‹ Manuscrits de FourierChapitre 100 sur 134 · TOME X · texte numérisé non relu

TOME X

= Si donc les lois de l’architecture harmonique eussent été connues, il

est certain qu’un de ces princes lés aurait depuis longtemps mises à exécution, car tout homme qui bâtit une ville tient à lui donner un renom de supériorité en quelqte genre.

Les Parisiens avaient l'an passé une belle occasion de faire cet essai. Dans le sein de Paris même ils ont commencé une petite ville du nom de François ?e". Comme elle est isolée des autres quartiers, on aurait pu faire une ville harmonique et la peupler promptement en Y plaçant une mairie et on tribunal, mais on a fait un ramas de murs mitoyens , une vilenie comme tout l’ensemble de la ville. fls bâtissent aussi une ville et un pont à Grenelle et auraient pu ÿ faire l'essai des construcfions harmoniques, moyen ent et sûr pour conduire à une issue de Civilisation.

La nature , fidthe at systéme des contrastes, hous avait méhagé pour arriver aux granties les voies de luxe comme celles d'économie, les voies de plaisir sensuél cotihe celles de plaisir spirituel. Nous spéculons ici sur la voie de phaisirs sensuels , tous rattachés à l'architecture, carfsa perfection est d'onir la sahübrité à l'embelfissement et aut char. mes domestiques. Tel'est l'effet des constructions unitaires.

Les civilisés, régardart comme superflu ce qui touche aux plaisirs de la vue, rivalisent d'émmlätion pour enlaidir leurs résidences, nommées villes et tlages. La France excelle principalement en ce genre de mauvais goût. La plus large rue de Paris, la seule praticable, la rue de la Paix, serait la plus étroite d'Unerapoura, capitale des Birmans, ville où les rues ont de 80 à 120 pieds de large. La rue de la Paix n'en a que 75, et c'est la seule rue interieure où lon puisse circuler en sûreté; fout le rèste, hors les boulevarts ct certains quais n'est que rué de bourgade , coupe-gorge où l'on joue sa vie aux dés, si on n’a pas d'yeut derrière le dos.

Il est pour kes édifices ücs méthodes adaptées à chaque période sociale. |

Insistoris sat les moyens de progrès secial que fournit l’architecture, notamment sût la préparation des aliments.

On voit déjà parmi nous un germe de combinaison sur la préparation des älimétits, par la boulangerie ct la brasserie. Un seul boulanger prépare pour 400 et 200 ménages, un brasseur pour 4000. Pourquoiles ménages h’ont-fs pas de mme un scul traiteur ? C'est que les fraudes commeréisies oùt ‘un thitip moins vaste en boulangerie, le commerc® et ta chitmie tl'æyanit pas encote inventé un moyen de substituer à la farine quelque drogat maffaisante. On peut maintenir sur ce point l'in-

dustrie combinée qui tombe partout où s’introdwst la fourberie, mais il est aisé de prévoir que les villes de construction harmonique présenteraient contre la fourberie des traiteurs une garantie suffisante, et qu'ilsen viendraient bien vite à préparer pour 3 ou 400 menages à {a fois. Supposons 3 de ces grandes maisons contenant chacune 400 ménages, et où les propriétaires n'auront admis que des familles assez industrieuses ou assez aisées pour mériter crédit d'un mois sur la subsistance. Ces 8 maisons contiguës pourront se ménager une communication couverte, et la maison centrale fera la cuisine pour les 3, en la disposant pour 3 classes d'inégale fortune. On a vu ailleurs de quelle excellente chère et de quelle économie jouirait une telle réunion ; elle ferait révolution à l'instant, et la vie de ménage tomberait à plat, excepté chez les gens riches : encore préféreraïent-ils généralement se faire servir par la cuisine unitaire, comme ils se font servir par le boulanger. Il est entendu que les 300 familles ne se mettraient pas comme nos bourgeois à la discrétion d’un traiteur qui, selon son caprice, frelate les vins, détériore les mets, achète de basses qualités, etc. On aurait aux cuisines un comité de surveillants tirés des 300 familles, et les plus riches feraient un fond pour l'approvisionnement direct, et pour se mettre à l'abri des astuces mercantiles.

