DEUXIEME LECTURE
eb ma-nik ik ca-ban
cône sans vigueur le souille de])uis qu"il a amoncelé.
On pourrait multiplier encore ces lectures, en variant la césure, suivant les sens différents que prête la langue; mais, on le voit assez, chacune revient à donner un sens à peu près identique; on y lit toujours c|ue «le soulèvement une fois «opéré, la lave a perdu de sa force et que son souffle vaincu s'est exhalé avec le « soulèvement du cône. "
L'inscription du premier tableau, ainsi cpie celte légende, suffn-ait tlonc seule à démontrer l'importance du Manuscrit Troano. Malgré l'incertitude que présentent encore un très-petit nombre de signes symboliques, il résulte de l'ensemble du document une série de faits ou plutôt une histoire géologique sur laquelle on ne saurait trop s'appesantir. Ces faits, cette histoire sont confirmés par tous les monuments américains, et, en particulier, par le Codex Chimalpopoca , dont la double traduction avance rapidement. Ce document, une fois publié, donnera au public, avec le Manuscrit Troano et le vocal)ulaire qui l'acconqiagne, les moyens de vérifier tout ce que j'ai avancé dans mes Quatre lettres sur le Mexique.
158, ETUDES SUR LE MANUSCRUr TP.OA.NO.
E\|ilic;i(ion tlu tableau inférieur, folio ii*. — Premier compartiment.
(]e lableau esl foii remarqual)le. Dans le premier comparlimcui à droite, apparaît un squelette, revêtu d'un linceul, de la même manière que nous représentons la morl. Mais ce squelette esl animé, il sourit à la ruine ([ui se prépare et dont il est la personnillcation. Son corps est parsemé de petits points, signes des gaz qui s'écliappenl de sa bouche, ainsi que des pierres, figurées par des ooo... , qui s'élancent de celte bouche, démesurément allongée comme le museau d'un singe. La tète de ce squelette est effrayante par sa grosseur : elle a ceci.de curieux, toutefois, qu'elle n'est qu'une répétition du caractère (^, ezanab, symbole de la ((M're rompue par l'action d'un léu intérieur, non de la terre ordinaire, mais du sol recouvert d'une croûte de glace, comme elle l'était aux Antilles et dans l'Amérique méridionale, au moment du cataclysme. De là les sens si différents que paraît avoir le signe (^ ezanab, tantôt siguiliant la Ierre crevassée par un tremblement de terre, tantôt la glace brisée sur un vase, symboUsé dans une demicalebasse, tantôt le jet de feu qui s'en échappe, et alors Vczaiiah prend la forme A .
Dans la page présente, les crevasses de la calebasse ligurent les sulures naturelles de la tête du s(|uelette qui n'est, à son tour, que le symbole particulier de la région condamnée oii se firent sentir, probalilement, les premiers effets des feux volcaniques. La morl, ou plulot la morte future, celle qui vit encore, bien quelle porte tous les signes de la mort avec elle, est la femme qui, dans le Popol luli, est désignée''' comme l'épouse légitime de Hunliun-Alipu, c'est-à-dire de "•chacun des volcans, ?i des tireurs de sarbacane, el la mère des deux h'ères qui furent changés en singes'^'. Cette personnification hideuse regarde en souriant l'image qui est devant elle et qui lui présente le nom qu'elle portera bientôt. Ce sont deux os, croisés sur un fond noir, au-dessus dune épaisse fumée moiilanl d'ime sorte de Ironc ou d'aiiiel, légèrement rompu par le milieu, image du Ironc
'' iîi'iisscui' de Boiirlionrg, Popol Vnh, Livi-c micré cl original en laiigiiequicliée, etc. 2° partie, clinj). n. p;i;;c (i(|. iii/ll/rx ilr riniüi¡nk(' rimrricaiiic . de. li'atlncliim cl Icxk' '■' /¿îW. diap. v. page l 1 ■'?.
de la teire antique. Ces deux os énoncent le nom de la partie qui est condamnée; cestXbaki-lalo, r? celle de la chair ou des os fondus 77 ou qui sont descendus avec l'eau'''; c'est Xóchitl, dit le manuscrit de Motolinia '-', ffla première qui succom])a r? dans la grande lutte, ■'i ajoute cet auteur, et la plus vaillante de toutes. ". C'est cette ff femme, reprend \e Manuscrit Letellier^^\ qui la première pécha, en cueillant les fr fleurs du jardin des délices et qui connut le premier homme." Telles sont les traditions curieuses que rapporte, avec ce document, le conmientaleur de la Copie Vaticaiw ^''^ : toutes racontent, sous ces symboles divers, les antiques souvenirs df la grande ruine; car un simple coup d'œil sur les planches qu'ils contiennent, en particidier sur celles du Codex Borgia de la Propagande, suffit pour faire voir que la femme qui pécha, selon la tradition mexicaine, c'est la terre, qui s'unil au premier homme, c'est-à-dire au premier volcan, et qui cueillit ainsi les fleurs de l'arbre antique du monde, symbolisant les torrents de feu et de flammes qui s'échappèrent de son sein. Les légendes du paradis terrestre mexicain, conservées par les premiers missionnaires, n'ont point d'autre signiii cation.
Ainsi cette morte future qui apparaît ici, enveloppée de son liüceul, c'est la terre qui descendra la première sous l'effort des laves et des gaz en ébullition. c'est, suivant toute apparence, cette région qui sera bientôt le fond de la mer des Caraïbes. C'est donc celle qui se trouve symbolisée ici dans la tête du squelette et dans Xezanab (^^, la calebasse crevassée, dont les deux moitiés, formant écuelles, se présentent si souvent comme les images des deux mers intérieures, du golfe du Mexique et de la mer des Caraïbes, comme les deux plateaux de la balance, dans les signes du zodiaque, non sans raison appelés Tula, dans l'Inde'^', c'est-à-dire «pleins d'eau, 17 en maya.
