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VICES DES TENTATIVES FAITES EN ASSOCIATION

Après avoir exposé la méthode naturelle en régime sociétaire, il est à propos de terminer par un examen des fautes commises à icet égard dans les réunions industrielles et les sociétés d'actionnaires qui ont une tendance à l'association. Le mot est bien profané avant qu'on connaisse la chose. Tous les sophistes sont à cheval sur le mot association qu’ils appliquent à des opérations mercantiles, tendant au bien de quelques riches seulement, sans rien faire pour le bien de la classe inférieure.

En conséquence, une société qui voudra réellement fonder l’assoca— tion , devra éviter dans son titre ce mot devenu vide de sens par l'abus qu'on en a fait. Elle devra s’intituler Soctété d'attraction industrielle, nom qui exprime exactement le résultat auquel on doit toucher etéanquel n'arrive aucune des réunions connues.

Il est très-fâcheux qu'aucune de ces sociétés n'entre dans la bonne voie. Une seule qui aurait opéré en mécanisme d'attraction industrielle aurait déjà effectué l'organisation universelle. IL est donc urgent de les éclairer sur la fausse marche qu’elles ont adoptée.

Un poète nous dit :

Faites-vous des amis prompts à vous censurer.

C'est ce qui manque à toutes nos sociétés. Les journaux les ont accablées de louanges. sur l'intention sans doute, car jusqu'ici elle n'est couronnée d'aucun succès. Il eût fallu au contraire les critiquer surice qu’elles prenaient l'intention pour moyen suffisant, et qu'elles négl- . geaient de rechercher et mettre au concours la découverte du procédé d'association.

Baiseteraps tous les chefs et sociétaires se sont enivrés de louanges anticipées, et il en résulte que rien n'avance, que l'association n'existe qu'en paroles, et que loin d’avoir donné une impulsion sala taire. on en a donné de vicieuses.

D’ane part, on a excité le sophisme, les amis de l'arbitraire, à fonder des réunions monacales-industrielles, qui ne sont que la caricature de Fassociation et tendent à] semer des préventions fâcheuses contre

cette entreprise ; © D'aatre part, on a rebuté les souscripteurs qui auraient pu s'élever facilement en nombre suffisant, mais qui ne voyant dans ces tentatives que de l'arbitraire sans règle fixe, craignent qu’elles ne servent de masque à l'intérêt particulier.

C’est donc le cas de signaler franchement les fautes commises , afin qu'elles puissent être évitées par une nouvelle société, mieux dirigée que les précédentes.

Le personnage le plus’marquant dans ces tentatives est M. Owen. Al s'estemparé du mot association, et l’on'est persuadé en Europe qu'il organise l'association. Îl fait tout le contraire. Moi-même j'avais bien auguré de ses vues, mais}depuis que j'ai lu son discours aux habitants de New-Lanark et ses statuts monastiques, je vois qu’il est imbu de toos les principes les plus opposés au régime d'attraétion industrielle et équilibre des passions. C’est tout simplement un moraliste qui veut réprimer les passions par des voies douces, persuasives, mais toujours voies de répression et non pas de développement de la nature.

En général on voit dans les plans des sociétés ou des chefs qui opèrest sur l'association, un penchant pour les vues d'égalité, chose la plus contraire à l'harmonie des passions. J'ai su de bonne part qu'à la socété coopérative de Londres, beaucoup de membres donnent dans ce travers politique, et, pour le deviner, il suflirait de voir un plan d’édifice carré fait par l'ane de ces sociétés. Or, le carré est la forme la ples mconvenante pour un bâtiment sociétaire, car c'est la forme qui prête le plus à l'égalité et à l'uniformité,

On ne peut pas espérer qu'aucune société convienne collectivement de ses préventions ct de ses ‘fausses méthodes. Au contraire, la plus récemment formée, celle de Coop-mut, donne pleinement dans le tort de mépriser l'expérience. Elle se range dans son programme et par som titre même sous la bannière des vicilles erreurs. Car le mot de Coopération mutuelle n'est que le refrain des philosophes de tous les siècles. Tous ont répétés en différentes expressions que les hommes doivent S'entraider comme frères, idée synonime de coopération mutaclle. Il n'y à donc rien de neuf dans cette infention; mais fut-elle vrarment neuve, elle serait insignifiante si on ne trouve pas un moyen

d'exécution, moyen qui ne peut être que le mécanisme d'attraction industrielle ; sans lequel on ne verra jamais les classes riches coopérer au soutien des pauvres par une garantie de minimum d'entretien en 3 degrés. Ainsi l’idée de coopération mutuelle est pleinement chimérique sans la découverte et l'emploi du mécanisme d'attraction industrielle.

