VIBRATION DESCENDANTE
3° phase: Déclin.
Attribut : la ((licence)) politique commerciale.
Germe : ((les colonies hétérozones)) l’art nautique.” ! #* phase. Caducité.
Attribut : la féodalité commerciale.
Germe : les maîtrises exclusives.
On voit par ce tableau que la Civilisation est en 3° phase, en déclin, puisqu'elle donne pleinement dans l'esprit commercial, et qu'il envahit de jour en jour dans le système politique.
Dire que la Civilisation est en déclin, ce n’est pas dire qu'elle dégénère sous le point de vue des sciences et des arts, c’est dire qu’elle s'éloigne de la 6° période au lieu de s’en rapprocher. Elle a manqué la principale issue qui était entre les 2 et 3° phases, et dès qu’elle entre en 3° phase elle tombe en déclin.
Les 2 phases de vibration ascendante opèrent l’affranchissement personnel.
Les 2 phases de vibration descendante opèrent l’asservissement industriel.
Je vais entrer dans quelques détails sur chacune , excepté sur la 4°. Comme elle est encore à naître, je la laisserai deviner aux curieux ; c'est pour cela que je n'en ai pas encore indiqué le germe ni le caractère plein (**). D'ailleurs je ne veux donner aucune notion dont on puisse faire usage pour modifier la Civilisation, mon objet étant de la faire disparaître et non pas de la corriger.
Dans les détails qui vont suivre, mon but sera de présenter la philo-
{°) Le mot atribus se trouve, aux 4 phases, à la place de ceux caractère plein, qui sont effacés.
(””) En effet, les mots féodalité commerciale et mattrise exclusive, à la 4e phase, n’ont été ajoutés qu'après coup au tableau ci-dessus, et n’étaient d'abord indiqués que par des points.
sophie toujours passive dans le mouvement, et n'ayant jamais eu aucune part au progrès de la Civilisation dont elle s’est arrogé le médiocre honneur.
Vibration ascendante de la Civilisation,
PREMIÈRE PHAST. — ENFANCE.
Caractère plein [ou attribut]: la monogamie ou mariage exclusif et permanent. Germe : le droit civil des femmes ou patriarcat fédératif.
Cette phase s'établit par l'avènement des femmes aux droits civils et à la demi-liberté. J'appelle demi-liberté ou demi-servitude pour les femmes l’état de mariage exclusif qui les tire de l’état de la pleine ser— vitude où elles sont dans l’état barbare , et qui leur donne, non pas la liberté, mais seulement quelques droïts de propriété et une garantie de sùreté personnelle contre l'époux, qui a sur elle droit de réclusion et d’assassinat dans l’état barbare.
La 2° phase s’établissant par l’affranchissement des industrieux , 1l s'ensuit que les Grecs et Romains, tant vantés, n'étaient qu'à la 4re phase.
J'ai à parler moins de la 4'€ phase qui est finie que de l’origine de 1à Civilisation et des obstacles que la nature y oppose. Pour faire naître Ja Civilisation sur les sept huitièmes du globe où elle n'existe pas, il faudrait avoir des moyens de déterminer les Sauvages à adopter l’industric, et les Barbares à accorder aux femmes les droits civils dont elles jouissaient chez les Grecs. Les“ philosophes n'ayant inventé aucun moyen d'opérer ces deux changements , il est évident qu'ils ne savent pas créer cette Civilisation, objet de leurs tendres amours; et s’ils la regardent comme la meilteurce des 3 sociétés connues, ils ne peuvent pas se vanter de travailler au bien du genre humain, tant qu'ils ne ‘ donnent aucun procédé expérimental pour civiliser les Barbares et Sauvages.
L'immense supériorité numérique des Barbares sur les Civihisés, et l'immense supériorité territoriale des Sauvages sur les Civäisés devaient faire entrevoir que la réprobation divine pèse sur la Civilisation, puisque cette société n'est sur terre qu’un atome en comparaison de la population et du territoire des 2 autres. 11 faut répéter ici l'argument déjà exprimé en d’autres termes : si la Civilisation est un bien, pourquoi la très-grande majorité du genre humain s’y refuse-t-clle? Dieu est donc ennemi du genre humain en le dissuadaat de se civiliser, —ou bien la Civilisation est ennemie du genre humain, si Dieu est juste et sensé dans le mépris qu'il inspire aux barbares et aux sauvages contre notre mécahisme social.
