, en maya, et c'est le ventre ou le nondjril de l'Océan qui engloutit une partie de la terre; car Itoh, c'est ce qui est à jamais ruiné, et nil, composé de ni, pointe, et de //, voir, énonce la pointe que l'on voit sur le tronçon, le nombril de la puissance volcanique qui donna naissance à l'Oci-an. Vocli. le large des Mexicains, la poche áyi sarigue des Mayas et des Quiches. Ce
''' Marrol). Snliirii. 1 , ■? i , page a i o ; I , ao, paye a 1 7, el cf. A. Maui-y. ihid. iil supra, pngc Sa .
nombril, c'est la vaste cymbale au contour arrondi, de Pindare^'', où prit naissance le NU primordial, dont la signification, en quiche, est le calme de Tabîme ainsi qne Teau bleue, et qui, en maya, énonce le néant comme en latin; c'est le nombril du monde, ce Nil que les sages de l'antique Egypte regardaient euxmêmes comme le berceau de tous les dieux, l'ombilic et le centre du monde, l'atlas du m(»nl, all-az, gaz issu de l'eau, ce lieu par excellence, dont parlent avec amour toutes les traditions de l'univers.
Le pagne ou ceinture, e.r, qui recouvre le tronçon humain, énonce, d'an autre côté, les signes poussés, lancés en avant, vomis de ce gouffre, dont les volcans des Antilles et du continent sont encore les témoins aujourd'hui, c-rc, les signes d'en bas, d'où le latin ea;, stigmates volcaniques, dont les plus puissants avaienl occupé la croupe des Andes, en les soulevant. De là encore le maya ax, la boursouflure centrale, la source de la lave et de la résine bouillante, exprimée par le náhuatl axcan, l'axe du monde, existant pour les uns, au contour harmonieux des petites Antilles, pour les autres, au sommet des Cordillères, où aurait éclaté le volcan terrible qui ruina la terre primitive : c'est ce volcan qui devint le prototype de la constellation du Chariot, dans l'Inde comme au Mexitpie, appelé également ài^wr en grec, Yaxis des Latins, et où Lucain reconnaît (à tort peut-être) le tropic[ue du Cancer. Telles sont les éclaircissements auxquels nous amène l'examen de ce symbole curieux, non moins remarquable dans ses noms que dans les transformations diverses où on le retrouve. Serait-ce le même symbole que les Mexicains signihaient dans le Mí xiquiinlli, le sac ou la bourse à encens? c'est ce que nous n'oserions encore aflirmer. Le xiquipUU, pointe ou bout dans l'ombilic, xic-i-pdb . image du chiffre 8,000, hguré encore par le symbole maya ^, paraît se retrouver, toutefois, dans le Manut^crh de Dresde, sous la forme des lunettes de Tezcatlipoca ^i , dont Torquemada fait le syndwle de la providence universelle. Tezcatlipoca, c'est-à-dire la vapeur du miroir, symbole du courant d'eau chaude qui se répand à la surface des deux méditerranées américaines, se trouve
') Pindare s'écrie : rrO nièie des dieux! Ce fut origi- gustin. De civitate Dei , VII, 2/1. dit que le lyiiipniiuin , ou
r^nairement pour loi que retentit la vaste cymbale au con- tambour de Cylièle, était rembième de l'orbe de 1 iiuivers.
rtour arrondi, avec le crotale aux sons bruyants, et que C'était le tambour des Cabires de l'Grénoque, image du
trs'allumèrent les torcbes formées de bois de pin jaunissant. 1 grand arbre du monde ([ui retentit formidable , en s'écimi-
(Pindar. ap. Strab. X, page ¿169.) — Varron, ap. Au- tant au temps du cataclysme.
