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NÉCESSITÉ DE LA RÉSISTANCE AUX INTRIGURS DES BOURSES ET COURTIERS

Qu'est-ce qu’une Bourse de commerce ? Quels sont les éléments, les procédés, les intrigues, le but réel et fictif des assemblées cabalistiques nommées Bourses? En quels lieux, en quels cas et jusqu’à quel point la Bourse peut-elle être utile ou nuisible ? Il faut que l'ignorance soit bien grande sur ces divers problèmes, puisque les courtiers de France ont eu l’effronterie de s’arroger le titre de bourse de commerce, ce qui est aussi absurde que si les huissiers se donnaient le titre de cour de justice.

Il n’est pas surprenant qu'on n'ait jamais fait l'analyse d'une bourse de commerce, puisqu'on n’a jamais fait celle du commerce entier. Quand on oublie le tout, on peut bien oublier la partie. Je réparerai l’inadvertance et je distinguerai les bourses en genres et en espèces plus ou moins malfaisantes, surtout dans les temps où le commerce n’est plus qu'un agiotage universel.

La Bourse est, comme le club'et le bal, une assemblée colorée d'inten tions très-louables. Rien de plus innocent, en apparence, qu'un club d'amis de la liberté ou une bourse d'amis du commerce; mais bien fou qui se fie aux apparences en affaires de politique et d'intérêt. Telle a été la bévue des administrations modernes qui ont cru voir dans ceux qui fréquentent la Bourse autant de petits saints.

On n’a vu qu’un ministre, en Europe, qui ait jugé sainement ces assemblées malfaisantes : c’est le comte Wallis, à Vienne. Sans s'arrêter aux prestiges académiques et scientifiques sur la liberté du commerce, il les a déclarées une carrière ouverte au tripot mercantile ; il a essayé diverses mesures coërcitives pour museler l’agiotage dont la Bourse est le foyer ; il a tenté les réductions de séances. Il n’a pas dû réussir, parce que toute intrigue mercantile a la propriété de répercussion quand on l'attaque de front. 11 a du moins l'honneur d’avoir entrepris le bien, d’avoir reconnu qu'en dépit des orateurs à gages, la Bourse n’est qu'une arène d'agiotage où des agitateurs coalisés conspirent légalement contre l'autorité et contre l’industrie productive, en organisant la fluctuation perpétuelle du prix des denrées et des effets publics.

En réforme administrative, il ne suffit pas de la bonne intention : il faut encore la connaissance des antidotes. Si quelques ministres eussent manifesté les mêmes vues que M. de Wallis et sollicité des méthodes de répression, n'eussent-ils proposé pour prix qu’une médaille de cuivre, je leur en aurais depuis longtemps indiqué le secret ; mais

ily a toujours force médailles d’or pour les sophismes ou le bel-esprit ; il n’y en aura jamais une de cuivre pour les inventions utiles.

À l'appui de l'opinion du ministre de Vienne, je citerai celle du comte de Fontanes : « qu’en administration le simple bon sens est pour » l'ordinaire un guide plus sûr que les subtilités de la science.» Jugeonsen par trois manœuvres dont le souvenir est récent chez les Français et autres nations.

41° La famine factice de 1844.

3° L'enchérissement des denrées coloniales en 4808.

3° La disparition subite du numéraire en 4808.

4° La famine en 1811 était factice : car, au moment où la récolte approchait, on vit sortir de toutes parts des magasins de farines. On en faisait retourner de Lyon à Paris d'où elles étaient venues, et huit mois après la récolte on mangeait encore les farines anciennes dont une grande partie avait été échauffée et moisie par l’impéritie des agioteurs daus cette manutention. La famine cessa en juin, du moment où l’on contrevint aux règles de la science, au principe de licence mercantile. L'autorité essaya enfin de résister aux agioteurs, en exigeant des déclarations de grains et farines et il n’en fallut pas plus pour déconcerter tous les tripotiers de bourse et rendre les grains à la circulation. Si on eût laissé les agioteurs intriguer en liberté selon les principes des économistes, ils auraient non seulement prolongé la famine, mais accaparé toute la récolte nouvelle que déjà ils s’occupaient à acheter sur champ. Toute leur synagogue fut déjouée dès l'instant où l’usurpateur qui régnait alors manda le créateur de la famine pour le semoncer, et où le ministère osa regimber contre les intrigues des Bourses et Courtiers, suivre l'impulsion du bon sens qui conseille de prendre en cas de famine des subsistances où il y en a ; on peut juger par là de l’absurdité de la science qui opine pour laisser pleine liberté aux accapareurs. L'économiste Smith prouve par quatre arguments qu'il faut les protéger. Si on l’eùt cru en 4844, on aurait eu en France deux famines au lieu d’une, qu'on pouvait prévenir dès le mois de. janvier en prenant les mesures de répression dont on ne s'avisa qu’en juin.