Mais, pour le moment, il ne s'agit que du premier des deux plateaux de cette antique balance : il convient donc de faire remarquer au lecteur que Xhaki-Yalo, -scelle des os descendus avec l'eau, 77 n'est, peut-être, que la personnification du fond de la mer des Caraïbes , de la première épouse de " chacun des volcans , personnification isolée et tout à fait dislincte de celle qui est représentée comme
' Poyw/ í'íí/i, rie. cliap. I, pago (if). ^ Ap. Kingsboroiijjh , Mcxicim Antlquittcs , V(il. V.
'"' Ilistorin de los Mexicanos por .?«< píiiliims , nis. de pages 178-186.
la collection de l"auteur. '^' Guigniaut, ¡tcligioiis de l'antiquité, tome I. 2' partie.
'' Codex Tell. fíen/, de la Bibliollièciiie impériale. note a, page 634.
IfiO ÉTUDES SUR LE MANUSCRIT TRO ANO.
la surface de celte iner, c'csl-à-dire de l'eau coulant au-dessus. Or celte dernière, c'est celle que le Popol Vuh désigne connue l'amante curieuse et la seconde femme de IIuiihiiii-Alijni, de chacun des volcans, et que sa belle-mère, la vieille Amueané, i'epoussa, comme la terre antique de l'xAmérique dont elle était le symbole re- |)oussa les eaux qui l'avaient envahie. Ces eaux, cette surface de la première terre ensevelie, est appelée Xquiq, rr celle du sang,ii dit Ximenez, ou plutôt «celle «de la gonnne élastique, du caoutchouc liquide, ii kik, en langue maya. Pourquoi ce nom? Tous les géologues c[ui ont visité cette mer le confirmeront; c'est cpie le bassin de la mer des Caraïbes est encore aujourd'hui couvert à chaque instant de llols d'huile résineuse qui s'échappe du fond de l'abmie où les feux souterrains l'ont fondue et s'épanche en particuher vers les côtes de l'Amérique méridionale. Si, d'après le Pojwl Fíí/í *'', la vierge Xquiq devient l'amante de Huiihuu-Ahpa , c'est que celui-ci, personnification, ainsi que Yaltau, de la puissance volcanique, ne reparaît, à la suite de l'engloutissement de la première terre, qu'après avoir percé la nappe encore vierge qui venait de s'étendre au-dessus d(^ Äbnki-Valo.
]je compartiment qui renferme cette hideuse hgure se termine en haut par quatre ° ° boules rouges, surmontées de pierres lancées par le gaz o . .o, indices probables de quatre bouches volcaniques, et par trois barres horizontales, surmonlées de quatre boules noires ■«— ^, holon-Ialnnt, 19; les barres indiquent peutêtre le pays et le nombre des montagnes ou des mamelons soulevés.
Dans le deuxième compartiment du tableau, on voit debout le même personnage (ju'on a vu accroupi au troisième compartiment du tableau précédent. C'pst Mam, l'aïeul, Xiuli-TeuclU, le seigneur du feu, ou plutôt la vie dans la pierre du soulèvement, le génie du feu. Sa main levée offre un pouce dentelé qui deviendra |)lus loin la feuille piquante de l'aloès, luui, le vilebrec|uin du dieu Atiiin; l'abeille a disparu et il considère avec une attention sérieuse le feu allumé sur l'autel devant lui. Cet autel, autre symbole de la terre, est identique avec le corps de la lettre c M, sauf que dans fimage du tableau actuel les côtés de l'autel présentent des dentelures awv>^, indices de l'eau qui l'entoure de tous côtés. Le souffle du feu, en effet, est moins puissant; car le «jaz se présente renversé dans celle image. Le
''' Pnpul ]'iih. de. ■?' [iBi-tio. cliap. iiK p¡rp rjo.
compaiiinienl se leniiiuL' ou liaul par deux barres liorizontales rouges avec un point rouge .-2-., au-dessus de la tète du génie : deux barres noires avec trois points horizontaux aussi s¿¿ oxhhiin, i3, couronnés du caractère v'nni (^p, l'œil mort, seul, surmontent la flamme de Tautel. Voyons maintenant ce que nous donne l'inscription placée sur ces deux compartiments.
Première inscrij)lion du tableau inférieur, folio ii*.
ctnn sans vie
le liassin
ciint ins vie
alt-du du volcan
contour
lll-CH
descendí
ca akbal
que lene d'eau touri
Ierre molle
beeit sera
rejetc
bccn m — u
voie descendue terre molle
been chiccbiiii bccn
sera accrue monlant scra''> (juatre issues au feu (?)
TRADUCTION LIBRE
ffLa vie a disparu du cratère, le bassin de la puissance volcanique est sans vie; son contour rr va devenir une terre molle sous l'eau ; voie descendue peu à peu , dont le rejeton sortira a entre les régions novées et apparaîtra, en s' élevant entre les pays inondés avec quatre rr cratères (?).^^
Légende du tableau inférieur, folio ii*.
@ m Ej @ <i)
lamat cib Ldaii cb ah-au
abîmé dans 1 eau la lave bouillante de la terre soulevée cùne du volcan
dette légende est trop claire pour (pi'il soit nécessaire d'en faire une uou\elle traduction. Passons donc à Texplication de l'autre partie du tableau.
' Dans le texte original. Irois caractères sont re'unis en une seule injag-e, analogue à celle-ci H^lra : ce sont les deux fU ¿n ben, entre lesquels s'élève un jet comme un I. C'est éviilcninicnt la signification Je la lettre ^^n i , une seule pointe au lieu deilcux. mais dont le sens resle le même.
'''■ Ces trois derniers caractères n'en forment encore ici qu'un seul dans l'original, précisément comme le suivant ff'A ra, mais où, au lieu d'une pointe légère, apparaît au centre un ti'iangle réticulé comme le caractère chicclinii , auquel j'ai cru devoir l'assimiler.
162 ÉTUDES S un LE MA^USniUT THOANO.
Explicalion tlii Uibloau iiiíúrieur, folio n*, 2' partie.