12/í ÉTUDES SUR LE MANUSCRIT TROANO.
parfaitement caractérisé dans celte image; le signe de la localité sur lequel reposent les lunettes assure leur identité. Dans Timage suivante également tirée dn Manuscrit de Dresde ^^, les lunettes adossées à un buste humain renversé, ayant, au lieu du col, un stigmate volcanique, sembleraient un témoignage en laveur de la localisation ou du passage de Tezcatlipoca aux bassins qui se creusèrent à l'ombilic du grand corps du monde, au sommet des Andes péruviennes. En reconnaissant dans le^ livres mexicains et mayas la science profonde dont leurs auteurs donnent le témoignage, en voyant avec quelle exactitude ils rendent compte des événements du cataclysme, en décrivant, avec tant de détails, ses eflets géologiques sur Tensemble des régions américaines, on serait tenté de penser (pie les lunettes de Tezcatlipoca nétaient pas seulement un symbole du golfe du Mexique et de la mer des Caraïbes, mais aussi des deux hémisphères. Une étude plus complète du Manuscrit Troano et du Manuscrit de Dresde amènera, nous n'en doutons pas, des découvertes du plus grand intérêt : jusqu'à ce moment le . temps nous a nulnqué pour aller plus loin : mais ce que nous avons appris depuis que nous avons commencé l'étude de ces numuscrits et les ('tonnantes découvertes géologiques que nous avons ñiites dans le (Jode-r (lliimalpopoca, dont nous terminons la traduction, nous assurent, dans un avenii- prochain, la connaissance entière de l'histoire du cataclysme.
Les symboles de toute espèce sont nombreux dans les deux documents : au premier abord, ceux du Mainiserit de Dresde semblent différer considérablement de ceux du Manuscrit Troano; mais nous ne doutons pas que ceux dont nous avons trouvé l'interprétation ne nous ouvrent bientôt la voie pour arriver à l'éclaircissement des autres. En attendant, terminons par un coup d'oeil rapide sur ce qui nous reste à expliquer, dans cette monographie, au sujet des symboles de la mer. Dans l'hiéroglyphe présent ^, le lecteur n'aura guère df; difficulté à reconnaître une cuisse ou gigot de cerf, de sarigue ou de lapin; c'est un quart de béte fauve que nous lisons hau , suivant In grammaire de Beltran, vocable (pii s'interprète également par cette porlion de la bêle coupée et par une lasse, ou une calebasse coupée en deux écuelles, un bassin rempli d'eau, ha-u. (j'est encore une fois une image de la mer. hlée bizarre que de joindre dans une même image deux symbolismes si différents, un quartier de bête fauve avec un
bassin rempli d'eau : on aurait, sans doute, lieu de s'étonner, si déjà on ne savait que le corps de l'animal était lui-même le symbole de la terre antique, elîondrée dans le bassin de l'Océan. Ajoutons que Ikiii, exprimant ces choses, est le piiniilil du vocalde liaual, verbe qui a l'acception de finir, de cesser d'exister, d'abîmer, de ruiner entièrement, c'est-à-dire analytiquement devenir un bassin d'eau, un abîme. Ce vocable nous parait avoir été rendu par l'image représentant k' train d'arrière entier de la bète, formant coupe ou bassin ^ñ^ : une variante, tirée du Manuscrit (le Dresde ^^ , laisse voir une tête de mort ^ ciiiii au iond du vase; dans la variante qui suit ^^ tirée du Mamiscn't Troano, au contraire, c'est le ^, la terre soulevée, qui y apparaît. Le même hiéroglyphe est probaldement celui qui exprime l'idée IhiikiI-îiu, le vase entier rempli d'eau, vocable énonçant, d'un autre côté, le chiflre énorme de cent soixante millions. Serait-ce là un chilîre approximatif des populations qui périrent dans le cataclysme?
Un syndjole non moins intéressant est celui que représente l'image sui- MJ vante, symbole complexe, dont la portion inférieure est une sorte de marmite ^O signifiant le bassin de la mer. Ce sont probablement les îles qui apparaissent au centre connue cinq petites pierres, et les deux pieds de la marmite sont les bases de la lettre ^o; au-dessus et lui servant de couvercle vient la lettre (k ii. suimontée de deux ^^ kàaii, placés horizontalement; puis deux autres posés verticalement, qui forment ainsi la lettre M h. Viennent ensuite deux sortes de phunes, signes de la lettre ^ :, ayant au milieu comme un jet de fumée. Tout cet ensemble peut donc se lire : 0-ob ha-n kàau káiiii ait [a) z buj, «bubons ou mornes i\\\ "bassin d'eau terre soulevée contenant le gaz et la fumée."
