‹ Manuscrits de FourierChapitre 24 sur 134 · Ï. INSUFFISANCE DE L’AUMÔNE · texte numérisé non relu

Ï. INSUFFISANCE DE L’AUMÔNE

(153e pièce, cote supplémentaire. )

Outre les quatre fonctions positives dont j'ai parlé (p. 403), politiques et moralistes, vous en aviez de négatives dans lesquelles vous auriez servi la raison, sans donner une impulsion active au mouvement.

Vos attributions négatives se divisent en deux branches.

4° Constater l'inconvenance de la Civilisation avec la nature de Dieu et de l’homme; |

2° Constater l'insuffisance des méthodes politiques et morales pour trouver un meilleur ordre que la Civilisation :

C'est-à-dire qu'il fallait dénoncer l’égarement universel, vous dénoncer vous-mêmes comme guides et auteurs de cet égarement et dénoncer votre ouvrage comme preuve irrécusable de l’égarement, montrer dans l'ordre civilisé un persifflage méthodique de la nature contre le genre humain qu’elle met dans l'impossibilité de tenter le bien, car les tentatives mêmes sont ridicules en fait de bien, témoin la charité.

La charité ! elle est impossible par l’immensité des misères que nulle aumône ne peut faire disparaître; elle est de plus dangereuse, en causant la répugnance du travail dont le peuple est détourné quand il trouve des aumônes ahoadsates. E y « de plus inpasibiliié de dscerner les vrais pauvres d'avec les intrigants. Aussi est-on obligé de proscrire la charité, et de réduire le pauvre en servitude dans des ateliers industriels. Quant aux secours à domicile pour les indigents qui ne mendient pas, jamais ces secours ne s’étendraient à la 10° partie des personnes qui en ont besoin. C'est ainst que ls Civilisation me dans le ridicule et l'impuissance jusque dans ses entreprises les plus louables, comme celle de secourir l’indigent. En résumé :

La charité est impossible au corps seeisl en masse: les froissements politiques ruinent 40 fois plus d'individus que l’état n’en peut secourir.

La charité est dangereuse dans l'exercice individuel, parce qu'elle provoque la paresse et la mendicité.

Ea charité est ridvule même en préconte, ct pour preuve voyess à quoi conduirait l'observation striete du précepte : faites à auérui ce que vous voudriez qu'on fit pour vous-même. :

Des pauvres diront à un homme riche: « vous avez cent miffe écas; si vous n’aviez rien, pas même de pain, vous seriez bien aise qu'un homme riche vous donnât un écu, daignez donc nous faire cette libéralité, vous le pouvez et vous le devez selon le précepte moral : faites à autrui, etc. » Si l'homme riche se rend à ces raisonnements, il trouvera dans la seule ville de Paris 50 mille infortunés qui lui tiendront le même langage, et, quand il les aura satisfaits, sa fostune se trouvera réduite à moitié, à 50 mille écus au lieu de 400.

Au bout d'une semame les indigents viendront renouveler le même argument ; mais comme la fortune du riche sera réduite à moitié, ils ne demanderont qu'un demi éeu, puis le semaïne savante en quart d'écu, que ee riche devra leur domner s'il veut suivre le précepte rroral : fsiles à autrui. B'arguments e» arguments, il se trouvera Mentôt reduit à la menderté pour l'honneur d'un précepte, comme les Colemies françaises furent rédnies en cendres et inondées de sang poer l'hesneur des principes moraux sur les nègres, et comme les provinees orientales de Franee:ont été presque réduites en serrage usuraire, pour l'horreur d'un principe moral sur les juifs.

Ces complications de ridieukes théoriques et protiques se trouvent dans toutes les branebes du mécanisme civilisé, en quelque sens-qu'on l'ergaemse. La dénonciation de tumf d'abourdités était l'attribution des philosophes ef eomposait leurs fonctions nésaiires, quis n'ont pas néeux rermplies que les positives.

FRAGMENTS. 99 IT. Les 3 néG£RÉtRATIONS.

{me pièce, cote supplémentaire.)

Indice : La gradation illimitée du mouvement social par les-périodes Sauvage, Barbare et Civilisée, et le refus de gradation qu’opposent les Sauvages et les Barbares.

S'A n'existait qu'en mécanisme saisi ver toute la terre, on pourrait présemer qu'il est Tanrque destinée du senre hemaie, mais l'humanité s'étant élevée de l'ordre Sauvage au Barbare et du Barbare au Crdtisé, efle est évrdemment-en marche progresse -et l'on me -sait pas où s'anétera cette marche. On à vu naître saccessirement 5 ‘endres suce, dont 2 sont éteints, le Patriarchat, 3°, et la Phanéregamie, 47 : mais v'eôt-on vu se former que kes 8 :æorétés existantes, ce serait un indice qu'i en peut maître une 1°, une 5°, une 6°, «eic., et que l'en doit precéder à Ta déterminatisn ‘des drvers mécanismes sociaux dont l’étalihssement est possible, et oreumiser le meilleur horsqu'on les connattra tous.