®& L'enchérissement des denrées coloniales en 1808. — Le ministère opéra dans cette circonstance comme dans la précédente, il toléra long-temps l'anarchie et revint trop tard aux mesures de répression qui réussirent d'emblée. Fatigué des intrigues de Bourse et des fausses nouvelles qu’inventaient chaque jour les courriers extraordinaires du comité central d’agiotage, il osa enfin riposter aux fredaines des agioteurs par une contre-manœuvre. Il fit répandre le bruit de la mort du roi d'Angleterre, d’un changement de ministère et d'une probabilité de paix ; la ruse eut un plein succès, en moins d’une semaine toute la

clique des agioteurs fut aux. abois, ils se perdicent les uns par les autres ; c'était à qui: ferait des Jaesives. ou.veutes à perte, les denrées baissèrent.en peu de temps de moitié et cette débâcle subite prouva combien les gouvernements sont dupes quand ils se fient aux prestiges scientifiques, au relief dent on veut entourer Le tripot de Beurse qu’il faut. combatire au moias par les armes qu'il emploie, par les. astuces de fausses nouvelles et autres, en attendant qu'on découvre un moyen de le museler régulièrement.

3° La disparition subite dunuméraire en 1805.. — Elle était l’ouvrage d'un courtier de Paris, d'un agent de change du trésor public. Cette fois Le gouvernement n'essaya aueune résistance et fut dupe jusqu'à.la fin; le discrédit ne fut. arrêté que par la victoire d'Austerkitz et la paix qui s’ensuivit ; mais jusque-là les tripotiers de bourse eurent pleine licence de décréditer la Banque de France , de faire agir leurs affidés de province, accaparer le numéraire, paralyser les fabriques, rawager sans obstacle. |

Eu comparant ces trois échauflourées, on conclure que tout gouvernemen{ sage doit résister aux agioteurs en dépit des iasinuations scientifiques des hableurs qui nous conseillent de laisser faire, laisser aUer le tripot d'agiotage, de Bourse et de Courtiers, sous prétexte que les économistes ont 'décrété la liberté d’agiotage. Ne ressemblent-ils pas à ces derviches orientaux. qui veulent qu'on n'oppose à la peste ni cordons ni lagarets, qu'on la laisse ravager en liberté, sous prétexte que Mahomet le veut ainsi; n’en déplaise à Mahomet, nous établissons contre la peste des quaraataines dans Marseille, Livourne, et nous nous en trouvons bien. Il fallait agir de même eontre l’agiotage, user des précautions que conseille le bon sens, guide plus-sùs que la science, et traquer les limiers d'agiotage, la Beurse qui en est le quartier général et les courtiersqui en sont les houte-feux ; mais, je lai déjà dit au sujet du comte de Wallis qui échoua dans cette lutte, quelque méprisable que soit un ennemi, il faut, quand il est en force, conduire prudemment l'attaque et bien connaître.le terrain avant de hasarder aucune affaire ; c'est à quoi ont manqué MM. de Wallis.et autres qui ont escarmouché contre le monstre et n’ont fait que l’aguerrir, le rendre plus redoutable, Aussi les agioteurs regardent-ils en pitié les tentatives de résistance que font les gouvernements peu courageux dans cette lutte, parce qu'ils ignorent la brillante dépouille qu'ils ont à recueillir de la victoire, 600 millions de rente pour le.seul gouvernement de France et proportionnellement pour tous les autres.