- Si le but de l'industrie était de conduire les peuples à la Civilisation, pourquoi ne naîtrait-elle pas naturellement et périodiquement parmi les
. Barbares qui en ont le germe, puisqu'ils exercent la grande industrie
agricole et manufacturière, mais les barbares, en montrant depuis 3,000 ans une aversion si opiniâtre pour notre état social, nous prouvent que Dieu n'a pas créé l'industrie pour conduire l'homme à la Civilisation. Dieu, pour nous rendre cette vérité plus évidente, a pris soin de maintenir les barbares en nombre immensément supérieur au nôtre, et les sauvâges en territoire immensément supérieur au nôtre.
À quoi donc destine-t-il les Barbares et Sauvages ? et que peut-on conclure de leur répugnance invincible pour notre Civilisation, sinon que Dieu ne veut pas laisser faire des progrès à cette société, et qu'il la réserve sur un coin du globe pour germe d'autre chose; et si les pbilosophes se refusent à cette conclusion, qu'ils inventent un moyen de faire paître la Civilisation sans user de contrainte. On n’y réussit pas même par la corruption secrète des chefs sauvages à l'égard de qui des Américains emploient tous les moyens imaginables de séduction. Quant aux berbares, il est peut-être plus difficile «encore de les civiliser ; l'ordre barbare a la fâcheuse propriété de former abime ou gouffre de mouvement social. Les nations engagées dans cette période n’en peuvent sortir qu'à reculons, en redevenant sauvages. On peut civiliser par la force un état barbare; mais jamais de son plein gré, ni par aucune révolution, il p'arrivera à l'ordre civihisé; aussi voit-on beaucoup de barbares qui ont reformé les hordes, notamment dans la Perse, l'Assvrie et la Bactriane, dont les peuples après avoir figuré parmi les plus policés d’entre les barbares, ont presque tous reformé les hordes à cheval. Mais on ne cite
‘ point de barbares qui aient montré seulement une tendance à adopter
potre état social, en introduisant dans leurs coutumes la liberté civile des femmes qui produit la naissance de la Civilisation; c’est par refus de cette mesure que les Chinois, Japonais et Indiens sont depuis 4000 ans à la porte de la Civilisation sans pouvoir y entrer, quoiqu'ils atent poussé l’industrie à une perfection qui étonne les civilisés mêmes.
Ni les philosophes barbares, tels que Confucius, ni les philosophes civilisés n'ont proposé aucun moyen d'étendre aux régions barbares la liberté civile des femmes. Voilà donc les philosophes de tous les temps et de tous les pays convaincus de n'avoir eu ni la science ni la pensée d'introduire la Civilisation où elle n'existe pas. C’est ici qu’on peut déjà reconnaître la nullité, le rôle passif et les vues rétrogrades des sciences incertaines : leurs auteurs s’ébahissent de voir la Civilisation installée dans quelques recoins du globe , quand ils devraient s'étonner de ce qu'elle ne s'étend pas plus loin et dans tous les lieux qui peuvent la
comporter ; le resserrement où ellè se trouve est une accusation pour elle-même et pour ceux qui la prônent.
Certes il n'était pas à souhaiter qu’ils trouvassent le moyen de la répandre partout en faisant passer les femmes barbares à la demi-liberté et les hordes sauvages à la culture, mais il était à souhaiter qu'ils s’occupassent de trouver ce moyen. En se livrant à cette recherche, ils se seraient bientôt âperçus que la Civilisation n’est pas le vœu de Dieu, ni le but ultérieur du mouvement, et qu'il faut s'occuper non pas des moyens de la propager, mais des moyens d’en sortir pour fasser à un meilleur ordre.
Venons à l'analyse des évènements qui ont pu engendrer la rue sation.
Pour reconnaître sa véritable souche, remarquons d'abord que les sociétés sauvage et barbare ne passent jamais de plein gré et de leur propre mouvement à la Civilisation ; elle n’a pu naître que de la société patriarcale qui est aujourd'hui éteinte. Les patriarches n'étaient euxmêmes que des Barbares, mais indépendants et exerçant chacun sur son coin de terre le despotisme qu'un Satrape exerce dans une province. Rien de plus Barbare qu'Abraham qui traite ses femmes en sultan , qui envoie À gar et son enfant mourir de faim dans le désert, parce qu'il est las de jouir d'elle et qu’il n’en veut plus ((et qui pousse la jonglerie jusqu'à supposer des entretiens avec Dieu et menace de mort son fils pour le terrifier au nom de Dieu et acquérir de l'influence sur son esprit)). On retrouve les mêmes iniquités dans Jacob, son descendant. Leur caractère tyrannique tendait à propager la Barbarie au lieu de la détruire ; ils n'avaient ni l’équité, ni l'intelligence nécessaire pour civiliser une peuplade. C’est donc dans leur intérêt seul qu'on peut chercher les sources de cette Civilisation qu'il est impossible d'introduire parmi les barbares et sauvages sans les violenter ou sans employer des ruses publiques pour gagner les chefs : tel est le procédé des États-Unis d’Amérique; mails il rentre dans la violence, puisque ces chefs gagnés et soutenus par les civilisés forcent le peuple à la culture qu'ils n’adopteraient pas spontanément.
