‹ Manuscrits de FourierChapitre 40 sur 134 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

. 1RALMRSSE DU ARATILE DBS CLASSES.ARDELÉRS .À ORÉARR. LA RÉFORME.

Comment les négociants, les ministres, les finansiers et.les publi. cistes.ont-ils pu .si Jongtemps supperter un monopele.dont.tous.sent vichimes.? Bécapitulons sur l'apathie des.uns.et sur l’impénitie. des an-

$ 1°. — Les négociants.

"’Betontes les classes, la plus aisée à désunir est celle des négociants au sein de laquelle règnent tous les germes de mésinteligence. Leurs intérêts se heurtent sans cesse, rien n'est moins stable qu’un pacte entre négociants : on ne peut jamais espérer qu’il trenne jusqu'au lendemain, à moins d'engagements et dédits signés. Sans cette précaution la majorité des négociants se compose de caméléons dont chaque cour

Her change les coùfeurs morales. Aussi oùt-il extrémement diffcite de les déterminer à une démurehe colivetive auprès du goevernement dont H& ne veulent pas être remurqués. Yar observé que leurs chambres de commerce craignent d'iditier KR gouvernement aux Bénéfices du com merce, dotit l'examen: dr courtage lai donnerait coumaissance. Ea compagnie des courtiers, forte de ses moyens d'infflsence, en trouve de ples puissants encore dans la politique indivituelle des négociants. On peut Ra distmguer en quatre | ] qui sont celles des avariciewc, des louvoyeurs, des fimorés et des indépendants.

fo Les avaritiewt, — plaisamtés dans Ra société, sont ceux qui donner le ton das le commerce. On les honore du tifre de 6on, bien bon, eæcellentissime pamer, papier doré, jolie valeur, délicieux. Parmi les autres clhsses, le nom d’Harpagon excite la risée, mais, dans le commerce, au n0"m d'Harpagon, vous verrez tout genou fléchir, chacon se pâmer de tendresse’et s’extasier à l'envi sur la bonté d'Harpagen. Er quoi consiste-t-ehe? Eh ce qu'il est bien bon powr payer à l'échéance ou escompter tout ce qu'on lui a vendu. Le courtier à la Bourse, les chefs dans le magasins, chacun lui serre la main, l'aime, l'adore, lui offre tout ce qu'il possède : on ne lui vend pas pour gagner, mais par amitié pour lai. Or, il faut savoir qu'Harpagon et ses pareils donnent Je ion dans le monde commercant, et cette classe de ladres est indifférente sur les | ] d'oppression , d'injustiee , elle n’est sensie qu'aux vues d'intérèt persennel, qu'à le erainte dé‘ dévoiler’ au pouvernement les bénéfices commerciaux qu’ fgrore et qué donneraient lieu à une juste perception d'impôts. L'on sait combien les syndicats de courtage sont habiles à marier ce ressort et | ] tk nombreuse classe des avaricienx à se taire sur laffäirw du courtage, à signer des pétitions qui tendent à leurrer le gouvernement sur kes bénéfices de cette industrie et des commerçants pour lesquels ulle est exercée.

90 Les louvoyeurs, — la foule d'hommes sans caractère, servwm pecus, gens qui surabundent dans le commereé, parec'qu'on ÿ fait parade da mépris de toute idée liférate. Be: tels:hommres ont husoin: d’être mattrisés ; ils obéissent, par Mmsoueïance où par faiblesse, an syndieat qui sait leur en imposer. Les négociants, n'étant pas corporisés, n’ont ni l’énergte , ni l’amour-propre inhérent aux eerporations ; 1ls s honorent d'un égoïsme qui les porte à s’isoler de tout débat, de tout intérêt cofieetif. La classe des louvoyeurs excelle en ce genre; elle sert faciement les vues du syndicat de courtage, qui lui msinue de ne pas se méker de réfornres, de demandes, de ne point se mettre en avant contre une corporation puissante.

39 Les limorés, — ceux qi ont uit besoin secret de crédit, et le

a LA PHALANGE.

nombre en est grand, dans un temps où les frais sont énormes et les entreprises périlleuses. Ceux-là tremblent devant le syndicat de courtage, qui peut leur retirer les dépôts et les en menace, qui peut ébruiter leur embarras pécuniaire et faire écrouler leur frèle édifice.

&° Les indépendants, -- ou gens à caractère, dont on peut dire comme partout : Rari nantes in gurgile vasto. Ces hommes énergiques sont raillés par les courtiers et titrés de mauvaises têtes. S'ils n’ont pas une grande fortune, ils sont minés dans leur négoce par le machiavélisme du syndicat ; s'ils sont opulents, ils ne peuvent guère se mettre en scène pour arrêter des vexations qui pèsent sur une classe subalterne, et qui donnent aux riches négociants divers avantages sur le petit commerce.