Votià an argument que repenssent-obsimément es Pokitiqueset Morahstes. S’ilscconvemarent qu'en peut el qu'en-deit rechercher te nouveaux mécanismes sociaux meilleurs que Ta Civilisation , oe seul aveu frapperait de nullité ‘toutes ears fhéories : en les acouserait d'iacapacité et de charlatanerre, jusqu'à ce eu'fis eussent réselu le problèmse : dès-lors As perdraient ur considération, leurs honnows académiques ct , qui pis est, la vente de ‘teurs hvres. La perspective d'une delle disgrâve es épouvante, et ees prétendus :amms de ka vérité, peur cacher leur insuffisance, s'accordent à vanter a Civitisation comme PARTIR de ta raison et terme ultérieur des degtms sociaux.

S'A est vrai-que l'orûre civitisé soit la destinée silténieure des spciètés bamaines, comment se fart-4 que cet ordre seit répugné ‘des Sarbures qui composext cs 3/4'de la pepulation laberiewse, répugné &es Saavapes qui occupent les 3/%4lu territoire cultiva#ie, et répagmé enfin de Ja classe industriensæ-qui compose les 3/4 de la Civilisation ? Cette chasse tend continueflement aux ‘brigandages et formerait parteut des hordes sans la crainte des pibets. Woilà dans la ‘Civilisation des propriétés bien hirarres. :

Elle est répugnée des Barbares, qui sont trois fois supérieurs en | ponibre :

répuenée des Sauvages, qui seat 3 fwis sepérieurs en ter- : rhoirt ; répugmée de son peuple même, qui compose les 3/4 du

En résumé, les amis, les adhérents de la Civilisation composent à peine un vingtième du genre humain, car

Les Barbares s'élèvent à. . . . . . 42/20 de la population. Les Sauvages s'élèvent à. . . . . . 4/20 Les Civilisés enclins à la rébellion

COMPOSENL: 4 à su à eur 3/20

En tout dix-neuf vingtièmes du genre humain qui se refusent à la Civilisation. Si après cela l’on persiste à croire qu'elle soit notre destinée , comment expliquer cette répugnance invariable que Dieu inspire à l'immense majorité des humains pour cette prétendue destinée ? Comment sc fait-il en outre que la classe infiniment petite qui est consentante à la Civilisation soit continuellement dévorée d'inquiétudes, pétrie de tous les vices qu'elle condamne , et rongée de désirs même au fatte des richesses qui sont l’objet de l'ambition universelle? Comment se fait-il enfin que cette classe soit la moins robuste du globe et que ses lumières aboutissent à lui ôter la santé qui est le premier des biens et l’enscigne de toute perfection sociale ?

Observons plus en détail l'effet de ces prétendues lumières qui donnent pour résultat la dégradation physique, morale et politique des sociétés qui les possèdent. :

40 Dégradation physique des civilisés. — - Le premier affront que Dieu fasse à nos sciences incertaines, c’est de nous priver de la vigueur accordée aux Sauvages qui n'ont aucune notion d'art social, et qui dégénèrent eux-mêmes par communication avec nous; uous leur portons des vices et des maladies sans leur porter de remèdes, et l’on sait que toutes les hordes voisines de nos colonies s'abâtardissent en très peu de temps. On a trouvé les plus belles hordes là où nous n’avions jamais pénétré. Les relations nous apprennent que les Sandwickois atteignaient communément à l’âge de 400 ans, sans avoir le front sillonné d'aucune ride, et que les Otahitiens à l'époque de la découverte étaient d’une stature bien supérieure à la nôtre, quoiqu'ils vécussent dans la mollesse sous un climat brülant où ils ne s’occupaient que d’amourettes et d’insouciance. Aussi, passèrent-ils bien des années sans pouvoir comprendre ce que c'était que le mariage. Combien toutes ces belles hordes ont dégénéré depuis qu'on leur a porté notre perfectionnement philosophique et nos maladies ! Pourquoi avoir troublé ces petites peuplades qui vivaient contentes, quand elles ignoraient nos coutumes ? Quelle est donc cette frénésie de prosélytisme qui tourmente les Civilisés, puisque tout retentit chez eux des cris de mal étre? Pourquoi faire partager leur sort à quelques petites nations qu'on n'avait aucun besoin de troubler ? Quand nous les associons sans motif à nos malheurs, n’imi -

tons-nous pas le tigre qui, après avoir assouvi sa soif de sang, égorge encore tout ce qu'il rencontre pour le seul plaisir d’égorger ?