Mais plus on presse les philosophes par ces arguments sans réplique, plus ils sont rétifs à adopter la conclusion , la nécessité d’un essai en attraction industrielle; — ou s'ils paraissent en goûter l'idée, en vouloir prendre connaissance , ils veulent aussitôt accorder cette théorie avec leurs préjugés, la remanier selon leurs vues erronées. C’est pour cela que j'ai supprimé le chapitre des approximations , qui devait traiter des épreuves sociétaires qu’on peut tenter sur une masse infé— rieure à 600 personnes. J'aurais donné des règles pour opérer sur 500, - 400, 300 ; mais j'ai reconnu que ces petits essais dans lesquels il faudrait mutiler le procédé, ne tendraient qu'à favoriser les cosaques scientifiques , les entreprises bâtardes, où divers plagiaires travestiraient le procédé à qui mieux mieux, afin de se l’approprier, sinon en tout, au moins en partie. Ces | |retarderaient la fondation du véritable mécanisme sociétaire.

Pour accélérer cette fondation, il faut prévenir les corsaires qu’ils ont tout à perdre au plagiat.et tout à gagner par une franche coopération. En effet, s'ils feignent d'opérer selon leurs propres idées, n'avoir pas connaissance de ma théorie, et que pour cacher le larcin, ils s'éloignent en divers sens de mes dispositions et en ajoutent de leur cru, on verra qu'ils n'approchent du but, l'attraction irdustrielle, qu’en raison du plus ou moins de conformité à ma théorie. Dans ce cas ils seront confondus par une compagnie rivale , qui voyant les succès partiels de ma théorie dans les branches où elle est employée, en concluera qu’en l’employant complètement, on arriverait au succès complet. Ils opèreront dans ce sens, et après leur réussite les chefs de la fondation travestie seront éconduits par l'opinion , désavoués comme Améric Vespuce, convaincus d'avoir fait avorter leur opération pour en ravir l'honneur à l'inventeur.

C'est pour prévenir ces lenteurs qu'il convient de former une compagnie décidée à aller franchement au but et provoquer les essais de la théorie d'attraction industrielle sans vouloir enter sur cette théorie les idées particulières de chaque sociétaire. Je viens de démontrer que toutes ces conceptions qu'on croit neuves ne sont encore que les vieilleries morales et politiques sous un nouvel aceoutrement.

Des esprits superficiels ne manquent jamais de dire, lorsqu'on leur parle de fonder l'association : « Hé bien ! comment cela s’accordera-t-il avec le Gouvernement? Il empèchera, etc... »

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C'est bien mal connattre les gouvernements. Ils sont enñemis des aouveautés en affaires sociales, parce que toutes les innovations nommées théories sociales sont philosophiques, tendant à restreindre l'autorité du gouvernement, assujétir les ininistres à des responsabilités. Il n'est pas étonnant qu'il se défie de ces théories et qu'il les entrave. Si vous détournez l'eau qui fait agir un moulin , le meùnier ne manquera pas de vous faire un procès. Dans le même sens, les gouvernements ne peuvent manquer d'être en désaccord avec la philosophie et de plus avec les operations purement industrielles qui lui enlèveraient partie de son domaine. Aussi a-t-il entravé la société commanditaire de l’industrie, tandis qu’il n'entrave point d’autres sociétés industrielles comme celle de fructification et de reboisement.

Il en sera de mème de l'Association. Le Gouvernement examinera les résultats qu’elle duit produire, et voyant qu'elle agrandira son domaine au lieu de l’entamer, il souhaitera qu'elle obtienne plein succès.

Que veulent tous les gouvernements? Du pouvoir et des trésors. Pour accrottrc leur pouvoir, .il faut qu'ils trouvent le moyen de centralisation universelle. C’est le régime d'attraction industrielle où le gouvernement se trouve directeur de toutes les branches de l’industrie, et où le produit devenant quadruple permet au gouvernement de doubler son revenu, tout en diminuant de moitié la masse relative de l'impôt.