Tels sont les principaux synd)oles que présente le Mainiscrit Troaiio, en tiehoi's des signes et des caractères dont Lauda nous fournit l'explication. Les symboks du sel ou de l'eau salée 5 S S , ceux de la glace ^^ , se trouvent encore exprimés de dillerentes manières, ainsi (pie nous l'avons fait voir plus haut. Le symbole suivant est celui du cône volcani([ue /&, mom-cah, lave refroidie, coagulée, puis celui des assises diverses de la montagne soulevée Y^V- liré du Manuscrit de Dresde. Ouant aux autres, ils s'expliqueront, en cpielque soi'te. d'eux-mêmes, aussi bien dans ce document que dans les pages du Manuscrit Troano que nous traduisons à la suite de cette monographie : le lecteur finira, à son tour, par les reconnaître
aussi l)ien que nous, en faisant l'examen de ces hiéroglyphes, bien plus clairs el plus aisés à traduire que les inscriptions des monuments de l'Egypte ou de l'Assyrie. Il ne nous reste plus pour conclure qu'à entrer dans le détail des signes numéraux, dont nous avons réussi à découvrir la valeur.
lv\|iosilion el explication des signes numéraux. Le 5, le lo. le 20 , le 4oo et le 8,000. etc.
Les signes numéraux, aulanl qu'il est possible d'en juger par le premier coupd'œil, sont très-fréquents dans le Manuscrit Troaiio, aussi bien que dans le Codex de Dresde: mais les seuls dont on soit absolument certain sont les boules noires, employées généralemenl de un à dix, comme chez les Mexicains. Les boules rouges, qu'on y trouve alternativement avec les noires ou les blanches, ont-elles la même valeur? c'est probable, bien qu'elles aient une signilication qui leur soit propre, en ce sens qu'elles se rapportent, selon toute apparence, à des choses ayant le feu pour objet; les noires elles-mêmes ont souvent une valeur. locale en même temps que numérique. Je vais essayer d'éclaircir cette matière, autant qu'il me sera possible, dans le présent paragraphe; l'analyse des termes exprimant les principaux nombres mayas, comparés aux signes numéraux mexicains déjà connus, amènera, nous l'espérons, ([uelque solulion satisfaisante pour ceux qui nous sont encore inconnus.
1. • Hun, un, est le premier terme: on le trouve, en composition, dans quelques vocables, mais orthographié sans aspiration comme en français un. Il exprime, en maya aussi bien qu'en quiche, l'unité el la cohésiou; mais il semblerail qu'à l'origine son acception fût celle d'aplanir, d'égaliser, bien que le vocable un ou hun exprimât encore l'idée (|ue nous attachons à l'image du signe européen 1 , c'est-à-dire le membre viril. Hun est le nombre abstrait : lors([u'il est joint à un nom quelconque, les Mayas disent : liuntpeL un. Ex. : Fluinpel ninic. im honnne, c'està-dire un homme seulement. Le signe représentatif de ce nombre est, comme en mexicain, la boule noire •. (jui paraît avoir été anciennement le signe d'un clou
ou plutôt d'une cheville ou épine fixée dans une planche, par conséquent le i dans ridée de la longueur partant d'une base plus grosse. Dans la langue naluiah. ce ou cm exprime le nondjre un, et sa signification étymologique est celle (rini grain de maïs, centli, ou d'un petit grêlon, ceti, ce qui est comprimé, resserré, congelé, coagulé. En maya, le monosyllabe cen qu'on prononce qcn, est au fond identique au mexicain; car il a l'acception (Viiii qui, et joue le role d'un pronom interrogalif comme quem en latin.