Dès ce moment, la révolution de vie domestique serait consommée, et la vie de ménage abandonnée : cette combinaison fondamentale donnerait bien vite naissance à toutes les autres. Malheureusement ceux qui spéculent sur des réunions, comme la société coopérative de Londres, comptent pour rien la cuisine et les 2 combinaisons qu’elle peut former, l'une matérielle, par la bonne chère et les facilités de la pré- __ paration en # classes; l’autre spirituelle, par la variété des réunions qu'on peut, dans une masse de 300 familles, assortir et varier au gré de tous les goûts. C’est donc sur la cuisine combinée qu’il faut spéculer avant tout pour atteindre au double charme qui est le vœu de tous les humains, et il est certain qu'on serait arrivé promptement à ce but, dans une ville construite selon les règles d'architecture unitaire ou harmonique, dont nos architectes n'ont eu aucune idée, et dont nos philosophes s’éloignent de plus en plus par leur théorie de fausse liberté, consacrant le morcellement des ménages, le mauvais goût, les caprices individuels, sacrifiant le beau à de folles illusions sur le bon, opposés aux garanties de jouissances collectives. On a cru sur leur parole que le sentier de la vertu était dans la mauvaise cuisine, lessales habitations et les fourberies mercantiles. On peut juger maintenant quel crédit méritent ces visions qui prétendent faire régner le bon aux dépens du beau et protéger la fourberie sous prétexte de liberté individuelle, et qui repoussent tout principe sur la solidarité des individus pour les jouissances

de la masse, la solidarité des masses pour contribuer aux plaisirs et subvenir aux besoins de l'individu. En Civilisation, loin que la masse concoure aux plaisirs de l'individu, elle ne veut pas même coopérer pour satisfaire ses besoins, et l’on ose, dans un pareil état social, parler de garantie , de perfectionnement social !

Une des erreurs de la politique civilisée est de compter pour rien Je plaisir, ignorer qu’il doit entrer pour moitié dans toute spéculation sur le bonheur social. C’est la morale qui fausse ainsi les esprits sur ce point, ct qui les engage dans cette politique simple, spéculant sur l'utile sans y joindre l’agréable. Qu’en résulte-t-il? Qu'elle ne peut pas procurer l’utile aux sociétés humaines, le nécessaire et le travail au peuple.

On croit raisonner sagement en disant : il n’est pas bien d'habituer le peuple aux plaisirs, il faudrait seulement pouvoir lui assurer le nécessaire. — Vous n'y réussirez jamais sans lui procurer en même temps le plaisir. Dieu a fait de l’homme un être composé, et non pas simple. Sa destinée collective, le destin des sociétés humaines, est composé et non pas simple. Elles doivent tendre au bon et au beau réunis, ne jamais séparer dans leurs vues l’agréable de l'utile, sinon elles n’arriveront ni à l'un ni à l’autre, et tomberont, comme le peuple anglais, dans l'extréme pauvreté à force d'industrie. Qu'on ne cite pas quelques exceptions de colonies naissantes, où la rareté de bras et l'abondance des terres procurent au peuple une aisance momentanée, elle cessera bien vite par l'accroissement de population. D'ailleurs, ces petites exceptions confirment la règle que les sociétés doivent tendre au beau et au bon à la fois, ct ne peuvent pas arriver à l’un des deux isolément. La morale qui nous prèche le contraire, qui veut qu’on n’envisage que le bon, que l'utile, sans tendre au beau et au plaisir, est la plus trompeuse des sciences, le véritable ennemi de l’homme, car c'est elle qui lui a faussé le génie en politique sociale, et qui le jette dans l'anarchie simple, le détourne des vues de progrès composés, tendance au beau et au bon réunis.