J'avouerai que la plupart des Sauvages soumis avaient besoin d’être contenus et morigénés , car ils sont généralement de la méchante canaille comme les Civilisés ; mais, malgré notre jactance sur l’amélioration de leur sort, il demeure constant que toute horde dégénère aussitôt qu’elle entre en commerce avec nous, et nos colonies les plus vantées, les plus bouffies de morale, comme la colonie du cap de Bonne-Espérance , opèrent encore la dégradation physique des hordes voisines : témoin les Hottentots qu’on estime réduits à moitié de leur vigueur primitive, tant ils sont abâtardis par l’inoculation de nos maladies et par les cruautés inouïes qu’exercent sur eux les Hollandais.

Si la perte de vigueur est le premier châtiment des peuples qui s'écartent des vues de la nature, on doit penser que le recouvrement de la vigueur sera le premier résultat de l’ordre social qui est le vœu de la nature. À l'appui de ceci, je démontrerai que dès la première génération chaque individu élevé dans les sectes groupées atteindra à une force et une longévité triples de la nôtre, et que l'espèce humaine, se régénérant successivement, atteindra, au bout de neuf générations, à un terme commun de cent quarante-quatre ans de vie, terme qui sera trop court encore pour parcourir l'immense variété de jouissances qu'offrira le nouvel ordre à tous les individus.

2 Dégradation politique. — Elle se fonde sur la ténacité de l'indigence. Plus nous augmentons les progrès du luxe, plus nous aigrissons le mal-être de la classe pauvre qui voit le luxe à ses côtés et qui, loin de pouvoir afteindre seulement à la médiocrité, n'a aucun moyen de se procurer le travail et la subsistance.

Tout progrès du corps social devient illusoire, si la classe pauvre qui forme le grand nombre n'y trouve aucun avantage, car le riche à son tour retombera dans cette classe indigente ; ses enfants mendieront peutétre aux portes du palais qu'il habite, et jamais ces chutes ne furent plus à craindre que depuis le fatal triomphe de la philosophie. Elle a ouvert en 4789 un volcan révolutionnaire dont la première explosion en présage bien d’autres, quoiqu'il soit momentanément assoupi. De toutes parts les luttes politiques des princes prennent les caractères de guerre civile et d'attentat aux propriétés et aux personnes. Déjà les voyageurs sont arrêtés et incarcérés à chaque déclaration de guerre: les [ ] sont saisies et [ ]. La Russie menace en Pologne de confisquer les biens de ceux qui hésiteront à se prononcer, à payer de leur personne. Ailleurs on voit l'Angleterre méditer hautement la saisie des capitaux qu’elle tient en dépôt du continent. Ainsi les droits de propriété et de sûreté personnelle sont de moins en moins res-

set LA PHALANGE.

pectés, et c'est le plus grand signe de décadence dans Île corps social. L'audace jacshite ayant habitué à voir fouier tous les principes, en se croit amjourd' hui très modéré en usmt ée mesures révolationnaires, dent la seule idée eût fait frémir il y à vingt ans. Et qui sait jusqu'où s'étendraient ces mesures, si la coalition angle-rasse bhétnait quelques avantages qui menaceraient les trônes des nouveaux souverais ?

Heereusement poer l'Occident, il possède un chef capalde de tenir tête à tous les orages, mais abstraction faite de cette circonstance, tout affaiblissement de k France causerait des querelles si envenrmées, qu'on verrait renaître partout le principe oppressear : « Tout <e qui n'est pas pour nous est contre noms. » Dés-lers chaque propriétaire obligé à se prononcer verrait son patrimoine joué aux dés dans les batailles.

Nous frisess de si près un tel danger, qu'il fandrait être euamuque pour ne pas apprécier l'horreur de cette postien et l'évidente décénératien dont elle frappe le corps civilisé. [ est en déclin sensible, puisqu'il est plus que jamais en prote à l’indigence et menacé de révolution. L'empirisme philosophique a fait à la Civilisation des plaies qu'elle se peut plus fermer. En effet, elle n'aurait de sakit (si l'ordre combiné essuyait des délais) que dans l'unité fédérale qai n'est pas un caractère de Civilisation, mais de sixième période, et là naissance de cette unité serait une dérogation à l’ordre civilisé, un engrenage en sixième période. Or, comme la Civilisation se trouve forcée à cette mesure, on peat dire qu'elle est blessée sans remède et réduite À appeler son ennemi naturel, la sixième période, pour s'arracher au venin révolutionnaire que ses philosophes hxi ont inocuké.