2. • • Ca ou capeL deux, a son origine dans les deux mains ou les deux bras, ka, en cakchiqucl, primitif de kab, le bras, en maya. Dans la langue mexicaine, on dit orne, dont le pi'imitif est on ou om, particule de concomitance et de conjonction; il est rendu par deux boules ••, ainsi que dans le Mnmmril Troaiio. En maya, on est la première personne plurielle du pronom personnel, nous; il est If primitif d'un verbe qui a le sens d'apparenter, de réunir, d'ajouter quelque chose en sus de ce qui précède, d'où, probablement, il aura été l'origine de Yon ou om en mexicain et du mot on trancáis.
3. • • • Ox ou o.rpeL trois, en langue maya, est identique avec le primitif du verbe o.rom, égrener du mais, en maya et en mexicain, et avec oxou, exhaler de la vapeur ou de la fumée : or, on sait déjà que les grains de mais ou l'action de les égrener sont un symbole fréquemment employi' pour ex])rimer l'éruption du feu des volcans et l'écoulement de la lave. (J.x\ contraction de o-ix ou de u-i.r, qui signifie uriner, pisser, offre le sens d'ouverture, voie secrète, soit des parties secrètes de la fennne, soit des parties secrètes ou souterraines de la Ierre. De là la ressemblance frappante du signe numéral v, trois, avec le signe ^^ jjd-. Ce qu'il y a de remarquable encore à ce sujet, c'est que ce signe, placé dans son cadre, représente précisément le caractère (^ île l'alphabet de Lancia, (Mirrespondant à la lettre e, primitif radical du terme troifi, en langue náhuatl, toujours e, en composition, ye, c/ on //c/, ainsi qu'on peut le voir dans le vocabulaire de Molina. E, primitif de et, le signe, le signal, dans les langues maya-guatémaliennes, est encore une marque du pluriel, dans ces mêmes langues, ainsi que dans le latin rosa-e. E, dont le sens original est celui de dent, pointe aiguë, en
iaisaiit le niouosyUabe et, esl en maya la particule de concomitance et de conjonction la pins connnnne, exactement connne le latin et le français et. Mais d'ordinaire il s'adjoint rallixe u, possessif, qni devient y devant les voyelles et fait ijet, conjonction qni sifinifie exactement la même chose que le mot yet, en anglais, bien qu'en maya elle prenne également l'acception de la préposilion avec. E, dans la langue de Haïti esl, par excellence, le signe du verbe être; c'est le mouvement, l'existence et la vie.
'i. •••• (jiH ou anipeL quatre. Outre cette signification, ce vocable en a piusieiu's autres dans la langue maya, également intéressantes à étudier. Can est le nom générique du serpent : il a l'acception de la force et de la puissance, celle du pouvoir, exactement comme le mot can, en anglais; il emporte l'idée de ia sagesse, de la science et de ia ruse. En cherchant l'élymologie du vocable can, peul-être ia découvrirait-on dans caan, le ciel, mot conq)Osé de ca, ce ([ui, ce que, ce c[ui est, et de an, ce qni esl élevé, monté, ce qni est en avant, qui appuie, soutient, aide, etc., vocable identique, au fond, avec {[!^ kâan, la terre soulevée. De ià le titre de Candl-Btuuih, les piliers, les soutiens du ciel, donné aux premières montagnes et à celles des grandes Antilles, au nombre de quatre, restes de la terre antique, respectés par le cataclysme. En quiche, quatre se dit cah, vocable indiquant ia localité, en maya, la terre habitée, dont le signe ^ présente le partage en quatre quartiers, avec le volcan, le temple ou l'autel au centre. Dans la langue mexicaine, les vocables naliiii, nauh, nan, au radical nti, sont les variantes du terme quatre. Quatre boules ••••, en mexicain ainsi qu'en maya, en sont la représentation. Dans toutes les langues du groupe mexico-gnatémalien, le mot na, la mère on la demeure, a la même acception; aussi send)le-t-ü bien que nauh ou nahul en dérive son origine. Remarquons, en eiTet, qu'en mexicain nactia, verbe "demeurer, prendre demeure,^' est composé de na et d'actia, établir sur Teau, ce qui donne pour nactia l'acception antique de prendre sa demeure sur l'eau. On voit condjien ces diverses signitîcations se rapprochent de celles qu'offre le mot eau du maya, identique lui-même avec le kâan, la terre vermeille et croissante. Il est d'autant plus intéressant à étudier, que na est le primitif de nao, nau, connaiti-e, savoir, en quiche; naat. savoir, en maya (étym. '^ demeure sur l'eau ^^). et
hwiv (îioii), en anglais. En effet celui-là doit être le sage par excellence qui le premier connut sa mère, la terre sortant de l'eau, et en enseigna la voie aux autres hommes, épaves du grand naufrage.
