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QUATRIÈME PHASE, OU CADUCITÉ

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La 4° phase, qui heureusement n'aura pas le femps de naître, aurait été l'âge décrépit de la Civilisation, Fâge où cette société aurait passé d’un caractère déjà bien sordide à un plus sordide encore. Que servirait d'en indiquer les dispositions, de porter vos regards sur les nouvelles tortures que vous pourriez subir, quand la voie vous est ouverte pour les éviter et passer sans délai à un immense bonheur ?

L'âge caduc ne produit rien de bon dans le corps social, non plus que chez les individus . de là on peut présumer que la bassesse et la malice des civilisés auraient encore empiré dans la 4° phase. Aujourd’hui que nous ne sommes qu'à moitié de la 3° phase, la Civilisation conserve encore un vernis de noblesse et d’audace qui furent les attributs de sa jeunesse; mais cette fougue n’aurait pas tardé à s’amortir en raison des progrès de l'esprit commercial , qui est l’antipode des nobles sentiments, et qui pousse en tout sens le corps social au machiavélisme, témoin les nations marchandes, depuis Carthage jusqu'à l'Angleterre. On ne peut pas leur reprocher de commettre des crimes, puisque le crime est en tout sens l’âme de la Civilisation ; elle se repaît de crimes comme le corbeau se nourrit de viandes corrompues.

La Civilisation serait anéantie du moment où les crimes et les perfidies sociales cesseraient de dominer. On ne peut donc pas critiquer

() Voir, sur ce blanc, la note page 41. 11 ne faut pas oublier en lisant les pages suivantes qu'elles ont été écrites en 1806. La Civilisation entre ae plus en plus dans La 4° phase qu’elles annoncent.

cette société sur ses crimes, mais seulement sur les formes dominantes du crime, et je dis que les 3° et 4° phases où règne l'esprit commercial, donnent au crime des formes plus mielleuses en apparence, mais plus odieuses et plus raffinées. Citons pour exemple les spéculations politiques sur la mort des esclaves, et mettons en parallèle les procédés des anciens et des modernes.

Les Spartiates spéculaient brutalement sur la mort des esclaves, ils les égorgeaient purement et simplement quand ils devenaient trop nombreux ; ils n’avaient fait d'autre calcul sur cette mort que d'en tirer parti pour exercer à l’arc les jeunes républicains qui s ‘amusaient en se promenant à tuer les cultivateurs.

Les Romains, plus avancés en Civilisation, déployaient déjà plus de politique dans le massacre des esclaves; ils les faisaient servir à des naumachies où ils se massacraient l’un par l’autre jusqu’au dernier pour récréer les àmes sensibles de la belle antiquité, leur inoculer le germe des vertus civilisées.

Les modernes, qui ont sur les anciens divers avantages , tels que le perfectionnement de la raison et les lumières commerciales, ont dû appliquer ces précieuses lumières à l'assassinat des esclaves : c’est pourquoi les uns font périr les nègres de mort lente et par un excès de travail, selon la méthode des colons américains, qui ont reconnu qu’un esclave acheté au marché est moins coûteux que l’enfant élevé dans l'habitation. D’autres, tels que les Anglais, empoisonnent, pendant la traversée d'Afrique en Amérique, les esclaves qu'ils mènent au marché, ces malheureux meurent au bout de quelques mois et pour l'honneur du principe philosophique, laissez faire les marchands, ils ne se trompent jamais sur les moyens d'accélérer les progrès du com- . merce, il se consomme beaucoup plus de ces esclaves qu'on livre tout empoisonnés que de ceux qu'on livre bien portants. Ces savantes spéculations des modernes sur la mort lente et l'empoisonnement des nègres démontrent sans réplique le perfectionnement de la raison et les triomphes de l’auguste vérité sous l'égide des systèmes commerciaux.

C'est par l’extension de ces benins systèmes que les esclaves auraient trouvé bientôt une mort encore plus raffinée dans la 4° phase de Civilisation ; je dis les esclaves, car le peuple, collectivement pris, est escare des riches tant que dure la Civilisation.

* On à vu dans plus d’une circonstance combien les compagnies de commerce sont remplies de vues paternelles envers les peuples : on a vu, dans l'Inde, la Compagnie hasarder une famine universelle pour le succès des accaparements de riz, et ordonner aux cultivateurs d’ensemencer Jes champs de pavots; le succès surpassa les espérances de la

compagnie, et des milliers d’Indiens moururent de faim par suite de cette savante opération. On a vu la compagnie hollandaise aller chaque. année détruire les muscadiers et canneliers des Moluques, et brûler dans Amsterdam des magasins de cette denrée pour la faire enchérir. Ce qu'ils font sur la cannelle , ils le feraient sur le grain, ils le brüleraient pour jeter l’alarme et s'enrichir par des famines, s'ils jouissaient de cette liberté absolue que les philosophes veulent leur garantir. S'ils étaient à l’abri des poursuites du peuple affamé, et à l'abri des ordres. du gouvernement qui craint de provoquer la mutinerie du peuple, on verrait bientôt dans l’année la plus abondante la famine s’établir à jour nommé par le seul effet des coalitions d'accapareurs que Smith croit en. core trop faibles. Déjà, dans leur désunion, elles parviennent quelquefois à causer la disette, malgré le danger imminent des réquisitions et des vengeances de la multitude, et malgré le risque d’être entravées. par le gouvernement, qui, en un besoin, les forcerait à ouvrir leurs. greniers.