3 Dégénération morale. — Celle-ci est trop notoire pour qu'il soit besoin de s'étendre en démonstrations. 1l convient pourtant de préciser le sens que j'attache aux mots de dégénéraiien morale.

La Civilisation, comme toute autre période sociale, a ses quatre phases : enfance, accroissement, déclin et cäducité. Chacune de ces quatre phases à un germe et un ordre &ominant. La première phase a pour germe {{fa demi-liberté des femmes ou }) ke mariage quai est porte d'entrée en Civilisation. Cette phase à pour orére éeminant l’esclavage des industrieux, ainsi qu'on la vu chez les Grecs et Romains. Sa deuxième phase à pour germe la féodalité agricole et pour ordre dominant la liberté des industricux , telle qu'en l'avait établie depuis Jong-temps en Angleterre. La troisième phase a pour germe les monopoles coloniaux et pour ordre dominant la koence commerciale, telle qu'on la voit régner aujourd’hui dans toute l’Eurepe, où le œrps commercia jouit de deux privilèges fort étranges.

L'un est de diriger à sa volonté le mouvement des capitaux, de ies fatre entrechoquer par ne manœuvre qu'on nomme agiotage, — manwen-

FRAGMENTS. 108 vre qui s'exerce également sar les denrées et qui spolis la class peodoctive pour erichir ls commerçant qui est improductif et agent inter. médiaire dans l'ordre industriel.

L'autre privilège est de pouvoir impunément voler au publie des somwes xmmmenses et indéterminées par une manœuvre qu'on nomms banqueroute, faillite, eto., manœuvre contre laquelle il existe quelques lois si illusoires que toute hanqueroute préparée avec les précautions d'usage obtient un succès infailhble.

On me fera observer que ces deux coutumes d'agiotage et de banqueroute existaient déjà chez les Grecs et Romains, qui n'étaient qu'en première phase de Civilisation; cela est vrai, mais la licence commerciale n'était pas chez eux boussok de la politique générale. Elle Y'est devenue aujourd'hui; c’est ce que démentrera l'analyse de ia Civilisation actuelle.

L'agiotage et ls banqueroute ne peuvent plus aveir lieu dès la 6° période : une seule opération les extirpe et les prévient sans retour, et cette opération, loin d'apporter aucune entrave à la liberté des relations, leur assure beaucoap plus d’étendue et d'activité qu'elles n’en ont aujourd'hæi.

Si le règne de la Hoence commerciale constitue la dégénération morale des civilrsés, ce n’est pas qu'elle augmente leurs vices favoris, comme Îa vénalité des juges, l'infidélité des traitants, etc. De tout temps, les civilisés ont, à peu de chose près, été aussi méchants qu'ils sont aujourd'hui, et il ne faut pas croire à ces faiseurs de phrases qui nous vantent les Grecs et les Romains, gens aussi méprisables que nous. La licence commerciale cause la dégénération morale par trois raisons :

4° Elle précipite chaque état souverain dans les dettes publiques, puis dans tous les genres de désordre qui naissent de l'accumalation: des dettes pabliques, notamment les révolutions:

2 Elle avilit tout le système social on mettant les diverses puissances continentales à la merci de toute tle qui s'élève dans le monopole;

4% Elle prépare la naissance de la quatrième phase dans laquelle l'ordre civilisé prend la plus vile de toutes les formes et retombe dans un servage industriel et féodal, peu différent de l'esclavage personnel.

, De toutes les chimères que les philosophes ont accréditées, il n'en est point de plus ridicule que la dernière ; c'est l'esprit commercial qui est à présent régulateur de la politique civilisée. La puissance militaire qui était régnante dans les 47° et 2° phases n’est aujourd'hui qu’en sousordre, depuis qu'une Île placée à J'abri des attaques peut envahir commercialement toutes les richesses et en répandre une portion sur le continent pour neutraliser ses forces par des guerres soudoyées.

Cet état de choses constitue la décadence de l'ordre civilisé, il passe alors de l'esprit [militaire] à l'esprit mercantile qui domine dans les 3° et 4° phases ou âge de dégradation. Il s'élève à des conquêtes dans ces deux phases [comme] dans les deux premières ; mais la force militaire n’est plus régulatrice dès qu’elle devient jouet de la force commerciale qui n’influençait [en rien] dans les 4'e et 2 phases.