On voit par-là que la route du bien social est fort différente de celle qu'ont prise les philosophes de tous les siècles, et qu’au lieu de restreindre l'autorité et les gouvernements, il faut donner plein essor à leur vœu d’empiètement en autorité et en revenu. Mais il faut fonder leur accroissemeut de pouvoir et d'impôt par le régime sociétaire qui satisfait les passions de la multitude, en même temps que celles des gouvernements, cffet que j'ai mentionné implicitement dans la clause de faire coïncider l'intérêt individuel avec le collectif, et l’intérêt collectif avec l’individuel. |

Le vice radical de nos théories sociales est donc de ne pas être en accord direct avec les gouvèrnements, en association active avec eux, en participation de bénéfice pécuniaire. Aussi les gouvernements n'ont-ils d'autres ressources que de prendre le plus qu'ils peuvent sur leur nation, qui, de son côté, se soustrait le plus possible à leur rapine. C'est duplicité d'action, discordance en finance comme dans tous les régimes civilisés. Établissons cette doctrine plus méthodiquement.

Les gouvernements sont sur la terre l’image de Dieu, non par leur caractère, qui est très-odieux en Civilisation, surtout depuis qu'ils se concertent publiquement pour faire égorger les Grecs, tout en feignant de négocier pour eux ; mais ils représentent Dieu à titre de foyers d'unité, centres de direction du mouvement; ils sont sur la terre ce que le

Soleil est dans l'Empirée, un pivot de méeanisme, et, par cette raison, Dieu a voulu que les tentatives d'amélioration sociale se conciliassemt avec les vues des gouvernements, fussent-ils tous aussi atroces que Néron, Mahomet, etc. Il n’est pas moins nécessaire de concorder awec eux en tentatives de progrès social. Ce qui le prouve, c'est que la mature fraspe d’impuissance toute entreprise qui contrarie le gouvernement. On en voit la preuve en système représentatif dans les revers constants de l'opposition que le ministère sait paralyser au moyen d'une majorité vénale, si bien définie par Walpole, qui avait en portefeuille le tarif de toutes les probités parlementaires.

Est-ce faire injure à Dieu que de le supposer consentant à ces infamies? {{ce serait mal le juger que de penser qu'il veuille le règne de la vertu en Civilisation. Il veut assurément le triomphe de la vertu et de . Ha vérité, mais sous la condition que les hommes renonceront à l'industrie morcelée pour passer à l'industrie sociétaire. Tant qu'ils persis tent dans l’état de Civilisation ou morcellement, ils sont en rebeltion contre Dieu.) 1H doit donc les tolérer par double motif : 4° pour faire connaître aux hommes que la Civilisation est une fausse route, un abtme d’injustice, un cercle vicieux dont ils doivent chercher l'issæe et non le perfectionnement ; 2 pour observer les règles suivant lesquelles tout devant être faux hors du mécanisme voulu par Dieu, il est dans l’ordre que dans la Civihisation, la Barbarie, le Patriarchat, les chefs et les subalternes trouverit leur intérêt dans la voie du vice, puisque dans l'ordre divin ou sociétaire, ils trouvent leur bénéfice à . suivre la voie de la vertu.

I faut considérer qu'en remaniant et altérant la théorie on ferait avorter l'épreuve, on manquerait les bénéfices et l'honneur de fondation subite et complète. D'ailleurs le public n'a plus de confiance aux subtilités philosophiques, il faut pour le stimuler une théorie vraiment neuve. La voilà publiée ; elle donnera un relief éclatant à toute compagaie qui effectuera l'épreuve, et pour cela s’aidera de quelques grands personnages propres à inspirer confiance et déterminer les souscripteurs dans cette affaire, où le pis aller est de doubler 1c revenu et faire en deux ans sur les curieux admis un bénéfice supériear au capital. |

Je ne prétends pas que la société d'attraction industrielle dese adopter ma théorie, s’enchatner comme la société coopérative, qui semble dans son programme se ranger sous la bannière de M. Owen, car elle le nomme en toutes lettres comme son oracle politique, biea qu'i ne metle en scène aucun moyen d'association et n’ait obtenu aucun suocès par imitation libre.

Klle devra, sans se ranger sous le patronage d'aucun homme, s’attacher aux choses, exposer clairement son plan, et représenter que les ressorts qu’elle veut mettre en jeu :

Combinaison domestique et industrielle, — la plus nombreuse et la plus variée en variétés, genres et classes ;

Séances courtes et variées, multiplicité de fonctions;

Exercice d’une seule branche dans chaque fraction ;

Développement libre des passions ;

Voie de modération indirecte par double contrepoids de plaisirs, — sont en plein contraste avec les méthodes civilisées ; doivent produire des effets contraires à ceux que donne le mécanisme civilisé, produire l'attraction industrielle au lieu de la répulsion industrielle, — et que le monde policé peut s'attendre à voir naître enfin de ce régime le bien que les autres opérateurs se sont bornés à rêver et promettre sans avoir aucun moyen neuf pour le produire, puisque leurs procédés rentrent tous dans les voies de moderation directe par sagesse , raison et calcul , voies opposées à la nature et à l'attraction.