Depuis quelque temps l'esprit mercantile décline. sensiblement, on commence.à saspecter les systèmes commerciaux, les menées de l’agiotage. Ceppadant. quiqu'on. entrevoie l’égarement, les esprits sont

eacore tout imbus des prestiges mercantiles ; par exemple : il n’est pas rare de rencontrer de graves personnages qui, ea dissertant sur Ja politique, citent fort sérieusement à l’appui de leur opinion la hausse ou la baisse des effets publics. Ces mouvements ne sont que les efforts des intrigues ourdies par les courtiers, alarmistes commerciaux qui mettent à profit chaque événement pour inventer et colporter de faux bruits, les répandre par courriers extraordimaires, leur donner consistance par des ventes et achats simulés qui entraînent la foule dans le piège. C’est donc le comble de la duperie que de prendre pour boussole des menées d'agiotage, des fluctuations d'effets publics. Elles sont favorisées par l'organisation fédérale qu’on a donnée aux bourses de commerce et compagnies de courtage qu’on a affiliées selon la méthode Jacobite. Il eût fallu au contraire aviser aux mevens de les désunir, de les soumettre à une surveillance du ministère et des manufacturiers ; il fallait agir avec eux comme le ministère de Pékin agit avec les hordes tartares ; sa politique est d'empêcher leur réunion. On à fait tout le contraire avec les agioteurs; on a organisé en grande pompe tous les ressorts nécessaires à leur coalition, les bourses de commerce et courtiers de commerce avec affiliation par des syndicats, correspondances secrètes et autorisation de courriers extraordinaires. Enfin on a fait de l'agiotage une puissance indépendante au sein des empires qu'il rarage ; dans cette opération il est évident que les gouvernements ont donné à l’agiotage des verges pour les battre.

Comment aurait-on découvert le remède, quand en n’apercevait pas le mal, quand la science et la mode s’unissaient pour prôner l’agiotage, et prosterner tous les princes aux pieds du monstre, au lieu de les coaliser et de les insurger contre lui ?

J'ai dit et il restera à prouver que ce remède consiste à mettre en régie fiscale deux branches d'industrie mercantile , le Roulage et le Courtage, système bien opposé à celui qui à suggéré l’idée de bâtir dans Paris un palais somptueux aux agioteurs et courtiers.

La régie ne sort pas du cadre des habitudes civilisées. Si les gouvernements ont établi des monopoles fiscaux sur le tabac, l’eau-de-vie, les messageries, les commerces coloniaux, les pêcheries, etc., rs pourraient bien en établir sur le Roulage et le Courtage. Ce ne serait pas s'écarter du système civilisé. L'innovation dont il s’agit ne sera pas monopole , elle ne sera que régie concurrente, et ne portera atteinte à aucune propriété ; mais elle enlèvera au commerce les deux moyens de maîtriser le produit industriel.

Quand on attaque une forteresse, ne serait-il pas absurde de Jui hisser quelque porte libre pour recevoir des vivres et des secours ? on commence par la cerner et l'isoler. 11 fallait agir de même avec te com-

merce. Une fois bloqué sur ces deux points de transition, sur le Roulageet le Courtage, il serait en moins de deux ans réduit par famine.

Autant l’industrie de transport est innocente, autant celle du Courtage est désastreuse, et comme sa chute serait le gage d'un événement très-heureux pour la Civilisation, d’un engrenage en 6° période, ce ne sera pas trop d'employer une section entière, et de démontrer, par les ravages de cette industrie peu connue, l’impéritie de la politique, occupée à vanter indistinctement toutes les sangsues mercantiles.

Pour préluder sur l'utilité des bourses de commerce, interrogeons d'abord l'expérience : voyons par quelque exemple récent si la fréquentation et l’accroissement des Bourses est une enseigne de prospérité industrielle. Je citerai la ville de Lyon , elle n'avait point de Bourse en 4789; Lyon n'avait alors qu'un seul courtier de denrées, on y en voit aujourd'hui une vingtaine au moins, non compris ceux de banque et de soie. Cependant Lyon, avant sa ruine, pouvait être compté, je pense, comme ville de haute et brillante industrie , ses ateliers excitaient l’envie de toutes les nations, ses capitalistes étaient nombreux et opulents : or à cette époque Lyon n'avait point de Bourse et n'en demandait pas, Lyon n'avait que quarante courtiers pour les trois genres de banque, soies et denrées ; il y en a aujourd'hui un nombre triple dont soixante titulaires et autant de clandestins. Cependant Lyon est aujourd'hui une ville appauvrie, déclinante, elle n’a plus que l'ombre des capitaux et de l’industrie de 4789. Comment se fait-il qu'une ville ruinée ait besoin d’une Bourse de commerce et d'un palais du commerce qui lui étaient inutiles dans sa prospérité, que Lyon après sa ruine ait l'emploi d’un nombre de courtiers triple de celui qu'il employaïit dans son état florissant ? ne suffirait-il pas de ce seul indice pour faire suspecter cet attirail de Bourse et Courtiers qui, étant presque inutile à l’industrie honnête et régulière, devient nécessaire dans le temps des progrès de l'agiotage !