Dans les contrées où régna l'ordre patriarchal, comme au voisinage de la Syrie, chaque père de famille était souverain absolu de son petit canton, c’est ce que l’on reconnaît à une tradition qui nous dit « qu "’Abraham , ayant rassemblé ses domestiques, marcha contre ses voisins, et battit trente rois à la fois. » Si les gens d'Abraham qui n'étaient peutêtre pas trois cents, suffisaient à battre une trentaine de rois à la fois, ces roitelets ne pouvaient être que des pères de famille qui avaient ‘amené chacun une douzaine de leurs enfants ou domestiques contre Abraham, chef d’une horde déjà puissante. Il résulte de cette anecdote
que les voisins d'Abraham, tout faibles qu'ils étaient, jouissaient pourtant du pouvoir absolu et du titre de rois. Cette particularité va jeterquelque jour sur l'origine de la Civilisation.
Ces roitelets, ces tyrans d'un petit vallon formaient des alliances conjugales aussi bien que des alliances politiques, et cherchaient de toutes manières à se ménager de l'influence sur leurs voisins. Ceux d’entre eux qui n'avaient que des filles, ou beaucoup de filles et peu de garçons, auraient trouvé bien du désavantage dans les alliances, s'ils avaient livré leurs filles à titre d'esclaves aux fils des roitelets voisins; il leur convint de spéculer sur l'influence des femmes, et ceux qui n'avaient pas. d'enfants mâles durent se concerter pour tirer parti de leurs filles. Le moyen le plus convenable était de stipuler, en les livrant, certains privilèges exclusifs pour elles, et de les distinguer autant que possible des. concubines ou favorites temporaires, d'exiger qu'aucune autre esclave ne jouirait temporairement des droits accordés à leurs filles, enfin de pousser leurs prétentions jusqu’au mariage exclusif et permanent qui. réduisait au rôle d'esclaves toutes les autres favorites. |
Les premières filles qui furent élevées à un tel sort par la prévoyance de leurs pères durent servir les intérêts de la maison paternelle et travailler à maintenir dans son alliance les roitelets dont elles avaient épousé les fils:
Ce fut ainsi que le mariage exclusif naquit peu à peu chez les patriarchaux, et s’y établit conjointement avec le concubinage qui, laissant une grande latitude aux plaisirs des époux, les disposait à accorder des droits sociaux à une épouse titulaire, sans perdre l'avantage de conserver des favorites esclaves.
Le privilège coniugal dut s'étendre bientôt à toutes les filles de ces petits roitelets; chacun d'eux jugea de son intérêt d’assurer à ses filles. le sort d'épouses exclusives en les donnant à un prince voisin, et plus Jes roitelets étaient nombreux et resserrés en territoire, plus le nombre: des épouses libres dut se multiplier, tant qu’enfin elles formèrent corporation distincte des femmes esclaves, et dès ce moment l’on entrait en Civilisation.
Une telle innovation ne pouvait pas avoir lieu dans un grand Etat : barbare ni dans un état médiocre comme celui d'Abraham, qui for- . mait au moins un gros village; la corporation des femmes libres ne: pouvait naître que chez de petits Barbarillons ou patriarches, amoncelés en grand nombre sur un petit territoire, et exerçant chacun l'autorité absolue comme ceux qui entouraient Abraham. Si vous les supposez aussi puissants, aussi étendus en territoire que l'était Abraham, ils ne fourniront que très peu de princesses pour qui l’on réserve des privilèges exclüsifs en les livrant à un épouseur; dès-lors, on ne verra plus.
paître une corporation de femmes libres, puisque la liberté n'a pu s'étendre dans l'origine qu'aux princesses ou filles de patriarches souverains. | | |
: En résumé, il fallait pour engendrer la Civilisation un corps de princesses si nombreux qu'il égalàt presque celui des femmes esclaves; c'est ce qu'on trouvait chez ces patriarches qui avaient à peu près autant d'enfants que de domestiques esclaves des deux sexes, et qui, formés en confédération, exerçaient sans obstacle leur despotisme patriarchal à l'abri des déserts qui entouraient les confédérés et les isolaient des nations puissantes.
