‹ Manuscrits de FourierChapitre 60 sur 134 · ANNONCE D’UNE NOUVELLE PUBLICATION · texte numérisé non relu

ANNONCE D’UNE NOUVELLE PUBLICATION

Rvement de leur musée. Ainsi, quand j'aurais commandé au sort, il n'aurait pas mieux servi ma cause.

Que la détraction exerce une tyrannie littéraire, qu’elle fasse tomber PAthalie de Racine et l'OEdipe de Sacchini (ce qui est arrivé à Paris), ces injustices, bien criantes sans doute, n’influent pas sur le sort des Empires, tandis que la détraction anticipée d'une découverte qui arrèterait l'effuasion du sang est nécessairement vengée par des flots de sang. si l’inventeur garde son secret. Ce retard de la mienne a déjà baïgné dans le sang civilisé l'Europe et l'Amérique depuis 4808. Indépendamment de ces massacres de circonstance, chaque année l’État C. B. S. moissonne un million de têtes par la Guerre et 20 millions par l’Indigence. Quelle protection ne devrait-on pas à celui qui au bout des 3,000 ans. d'égarement, trouve l'issue de ce dédale plus sanguinaire que jamais ?

On m’a demandé souvent pourquoi je ne prenais pas le parti de publier sans m’arrèter à des détractions que l’on doit mépriser. Gertes, je Re m'en suis guère ému puisque je n'avais pas même fait de réponse, tout aisée qu’elle füt. Peut-être, le devais-jeà cause deleurs contradictions assez risibles ; je ne voulais pas me mettre aux genoux des Français pour leur faire accepter un service. N'était-ce pas assez que je ne demandasse aucune récompense quand j'y aurais été si bien fondé, à stipuler poar prix de livraison de ma découverte? Ce qui m'a principalement retenu, lorsque j'ai su par des avis très dignes de foi qu'il est impossible en France de faire accueillir, ni éprouver, ni même lire une découverte, si l’on ne va pas à Paris solliciter les journalistes, le rameau d'or à la main (cela est-il vrai ou faux , je ne veux pas, à leur exemple, diffamer sans certitude}, mais Geoffroy faisait là-dessus des aveux assez clairs; ilne se cachait pas de jouer le minotaure scientifique et d'exiger le tribut. Or, pour aller à Paris distribuer des rouleaux d’or, il faudrait en avoir, et quand je serais un Crésus je ne me soumettrais point à ce tribut humiliant. Je ne puis donc guère songer à publier une découverte en France, pays de monopole, où chacun ne pense et ne voit que par les yeax des journaux de la Capitale. Un inventeur a plus de chances en Italie, en Allemagne, oùil y a des villes d'appel ; aucune contrée ne se hâte d'insulter un inventeur, parce qu’elle sait qu'il trouverait un appui dans les autres capitales et villes d'université qui osent avoir une opinion sans qu’elle leur soit soufflée par un feuilleton. Il n’en est pas de même dans un pays de monopole où les opinions prennent une teinte servile, et où les provinces se plaisent à déprimer leurs auteurs s’il n’ont pas su gagner les trompettes de la Capitale.

Ces entraves, jointes au dédain qu'inspirent des coutumes abjectes,

ont dû arrèter une publication que je n'aurais pas différée si longtemps dans tout autre pays non sujet au monopole de génie.

Entre-temps les Français peuvent faire le parallèle du résultat qu'aurait eu, en 4808, un procédé plus judicieux si, au lieu d’entraver la communication du calcul de l'harmonie, ils avaient provoqué la publication et l'épreuve. Qu'en serait-il arrivé ? Qu'en 4809 et 4810 toutes les querelles Civilisées, Barbares et Sauvages auraient cessé de proche en proche sur la simple certitude du changement de sort qu'allait éprouver le genre humain ; tous les princes et particuliers dépossédés seraient dès l’an 4810 rentrés par amiable composition négociée au congrès et

\ d'accord avec les usurpateurs mêmes, dont le principal avait toutes

” chances pour obtenir le haut tétrarchat du globe. Après quoi, obligé d'aller résider à Constantinople avec la cour et l'administration centrale il n'aurait pas plus jalousé le trône de France, que le roi de France ne jalouse te préfet de Lyon. Dès l'an 4814, toutes les légions civilisées auraient été organisées, et les barbares dès l'an 4812; les sauvages auraient commencé leur accession, et l'Harmonie en 1813 se serait étendue dans les contrées les plus inconnues, comme les centres d’Afrique et d'Australie.