5. — — Ho ou liopcL cinq, est un vocable donl il serait dilllcile de déterminer l'étymologie : tout ce qu'on peut donner de certain à cet égard, c'est que lio est le primitif d'un grand nombre d'antres vocables qui ont tous, plus ou moins, un sens faisant allusion à la ruine, à l'effondrement, à l'action violente de bouleverser. Hoco ou cou est encore un verbe irrégulier qui signifie aller, le même que lego de l'anglais. Le nond)re cinq était-il représenté par cinq boules, comme le sont les nombres précédents par deux, par trois ou par quatre, c'est là la question qu'on s'adresse, en observant les pages du Mamiscrit Troano. Nulle part, en effet, on n'y trouve de groupe, ayant l'apparence d'un signe numéral, qui contienne plus de quatre boules; le chiffre cinq paraît constamment être désigné par la barre , dont j'ai parlé plus haut, à propos de la surface du sol. Celle-ci s'exprime d'ordinaire par le mot lah , qui a l'acception d'un entier, d'un terme complet, tel qu'est le nombre cinq; il signifie ce qui est plat, étendu comme la main aux doigts étendus, üiisant cinq. Quant aux chiffres suivants, ils se représentent par l'addition des quatre premiers successivement jusqu'à neuf inclusivement. C'est là ce que le lecteur se trouvera à même de remarquer, en continuant. Je n'affirmerai pas, d'une manière absolue, que les Mexicains aient usé du même signe pour cinq. Gama n'en dit rien; mais il se trouve enq)loyé d'une manière identique à celle "du Manuscrit Troano et du Codea' de Dresde, dans le Manuscrit mexicain d'Oxford (Laud. B. 65, nnnc 678), dans le Manuscrit mexicain de Bologne et dans le Manuscrit Fegérvary de Pesth, reproduits dans la collection de Kingsborough. Dans la langue náhuatl, cinq s'exprimait par le vocable macuili ou macaeli, littéralement r torsion ou courbe, pfi de la main, " de ma, primitif de niaitl, main, et de cueloa, plier, retourner. «Ce qui démontre clairement, dit à ce sujet l'astf tronóme GamaC', qu'à l'origine on distinguait chaque unité en rephant un doigt, tf jusqu'à compléter le nombre cinq en fermant la main.^^ Ajoutons que le carac-
'' Descripción liisl. y cronolog. de las dos piedras, que se halkrou en et año de iJ(jo, etc. éd'd. de Mexico, i83a, pag. i3o.
tère g3 manik donne précisément Timage du nom de nombre mexicain, macuUli,
cinq.
6. * JJac ou iiacpeL six, a la signification de sortir, de s'éiever au-dessus d'autre chose, d'excéder, d'être en plus, de surabonder, ce qui, dans le cas actuel, rendrait l'idée d'un en plus des cinq déjà comptés ou bien d'une • en sus de la barre. Dans la langue náhuatl, chicuacé ou ehkuacen exprime le nondu-e six. Ce vocable est composé de chic qui signifie croître, ajouter, augmenter, en maya. Dans le mexicain, il viendrait de cliico, de côté, à côté, et de ce ou cen, uii; c'est absolument la même idée que celle du uac maya, c'est-à-dire d'un de plus que cinq. Si la barre, comme tout semble le démontrer, était le signe du chiffre 5, la barre surmontée d'une boule i». était, par cela même, le signe énonçant le chilîre 6; c'est là ce dont on doutera diiTicilement, après avoir comparé entre eux les folios des documents où ou les découvre d'ordinaire.