J'ai dù établir cette thèse par un exemple très-matériel et très-sensuel, tiré des plaisirs de la vue, du tact et du goût, dont la voie se trouve dans l'architecture unitaire. Je pourrais établir même démonstration sur les autres sens, et prouver que si on spéculait sur l’ouîe, un moyen de donner l'oreille musicale à la nation la plus fausse d'oreille, aux Français, on n'y parviendrait que par des méthodes et dispositions qui seraient en même temps voie de progrès social et d'acheminement à d’autres garanties que celle de l'ouïe. C’est donc une grande erreur de prétendre que les sens sont des guides trompeurs, comme l'enseigne la morale; ils sont au contraire des guides très-sûrs en progrès social,

pourvu qu’on spécule sur le produit des sens en mode composé, col lectif et intégral, en application à la masse du peuple entier, et non pas à quelques riches , selon les procédés de nos sciences économiques, dont les fruits ne s'étendent qu'aux classes riche ou moyenne.

Appuyons la thèse d'un exemple tiré du sens le plus impérieux, qui

est celui du goût ; examinons les résultats du développement de ce sens en mode composé, collectif et intégral, ct en mode simple, RoRaues et incomplet.

Le goùt de la bonne chère n'entraîne les individus qu'à des lens ruineuses, des excès préjudiciables ; mais ce goût de bonne chère devient une voie de haute harmonie sociale, s’il est appliqué à la plus grande * réunion domestique, 3 à 400 familles. Il devient alors voie d'économie et de concorde par le charme de varieté des compagnies, assortiment des caractères et des intrigues, auxquelles se joint le plaisir sensuel.

Dans ce cas, l'exercice du sens du goùt devient : = Composé, allié à un plaisir spirituel, celui des compagnies intriguées et variées ;

Collectif, étendu à la masse entière par les 3 degrés de chères culinaires ;

Intégral, embrassant toutes les branches et relations qui tiennent au régime des subsistances.

Ainsi Ja nature, ou Attraction, soit en plaisirs sensuels, soit en plaisirs spirituels, est toujours un guide sûr, pourvu que l’homme sache l’employer selon le mode voulu par Dieu, qui est l’application aux masses les plus nombreuses possible. Je viens d'appliquer cette règle à un plaisir sensuel, qui paraît le plus étranger à la politique sociale. C’est l'architecture combinée, jouissance pour la vue et le tact; on a vu qu’elle conduit très-directement à la branche la plus importante d’association, celle du régime unitaire des subsistances en préparation et consommation.

Là finissent les diatribes de la morale contre les : sens, dont on peutdire, comme des autres branches d'attraction: Dieu fit bien tout ce qu'il fit, et il n'y a de vicieux, dans nos passions, que la fausse direction donnée par le mécanisme civilisé, qui les développe, — en essor simple et non composé , — en essor individuel et non collectif, — en essor partiel et non intégral.

C'est de l’accomplissement de ces 3 conditions que dépend l'accord du beau et du bon en emploi des sens , et si nos politiques sociaux avaient envisagé sous ce rapport l'exercice des sens, ils auraient depuis longtemps découvert que la morale est la vraie botte de Pandore, en ce qu'elle a étouffé toute lumière sur l'emploi des sens, premiers guides que Dicu a donnés à l’homme, des sens dont le plus

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impérieux, celui du goût , est celui qui fournit la voie la plas facile d’avènement à l'harmonie par une gestion combinée des subsistances. C'est assez prouver que la nature nous avait ménagé des voies de toute espèce pour sortir de la Civilisation ; il a fallu le’génie malencontreux de nos sciences pour manquer des issues si nombreuses et si faciles, mais saura-t-on profiter de la découverte qui nous les enseigne toutes, et le génie de l’obscurantisme dominant depuis 3000 ans, trioæmphera-t-il encore dans cette conjoncture, ou l’humanité doublement accablée par le fâcheux dénouement de ses illusions industrielles et de ses tentatives en liberté, devrait reconnaître enfin la fausseté defses lumières et la nécessité de recourir à une science neuve pour an dans la carrière sociale, incompatible avec la Civilisation ?

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