Dans cette partie du lablcau, la scène change totalement. L'unique comparlinient dont elle se compose présente le génie du feu, Miim, assis de nouveau, mais gros et bouiTi, ayant Tair de travailler à se gonfler el portant une torche prête à s'allumer, qu'il considère d'une manière singulière. Sur le devant de son ventre il olï're, en guise de plastron, le caractère ^p h. la ])atte ou raquette de combat. Sa ttMe et sa coilfure sont les mêmes que dans le [)remier lal)leau; mais son pentlant d'oreille est composé du signe ^ kàaii , surmonté de la lettre ^ 0, symbole du cône soulevé. Son pouce, déjà dentelé précédemment. Test ici beaucoup j)lus et ressend)le à une scie Quant à sa torche, on y voit comme un disqu(^ renlertiianl un signe assez mal iormé qui me paraît indiquer la glace; au-dessus de la lorclie, nne barre rouge hoi'izontale avec deux points de la même couleur ,0 q,, surmontée d'un œ'u (^^ de mort, ciini, uji autre au-dessus de la coifl'ure sur un point l'ouge o , ainsi qu'une barre noire — ^ et une rouge avec un point , " ,. Voici maintenant l'inscription qui entoure ce conqiartimenl.
l)ou\it"'inii ins(ri[)(ioii tlu laljjcau iiilV'rifnir, folio 11*. Dans la colonne qui conmience cette inscription, une ou deux barres noin^s horizontales paraissent avoir existé, si l'on en juge par le peu qui en reste. Viennent ensuite deux barres et trois points rouges horizontaux égaleiueuL
ca-uac lie li ma -
terres (?) qui trop pleines coiihikî sa inesur
p — (i beit cab-an 0 uak
l)rise — ra lave suiiLieii du cùiie eu érii])tioii
Uak, qui brise, qui rompl violoiiimciil ; cesl li' sons que j'ai cru devoir do ;iu moment où il vient dWaler.
a II
ik — bcii
\\i ici
soullle-i-
IIIU.V
liáan
be
iover cacî
lé (le
soulevée
voie
EXPOSITION DU SYSTEME GnVPHIOlE MAYA. 163
"^ im (§ I .^ © »^^ ®
be — he cah-an u u ci m i arl ahlitil
on marcho de lave soiiteiiaiil son vase moi't ylace eau luiii'iit'
Il ca-han o nak
son rire ainonci'h'-c (dans) le cône en éruption.
TRADLCTION LlBIiK.
rc . . .Trois cratères sont trop pleins; leurs bassins sont remplis d'eau. Ici même le souille fraura lieu, il rompra en sortant la terre soulevée des cônes en éruption, lui le foyer caché trdes voies soulevées, voies de lave soutenant les cratères éteints de l'eau changée en glace ff amoncelée sur les cônes, après leur éruption, n
(Jiiaiil à la légende qui termine ce tableau, elle est trop oblitérée pour qu'on en puisse tirer parti, \\n ^J heon éiani seul lisible, ainsi que les deux barres avec trois points rouges qui coniplélaienl la colonne.
Explication (lu lahlcau inlerinédiairc. folio i*.
Ce tableau, conq^osé de deux conq»arliments distincts, est la suite de celui (juc je viens d'expliquer; il est malbeureusemenl assez endommagé, bien qu'on puisse encore juger de son ensemble^ Trois génies y sont assis, une torcbe à la main, ainsi que le génie du tableau précédent; mais ils sedislinguenl de celui-ci par leur tête et leur coiffure. Le premier a le corps tout marqué de poinliilages, indices des gaz. et son visage est traversé verticalement par une grosse ligne parlant du pendant d'oreille en forme de cône et enlevant l'œil, à peu près comme le caractère ^} ¡k dont il est queslion plus haut, page 63. Quoique en parlie effacée, la bouche, on le voit, est comprimée, les lèvres serrées et retenant le souille qui veut sortir el qu'on retrouve dans les points de gaz qui recouvrent son corps. Sa coiffure est une tête de monsire d'où vont jaillir des flammes; entre sa coiffure et l'inscription se Irouvent plusieurs points noirs et un œil mort (^) cimi, c'est-à-dire qui n'a pas la vie, ou l'ivresse volcanique. La main avec laquelle il tient la torche, au pouce
denlelé, présente, par le croisemenl des doigls, le caractère 1) ca, symbole de la crèle (rune nioiitague ou du groupe des petites Antilles. Le second génie, bien cju'analogue au premier, s'en distingue, en ce que le pointillage a disparu du corps : son œil est ouvert et souriant, et la ligne verticale qui lui traverse le visage n'est plus qu'un simple trait; c'est la preuve que les gaz comprimés, signifiés par le premier, se sont lait une issue; ce ([ue démontre encore la llamme sortant du vase qu'il porte en guise de pendant d'oreille. Le troisième génie a une torche connue les deux autres; mais sa tête est redevenue send)lable à celle du génie du tableau précédent, avec l'oiil rempli d'eau, et la coilTure, de fumée et d'eau. L'explication en est donc fort simple. Dans ce dernier, qui se gonlle connue une grenouille, dont il a quelques traits, on voit l'image des feux et des gaz qui s'amassent sous un cratère r^împli de glace et qui les empêche de sortir. Ainsi le premier génie de ce tableau représente les gaz qui sont en travail et font des efforts pour s'échapper; dans le second géni(\ on reconnaît que ces gaz ont eu leur issue, et dans le dernier, que le cratère s'est de nouveau rempli d'eau après avoir eu son éruption. L'inscription de ce tableau, bien qu'eflacée en partie, en dira néanmoins quelque chose.
liiscri|)lion ilu tableau iiilorniédiaire, folio i*.
fimi u cah-an o iiak m — u
Il a plus de vio sa lave soutien du cône éclaté terre molle
imix kdaii be — he ca-ban o . unk
foyer caché soulevé a marché cest l'amoncelé côuî; t'claté
o o o o i*^^"w Uy «iäSJ
ctmi a ctmt
buhe huí ca — / ra ceel
íbímé trous !Jor¡>es qui est glace morte l'eau mort
" ca-bun o iiak u a han
le bassin cpii amoncelé cône en éruption bassin du volcan
TRADUCTION) LIBRE
f la lave soutien du cône éclaté n'a plus de vie terre amollie, loyei- caché
^rdos voies soulevées (|iii ont amoncelé le cône éclaté. Se sont abîmés les quatre cratères rf gorges d'eau gelée; l'eau n'a plus de vie; il a ])erdu son activité le vase qui avait amoncelé crie cône après l'éruption du volcan.. . . n
La suite de celle insci-iplion vient, égalenient Iroiuiuée, dans le lolio suivant, où elle comnience avec deux barres noires, un poiiil noir, un rouge et deux signes indistincts.