Si l'on a vu tant de régions industrieuses comme la Chine, l’Inde, le Japon, etc., entrer en Barbarie au lieu d'entrer en Civilisation, c’est que dans l'origine leurs patriarches eurent un domestique trop nombreux et ne trouvérent aucun intérêt à établir une corporation de femmes libres. Îls s’abrutirent par l'abondance de femmes esclaves dont ils disposaient ; la liberté de leurs filles leur présenta peu d'avantages ct n'entra pour rien dans leurs spéculations politiques. Or, si les épouses libres sont en trop petit nombre pour former corporation, la masse du sexe féminin demeure esclave, et dès-lors les peuplades patriarchales entrent en Barbarie au licu d'entrer en Civilisation.
Une conséquence à tirer de ce que j'ai dit précédemment, c’est que si l’on voulait civiliser spontanément et sans contrainte une petite île Barbare, il faudrait la subdiviser en une centaine de petites souverainetés comprenant chacune une famille d’une douzaine d'individus ; cette méthode, que je ne donne pas pour infaillible, me semble la plus sùre pour faire naître un corps d'épouses exclusives, corps que les grands souverains barbares n’ont aucun intérèt à créer; de là vient que les Barbares réunis en grands corps social, comme les Chinois et Indiens, ne passent jamais à la Civilisation, lors même qu'ils adoptent les arts. Le mariage exclusif est seul germe de Civilisation et non pas les beauxarts qui introduits chez un peuple barbare y languissent et déperissent tôt ou tard.
Au reste, je répète qu'il est très-diflicile de déterminer comment a pu naître le mariage exclusif chez un peuple qui était cultivateur sans
être civilisé. Je ne donne pas mes conjectures pour étre la meilleure solution du problème, mais je crois difficile d'expliquer l'origine du mariage exclusif autrement que par une confédération de petits roitelets patriarchauz isolés des grandes nations par quelque barrière comme les déserts. Les Grecs furent les premiers civilisés; les Égyptiens n'étaient que des Barbares distingués qui exécutaient de grands travaux comme les Barbares Chinois et Japonais, mais ils n’avaient ni le mariage exclusif qui donne des droits civils et la demi-liberté à l’épouse ,
ni le génie des arts et des sciences, qui est une suite de cette coutume. Comment s'introduisit-elle chez les Grecs primitifs? c’est ce qui reste à déterminer : la théorie du mouvement social ne donne aucune notion à ce sujet, elle indique seulement que le mariage exclusif est porte d'entrée dans la Civilisation, mais elle n'indique point quelle peut ître son origine ; c’est un indice qu’elle peut être produite par diverses causes, telles que le caprice d’un patriarche isolé et souverain.
Pour que la Civilisation fasse des progrès rapides après l'établissement du mariage exclusif, il faut qu’elle se forme en petits royaumes bien séparés et rivaux, comme étaient ceux des Grecs. Un grand royaume tel que l'Égypte risquerait de retomber dans la Barbarie s’il n’était rivalisé par des royaumes civilisés d’une force égale à la sienne.
Rien ne contribue davantage à accélérer les progrès de la Civilisation que de donner aux concubines une existence légale et certains droits aivifs. Leur corporation est le seul stimulant qu’on puisse présenter au corps des épouses pour les préserver de l’apathie ct de l'esprit servile où elles tombent faute de rivalité. Aussi, chez nous, où il n’y a pas de concubines titrées et formées en corporation, on voit les épouses excessivement rampantes devant leurs maris, apathiques sur l'extension de leurs droits. Par suite de cette insouciance sur leur liberté, elles ont manqué une très belle issue de Civilisation, une mesure qui conduisait à la septième période , et cette invention ne pouvait venir que des fem- . mes, parce que toute invention politique doit venir des corporations intéressées à la faire.
Dans l'état actuel, l'empire que certaines femmes obtiennent sur leurs maris est un déshonneur pour la masse des femmes qui n’en profitent pas; il faudrait obtenir des privilèges pour le corps entier des épouses et non pas de l'influence pour quelques-unes qui verront leurs filles tomber dans l’asservissement qu’elles ont su éviter.
Le XVIII siècle, qui a tant raisonné sur les contrepoids politiques, ne s'est pas occupé de celui-là. Peut-on s'en étonner quand on voit que depuis 2500 ans la politique est entièrement masculine et occupée exclusivement des affaires des hommes , qu’il n’a jamais existé de politrque féminine, jamais aucun corps qui s’occupät d'étendre les droits du sexe féminin ? je le dis à la honte de tant de femmes célèbres qui, avec les moyens de briller et de servir leur sexe, n’ont pas entreru cette nouvelle carrière ; elle était bien facile à parcourir, car elle se hornait à un seul point : obtenir pour les femmes le libre exercice de l'amour. Cette seule innovation ouvre la voie à tous les heureux changements dont lc mécanisme social est susceptible.
Ur € LA PHALANGE.