CHAPITRE IL
CORRECTIF AUX MAITRISES LIMITÉES. —— CONCURRENCE RÉDUCTIVE OU MAITRISE PROPORTIONNELLE, SOLIDAIRE ET ILLIMITÉE.
La Révolution, qui nous jeta en tous sens de Charybde en Scylla, débuta de même sur la question des maitrises et jurandes. Elle nous conduisit d’un extrême à l’autre, de la mattrise limitée à la licence anarchique. L'un et l’autre système avaient donné lieu à de stériles critiques, il est plus aisé de dénoncer le mal que d'en découvrir le remède. Le problème était de se garantir de ces deux excès et non pas d'opter sur l'alternative. Il fallait donc inventer ua correctif qui évität les[ ]de l’une et l’autre méthode.
La question, plusieurs fois reproduite, est restée sans solution. Pouvait-elle intéresser nos beaux esprits ? Il s'agissait de cordonniers et savetiers, baandières et revendeuses. Vraiment un académicien rougirait en traitant de pareils sujets. On en laisse le débrouillement à quelques agents de police. La science, tout occupée à plaider par l'agioteur en litière, ne daigne pas prendre en mains la cause des pauvres piétons, intercéder pour le redressement des injustices qui pèsent sur l'aspirant à la mattrise, analyser et corriger les désordres qui règnent dans l'organisation des artisans et castes plébéiennes. Les orateurs politiques sont tout aux questions d'apparat, au budget, à la balance, au crédit public et autres sublimités qui peuvent se produire dans les salons de la haute finance; toujours altiers comme l'aigle devant les moucherons, ils manquent dans leur vol superbe les découvertes dont la nature a semé les germes dans les humbles détails de l'industrie domestique et manœuvrière.
Au sujet de ce dédain, je leur demanderai quelle branche du système social a dû exciter spéciakement l'attention de Dieu ? Pourra-t-on dans le régime qu'il nous destine se passer des industrieux, subalternes aujourd'hui, des cordonniers, menuisiers et autres artisans ? Non , sans doute, leurs fonctions seront comme aujourd'hui Le pivot du mécanisme domestique. Dieu n’a donc pas pu négliger de statuer sur leur organisation, et l'on peut arriver à découvrir sa théorie. Sur ce point, comme sur tout autre, il vous a ménagé des voies de [ ]- La principale était l'organisation de l'agriculture en système sociétaire et économique. J'en ai suflisamment traité; il faut passer aux autres branches, et notamment à celles réputées ignobles et triviales. Toute branche d'industrie utile n’est jamais abjecte aux yeux de Dieu. li nous à ouvert dans chacune des voies de transition graduée vers
l'Harmonie. Gardous-nous de rien dédaigner de ce qui tient au traail productif, car sur quelque point que nous eussions découvert le sentier de la justice distributive, ce premier succès nous eût conduit par analogie à l'organisation équitable de tout le système social.
Pour rendre hommage à la Sagesse divine, qui embrassa dans son plan d'ordre social tous les détails de ses relations, il convient d’examincr celles du dernier ordre et des artisans subalternes, et prouver que sur ces miauties comme sur les branches transcendantes, Dieu a pourvu à fout et assigne les voies de bien dans ua système unitaire , qui est toujours l'association graduée libre ef solidaire.
[Note merginale.] La maitrise proportionnelle doit être envisagée comms transition mineure; opposée au monopole maritime offrant maniement et abordage par l'extrème infiniment pelit et opposé au monepole.
Ce sujet sera traité comme contact d’infiniment petit. Faut lui donner du relief par digressions sur mouvement et on reliera ces deux feuilles pour les classer aux 32 crimes. |
On off'e de tripler les rouages de Marly.
On à vu dans le traité des crimes du commerce que la maîtrise se divise ea absorbante et résorbante. (Cette distinction est inutile à mentlonner ici .) Le remède sera le mtme pour l'une et l’autre espèce, pour les procureurs et messagers, qu’il faut réduire au plus petit nombre possible. sauf les trois garanties [relatées page 199.] Commencons par établir ka nécessité du lien solidaire dans les corporations.
La loi accorde aux corporations toute faculté pour rançonner le pubic, et nul [ ] au publie pour se garantir de leurs | ] colleetif ou individuel. Je eoutinue à citer les courtiers pour exemple.