Première inscription du tableau intermédiaire, folión*.
lallun hul mm o hdan a ca-uac lie ... .
pour s'acbever 2 issu(>s faites cône soulevé eau que trop plein comme...
Dans rincerlitude où me laisse cette inscription si tronquée, je l'abandonne sans autre traduction et je passe à la colonne de la légende
Première légende du tableau ¡nteiinédiairo, folio 11*.
ik cn-ban ma-nik eb ik
souille de ce qui est amoncelé plus n'agite le monté souille
Explication du deuxième compartiment, tableau intermédiaire, lolio u*.
La face du génie occupant ce compartiment est identi(pie avec celle du deuxième gi'uie du tableau précédent. Ses brodequins et ses manchettes, ainsi que chez les autres, présentent le caractère [i^ kdan, de la terre soulevée et des gaz; la boucle de sa ceinture semble être une reproduction abrégée du caractère J a dv la dernière inscription. Ce qu'il y a de particulier dans la scène où il se trouve, c'est qu'il est debout, penché sur une abeille, et tenant à la main un serpent pointillé de gaz; sur ce serpent s'élève un objet ressemblant à une corne; la bouche est surmontée de quatre calebasses, dans le genre de celles qui forment la chaîne ggP et que je traduis par ihilib^^l Ce génie, qu'on a vu précédemment, après avoir
'' Thilib, pluriel de M, chaîne, obstacle, cnipêclie:iient, etc. Jai louletois encore quelque doule au sujet de tiutwprélalion de eel hiéroglyphe.
Kiíi ÉTUDES S(!R LE MAMiSCRlT TROANO.
exhaló f^oii soulllo, semille faire iei des eíTorls pour souiller encore un peu et peulètre les ihiUb ^ qu'il poric sonl-ils les images des cônes qu'il a soulevés ou qu'il veul soulever encore. Ce qu'il y a à observer aussi, c'est que la lèle du serpeni repose en entier sur la partie inférieure du corps de l'abeille 3^^ , image du travail intérieur de la terre; l'insecte est en quekjue sorte suspenclu sur le caractère ^^ cahaiK qui lui sert comme de piédestal. Ajoutons que le pouce du génie devient aigu comme une épine d'aloès ou Tongle d'un Chinois; le caractère (^p c/w/, l'œil de la mort, et les trois barres avec cjuatre points noirs horizontaux SSS l)o/oii-/(iluin, ig, ainsi qu'une barre avec quatre boules rouges °°°° , terminent ce couiDarlinienl.
Deuxiènip insrri|it¡on du taMoau interni(kliaire, folio ii
o.rldli Iml-cabÇ!) 1 3 cratères •
rah-nn de lavo en liaul
imtx fovor
hàan ■c soulevée
romp
be
ca-han qui amonceli
V — ah arrèlr vase
îm<m
rob-an u — p — bcii
lave en liaul brise-ra
n vase
a feau
— ben
men fait
bc — be
p — u poussée
Cl »11 nioi-lc
a feau
ceci glace
ami inori
hiltca (louzi^
ak-bnl •au tournée
be
le vase
liul-ral) issues
bc voie (le
TRADUCTION LIBRE
fr Treize foyers, voies soulevées, voies poussées de la lave amoncelée, roinjUDiit l'eau, feau morte du cratère sans vie; voie de la lave montée qui rompra l'eau. Douze issues arrêtées.
'■' Brisé coiiiiiio en In roulant il:ins la main; c'csl le sens complel du vocable iip. ( Voir le vocabulaire.
rrdaiis le bassin, dans le ciaLère louriié en eau gelée, sont les voies de la lave anioMcclée (|iii T briseront Toau-r)
Deuxième légende du tableau inlennikliaire, folio n*.
ca-ban eb mu-nik ik cab-an
ce qui a amoncelé le cône plus n'agite le souille de la lave montée
Descriplion des tableaux supérieurs, iolios r et n*.
Le premier des deux tableaux sujx'rieurs est Icllenienl endommagé, (juon n'y trouve en réalité de visible que Tabeilie, présentant deux grands veux saillants (|u'on prendrait volontiers pour deux minuscules du caractères hâan ^ , symbole de la terre soulevée. Au-dessous de l'insecte apparaît la tète bideuse de Xbalii- Yalo, dont il est question plus liant, page lôg. Au-dessus on voil les restes d'im bras et d'une main dont le pouce est parlailement visible et dont les doigis serrés rappellent le caractère ^ ca. Le reste est trop délérion'' poui- qu'il soit possible d'en parler. Je passe donc au tableau suivant, folio u*.