Le globe serait aujourd'hui un séjour enchanté, on ne se souviendrait de la Civilisation et de la Barbarie que comme de ces rêves affreux dont on détourne la pensée au réveil.

Au lieu de ce bonheur, continuez, messieurs les plaisants, à goûter les charmes de votre Civilisation que vous décorez du nom de perfectibilisée, et que je nomme, avec plus de raison, de gangrenée, de désastreuse pour le présent et d’effrayante pour l'avenir. Quant au calcul qui vous en ouvre l'issue, vous vous êtes évidemment trop pressés de le dédaigner puisqu'au bout de 7 ans on ne vous le livre pas encore, quoique vous en ayez plus besoin que jamais et que vous risquiez de le perdre sans retour dans le cas de mort subite qui déjà aurait pu arriver.

IV. DU MONOPOLE DE GÉNIE QU'EXERCE LA VILLE DE PARIS. (228° pièce, cote supplémentaire.)

Le caractère français étant un neutre, ou bâtard, 2 degré, en ralliement d'honneur, ainsi que je le démontrerai en traitant du clavier général des caractères, cette nation n'a de son chef aucune marche méthodique, aucun pivot passionnel ; elle a besoin d’impulsions étrangères : aussi estime-t-elle de préférence les étrangers. Elle assemble, selon l'usage des neutres, les deux extrêmes en tout sens, individuellement l’excès de présomption, collectivement l'excès de défiance sur ses moyens. Elle est la plus susceptible sur le point d'honneur individuel,

et collectivement elle est la plus insensible au déshonneur et au { ] de Ja patrie, celle où l’on trouve le plus de trahison et de vénalité.

Ceux-là s’abusaient fort qui voulaient faire des Français une grande nation. Le Français quand on l’initie à la grandeur est déconcerté, comme le savetier qu'on ferait asseoir à la table d’un seigneur, et qui aimerait bien mieux aller se gaudir à la table des valets. Les Etrangers en accusant cette nation de petitesse, dans leur surnom de petits Français, jugent beaucoup plus sensément que ceux qui ont voulu faire de Ja France une grande nation. Toute grandeur des Français ne sera jamais qu'un feu de paille, un colosse fondé sur le sable.

Ce n'est pas que les Français manquent de moyens. Ils sont, et c'est une propriété des neutres, capables de tout sous un bon chef et s’étonnent eux-mêmes de leurs aptitudes et de leur flexibilité. On les avait amenés dernièrement à égaler et surpasser en divers points les manufactures anglaises ; mais ils étaient moins satisfaits de leurs progrès que fatigués de ne pouvoir plus admirer les Anglais, qu'on surpassait évidemment. Il en sera de même au sujet de l'invention des lois du mouvement, sur lesquelles l'Angleterre et l'Allemagne avaient pris l’initiative. Les Français seront moins flattés de ce qu’un des leurs enlève la palme aux deux nations, que désolés de ne pouvoir plus admirer les Etrangers et de voir Newton et Leibnitz réduits au titre d’étourdis et d'aveugles.

Avec ces penchants serviles, il n’est pas étonnant que le Français ne soit bon qu'à perfectionner et non à inventer, quoique bien pourvu de moyens pour exceller en toutes sortes de fonctions, mais, par le fait de son caractère neutre et bâtard, il a besoin d’impulsions étrangères, il n'ose voler de ses propres atles, il est persécuteur de ses concitoyens qui se distinguent et passe bientôt de la basse jalousie à l’excès d'adu- Jation. Quand le succès est confirmé, assuré, alors les Français pérorent comme certains badauds qui sont pleins d’ardeur après coup, rai sonnant à perte de vue sur le parti qu'il aurait fallu prendre, sur les opérations qu'il n’est plus temps de faire. Ces badauds quand une denrée a doublé de prix, vous prouvent que c’est celle-là qu'il fallait acheter. Voient-ils Jes cinq numéros sortis de Ja roue de la fortune, ils s'écrient : c'était bien là les bons ; j'allais les jouer, je les avais dans l'idée. À quoi on répond : que ne les jouaistu donc et n’achetais-tu quand il était temps, et pourquoi ne discernes-tu le sage parti que lorsqu il n'est plus temps de le prendre ?