Les monopoleurs de grains bravent déjà quelquefois ces périls : qu'arriverait-il donc si, jouissant d'une protection toute puissante, ils pouvaient en assurance former des compagnies fédératives et organiser des: agences pour s'emparer des récoltes ?

La Civilisation marche à grands pas à cette révolution ; bientôt l'on aurait vu en Europe des famines grandement organisées et des hor—reurs d’un genre nouveau. Les Néron et les Robespierre n'auraient été que des enfants en comparaison du génie mercantile déchatné contre les peuples. ((Enfin la 4° phase s'approche à grands pas; cette phase, ligue des souverains avec les commerçants ct l’ordre des choses quien résulte..…)) [Lacune, page blanche.]

Ne vous hâtez pas de vouloir pénétrer ce que je laisse en suspens sur cette 4° phase. Bornez-vous à méditer sur l’objet de ce mémoire, à observer que vos sciences politiques ne savent rien découvrir sur vos destinées, pas même sur les changements les plus voisins de la Civilisation et les plus à portée des lumières actuelles. Vos économistes n’ont entrevu ni les opérations bienfaisantes qui pouvaient conduire à la 6° période sociale ni les innovations malfaisantes qui peuvent produire la £° phase de Civilisation et les nouvelles calamités dont cette phaso serait la source.

Vous n’en étiez pas éloignés : déjà plus d'un sophisme tendait à l'ino-culer parmi vous, bientôt vous auriez vu votre chimère du moment, votre commerce, envahir sur la propriété par des mesures qui auraient frappé sur le produit sans frapper sur le fonds, et qui auraient réduit

le propriétaire en servage eommercial, en liberté fietive et esclavage réel.

Si vous doutez qu'une grande révolution se préparait, et qu'elle avait pour germe la dominance des systèmes mereantiles et financiers, fixez vos regards sur un indice qui vous mettra sur la voie. Remarquez dans toutes les régions civilisées un accroissement contiaucl de l'état militaire et, par suite, des impôts. Ces 2 | ] font chaque jour des progrès et doivent conduire finalement à ue révolution que vons pouvez pressentir, sans en déterminer les formes, et qui constituerait l'entrée dans la 4° phase. J'en vois poindre les germes dans des cautumes qui vous semblent insignifiantes, parce que vous ne savez pas prévoir les effets futurs du mouvement d'après ses modestes débuts. Le christianisme et le mahométisme , qui n'étaient que des atomes dans leur origine, ont fini par conquérir et se partager le globe. Il en serait de même de certaines coutumes pernicieuses que vous recélez, sans prévoir les vastes développements qu'elles peuvent prendre dans l'avenir. Chacun de vous sait pourtant que le plus grand fleuve natt d’une humble fontaine, et que l'avalanche qui écrase des villages naît d’un léger flocon de neige. Concevez, d'après cela, que les coutumes qui vous paraissent bien indifférentes peuvent opérer dans la suite les plus vastes changements, et que la 4° phase de Civilisation ou la 6° période du mouvement subversif nattraient des usages qui vous semblent le plus indignes d'attention. Vous aviez vu, avant 1789, former des clubs auxquels les honnêtes gens s'agrégeaient fort innoeemment. Auriez-vous prévu que les clubs, parvenus à certain degré d'influence, ont la propriété de mettre la Civilisation en contremarche et de la faire rétrograder sur la Barbarie ou 4° période sociale, que cette institution des clubs ouvre une issue descendante, une porte de retour sur la période barbare? Frémissez en vous rappelant ces gaucheries politiques dans lesquelles a trempé la génération présente, malgré ses prétendues lumières, et concluez-en que vous êtes des aveugles en fait de mouvement social, aussi ignorants sur les voies de dégradation que sur celles d'amélioration , — que votre aveuglement sur ce point aurait duré tant que vous auriez ajouté foi à la philosaphie incertaine et que ses auteurs, dans leurs entreprises pour réprimer ou diriger les passions, ressemblent, comme on le leur a dit tant de fois, à des enfants qui, ne soupçonnant aucun danger, s'amusont à tirer des feux d'artifice dans un magasin à poudre.

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