7. • • iJuc ou bien iiitcpcl exprime le nondjre sepl. Pour lui trouver étymologiquement une signification d'accord avec ce qu'il énonce, ü faut l'écrire u-lmk ou Im-lnik, c'est-à-dire un ensemble, un bloc de choses réunies, bien que l'on trouve dans Beltran lum-yuk pour un tout, une chose en général, ce qui est en commun, avec la signification de rr généralement, universellement, ^i Quant à l'oi-igine de cette désignation, je ne hasarderai qu'une siuiple conjecture. Le noiubrc sept est celui des sept premiers volcans, disparus avant le cataclysme : il est celui du groupe méridional des petites Antilles faisant six ou sept, selon Tjue la Guadeloupe est considérée comme deux iles ou une seule. Or ces îles, ainsi que le démontrent les traditions des insulaires, furent longtemps regardées connue un tout, comme un monde à part; on sait déjà qu'elles sont représentées dans cette espèce de courbe ou de croissant, dont les Mayas firent la syllabe alphabélicpie H m, où le nombre strict des dents devrait être de six ou sept, bien qu'il soit souvent beaucoiqi plus considérable. Or, si ca représente une arête de poisson ou bien la mâchoire de Cipaclli, si, d'un autre côté, il est le vocable exju'imani l'idée d'un peigne, on sait déjà qu'il est également le verbe être, stare, demeui'er, et qu'il énonce le sol, la terre habitable. De même hue, dans la langue quicbée, a
le sens de râper, de brosser et de broyer le maïs. Il a celui de manifesler, de montrer an loin; il est la retraite, l'abri pour dormir, le siège et l'estrade par excellence, le trône. Ajoutons que liuyu signifie la patrie, la montagne, et que Imcu est le canot, le navire qu'on croit retrouvei' dans cette image ç^l), variante
du ca maya? tirée des inscriptions de Palenque, et dans la suivante \ , qui
offre une analogie si frappante avec les galères et navires sculptés sur les rochers de la Scandinavie ''l Ces explications suffisent-elles pour élucider l'étymologie du nombre uuc, maya, c'est au lecteur à le décider. Selon le système établi plus haut, à propos du chiffre 5, ¿^, une barre surmontée de deux boules, représenterait le nombre 7. Dans la langue náhuatl, sept se dit chicóme, c'est-à-dire deux en sus, d'après le même système que le nombre chkuacen, six.
8. * * * Vaxac ou uaœacpel énonce le chiffre Imil. Son analyse ne nous donne au premier abord aucun résultat satisfaisant. En décomposant le vocable, on trouve en premier lieu u-ax-ac, la graine ou la gousse de la plante ac, graminée à large feuille qui servait à décorer les temples; mais u-ax-ac signifie encore l'éruption volcanique [ac) sur l'eau; le nombre huit exprimé par vaxac peut donc en même temps faire allusion à un pareil nombre de volcans dans les îles ou sur le continent. Dans la langue náhuatl, la même idée que dans les chiffres précédents se suit ici : chicuey, c'est-à-dire trois en sus , ch'-co-ei, exprime le nombre huit. La barre avec trois points • * • doit être en maya le signe qui le représente, selon ce qui a été expliqué plus haut.
9. * " * Boloii ou bolonpel, neuf, n'est pas plus aisé à expliquei", au premier abord, que le nombre huit. On y arrive, toutefois, avec quelque travail. Bol a le sens de quelque chose de rond, comme une boule, et ici précisément, le vocable s'applique aux quatre boules, faisant le signe du nombre ^, dont il est question plus haut. Car on qui termine le vocable se trouve, dans un assez grand nombre de locutions mayas, exprimer cpielque chose de plus, en sus, exactement comme en anglais on : comme en anglais encore, il signifie en avant, au delà, nuance du
''' Norden under Heditatideii , etc. oí Axel Ein. Holmberg, Stockholm. 1 853- 1 85 6.