L'esprit mercantile ne pouvait triompher et envahir le système politique que par une de ces grandes tles situées favorablement pour le monopole industriel. Jusque-là les nations commerçantes ne pouvaient obtenir que peu d'influence. Tyr, Carthage et Athènes avaient brillé par le commerce ; mais leurs pays étant attaquables par terre, elles ne pouvaient pas aspirer à un despotisme industriel. Toutes les nations auraient trouvé plus d'avantage à conquérir les tyrans commerciaux qu'à en tirer des subsides. Cette crainte fut cause que la Hollande, dans ses succès commerciaux, montra beaucoup d’humilité à l'égard des puissances continentales. En résumé, une nation marchande qui est contiguë aux nations pauvres ne peut pas se flatter de paralyser habituellement par quelques subsides toutes les combinaisons de la politique et tous les efforts des [ ]; mais cette manœuvre est possible à une nation insulaire. Il importe peu que parmi les souverains connus il se trouve un grand homme qui s’indigne de cette servitude; ses talents militaires seront impuissants contre une tle, et les insulaires parviendront, à force d'argent, à exciter contre lui d’autres peuples continentaux que la faiblesse d'esprit ou la pénurie d'argent met à la[ ] du premier qui les soudoie (*).

Les cabinets mercantiles ont la même propriété que les cabinets théocratiques, d’être uniformes et persévérants dans leur projetd’avilissement universel, les uns en comprimant l'opinion, les autres en comprimant l'industrie. [Lacune que nous proposons de remplirpar ces mots: Ils tiennent les nations continentales] et maritimes dans la même abjection où elles étaient sous le règne des foudres ecclésiastiques. Alors une excommunication balançait l'influence d'une victoire; aujourd'hui un subside anglais paralyse la plus brillante victoire, tant il est vrai que Dieu a mille moyens de confondre la Civilisation et d'ouvrir sous ses pas un nouvel abîme, quand elle a employé des siècles à sortir d'un ancien abtme. À peine échappée au joug ridicule de la superstition, la voilà retombée sous le joug non moins odieux du monopole mercantile, et quand elle parviendrait à le dompter de vive force, d’autres fléaux sont

(*) Ce passage, et d’autres qui le précèdent, indiquent que ce manuscrit a dû être écrit avant 1807, au moment de la grande lutte de la France contre l’Angieterre. (Vote des Éditeurs.)

préparés et se succéderaient d'âge en âge, baigneraient les nations dans le carnarge et l’indigence et persiffleraient les fausses lumières de la philosophie, ennemie de Dieu et de l'attraction.

- Les désordres qu'enfante l'esprit commercial ne sont qu’à leur début. On en connaîtra l'étendue et la marche lorsque j'aurai fait connaître le mécanisme de la 4° phase de Civilisation à laquelle nous tendons, et qui ferait éclore de nouvelles calamités. Dans les 47° et 2° phases, que nous avons passées, les malheurs n'étaient pas réguliers : souvent ils dépendaient de quelques intrigues qui pouvaient cesser sous un grand prince ou un grand ministre; mais dans l’état actuel, il n’y a qu'une perspective de calamités régulières pour tous les peuples; ils sont condamnés à s'égorger alternativement pour le bien d'une troupe de marchands qui entretiendra les déchirements successifs sur le continent jusqu'à ce qu'elle lait réduit à l’état agricole et qu'elle ait envahi toute industrie commerciale et manufacturière. Ainsi les papes auraient excité les dissensions perpétuelles entre les cours jusqu'à ce qu'ils eussent envabi toute l'opinion et réduit chaque nation à ne voir que par les veux de la cour de Rome. Bref, la marche est la même pour l'esprit mercantile que pour l'esprit théocratique.

Ces calamités politiques, ainsi que toutes celles dont Dieu frappe les peuples, ne sont que des amorces qu’il présente au génie. Les civilisés ayant l'orgueil de se croire savants dans l’art social, il faut bien que Dieu les confonde par une succession de disgrâces qui excitent à suspecter la Civilisation, à la regarder comme une boîte de Pandore qui répand incessamment des fléaux sur le genre humain, enfin la servitude mercantile, à laquelle le continent se trouve réduit aujourd'hui, n’est qu'un des nombreux affronts que Dieu nous a préparés pour amener à chercher une issue totale ou partielle de la Civilisation.

L'issne peut être totale ou partielle. En effet, quels que soient les malheurs qui pèsent sur le genre humain dans les périodes 4° Barbarie, 5° Civilisation, 6° Garanties, 7° Groupes simples, il peut toujours y remédier en prenant un caractère de la période supérieure. Par exemple, les Algériens éprouvent de fréquentes révolutions par la banalité du trône quiest un caractère de Barbarie: —les Turcs préviennent ces commotions en adoptant l’hérédité du trône qui est un caractère de Civilisation, d'où l’on voit qu'une calamité de 4° période a été corrigée par un caractère de 5° période.