Dans le premier comparlimenl de ce tableau, on ne voit plus (juc le <>énie ([ui en était évidemment la figure principale. Toute sa personne offre une ressemblance très-grande avec le dieu M<un des tableaux inférieurs. Sa bouclie, tontefois, n'est pas absolument identique avec celle que l'on a vue à celte divinité; t'ilc (>st fermée et la mâchoire inférieure semble être la reproduction du caractère [| ti. vu de profil; au coin de la bouche apparaît le crochel qu'on voit, d'ordinaire, au\ images du dieu mexicain Quet:(tl-Coall. Son nez crochu se confond presque avec l'instrument courbé, épine d'aloès, espèce de vilebrequin qu'il serre entre ses doigis; c'est à faide de cet instrument qu'il s'apprête à percer la terre, représentée par le cadre jaune vermeil, environnant le caractère ^) ca~unc. et le caractère ^^ va-haii, dédoublé, ce dernier surmontant fautre. Ces deux signes réunis disent donc ca-mic ca-bnii, ~ce qui est trop plein, (c'est) ce qui est amonedé,-'^ ou bien ^ qui s'est amoncelé. ••
168 ETUDES SIJH LE MANUSCRIT TROANO.
il (Icviriil (.'\id('iil ([u'u'i se prépare une phase nouvelle de Thisfoire du ealar-ljynie : l)ien (pie la pliiparl des génies on divinités personnifiant les forces de la nature aient dans leurs symboles des traits nombreux de ressemblanee, puisqu'après tout ces forces se résument en une seule, le diand et riiumide , combinés et personnifiés dans Yaliau (^ , il n'est pas moins vrai que les antenrs des livres sacrés des Mayas ont distingué parfaitement ces divinités les unes des autres, en attribuant plus spécialement à chacune d'elles les éléments dont elles étaient les personnifications; il est inq)ortant, néanmoins, de remarquer cpie ces divinités n'adojilenl pas tout d'un coup et en entier leurs symboles distinctifs. Elles suivent la mai'chc des phénomènes qu'elles représentent, en se modifiant peu à peu, et c'est ainsi (pi'on peut suivre, dans le Mainiscril T roano, le dieu du feu. pourvu à la fois des attributs du feu, des gaz et de l'eau, prendre, insensiblement, selon la marche des événements, les caractères divers qui en font, d'un côté. Mam et Aiiih-TciiclU, le dieu de Tannée, du feu et des mouvements volcauicpies; de l'autre, le dieu des vapeurs, des gaz et de l'eau. De là cette multitude de dieux, de héros et de génies, dans toutes les religions de l'antiquité, et qui ne sont, en réalité, que les personnifications variées des phénomènes du cataclysme, connue des lieux où ces phénomènes se passèrent et où ils furent observés avec le plus de soin.
Cette digression était nécessaire pour faire comprendre au lecteur la personnalité du génie qui apparaît avec le commencement de la description de ce compartiment : en effet, au premier coup d'œil, il semble, ainsi queje l'ai fait remarquer, qu'il ne soit qu'une répétition de l'image du dieu Mam, accroupi au troisième compartiment du tableau inférieur, fol. i*, et debout devant l'autel du feu, au premier compartiment d'en bas, fol. n*. J'ai dit en quoi il en diffère: la mandibule fermée, au crochet de Quetzal-Coall, et l'instrument qu'il tient à la main, en font la dissemblance : la mandibule est identique avec la lettre % n, le vase, c'est-àdire le bassin cpii n'est pas encore ouvert entièrement, bien que l'œuvre souterraine soit connneucée, ainsi cju'on l'a vu plus haut; ce qui annoncerait, d'ailleurs, que le bassin reste fermé, que les eaux n'ont pas encore achevé de l'envahir, c'est que le signe est renversé ^et produit l'effet d'un cadenas à la bouche du dieu. Mais il travaille à l'ouvrir : il perce déjà ce qui sera le bassin de la mer; on y voit le trop plein @ ca-itac, marqué d'une double croix dans le document, c'est-à-dire
(lu double sij>ne du Ireinhlcnieul de terre; on y voll ce ([ui est amoncelé ^) caban , la lave et les eaux de la mer, qui ne tarderont pas à se déverser. La divinité qui est à Tœuvre, divinité qui tient de l'eau et du feu, de Cháac et de Mam, c'est le dieu que les Mayas désignaient sous le nom (ÏE/dtalani-Cluiac, la vague mugissante; de Cit-Bolon-Tnn , sanglier vainqueur du l'oc, ou au grouiu ouvraid le roc; d'Ah-Tun, celui de la pierre, celui qui la travaille en la perçant; A\ili-Tnm, celui du vilebrequin ou de la feuille d'aloès, qui deviendra A-Tiim, celui qui a fait l'eau tout autour, lorsque la mer aura envabi le nouveau bassin et submergé la terre fertile du HiiiuuihiL du [)aradis antique de la tradition maya. Telle est cette divinité que l'on voit dans une autre page du Maiiusmi Troniio, occupée à creuser son bassin où elle lâchera l'eau tout autour, selon le nom de Clidac , sous lequel elle était particulièrement connue au Yucatán. Dans cette image, son nez recourbé s'est identifié en quelque sorte avec l'instrument perforateur, d'où le nom de Seigneur au long nez, ou de Seigneur à l'eau aiguë, perçante, Yaca-Teuctli , que lui donnaient les Mexicains, identique avec celui de dieu au beau nez, sous lequel les Yédas connaissent le dieu Indra.
Je me suis laissé entraîner un peu loin à des explications mythologiques au sujet du tableau supérieur du folio ii*; c'est une petite compensation poin* l'inscription perdue. Dans le reste du compartiment terminant ce tableau, la divinité au Ion); nez a subi un changement considérable, bien cjue le nez s'y retrouve en partie, en dépit de ce qui a été détérioré. Le cheu est ici un des génies ordinaires de l'eau, si j'en crois la griffe d'oiseau qui remplace sa main gauche, un simple cMac. compagnon du dieu principal, mais occupé comme lui à coiqier la terre.
Iiiscripliiiii du (ablrau sii[)érK'ur, ftiliü n*.
lahca ciiiii . . hiliun nib-lml (1) cinii a rimi ii
. .douze (terres?) sans vie dix (couches de lave et /i cratères?) sans vie l'eau moi-l le bassin
cm ® © @ I © É^
bc cah-aii iiin-nik m — o bc pI
voie de lave en liaul plus do force. . . montafjne voie brûlée
Léfjondn du t;il)l(>au supérieur, folio n*.
ma-nik ik caban eh
pins ne reimie lo soiiflli- de la lave nioiitéo cùiie.
Explication (lu tablnau iiiféi'ieur du folio m*.