132 ÉTUDES son LE MANUSCRIT TROAN'O.
précédent, et de là, en maya, cou pour co-oii ouho-on , aller en avant, comme Tangíais go-o)i. Ainsi hol-on, neuf, c'est exactement comme si Ton disait les boules et ce qui suit, c'est-à-dire cecjui suit la barre; el , comme les boules sontc|uatre et que la barre fait cinq, on y trouve le nombre íící//. J'ajouterai ici une particularité fort remarquable au sujet de cette particule on; si plus liaul j'y découvre une étymolop^ie anglaise, j'en trouve ici une française, non moins curieuse. Aussi on, particule de sus, en plus, en avant, est aussi, comme je l'ai dit ci-dessus, le pronom personnel nous, qu'il soit placé avant ou après le verbe, en langue maya; mais, placé après le verbe, il le met au futur, tout en conservant son acception de nous. Cela explique, d'ailleurs, le ho-on, en avant; car c'est comme si l'on disait : rcnous marchei'ons ffou marclions en avant. 77 De même, en français, le \erhe rouler, avec on suffixe, fait roukron {s, ou i), au futur pluriel. Ne serait-ce pas là encore l'origine de notre impersonnel on? Dans la langue náhuatl, le vocable chicu-nahui, c'est-àdire quatre en sus, exprime le nombre neuf. Le signe qui le représente, d'après ce qui a été établi, doit être lííj., la barre surmontée de quatre boules.
10. Lahun, qui exprime le nondjre dix, est composé de /ah et de liun, un, c'est-à-dire un en lier, comme le nombre cinc{ avec un autre, une barre sur une autre ^^ ou deux baires, signifiant les deux mains avec les doigts étendus. Une barre placée horizontalement, ainsi queje l'ai dit à propos des syndjoles de la terre, paraît également exprimer la surface du sol à l'extérieur. En effet, si le vocable lait, qui l'énonce en tant que barre, est une chose plate, étendue, égale et allongée, on conçoit que le symbole ait pu s'appUquer à cette surface; lait. d'ailleurs, a l'acception d'une pierre plate, d'une dalle, ainsi que le mot laj'a, en espagnol, ce qui n'ajoute pas peu à l'idée de la surface terrestre, rendue par la barre, et cela avec d'autant plus de raison que la (erre antique du golfe du Mexiipie et celle de la mer des Caraïbes sont appelées la petite et la grande main du grand corps englouti, le golfe du Mexique la main gauche et la mer des Caraïbes la main droite. La seule question qui puisse s'élever encore ici, au sujet de ces barres, c'est celle de savoir si les rouges ont la même valeur que les noires; il est très-probable qu'elles ne l'ont pas. Les noires, en effet, sont les seules qui semblent avoir mie valeur absolument numérique, sans, néanmoins, exclure l'idée^
EXPOSITION Dr SYSTEME GRAPHIQUE MAYA. 133
de la surface du sol; car ce sont les seules que l'on trouve indifféremment placées d'une manière horizontale ou verticale, apparemment selon la convenance du sujet. Les rouges, au contraire, ainsi qu'un petit nombre d'autres qui oui la couleur brune de la terre, sont invariablement dans une position horizontale, telle que doit être celle de la terre; trois exceptions seulement se présentent à cette règle dans le Maimscrit Troano. La première est à la page xvn*, compartiment d'en haut : on n'y voit qu'une seule barre, au fond rouge, fortement inclinée; mais cette position, non moins que les divers symboles entre lesquels elle apparaît, indique une terre qui s'effondre et qui fait chute. La seconde est à la page vin , compartiment inférieur : un groupe de deux barres rouges sous un lapin ou sarigue attaché à un pieu et une autre barre à côté de sa télé se trouvent dans une position verticale; mais l'animal attaché au pieu indique trop clairement une portion de terre effondrée sous les eaux, pour méconnaître le sens de ces trois barres. Enfin, à la page suivante, deux autres barres rouges inclinées et une troisième verticale, à coté d'un autre animal attaché, font la dernière exception. Il y a donc tout lieu de croire que les barres de couleur rouge sont employées pour énumérer des régions ou des parties de pays recouvertes de lave, tandis que les barres noires, exclusivement réservées aux combinaisons numériques, indiqueraient, néanmoins encore, les régions de la terre dans leur état normal.