Les Bourses et Courtiers sout devenus nécessaires par le morcellement et la complication résultant de l’affluence de marchands. Leur nombre est aujourd'hui triple de ce qu’il était en 89. Quoique leurs débouchés soient moins étendus , ils sont en tous pays trente pour faire l'ouvrage auquel dix suffisaient autrefois. Leurs frais, leurs intrigues, leurs spéculations hasardeuses se sont accrus en proportion, et le mécanisme s'est compliqué à tel point qu'il faut une foule de Courtiers et des assemblées fréquentes pour le débrouiller ; d’où l’on voit que tout cet étalage de Bourses et de Courtiers n’est autre chose que l’enseigne du désordre, de l’enchérissement et de la confusion, et le premier problème que présente cet état de choses est d’aviser aux moyens de réduire les

DU MÉCANISME D'AGIOTAGE. a!

Bourses et Courtiers, d'amener le commerce à ahandonner la Bourse dans les lieux où il n’en existait pas autrefois, comme Lyon, de ramener l’industrie à ce mécanisme simplifié, économique et florissant, qui permettait de se passer de Bourse dans des temps bien plus prospères. Ce moyen serait de réduire les négociants et manufacturiers au nombre où ils étaient alors, au tiers du nombre actuel, réduction à laquelle on at-

teindrait par la patente croissante, qui est le premier | ] de la réforme générale du commerce.

Dans les ports, l'affluence à la Bourse est moins [ ], c'est

même un indice de prospérité, d’un grand abord d'étrangers ; mais si l'on retranchait des Bourses maritimes tout ce qui tient aux mouvements d'Agiotage; s’il ne restait que le négoce de consommation, la Bourse se réduirait à fort peu de chose. Le négoce de consommation est d’une lenteur et d’une prudence incompatibles avec l’activité et l'audace des tripotiers de Bourse. Lorsqu'un homme purement manufacturier achète des matières, ce n’est presque jamais à la Bourse qu'il contracte , il négocie chez lui avec mûr examen; il ne va traiter à la Bourse que lorsque la cloche des jeux d’agiotage le force à une décision précipitée. On verra à la Bourse cent agioteurs de grains et farines, et on n’y trouvera pas un seul des nombreux revendeurs qui distribuent aux boulangers. L’honnète industrieux, le marchand de consommation ou le fabricant ne connaît la Bourse que par les terreurs qu'elle lui cause ; il frémit aux approches des spéculateurs et des courtiers qui viennent le stimuler par le récit des savantes manœuvres de la Bourse, qui ont subitement élevé la matière brute au-dessus du prix que vaut à poids égal la matière fabriquée, et quand le tripoteur de Bourse est radieux le maaufacturier est abattu, obligé de fermer ses ateliers, par l'impossibilité de faire adhérer le consommateur à l’augmentation qu’exigera celle des matières brutes.

Ainsi les accroissements des Bourses et des Courtiers de commerce, surtout dans les villes intérieures comme Paris, Vienne, Lyon, Milan, sont à la fois effet de désordre commercial et germes de nouveaux désordres. Une politique éclairée aurait dû chercher à les assoupir plutôt qu’à les stimuler; il eût fallu diminuer l'influence des Bourses et des Courtiers, rendre peu à peu leur service inutile, paralyser les effets de leur affiliation aussi désastreuse en industrie que celle des clubs en politique ; mais, en fait de mécanisme commercial, le bon sens n'est guère l'apanage du XIX° siècle ; il raille sur les illusions passées pour en accréditer de plus ridicules. Le X VIL® termina par les visions des Jansénistes et des Molinistes ; le XVIIL® acheva tristement sa carrière dans les chimères d'égalité et de fraternité. Le XIX° débute ridiculement par les rêveries mercantiles ; il n'encense que l’Agiotage fardé du nom

de spéculation; il multiple les ‘arènes d'agiotage , les’ Bourses et Courtiers et tout l’attirail qui sert à tramer des famines, des pénuries manufacturières et autres machinations désastreuses. Chaque bourgade prétend à la ridicule | ] d’avoir un de ces boursillons d’agiotage. Quand on voit Rhodez et Dijon demander et obtenir une bourse de commerce, n'est-ce pas la fable de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf?