Ainsi, parmi les quatre classes, les trois premières, formant l'immense majorité, servent à souhait les empiètements du syndicat de courtage, et la quatrième, qui désire le réprimer, est paralysée. D'ailleurs elle a jusqu'à présent ignoré les moyens de résistance dont je parlerai aux amendements.

Le syndicat reste donc pleinement mattre de ses moyens oppressifs, qu'on peut rapporter aux leviers suivants :

4° Altération du crédit individuel ; concert secret pour miner le credit des négociants insoumis, leur enlever la confiance, leur retirer les dépôts des capitalistes, qui ne connaissent guère que les courtiers, les diffamer par de perfides insinuatiens , par des renseignements équivoques et chancelants, qui font suspecter une maison, lors.même qu'on affecte de la recommander.

2° Faculté d'intimider , par un comité syndical et inquisitorial, qui recueille les délations secrètes et fait craindre aux nombreux négociants des deuxième et troisième ordre d’être mis sur la liste des suspects aux courtiers, et traduits devant les tribunaux, pour avoir écouté le glaneur qui vient recueillir les petites commissions dédaignées par les titulaires.

3° Unité d'action contre les commerçants qui, par les lenteurs et l’incohérence de leurs mesures, se font battre en détail et mystifier dans toutes les tentatives de résistance aux courtiers. Persuadés de leur impuissance, ils désespèrent d'avance de la réclamation la mieux fondée. Une députation du syndicat les frappe de stupeur et leur fait siguer, en Bourse, des déclarations contraires à toute doléance qu'ils ont pu signer et adresser précédemment ; aussi en voit-on beaucoup qui signent le pour et le contre, ici par conviction et là par terreur.

En définitive, jamais compagnie ne fut mieux en mesure d’envahir avec rapidité et de s'emparer de tout le commerce en fcignant de le servir, de même que les jacobites, sous prétexte d'éclairer et de servir les au-

torités, parvinrent à les toutes asservir. Il faut l'avouer, les courtiers n'ont pas eu des vues si vastes; ils n'ont songé qu'à morceler et à rançonner le commerce, et n'ont que peu ou point entrevu les moyens trèsfaciles de l’envabhir en entier. Mais quand on voit des sociétés beaucoup plus éclairées, comme celle des francs-maçons, manquer pendant quatre cents ans l’envahissement religieux pour lequel elle avait tant de moyens, faut-il s'étonner que des courtiers aient manqué pendant quinze ans l’envabissement commercial auquel s'oppose la concurrence des courtiers clandestins, envahissement dont les courtiers titulaires découvriraient très [ ] les voies dès l'instant où l'obstacle de concurrence serait levé par l'emploi des persécutions qu'ils sollicitent depuis quinze ans.

$ IT. — Les ministres el les financiers.

Les fautes dont je vais parler furent l'ouvrage des ministres de Bonaparte : c'est un motif de ne pas épouser aveuglément leur système. On fit valoir auprès d'eux l'absence de dynastie, le défaut de crédit public sous le gouvernement consulaire, le danger de confier un cautionnement de forte somme à une administration encore irrégulière et qui se défiait de sa propre stabilité, puisque les chefs eux-mêmes s’accordaient à mobiliser leur fortune. Ces motifs étaient plausibles, et le gouvernement consülaire 4) dut sentir combien sa garantie était éphémère pour les cautionnements. Les anciens courtiers firent valoir cet argument pour ressaisir à vil prix leur monopole. — Et lorsque Bonaparte ceignit le diadème et fonda avec grand appareil sa dynastie, elle ne présentait pas encore de garantie assez fixe pour qu'on püt supposer les révolutions finies et établir les cautionnements d'offices à leur valeur réelle et comparative aux bénéfices annuels. D'ailleurs on dut, par amour-propre, maintenir le traité du gouvernement consulaire; mais il est évident que le prix du monopole concédé pendant cette queue d’anarchie ne peut pas étre considéré comme prix définitif et fondé sur la garantie d’un gouvernement digne d’entière confiance.

Du vice originel et [ ] passons au développement politique, à l'exclusion de police et de surveillance que le gouvernement devait se réserver. Pouvait-il ignorer que les compagnies de courtiers, fondant leur bénéfice principal sur les mouvements d’agiotage, sont intéressés à les provoquer au détriment du commerce de consommation ? Il était donc aisé de prévoir que les courtiers n'useraient de leur influence

(1) Le ministère consulaire sentaat combien le fisc était lésé par la modicité du prix de concession rofusa long-temps d'y souscrire, et les deux premières députations de la compagnie de Lyon ne parvinrent point à conclure.

Page 1