Quoique je sois le seul inventeur de cette méthode , la société ne devra pas pour cela considérer ma méthode comme guide suffisant ; mais elle devra dire que M. Fourier ayant le premier donné un traité sur ce point, elle invite les génies sociaux à faire mieux qu'elle, et propose tel prix à celui qui indiquera de meilleures méthodes que celles de M. Fourier pour arriver à l'état de société industrielle naturelle ow état d'attraction industrielle, combinee avec le libre essor des pas- SiOnS.

Lorsqu'une découverte précieuse est publiée, il s’agit de la juger et la faire juger, et ce n'est pas chose facile dans notre siècle, où comme le dit fort bien Thomas, le dernier des crimes qu’on pardonne est celui d'annoncer des vérités nouvelles.

Aussi voit-on toujours les détracteurs prendre les devants, ils se hâtent d'embrouiller le débat et égarer l'attention en ergotant sur un accessoire insignifiant, pour eviter l'examen d:i fond et tourner autour de la question sans vouloir jamais y entrer. Leur tactique est bien secondée par un public avide de railleries et diffamations , et les accueillant comme passe-temps habituel, sansexaminer si elles contiennent un mot de vérité.

La première chose à considérer sur la découverte de l’harmonie sociétaire, c’est que si elle est faite, le monde civilisé est prodigieusement dupe de tarder à en recueillir le fruit, surtout à une époque de mahise général , où les régions civilisées, même en pleine paix, éprouw vent plus de mal étre que n’en aurait causé jadis une guerre générale.

236 LA PITALANGE.

A ces disgrâces du moude industriel se joignent les perfidies du monde diplomatique, provoquant le massacre d’une faible nation dont le seul crime est d’avoir une coustitution , plongeant l'Europe dans Île deuil , transformant les puissances chréfiennes en disciples d'Odin, dont la suprême jouissance est de boire du sang dans le crâne de leurs ennemis. Füt-il jamais d'époque où l'on put mieux apprécier l'infamie du mécanisme civilisé et le prix d’une découverte qui en ouvre l'issue ?

Mais pour porter sur cette théorie un jugement régulier, il faut, selon Condillac et Bacon, remettre l'ordre dans la faculté de penser , cesser de prendre pour art du raisonnement l'art d'abuser des mots sans les entendre, c’est sur cet abus de mots, mal compris, que je vais d’abord disserter, et je choisis le mot dont on a le plus abusé, le mot de bonheur social.

L'idée de bonheut social est chimérique et vexatoire si on ne spécule pas sur un bonheur appliqué à la société entière, aux 3 classes, riche , moyenne et pauvre, aux 3 sexes, hommes, femmes et enfants, aux k âges et à toutes les divisions quelconques. C’est de quoi nos svstèmes ne tiennent compte. Ils ne travaillent que pour le bonheur de quelques riches en divers degrés, pour celui des hommes, sans tenir compte des femmes ni des enfants, ni de l'immense masse du peuple.

Pour envisager intégralement cette question de bonheur du peuple . il eut fallu , je l'ai dit dès les premières pages de la préface, lui assurer le nécessaire, ou minimum décent en nourriture , vêtement, logement et en plœsirs; car si la nature nous a donné le goût des plaisirs , ils sont nécessaires au bonheur. Sans la jouissance des plaisirs on n’arriverait qu'à une [ Jambiguë, un état mixte entre le bonheur et Je malheur. Mais à ne spéculer que sur ce sort bâtard, sur un minimum décent en nourriture, vétement et logement, il est évident qu’on ne peut pas garantir au peuple ce genre de bien-être avant d’avoir découvert et organisé un régime d'attraction industrielle ; à défaut le peuple abandonnerait le travail dès qu’il aurait la garantie du minimum.

Ainsi, tout débat sur le bonheur social et le bonheur du peuple, qui compose la majeure partie du monde social , conduisait d'abord à mettre au concours l'invention d'un régime d'attraction industrielle, c'était la condition sine qua non, celle dont on devait s'occuper toute affaire cessante, et c'est pourtant celle à laquelle personne n’a jamais songé, pas même depuis Newton, qui avait frayé la voie en calcul d'attraction.

La société dont je propose la formation n’aura pas cette lacune à déplorer; elle pourra déjà s’étayer d’un calcul très-complet sur l'attraction et se présenter aux souscripteurs comme voie tout-à-fait neuve et garantie contre l'arbitraire des statuts. Telle est la doctrine dont je

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