Le labloaii inférieur du folio m se compose de trois comparliineuis dont le deinier se termine au folio iv*. Dans le premier apparaît, bien que très-obli tarée, rimage du dieu Mam, mais avec le visage bouffi et gonflé qu'il présente au dernier compartiment du tableau inférieur, folio u*. Sa coiflure, bien qu'analogue à celles qu'on lui connaît d(/jà, en dillere en ce qu'on y discerne, entre autres choses, le caractère ^ h, qui lui tombe sur le nez. Sa main paraît soutenir une espèce de socle, surmonté de deux ^) cabdii, superposés; ce qui peut se lire : ca-ban caban, ce qui est amoncelé c'est la lave montée. Outre le signe numéral -^— ^ lalica, 12, étendu aux pieds du génie, et ¿¿¡; ox-lalnin, i3, en haut, on voit en lace de son corps une barre et un point rouges cJ=- Passons maintenant à l'inscription : on y reiitai-que des caractères nouveaux.
Première in.scrijition du (ableau inférieur, folio m*.
n nmi u iniihic u ù t(i)-c-(ih — • an u — ch
vase es( iiiorl son anioncellerneul le fondement de l'eau support de Taljíine.
Je laisse la traduction libre de cette inscription pour la joindre plus loin à celle de l'inscription suivante. Dans le conqjartiment qui supporte cette seconde inscription apparaît le génie de la mort; mais, au lieu d'un linceul, il porte ici la ceinture connnune aux hommes, ceinture formée de la lettre ^ u, ayant pour boucle le caractère ^ kdaii. Il n'a rien du sexe féminin, bien que, selon toute apparence, il s'identifie avec le précédent, image de Xbaki-Yalo, celle des os descendus à l'eau, symbole probable du fond de la mer des Caraïbes. Sa tète ici est
un cnclievèlreineiiL d'us où Ton découvre encore deux fois la lettre |^ u, qui semble annoncer ([ue le vase, dont elle a la signification, que le bassin de la mer est sur le point de se creuser définitivement. Les points du gaz sV voient partout dans la tète connue dains la coifl'ure, sorte de serpent lançant des vapeurs. De la main droite il supporte deux caractères superposés ^ men et (^ cahari, ce qui signifierait ''fondement de la lave montée. 77 Les doigts de sa main gauche, repliés, formen! un creux qui semble être l'annonce de celui qui va se former avec la mer. L'inscription qui surmonte cette image est identique avec la précédente, sauf le premier là, dont l'absence modifie sensiblement le sens du caractère suivant.
Deuxième inscription du tableau inférieur, l'olio m*.
m S05)© ® icm.
cimi u mul-u-c-u — b cab-an u — ch
sans vie son amas du piédeslal de lavo, soutien de l abîme.
TRADUCTION LIBRE
t-Le cratère est mort, voici que le fondement de l'eau qui supporte labîme va s'amonceler; c- car sans vie est la montagne piédestal de la lave qui supporte l'abîme. "
Les deux inscriptions, ainsi que les compartiments (ju elles recouvrent, son! séparées et suivies chacune par une colonne identique, formée d'abord de ^s¿, d'une barre et d'un poiid rouges ^=2=,, de sss encore, et enfin d'une autre barre l'ouge avec point ^-2. La légende porte ce qui suit :
Légende du tableau inf(''rieur, inlio ni".
be-en im\x miihic cab-an
voie descendue du foyer profond amoncelé lave en liant.
Explicaliun du troisième compartiment du taljleau- iuliM-ieur, l'oiiu m*.
Ce compartiment, commencé à l'extrémité du folio m*, finit au commencement du folio suivant, iv*. Le génie qui y apparaît est accroupi, portant le caractère (^ caban, dédoublé, en guise de tablier, et attaché, ce semble, par un nœud, formé' d'un W h, ce qui peut se traduire par ah-caban, «le maître de la lave faite ou
172 ÉTÜDKS SUR LE IVIANUSCRIT THOANO.
" amoncelée, -^i nom qui correspond exactement à celui du dieu mexicain Äiuh-Teuctli, littéralement rc source de lave issue d'en bas, -o ou bien « le seigneur du soulèvement. ^ 11 tient entre ses mains le signe nfa cah, le rayon de miel, symbole de la lave gonflée et amoncelée. Sa face est coupée verticalement par une ligne prenant l'œil, ainsi que celle des autres génies dont le souflle s'est exhalé. Mais ce qu'ii présente de remarcjuable , c'est sa coiffure qui n'est autre chose qu'un ara aux ailes déployées, symbole d'une des principales divinités du Yucatán; ce génie présente, en effet, les premiers caractères du dieu Kin-fck-Kak-Mó, œil du soleil ara de feu, ou bien, soleil à l'aíil de feu du mont soulevé, (l'est donc là une autre nuance de celte grande divinil('' du feu, dont nous retrouvons, d'ailleurs, un nouveau nom dans la seconde partie du compartiment, au folio iv*. Ce nom est composé du caractère (effacé) [q'jj/^J h OU ah et d'un ^ k(i((ii conique, le premier servant de base à l'autre de la manière suivante A¿^ , ayant la signification cYnli-k'uui, celui qui soulève la terre ou le maître de la terre soulevée : c'est un titre qui correspond d'une manière non moins complète à celui de Tldl-Tcuclli, ipi'il porte d;ms la mythologie mexicaine, où il est représenté assis sur le nionsire marin C¡pacLU, symbole des montagnes soulevées et des petites Antilles, dont les pointes aiguës, invariablement blanches, comme celles du cône ali-lmaii, paraissent signifier les glaces avec iesipielies elles émergèrent.
Planant au-dessus de ce syml)ole significatif apparaît di^ nouveau rabeille, la l(Me en bas, et présentant le caractère (^ aluni sur la lettre ^ u, indiquant la puissance unie du chaud et de l'humide soulevant la terre, pei'sonniliée dans le corps de l'insecte a^^- Voyons maintenant comment l'inscription peut servir à ('claircir le lal)leau.
Troisième iiiscriplioii du tahloau iníórieur. folios m* et iv*.