Dans la langue náhuatl, le nombre dix s'exprime par le vocable matlac ou matlactli, composé de ma, la main, et de tlactli qui indiquait le tronçon du corjjs humain, de la ceinture à la tète, symbole probable du grand corps enseveli dans l'Atlantique, dont le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes étaient les mains ou les bras, et dont la tète aurait été engloutie dans l'Océan Pacifique, rr C'est connue «si l'on disait, continue, au sujet du mot tlactli, Gama'*', qu'alors s'achevait la «première partie ou la moitié de lein* compte, consistant dans la somme donnée «par les dix doigts de la main. ■" Dans cette supposition , le compte rond, complet, devait être de vingt : mais, en l'admettant, cette idée de la moitié d'un corps humain me paraîtrait plutôt un souvenir du vocable Inui-ciiiac, exprimant en quiche
'"' Descri¡)cioii de las dos ¡nedras , etc. pag. i^io.
13/i ÉTUDES SUR LE MANUSCRIT TROANO.
le nombre vingt. Hun-vinac signifie, en effet, un homme fait, un d'acquis par son âge, un conscrit, comme on dirait en français, du verbe imi (prononcé win connne en anglais), gagner; de là, peiil-èire, l'idée de la moitié d'un homme, d'un corps, le matlactli mexicain, pour dix; car ces noms numéraux paraissent dériver tous des parties du grand corps de l'Amérique avant le cataclysme.
J'ajouterai ici que les manuscrits mexicains cités plus haut, et dont la collection a été publiée par lord Kingsborough, présentent un grand nombre de signes numéraux dont la valeur est encore inconnue. Déjà l'on a pu voir par l'explication du mot lait que la barre avait le sens d'égaler, connue dans notre numération européenne. On y trouve, de même que chez nous, la croix de Saint-André x pour exprimer l'idée de la multiphcation, et la croix orchnaire -l-, destinée sans doute aussi à signifier l'augmentation. Gama et Fabrégat le font eux-mêmes connaître avec cette acception, l'un dans son Traité (V arithmétique me.ricaine^^\ l'autre dans son Exposé du Codex Boi^gia^'^l Gama, ni aucun des auteurs qui ont traité de la numération chez les anciens Mexicains, ne mentionnent de signe pour le nombre dix, autre que les boules II', Il déjà connues; j'en excepte, toutefois, le jésuite Fabrégat qui, dans son manuscrit encore inédit, avance c|u'un cercle renfermé dans un autre plus grand (o), ou un petit carré dans un grand [g], représentait le chiffre lo au Mexique. En attendant que cette assertion se confirme, je ferai remarquer de nouveau que les barres seules pour 5 , doubles pour i a, et ainsi de suite, se retrouvent dans les manuscrits mexicains cités plus haul, aussi bien que dans le Manuscrit Troano. et y forment très-probablement les mêmes calculs.
De 10 à 9 0 exclusivement, les nombres se forment en maya par l'addition pure et simple des nombres d'un à neuf au nombre dix, à l'exception, toutefois, du chiffre 1 1 qui se compose de /i plus 7, les quatre boules, bul ou hol, et uuc, sept. En mexicain, le même calcul a heu jusqu'à ik inclusivement; mais (juinze esl un vocable tout à fait différent des précédents.
Pag. 1.S8 et seq. — ^' Exposizione dcl Coil. Rorg. Messkano, etc.