Les affiliations des Bourses et Courtiers ont, comme toutes les ligues fédérales, un penchant à l’empiètement ; elles rentrent dans la catégorie des jésuites, des clubs jacobites , des janissaires et autres corporations qui, dans leur début, ignoraient à quels excès l’affiliation les entraînerait : ainsi des Bourses et Courtiers qui tendent sans le savoir à l'envahissement du commerce et à l’asservissement de l'autorité par des syndicats subordonnés au comité central d’une capitale. Leurs empiètements ont été arrêtés jusqu’à présent par l'opposition très-efficace du courtage clandestin, que ni elles ni le gouvernement n’ont aperçu, et que je stgnalerai. Leur fondateur, Bonaparte, avait donc raison de dire que personne ne connaissait rien au commerce; lui-même était fort aveugle sur ce point, témoin son hésitation à réprimer les accapareurs de grains, sa faiblesse quand il fut question du monopole du roulage. Il avait montré beaucoup de hardiesse pour établir le monopole vexatoire des tabacs, qui envahissait à la fois l’industrie et les propriétés en denrées . comment trembla-t-il sur celui du roulage, qui n'eùt causé qu'envahissement d'industrie et pas de propriétés ? |

Observons dans cette inconséquence les dangers d'une erreur en pelitique commerciale. Bonaparte, qui fut précipité par un choc d’agiotage, allait lui-même terrasser l'agiotage et le monopole anglais s’il eût osé s'emparer du monopole du roulage, sur lequel il hésita et rétrograda après quelques tentatives. Satisfait de l'établissement des tabacs, qui était plus brillant en produits effectifs, 1! mollit sur le coup de partie, sur le roulage. C'était là le peint où 1l devait frapper: car il ne cherchaît qu'à asservir le commerce tout en feignant de le cajoler. Il se serait aperçu, en moins de six mois, que le monopole du roulage lui dévoilait par tableaux tout le mouvement intérieur et extérieur des denrées; qu'il pourrait, à volonté, le ralentir et l'accélérer, et, par ce seul moyen, déjouer l'agiotage en divers cas, notamment sur kes machinafions de famine, qu'il redoutait fort. Enhardi par ce succès, il aurait donné. de l'extension audit monopole, il y aurait ajouté celui de l’affrétement des vaisseaux pour envahir tout le transport matériel. Dès que j'aurais vu le gouvernement franchir le premier pas, j'aurais indiqué te surplus de l'opération, le moyen de s'approprier le transport politique, appelé cour.

tage, et puis le but de l'opération, l’entrepôt concurrent, qui, absorbant à la fois tous les monopoles et tous les morcellements, y substitue l'unité d'action, l'ordre véridique, la liberté commerciale dont il fait verser le produit entre les mains des gouvernements. Ce produit aurait été, à cette époque , de 700 millions pour la France , limitée à Lubeck et Raguse. Un avantage plus précieux aurait été la chute du monopole maritime des Anglais, qu’on ne peut contrecarrer que par un.changement absolu du système commercial qui l'a engendré.

Les financiers de Bonaparte, qui se croyaient des Argus, n’entrevirent pas cette nouvelle carrière. Il n’est pas de corporation plus novice en conquête fiscale que celle des financiers modernes. Ils ne s'occupent que des empiétements particuliers, jamais d'innovations ingénieuses. Ils se laissent enivrer par les flagorneries du commerce qui les redoute. Quand on les voit fléchir devant les Bourses, les Courtiers et la tourbe mercantile qu’ils devraient régir, ils s’admirent eux-mêmes dans leur stérilité. On disait à l'abbé Terray au sujet d’un impôt vexatoire. Mais, monseigneur, c’est prendre dans nos poches. Il répondit : Eh! où voulez-vous donc que je prenne ? On trouva l’idée plaisante, et aujourd hui l'abbé Terray ne serait pas le bon plaisant, car l’opération de l'entrepôt concurrent remplit les poches du peuple au lieu de les vider. Elle remplit même celles du prince. Elle frustre, à la vérité, l sequelle des agioteurs et morcelleurs, mais des corsaires ne font pas partie du corps social. Ce sont des Bédouins, des forbans industriels, ne législation rougira bientôt d’avoir tolérés sans songer à les com-

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