Après ces indices d'égarement social, l'étonnement doit redoubler sur l’étourderie générale qui a persuadé que la Civilisation était le terme de nos destins et qui nous a détournés de rechercher d'autres mécanismes SOCIaux.

6 LA PRALAMGE.

Les nations vusent éié excusables d'espérer pendant un demi-siècle ‘où même un siècle quelque amélieration des systèmes philosophiques;

mais après les premiers essais, l'on dut s'apercoreir que ces sciences ne donaaient rien de ce qu'elles promettaient ; dès-lors , il devint ridicule d'y ajouter fei, et même de les tolérer. Elles méritaient d'être légalement honnies comme ces charlatans qui naisent à la santé du . peuple assez crédule pour essayer leur orviétan.

Certes, la plus grande charlatanerie qu'ait pu produire l'esprit philosophique, c'est le prétention de réprimer les passions générales, comme l'amour des richesses. Si Dieu ne voulait pas que ces impulsions fussent satisfaites, il ne nous les aurait pas données à tous; l'idée de les réprimer est d'autant plus ridicule que tout succès sur ce point. paralyserait l'essor de l’industrie. 11 faut donc rechercher un ordre de choses qui donne aux passions le plus grand développement possible, et, par suite, le plus grand essor à l’industrie, qui est coustammment en rapport avec le développement des passions générales. — Tel sera l'effet de l'ordre combiné.

IUT. mypoTnèSE D'UNR CRITIQUE JURPICIEUSE SUR LE PROSPECTUS DES DESTINÉRS, OÙ Thcorte des quaire mouvements.

{(198e pièce, cote supplémentaire.)

Quel jagement auraient porté en cette occasion des hommes prudents ? Ts auraient dit aux détracteurs : «Vous bafouez avaat sa publication un calcul dont vous avez accueilli avec transport k 6° branche dévoilée par Newton ; vous êtes ridicules et contradictoires avec vous-mêmes en ravalant d'avance un contiauateur qui annonce unc théorie coiacidente avec celle de Newton. A la vérité, les aperçus de ce continuateur sont très-choquants ; mais il l'avoue lui-même, il ne se fait pas illusion sur ce point, il les transmet tels que le calcul les lui donne. Il restera donc à examiner si l'illusion est du côté de l'inventeur ou du côté de nos préjugés qui, sur toute idée neuve, nous dirigent souvent fort à l'opposé du droit sens, comme on l'a vu à l’époque de Colomb. Jusqu'à ce que la publication et l'expérience aient permis d'asseoir un jugement sur cette Lhéorie, votre critique est suspecte par la précipitation ; vos plai- Santeries de collège, envois de médecias et irivialtés rebatlues n'infirment pas une théorie que l’auteur ne publie pas encore, et sur laquelle il se borne à des annonces. Toutes surprenantes qu'elles sont, elles tiennent évidemment à une branche de science omise jusqu'à présent ; or, puisqu'il est constant que le calcul de l'attraction passiomnelle est vierge encore, qu'il est tout entier resté dans l'oubli depuis 3,000 ans d'études, il convient de voir quel parti en aura tiré le preméer komme

