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FINAL SUR LES GAINS SCANDALEUX DU COURTAGE

On doit payer aux tribunaux et aux magistrats un tribut de louanges pour la résistance qu'ils ont apportée aux persécutions des courtiers. Partout les juges et la police ont rivalisé d’indulgence pour sauver les victimes et retarder l'effet des listes de proscription dressées par les syndicats de courtage. Ces nouveaux turcarets n'ont pas même réussi par l'offre de gratifications secrètes pour les arrestations. La magistra ture, qui n'aime point les réminiscences de 93, a résisté aux paillasses jacobites ou courtiers. Pendant plnsieurs années l'on n’a pu obtenir des autorités qu'un simulacre de rigueur. Les agents de police ont toujours tendu une main secourable aux dénoncés, en leur disant : « J'ai ordre » de vous arrêter, tenez-vous sur vos gardes, je diffèrerai autant que » possible. » J’en parle par expérience, et je dois à la police de Lyon

Comment les tribunaux et les autorités ne seraient-elles pas indignées, lorsqu'on les sollicite de prêter leur ministère à ces monopoleurs gorgés de ragines ? « Nous savons, disent les juges, pour prix de » vingt ans d'études sur la législation nous contenter d'un modique » traitement de 3 à 4,000 fr. avec lequel il nous faut pourvoir à l’en- » tretien d'une famille, tandis que des courtiers, dont tout le talent se » réduit à savoir :

» Cent francs au denier vingt, combien font-ils ? 5 livres.

» des courtiers ne peuvent pas vivre avec un revenu quadruple de ce-

» lui d'un juge, avec quinze ou vingt mille francs de rente dans Lyon ; » avec quarante ou crrquante mille francs de rente dans Paris ? Pour » accroître encore l'opalence de ces ignorants tripotiers, it faut que les » corps de judieatore voués au soutien des Hbertés sociales devien- » nent les champions de l'arbitraire ! I} fant intervertir k cours des » lois qui conviemrent à toutes les classes de citoyens ; H faut que les » tribunaux soient transformés en milices prévôtales, jugeant sur no- » foriété et servant ka rapucilé de valets qui souvent accusent teurs » chefs! Peu nous importe, disent les juges, que ces tripotiers accu- » mulent d'immenses trésors, maïs da moms qu'on nous épargne l'af- » front de servir leur copidité par une déregation an code. Qu'on faiss » l'or à Midas et l'honneur k Fhémis. »

Tandis que À etasse honorable des propriétaires s'agite sur tous Îles points pour atteindre à une médiocre place de 10,000 fr. dans la législature, un courtier et sa Laïs, du haut de leur char, regardent en pitié cette élite de la nation, ces oorps électoraux où l'on voit un millier de bonnes gens faire valoir des lumières ou des services publics pour être portés à quelque place amovible dont le revenu n'équivaut qu’à un mois de bénéfice des courtauts, et ces courtauts ne sont pas encore assouvis si l’état ne consent à rétablir pour eux l'inquisition et l'attirail du jacobinisme ! Lorsqu'on voit des courtauts solliciter ke ministre de mettre à leur disposition une prison d'état, u'est-on pas fondé à dire que s'ils ne relèvent pas les échafauds, c'est qu'ils ne le peuvent pas ? Quel résultat des sophismes commerciaux! quel [ ] de cette politique moderne qui abat l'opinion aux pieds de l'agiotage. Fut-on jamais mieux fondé à se récrier sur les temps et sur les mœurs ? N'’est-il pas [ ] que l’état assure aux fonctions triviales et mensongères des courtiers un revenu double de celui d'un maréchal, d'un archevèque ou de tout autre dignitaire supérieur !

Vainement objecterait-on que l'honneur attaché aux fonctions publiques balauce les énormes bénéfices du courtage : il n’en estrien. Quel lustre peut rejaillir sur les fonctionnaires publics tant que les principaux d'entre eux, un préfet, un évêque, n’ont pas le revenu d’un courtier , tant que l’avare peut se dire : « [l vaut mieux faire de mon fils » un courtaut qu'un préfet ou un évêque ? » Aujourd hui que les prestiges nobiliaires et autres sont dissipés, nul objet ne s'offre à la révérence des peuples. Leur engouement porte de plus en plus sur Les veaux d'or, et c'est un motif de ne pas prodiguer le: trésors aux hommes les moins respectables comme les courtiers, de ne pas leur accorder la faculté de dérogation aux codes et de persécution pour l'accroissement de leur scandaleuse richesse, de ne pas compromettre la magistrature en la subordonnant à servir aveuglément la rapacité de ces publicaius par

qui elle est éclipsée en public et persiflée en secret. Ah! comment le courtier qui trouve dans une crasse ignorance Îa chance d’une fortune subite et colossale manquerait-il à persifler toutes les fonctions honorables dont les titulaires végètent dans la médiocrité pour prix d'une * re consacrée à de pémibles études ?

Comment n'a-ton pas redeuté que d’autres classes, notamment les négociants, n'en vinssent à demander un monopole comme celui des courtiers, qu'on ne l'accordât par ignorance d'un meilleur système”? Ensuite le monopole se serait étendu du commerce aux fabriques. l aurait féodalisé en peu de temps toute l’industrie et généralisé dans le corps social l’odieuse politique des courtiers. Voilà dans quel abtme peut conduire une erreur politique. Ah! quels légiskateurs pourraient éviter les erreurs, s'ils prêtent l'oreille à de voraces tripotiers qui ne rêvent qu'arbitraire et persécution !

D’après ces considérations, j'estime qu’on aurait dû, par respect pour la morale publique, aviser aux moyens de restreindre les bénéfices scandaleux du courtage, et pour y parvenir il était un moyen aussi simple que politique : c'était de doubler le nombre des courtiers, afin de diminuer d'autant la proie à partager entre eux. Une telle mesure aurait réduit le revenu d'un courtier de Paris au niveau de celui du maréchal de France, et le revenn d’un courtier de Bordeaux ou de Marseille au niveau de celui d’un archevêque. Ah ! ne serait-ce pas encore trop de 40,000 fr. de rente dans Paris et de 20,000 fr. dans Marseille pour payer cette méprisable industrie !

Vous qu'on citait jadis pour amis de la morale, philosophes qui

voyez dans le monopole des courtiers poindre tous les germes de dépravation, comment expliquer votre inconcevable silence ? Etes-vous tous en masse devenus sourds aux vieilles maximes d'honneur qui régnaient dans des siècles moins mercantiles ? Vous n'êtes plus les héritiers des Socrate, des Platon, vous n'êtes que des sentinelles endormies qui laissent éteindre le feu sacré. Vos devanciers aimaient du moius à rêver le bien en l’absence du bien; ils avaient le mérite de bien dire, sinon de bien faire. Les anciens philosophes, en exprimant une franche indignation contre les vices dominants avaient le bon esprit de sauver lhonneur.et d'isoler la science des travers du siècle. Mais vous, philosophes modernes, vous voyez de sang-froid vos contemporains encenser tout ce que le mensonge produit de plus ignoble, vous flagornez des courtiers, des colporteurs de mensonge, des limiers d'agiotage, encore plus méprisables que l’agioteur dont ils sont les âmes damnées, Après cet acte de bassesse, dites, philosophes modernes, si vous n'êtes pas les apostats de cette antique [ ] qui, par un simulacre de zèle pour la vérité, sut jeter quelques fleurs sur les premiers égarements de la Civilisation ?

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