Ainsi babilleront quelque jour les Français au sujet du calcul de l’attraction quand l’épreuve sera faite et qu'un autre pays leur en aura enlevé l'honneur; ils s’écrieront en chorus : « Il était clair que c'était immédiatement qu'il fallait éprouver cette découverte ; c'était la conti-

nuation du calcul de Newton ; l’on ne courait aucun risque à essayer sur une lieue carrés. On hasardait le bonheur du monde sans danger de perdre une obole. Comment a-t-on pu hésiter à faire l'épreuve ? Je l’aurais faite, dira chaque Français , ah ! je n'aurais pas balancé ! »

Le temps n’est pas éloigné où ils tiendront mot pour mot ce langage. Mais pourquoi chez eux les lueurs de raison ne sont-elles toujours que la moutarde après diner, et pourquoi leur jugement est-il faux sur les nouveautés, et n’ont-ils de faveurs et de penchant que pour les jongleurs? Pourquoi une découverte utile ne trouve-t-elle chez eux ni accès, ni protection, ni examen ? Ces travers, qui tiennent à leur caractère neutre ou bâtard, sont renforcés par le monepüle de génie qu'exerce leur capitale. Je signalerai ce fléau dans divers chapitres : je ne fais ici que préluder sur ce sujet.

L'origine du monopole de Paris remonte à Louis XIV. Il eut la louable intention de faire briller la France dans les sciences: et les arts ; mais en continuateur du système de Richelieu qui avait travaillé à abattre les grands vassaux et comprimer les provinces, il ne vit la France que dans Paris. Louis XIY concentra tout dans Paris, sans créer à cette ville aucun contrepoids, aucune rivalité, qui put la tenir en bride, corriger ses travers, contrebalancer sou despotisme et reviser ses jugements absurdes, comme la chute de l’Athalie de Racine, et de l'OEdipe de Sacchini. Pour atteindre ce but, Louis XIV aurait dù créer deux villes concurrentes en sciences et arts et former à Lyon ct Bordeaux de grands établissements scientifiques et littéraires, universités, musées, conservatoires, théâtres, bibliothèques richement dotées, etc., etc., Au lieu de ce système concurrent, Louis XIV adopta le monopole ; il voulut qu'en allaires scientifiques, tout fut village en France hors Paris, et que Ja capitale jouit de la prérogative de ridiculiser, put proscrire sans appel tout autear qui ne servirait pas les intrigues et prétentions des coterics parisiennes. Peut-être n'eut-il pas cette intention, mais il opéra comme S'il eut tendu à ce but. ;

Son système à cet égard s’est tellement enraciné qu'il est deveou branche d'esprit natronal. Le monopole de Paris est considéré en France comme autorité sacrée ; les provinces n'oseraient pas troire qu’un de leurs habitants fut-un homme de génie tant que Paris n’en à pas décidé. Chaque ville s'estimé frès-honorée d’ètre dépouillée pour l’ornement de Paris d'après le principe gniak Paris / gniak Paris! Chaque ville se pique de voir un de ses auteurs motesté par les Parisiens. Les villes de France dans lewrs rapports avec Paris, ont le caractère des esclaves qui se trahissent et se dénoncent entre eux pour courtiser le maître. Les Français dans leur: stupide respect pour: Paris sont comparables aux anciens Musuhmans qui, ditson , tenaient à honneur d'étre étranglés