” FRAGMENTS. 407 qui s'em soit occupé Sa théorie pourra être juste, sinon en tout, a mains en partie ; elle peut être susceptible de développements que l'auteur n'aura pas su lui donner, ses erreurs mêmes pourront servir à mettre sw la voie de plus habiles que lui. Qu'importe qu'il pèche dans un prospectus par le style ou là méthode, si le calcul est neuf et spécieux. El faut. l'accueillir, fût-il écrit ea patois, les bons simples qui lavemtèrent la boussole, la lunette, la soupente, l'étrier, ne s’exprimaient pas en siyle académique : leurs inveations n’en furent pas moins précieuses. | » 1 est également maladroit d'attaquer cet inventeur sur le défaut de style et de méthode, s'il est reconnu que les casse-cou avec leur routise, leur audace, leur instinct, atteiguent souvent le but que manquent les maîtres de l’art. D'ailleurs, en fait de découvertes, ce n'est pas de style ni de méthode que l’on a besoin, mais de géuie iaventif et de coups de fortune. Or, selon toute apparence, le bizarre auteur du calcul de l'attraction passionnelle à mis la main sur quelque important secret; s'il manque de talent pour produire sa théorie, ce sera une bonne aubaine pour nos écrivains qui se battent Les flancs pour trouver quelque sujet neuf, ils pourront s'approprier de celui-ci tout ce que l’auteur n'aura pas su traiter, et ajouter leur prose à son génie. L'on ne risque donc riea de provoquer la publication et hasarder un examen, après quoi, si l’on reconnait cette théorie pour une illusion, il n'y aura aucun dommage, ce sera un sophisme de plus à reléguer avec 480,000 autres dont Les philosophes tapissent nos bibliothèques depuis 3,000 aus: mais si l'on découvre dans Le calcul des procédés spécieux, des méthodes et des moyeus neufs sur l'association, il faudra d'autant mieux hasarder l'épreuve qu'elle n’expose à aucun danger, puisqu'elle se borne à une bourgade d’un millier d'habitants, — bien différente en cela des théories de nos philosophes dont l'épreuve houleverse des empires, et parfois le monde entier, pour arriver à quoi? à lu fraternüé clubique. Des savants qui ont employé 3,000 ans d’études à préparer une telle équipée deivent-ils être si dédaigneux sur les inventions d'autrui et les bafouer avant qu'elles ne soient publiées ? L'auteur de l'attraction passionnelle fèt-il cent fois plus bizarre que ne prétendent Les beaux esprits de Paris, il ne produira jamais de résultat plus ridicule que cette douce fraternité dubique de 4793, fruit honteux des théories philosophiques amoncelées depuis 3,009 ans. Les philosophes ent donc mauvaise grâce à s'insurger d'avance contre une nouveauté opposée à leurs systèmes. Geite opposition est le meilleur indice en faveur du calcai de l'attraction pessionnelle. Leur dédain anticipé est suspect sous plus d’un rapport; ik fent preuve d’'inconséquence et de malignité en s’élevant contre une théorie qui fait suite au système neutonien qu'ils admettant pour règle.

Elle est, de leur propre aveu, étayée de raisonnements hien faits, bien suivis ; or, tout raisonnement de cette espèce mérite examen et non raillerie. Bref, dans le cas de fausseté du calcul, on n'aura rien risqué à l'examen d'une chimère mathématique, séduisante par tant de titres ; mais, en cas de justesse de calcul, on risquerait, par leurs dédains, la perte d'une magnifique découverte qui peut changer le sort du genre humain; il n’y a donc pas à hésiter sur cet examen et il faut attendre que Ja théorie soit publiée et examinée avant d'en porter aucun jugement. »

C'est ainsi qu’auraient opiné des critiques raisonnables, et si j'eusse va cette sagesse d'opinion, j'aurais, dès l’an 4809, publié la théorie de l'Attraction. Quoique moins avancée qu'à présent, elle était déjà assez étendue pour diriger l'épreuve qui aurait pu être achevée dès l'an 4810. Dès cette époque, toutes querelles civilisées auraient été suspendues, les princes français dépossédés seraient rentrés dans leurs domaines du gré de l’usurpateur mème qui avait alors trois chances pour l'hyper-omniarchat du globe et qui aurait par suite abandonné tout autre siège pour celui de l'Unité placé à Constantinople; on aurait traité à l'amiable pour les autres couronnes envahies. Dès l’an 4812, l'organisation de J'Harmonie aurait commencé chez les Barbares et Sauvages; aujourd'hui tout le globe serait complètement organisé et jouirait en plein dans les pays d’entière culture, comme l'Europe occidentale, de tous les avantages de l'Harmonie.

Quel bénéfice aura fait la France à ses railleries anticipées? Comme je n'étais pas pressé de publier, ayant encore bien des problèmes à résoudre, je n'ai rien communiqué ; j'ai abandonné la France à son malheureux sort, aux [ ] que l'affaire d'Espagne faisait assez prévoir. La France, depuis ce temps, est devenue le jouet des nations et l'opprobre du monde civilisé ; elle expie, dans les humiliations, sa manie de mépriser tout ce qui ne vient pas des étrangers et ne flatte pas ses cabales philosophiques de Paris.

Quelque superstitieux pourrait voir dans ces désastres de la France un châtiment céleste et dire : « Il était juste que la nation qui à insulté à la découverte du code divin fût frappée de fléaux. » Jugeons plus raisonnablement et ne supposons pas l'intervention de Ja Divinité dans les débats particuliers où son entremise la mettrait en contradiction avec elle-même. Dieu ne châtie ni peuples ni individus isolément. En nous accordant le libre arbitre, 11 a permis l'indépendance des hommes et l'existence de leurs lois ; il a dû en prévoir et en permettre les absurdes conséquences. Ainsi Dieu ne s’offense nullement de ce qu’un globe ou une nation insulfe à la découverte du code divin et opte pour les lois des hommes. L'outrage porte avec lui son châtiment ; les hommes sont toujours assez punis par le prolongement de la limbe sociale, des guer-

res et de la pauvreté et par la privation des richesses et des voluptés attachées à l'introduction du code divin ou harmonie sociale. Les Français viennent d’en faire une funeste expérience en optant pour la Civilisation ; elle ne leur a pas tourné à compte depuis 4808, et le châtiment a pesé principalement sur la ville coupable.