Combien de fois les journaux ont-ils annencé que tel courtier avait disparu emportant 5 et 600 mike francs d'effets ! Sur de tels exploits les gazettes se gardent d'ajouter aucune critique, parce que, en Civilisation. ou est honuëte homme si l’on vole 600,000 francs d’un seul coup. Ces brigandages auraient-ils lieu si la solidarité existait? si le négociant volé pouvait se rembourser des 600,000 francs sur les cautionnements de la cerporation ? Dans ce eas, chacun des courtiers aviserait les négociants et capitalistes de ne pas confier aux courtiers une obole en effets au porteur. Est il donc si pressant de les confier à l'agent avant qu’on ne sache quel placemest il-en aura trouvé? Ne peut-il pas, à Paris, suivre l'usage de Lyon, se borner à ea prendre la note et vemir aviser sur les emplois qu'il en trouve ? Quand il ne s’agit pas d’agiotage, on n’est jamais si pressé de négocier les effets. Mais dans les jours de bon temps, où les denrées changent de prix à toutes les heures, 1l faut promptement se faire des fonds, si l’on veut opérer. Ces opérations de bon temps sont le vice à extirper, et l’une des premières mesures est
la solidarité des corporations en commerce comme en courtage. Alors les syndicats, tout occupés aujourd'hui à concerter des moyens de spolier le public, s'occuperont des moyens de lui garantir ses propriétés contre leur propre compagnie.
Du moment où les corps commerciaux seront corporisés solidairement, chacun sera forcé de se restreindre aux fonctions spéciales, et l'on brisera par là un des grands ressorts de l’agiotage, la cumulation de [ ‘]. On ne verra plus un négociant en draps acheter subitement des blés et farines. Le syndicat de la draperie le forcerait au même instant à quitter le commerce de draperie. En vain vanterait-il l'excellence de la spéculation, en vain offrirait-il de prendre patente de farinier et de payer Île cautionnement exigé pour l'admission aux marchés des grains, le corps des drapiers lui répondrait : « Nous ne con- » naissons point le commerce des grains ; nous ne voulons pas répon- » dre d’un homme qui s'engage dans ce négoce, et nous saisissons » votre magasin de draps si vous achetez un seul sac de farine. »
Tentera-t-il d'éluder en s’associant secrètement avec un marchand de grains ? Il n’y à point de pareïls secrets entre négociants. Ils sont plus habiles qu'aucun ministre de la police à découvrir les opérations cachées de chacun d’entre eux ; ils les découvrent même sans syndicat ; que serait-ce avec ce nouveau levier ? D'ailleurs la loi sur les nouvelles maîtrises astreindrait aux peines les plus sévères toute coopération d'association secrète hors d’un commerce patenté solidairement.
C'est dans les grandes villes que doit commencer le régime solidaire. On ne pourrait pas former les corporations de genre dans les petites villes, mais peu à peu lorsqu'on aura bien classé les genres à la grande ville, on établira les annexes composées, c’est-à-dire qu’un marchand de petite ville, obligé de tenir les draperies et les toileries, sera incorporé aux deux masses provinciales de draperies et toileries.
Présume-t-on que les marchands assujétis à ce nouveau régime s’en prévaudraient pour vendre plus cher ? D’autres mesures y pourvoiraient. Nous n'en sommes pas encore à cette thèse. Achevons sur chaque sujet sans élever des arguments qui tiennent à un autre chapitre, et remarquons provisoirement que les marchands deviendront bien souples et bien silencieux dès qu'ils s’apercevront que le gouvernement va enfin les subordonner et tenir le fil de toutes leurs opérations par la concurrence réductive. Aujourd’hui ils sont sûrs d’épouvanter le ministère avec quelques vociférations sur le bien du commerce, mais alors il s'agira du bien public et non pas de celui du commerce. Beaucoup de négociants seront rebutés en voyant naître ce nouvel ordre : tant mieux : leur nombre est triple du nécessaire, et cette réduction est le premier but à atteindre pour établir l'ordre. Si, d’un jour à l’autre, ils
pouvaient être réduits au tiers, leur bénéfice individuel serait à l’instant triple par le triplement de débouché. Chacun d'eux deviendrait solide ou solvable par ce seul [ ], et le fisc pourrait percevoir en impôt tout le montant des frais épargnés par la retraite des deux tiers, frais dont les marchands et les consommateurs sont grevés. On pourrait percevoir en outre une triple patente, vu le surcrott de bénéfices que la retraite des deux tiers assureraient au tiers restant. L'agriculture recevrait tout à coup les capitaux et les [ ] de cette masse de marchands retirés. Les fabriques auraient une confiance fondée au petit nombre restant, et dont les bénéfices seraient prodigieusement accrus. Ainsi, tous les ordres d'amélioration naîtraient l’un de l'autre par la seule réduction des deux tiers, et c’est le but auquel il faut progressivement arriver.