■ ■■■m ^ I (g © i II «nui m
. . . . cab-li h! {'ïj vieil ca hi'uui a — ¡) laliun bc ca-ban
1 3 issues fait deux terres soulevées rompu dix voies (¡ni ont amoucclé
^ mm 0) g
lu bc ra-baii n
\\\iv voie ipii a amoncelr le vase
ca
lIlIll-IIC
sa
.loub
le
amoncelé
lîXl'OSITlOM DU SYSTEME GRAPHIQUE MAYA. 17:i
lahca oxittli liul(1) p — u — c-a miiliic oxlah liul {'!) rinn a
douzr! ries (rcize issuos (?) ont boulcversi' Toan amassc-e treize cratères (?) inoi'tf ri'ati
@ a íüín ® 3 % Œ)
cimi H he ca-ban u c a inuUtc
sans vie levase voie qui aiiioncelé ses deux amas'''
= is© I ŒD m 1 iü i t u S)
oxlah hul{']) X — a be ca-ban n oxlali o — ob va nmliic
treize issues (?) conlé la voie qui amoncelé ses i3 cônes qui sont amassés.
TRAOrCTION' MBIilî.
rt . . . .treize issues se sont ¡îi'oduites sur deux régions soulevées avec dix voies (|ui oui rr amoncelé la double montagne . . . son gîte c'est la voie qui a amoncelé le cratère; douze des ff treize issues ont bouleversé l'eau qui les remplissait (?) , l'eau sans vie dans le bassin glacé, trsur la voie qui a amoncelé les deux soulèvements; les treize issues ont coulé, il a marché et celui qui a amoncelé les treize cônes du double soulèvement. i
Légeiule du tableau ini'érieur, folio iv.
oc cz-a-nal) ciini ix ih
entré surface d'eau placée sans vie le trou caché du soiiillo.
XXYII
E\|)lit:a(io)i du premier et du deuxième coiuijartimcnt du lahleau inÎi'rieur, lolio i\ .
L'inscriplion qu'on vient de lire, aiiisi que la léjjende, eiiviroiuieiil de (rois coh's le compartiment en ([uestion. Un simple coup d'œil sullil pour juger du ra[)porl intime que les trois côlés ont ensemble. Dans les tableaux précédents, on a vu la puissance volcanique s'alhimer petit à petit, concentrer ses forces, puis éclalei- [)ar des fusées de gaz ou des jets d'étincelles, de pierres et d'eau. Mais son foyer était encore trop profondément caché pour se produire d'une manière plus conqdèle; des
'• Mullir . ¡iiirien participe passé de wiil, assembler, réunir, amonceler, niiiltipiior. etc.
J7/í ÉTUDES SUR LE MANUSCRIT TROANO.
soulèvenicnls avaient eu lieu, des monlagnes s'étaient élevées et, dans les bassins ouverts à leur sommet, les eaux, moulées d'en bas ou tombées du ciel, s'étaient ensuite congelées. Cette fois, le foyer a fini par paraître entièrement. Sur treize cônes soulevés, douze sont devenus des cratères de feu, dont la bouche, après avoir bouleversé leur glace, a laissé couler la lave; c'est ce que fait entendre (rune manière expressive le tableau qu'on a sous les yeux. Au lieu de Mam, du vieux seigneur caclié dans le fond de la terre, au lieu des génies au souffle épuisé, à la place de celui qui a soulevé la ferre, on voit ici un dieu au corps noir comme un morceau de charl)on, à l'œil semblable à une dame-jeanne ouverte, à la bouche béante el toute de feu, d'où pend sa langue, de feu également , comme le cratère dont elle est le plus vivant symbole. Cette langue c'est la lave qui s'en épanche, il n'y a pas à s'y méprendre, et ceux de mes lecteurs qui ont déjà la connaissance des principaux symboles mexicains y reconnaîtront la même langue pendante qui apparaît au centre de l'image, dite du soleil, dans le zodiaque de pierre de Mexico.
On ne saurait Irop examiner les détails de ce tableau : l'œil en dame-jeanne est le syndjole du germe, de l'embryon de la terre, arrivé à se produire dans l'éruption volcanique, connne le germe qui fait éclater le fruit qui le renferme. En guise de coiffure, le dieu porte sur sa tête le même oiseau que celui du compartiment précédeni, l'ara, insigne de Kin-Ich-Kali-Mô, le dieu de la guerre au Yucatán, dont les symboles sont complets ici; en effet, c'est l'œil du soleil, c'est-à-dire l'œil du volcan de la montagne de feu, exprimée par le nom de l'ara. C'est ce compagnon du dieu mexicain Miih-Teucili, que Sabagun ''' désigne sous le nom à'Lvtliltoii, le Petit-Noir, ou pour parler plus littéralement, ff la chaleur vivante de "l'œil,"» i.r-tlil-toii : il est identique avec celui que Nufiez de la Vegat'-' désigne sous le liti'c i.VO.rlahun-Tor, les Treize Eruptions, que les Indiens Tzendales lui traduisaient par ff Seigneur des treize puissances, '■> et qu'on trouve encore aujourd'hui adoré secrètement par ces indigènes sous le nom iï Ical-Ahau , le Roi Noir, nom d'une des cimes les plus pittoresques du pays tzendal'-''. Quant à la légende (jui
''' Saliag-uii, l'tisl. ¡¡en. de las cosas de \iiera E.spiuia , le\leilya deux Taules d'impression, c ïtildliiiu pour Vcul
iib. I, cap. XVI. nlinu et Cas lahunlox pour Oxlahun-Toc.
''' Nufiez de la Vega, Constituciones dia'ccsíinns del obis- ''' A deux lieues environ au delà d'Oxcliuc, sur le clic
¡mdo de CMnpas, etc. in Prœnmb. n° Sa , S xxviii. Dans le inin de Ciudad Real (San Cristóbal) à Ococing-o.
suitrinscriplioii, elle aniionco Uiconiquenieiit que la coulée ou Thaleine de feu, une lois entrée dans le cralère, le souille d'en bas, a perdu sa force. En lerniinanl ce comparlimenl, il sérail inutile d'insister sur le caractère (^ caban, dédoublé, que le dieu porte en guise de plastron sur sa poitrine; accroupi, il considère avec une sorte de sourire faux le piédestal où s'élève le rayon de miel nft^ cab, et l'abeille ordinaire planant au-dessus.