Cette disgräce doit apprendre aux beaux esprits de Paris qu'on n’est jamais le bon plaisant qnand on se moque d’une découverte d'utilité générale avant d'en avoir communication. L'inventeur à un moyen sùr de mystifier les railleurs, c’est de ne rien publier. Ainsi fis-je : on n’entendit pas de moi un mot de réplique à leurs invectives qu’il eût été si facile de confondre; il m'aurait suffi de mettre en regard leurs contradictions et de montrer des journaux imprimant dans la même page: « Que mes raisonnements sont si bien faits, si bien suivis; » et à quelques lignes de là : « Qu'il faut m'envoyer des médecins el pharmacopoles pour me rendre la raison. » Voilà de la logique parisienne, et ceux qui assemblent dans un même article de telles contradictions osent reprocher à autrui de manquer de méthode.

En supposant qu’on n'eût pas goûté l’ensemble de l'opération, qu'on eût hésité sur la fondation si facile de la 8° période, on aurait assurément goûté de nombreux détails des 6° et 7°, entre autres l'opération de la concurrence véridique et réductive qui donnerait (il faut le redire) 600 millions de revenu net au fisc dans la seule France, et proportionnellement dans les autres empires, sans établir aucun nouvel impôt, sans fouler aucun individu, et qui produirait à lagriculture de tels bénéfices qu'ils équivaudraient pour elle à un deégrèvement absolu d'impôts, résultats qui seront pleinement démontrés dans le corps de l'ouvrage.

Ajoutons que l'opération de la concurrence véridique pouvaut être achevée en 4 ans (car toute mesure partielle d'Harmonie est pius longue à organiser que | ensemble), elle serait complètement établie aujourd'hui si on leùt commencée en 4809, et le fisc en France aurait 600 millions de revenus en sus du produit net que donne le système civilisé. Un tel résultat vaudrait bien une plaisanterie de gazette.

Je saisis cette occasion pour faire observer que toutes les dispositions de l'Harmonie et des périodes Sociantisme, 7, Garantisme, 6, ont toujours la propriété de concilier l'intérèt des souverains avec celui des peuples et d'enrichir les uns et les autres en même proportion, résultat contradictoire avec le système civilisé qui ne sait jamais enrichir le souverain qu'en appauvrissant le peuple. De là vient que l'essai de la moindre des opérations d'harmonie couvrira la Civilisation et ses systèmes d'un tel ridicule que [ |. —Ainsi, c’est par J’appât de ces richesses tant dénigrées par les philosophes que le code divin triomphera su-

ue LA PHLEMIGE bitement de-ka philssephie, lers même quan n'intredmirait qu'une percee: du esde, comme ln concurrence rédiarti ve.

Si l'épacuse en eh. ébé faite en 1899, dès qu'en anraïi vu nattre den bienfaits si | « | d'une dispostion partielle de l'Hormonie, on aurait, à l'unanimité, apiné à faire l'épreuve de l’enseæble, de sorte que l'Harraonie suraït maiséenant en pleine organisation. Quel parallèle à faire avec les tortures dent La Civilisation accable l'humanité depuis +808! Le.seul fléau de ha guerre lui a eoùté quatre millions. de têtes, et les Français, en figarant peur 4,500,0@0 morts dans le contingent, n'auremt pes bcülé à plasantes sur la découvert qui pouvait prévomsr tant de désastres. Voilà ce que leur a valu mon silence; je les attendais à ce dénemement pour leur prouver qu'en fait de plaisanieries, les nafions eomme les radividus peuvent rencontrer à platssui plaisant aË demi.

[ Note marginale : | Jouffroy sur bateau à vapeur pas trouvé comp [atriate}, sans doute raillé, puis chactm revendique pour A, quend essai fait par d'autres. Cur en France nulle protection ? Pos#rà néesssilé de craisade spirituelle avec rmatérislle. L'Europe menacée par principes éveraifs a fait eflorts matériels pour camgeimer France sur ce paint. Ié doit eflorts spirituels et croisade de [ ] pour joindre les développements à répressians et savoir tirer de France les bons germes scientifiques que la nature peut y avair [ ], malgré l'influence et le monopole parisien qui, en composé, ne peut tendre qu'à propager les idées malfaisantes et étouffer les idées utiles. Ftà croisade en composé; déjà en négatif pour la compression, ora en positif pour ta tutelle que monopole refüuserait.

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