par ordre de sa Hautesse. Tous les gouvernements et ministres de France ont entretenu cette bassesse nationale, même en révolution, où, depuis l’assembléc constituante et jusqu’à Napoléon, tout s’est accordé à concentrer le domaine scientifique dans Paris exclusivement , ravaler et repousser de plus en plus la province ; de sorte qu'aujourd'hui plus que jamais, si une nouveauté heurte les coteries Philosophiques de Paris, les Idéologues, les Économistes, etc., elle est bafouée sur annonce et il devient impossible de la produire, à moins que l'inventeur n'’ait une fortune suffisante pour aller dans Paris mener un train splendide et capter la belle compagnie par les moyens connus. Un savant riche à 30 millions, comme Cavendish, ou même une fortune médiocre, comme Montesquieu, Voltaire, Helvétius, Lavoisier, pourrait dans Paris tenter une lutte, produire une découverte en dépit des Philosophes ; il se soutiendrait contre eux en s'appuyant d'un bon cuisinier, et la découverte une fois mise sur le lapis acquerrait bien vite assez de consistance pour obtenir l'épreuve. Mais un homme sans fortune, et, qui pis est, provincial ou paria, quoi qu'il puisse découvrir, a divers torts impardonnables en France, d'abord celui de n'être pas Parisien et de ne pas se laisser voler sa découverte par quelques Parisiens. C’est bién pis s’il n’encense pas les Cabales parisiennes. Alors sa découverte est absurde, impossible, avant d'être connue ; il est nécessairement imbécille, fou, maniaque, enragé. Les philosophes, avant qu'il n’ait publié sa théorie, l’envoient aux petites maisons et l'enverraient à l’auto-da-fé si leur ligue inquisitoriale en avait le pouvoir.

C'est par l'entremise des journalistes que cette inquisition publie ses arrêts sans appel. Quelques personnes pourraient croire qu’on ne manque pas à Paris de moyens d'appel, puisque les journaux ne sont jamais de même parti et se livrent des combats acharnés, d’où ressort une concurrence. Cette petite guerre est le plus souvent une simagrée comme le vacarme des procureurs qui s’injurient à l'audience, et vont au sortir de là trinquer ensemble aux dépens des clients. Au reste, en admettant . que les journaux soient de différents partis, ils ne sont toujours accessibles qu'à l'écrivain qui se range de leur parti, et non pas à un inventeur qui ne scrt aucune coteric savante, et blesse plus ou moins l’amourpropre de tous; car si j'attaque spécialement les philosophes, je ne serai pas pour ccla apologistes de leurs rivaux. Par exemple, je repro= cherai aux théologiens de manquer de foi et d'espoir en Dieu, et de n'avoir employé aucun des { ] qui pouvaient ramener la raison et la science dans les voies de Dieu. Je ferai à d'autres classes des reproches évalement graves, car toutes sont plus ou moins complices du long règre de la philosophie.

En rr'annonçant sur ce ton, c’est en vain que je montrerais dans le

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calcul de l'attraction des |] ] satisfaisants pour les classes dont il offense le dogme. En vain dirais-je aux prêtres et aux philosophes qu'ils vont tous être élevés à une grande fortune ; c’est bien là leur plus ardent désir, mais l’amour-propre offensé ne raïisonne pas, et l'intérêt cabalistique l'emportera sur l'intérêt pécuniaire, je n'aurai donc pour moi aucune coterie savante, et par conséquent aucun journaliste.

Autre | ], et celui-ci, dit-on, est le pire de tous. Je n’ai point à ma disposition la clef d'or, l'argument irrésistible ; on assure pourtant, et c'est l'opinion générale, qu'il ne faut pas se présenter à Paris chez les aristarques, sans tenir le rameau d'or d'une main et l’encensoir de l'autre. Le fameux Geoffroy était assez franc sur ce point, et avouait à mot couvert qu'il voulait tirer parti du casuel. C'était fort bien fait à lui puisque le monopole est établi, puisque Paris joue le rôle du minotaure scientifique, exigeant le double tribut d'argent et d'encens. La faute n'est pas aux écrivains qui profitent d’un abus établi, mais à ceux qui l'ont créé ct entretenu; c’est aux gouvernements qui ont existé depuis Louis XIV, et surtout aux divers gouvernemnts révolutionnaires qui, avec Jeur jargon de liberté et d'égalité, n’ont pas mis la moindre barrière au despotisme parisien, et ont au contraire favorisé les empiétements progressifs de cette capitale, à qui il eût été si facile de créer une concurrence, même sans la dépouiller. Car, quand on spoliait tous les musées d'Europe au bénéfice de Paris, il eût été facile de fournir des musées à deux villes comme Lyon et Bordeaux, où l’on aurait établi les foyers de concurrence, de leur assigner des dotations en divers genres ct de les comprendre dans les livraisons gratuites des ouvrages nouveaux. Mais les Français, avec leurs clabauderies éternelles contre le mouopole des Anglais, ne savent qu’imiter cette monstruosité politique dans tous les menus détails de leur administration.