Explication dd deuxii'Mno compnrtimonl, tableau inf('iieiir. folio iv.
A l'exception de la tète du génie du feu, déjà modifiée de nouveau et revenue plus ou moins à l'image de ceux qui se trouvent dans les compartiments inférieurs du folio n*, etc., il n'y a rien de bien remarcpiable ici. Le volcan a vomi ses premières laves et la bouche du génie paraît fermée: sur sa tête se voit celle de l'ara, dont le corps absent semble indiquer le peu d'activité du dieu; celui-ci présenle encore à sa ceinture le caractère (^) cahan et ses mains supportent, sur un socle effacé, le rayon de miel fvfa cab, signe du soulèvement, au-dessus duquel plane (entièrement l'abeille. Entre la tête du génie et l'inscription, il y a deux barres horizontales avec trois points rouges ^^, et à gauche, deux autres barres noires , également horizontales. L'inscriplion qui environne le dieu est précédée de deux aulres barres noires ^ssï et d'une rouge à c[uatre points de même couleur °°°°, s'élevant à distance au-dessus des deux noires. L'inscription conunence par la même colonne, dans l'ordre suivant; mais ses premiers signes sont ¡ncerlaius.
Douxièmo iiiscri|ilioii du tableau inférieur, fidio iv'*.
'^■i m ^ 1 ® (B 3> Il QD
// ciiiii u n-ahitii h — /* lahun bc
bassin mort son bassin du volcan monte à la surl'aro de dix voies
@? ffl î ® i œ ra m
ik ca-han %i ah-au u lui u --- ni-eu
souille qui a bouleversé son maître du vase son gîte autour détruit peu a peu
u aklial be cab-an u
son être lourné la voie d<' lave montée du vase.
TI1AÜLCTI0N LIliliE.
t: L'énergie volcanique a cessé, le cratère du volcan est monté à la surface des dix voies. . ■souffle qui a l)ouleversé le volcan, dont le cratère a été détruil tout autour cl qui \a \oi ■ changer en un lieu plein d'eau la voie de la lave amoncelée, -n
Kvplic.-ition du premier com|);irliment. tablciiu inféiiciir. folio v*, e(r.
ApW's inùi' cxaiuon des laldeaux divers des folios m* et iv*, il m'a semblé que la scène qui vient d'être décrite coidiniiait avec les tableaux inférieurs des six folios suivants v", \i*, vn*, vm*, ix* et x*. C'est donc cette marche que je vais suivre, en jn'enani actuelleiuent le tableau inférieur, folio v*. Dans le premier compartiment, en partie entouré de l'inscription, le personnage, accroupi sur ses jambes, a les apparences du sexe féminin; car, au lieu de la ceinture, il porte un jupon réticulé comme tous les jupons qui se voient dans les folios du Mamiscrit Troano, ainsi qu'aux génies femelles que M. de Waldeck a dessinés dans les ruines des palais (l(> Palenque. Ce jupon, déjà expliqué à propos du caractère clticcliáii i^ (V'^S^ 7'^)est le symbole d'une terre marécageuse inondée. Cette eau, ou plut(M le bassin qui la renferme, (juelque vaste qu'il puisse être, est toujours considéré comme le vase ou le sexe d'une femme, dont la terre réticulée est le vêtement indispensable, et la fennne elle-même prise en général, avec son corps, est l'image de la terre ou d'une portion de la terre portant de l'eau, un lac ou un bassin intérieur paisible, jamais une rivière ni un lleuve, l'eau courante ayant toujours les attributs du sexe masculin. Dans le génie femelle qui apparaît ici, on ne saurait méconnaître la vieille fennne dont il est si souvent question dans les légendes mexicaines, O.romoco. l'égreneuse de maïs, la Xmucané du Popol Vu]), appelée Xnuc an \ucatan, c'està-dire celle des grandes terres ou du grand nœud. Mère et nourricière du genre humain, \)iur se montre avec une coulure tout à fait différente de celles des génies précédents : ses cheveux, partagés sur le front et tombant en tresse par derrière, sont un autre symbole de l'eau ou plutôt de sa surface, ainsi que nous l'avons énoncé précédemment. Sa coiffure, enchevêtrée avec art, laisse entrevoir
comme un M, image des deux mers ou bien dn golfe du Mexique et de la meides Caraïbes, et forme ensuite deux grands nœuds, analogues au contour de la lettre ^^ m, souvent ¡trise pour mx, la terre molle et boueuse; ces nœuds euxmêmes semblent encore décrire deux ^ o. ce qui ferait mo, la montagne; puis au centre s'élève une variante du caractère káan (n) , la Ierre soulevée. Dans son ensemble, cette coiffiuM^ étrange rappelle plus d'une coilïure de déesse dn vieux monde et Ton pourrait même y reconnaître, sans trop de peine, le modius de Cybèle, la toui crénelée qui, très-souvent, coiffe les divinités de la terre, dans les documents mexicains.
Xnuc porte sous son jupon un signe analogue au caractère ^^ heen. voie ouverte, descendue ou détruite peu à peu : ses poignets présentent des mancliettes au caractère káan ^, avec le pointillage du gaz, et ses mains soutiennent un socle, composé du caractère ^ cauac, r:c{ui est trop plein,» et du caractère ^^ cabai}, rdave en avant» ou rrc[ui est amoncelée. » Sur le socle repose le signe ordinaire de la terre gonflée et soulevée /j^ cah, le rayon de miel, au-dessus duquel voltige en planant Tabeille, ^^^ , ikil-mb, signe ordinaire du travail volcanique, dont sa tête oflre la marque distinctive, Vahau, (^ , le yoiii-liiigani , le roi de la nature. L'inscription qui entoure ce compartiment commence avec un chiiîre à peu près entièrement effacé; ce qui le suit est une barre avec (juatre points rouges.
IVniière inscription tlii tableau inférieur, lolio v*.
cab-hiil ru