Ainsi, l'influence da monopole parisien coïncide avec les travers du caractère français pour entraver dans son apparition la théorie de l’Attraction. Convaincu d'avance de ces obstacles, je sondai le terrain en 4808, par un Prospectus dont je parlerai au chapitre suivant, et dont le but principal était de mystifier les plagiaires, spéculer sur leurs railleries inévitables pour les exclure de toute revendication. Ils donnèrent dans le piège et se moquèrent de la théorie de l'attraction avant de la connaître. C’est un désaveu anticipé de l'opération, et jusque-là leurs railleries me servaient à point; mais ce qui m'entrava, ce fut qu'aucun journal ne rendit compte de la partie raisonnée, des arguments contre la Civilisation. Du reste, je n’étais pas pressé de publier; j'avais encore beaucoup de problèmes à résoudre. Toutefois, il est fâcheux de penser qu'à cette époque le fond de la théorie était pleinement déterminé. Je savais toutes les mesures nécessaires à organiser un tourbillon passion-

nel ; ainsi l’on aurait pu passer à l’Unité dès l'année 4809. Que de sang inutilement versé par ce retard. Je continuai à m'occuper de certains problèmes accessoires, qui pouvaient donner du relief au calcul le plus important de ces problèmes. La distribution du clavier général de création n'a été résolue qu'en novembre 4844. Sa solution a appuyé ma théorie de diverses connaissances bien importantes, entre autres celles sur le retour prochain des quatre lunes, dont je n'avais aucune certitude en 4808; elles seraient, à l'heure qu'il est, réintégrées au clavier satellitique, si l’on eut fondé la phalange d’essai en 1809, et leur retour aurait d'autant plus surpris le globe qu'il aurait été imprévu, car je n’en eus connaissance que le 17 novembre 481£4; elles se seraient réorbitées sur pédale dès la fin de 4813.

Je me borne, dans ce préliminaire, à signaler le fléau du monopole de Paris, sur lequel je m'étendrai plus amplement. Cette entrave n’a pas lieu dans les régions qui ont divers cours de même langage, comme l'Italie, l'Allemagne. En pareil cas, chaque région soutient ses savants et ses inventeurs, et aucune capitale ne se hâte de les bafouer des découvertes, parce qu’elles trouveraient protection dans les capitales rivales. Une nouveauté qui serait décriée d'avance dans la capitale de Vienne, pourrait trouver appui dans celles de Berlin, Dresde, Stutgard, etc., et même dans les villes d'université comme Goettingue, Hall, Jena. Il en est de même en Italie: Ce régime de concurrence est le garant des jugements équitables ; 1l peut seul assurer protection au talent, et contenir les zoïles dans des bornes décentes, il est donc très malheureux pour le genre humain que la découverte des lois de l'unité soit d’un pays de monopole. Si elle fut [ ] en pays de concurrence littéraire, elle serait éprouvée à l’heure qu'il est. |

Dans cette accusation, précisons bien les griefs, envisageons les causes du mal et non les agents ni leseffets. Or, la cause du mal, c’est le monopole de Paris; ce n’est donc pas les agents du monopole, les philosophes et les journaux, qu'il faut accuser. On ne doit s’en prendre qu'au régime vicieux qui provoque et tolère leurs persécutions. Par exemple on ne doit pas accuser les procureurs et leurs extorsions, mais seulement la législation défectueuse qui leur ouvre une carrière de fourberie et de spoliation.

Tel est le sens dans lequel je vais critiquer les journaux de Paris, qui ne sont qu’agents et non pas auteurs du monopole, imputable en retour à Louis XIV et ses successeurs jusqu’à nos jours.

Puisque la ville de Paris est arbitre de l'opinion en France, et par suite en d’autres pays, il importe d'examiner la validité de ses jugements et la dose de sagesse qui y préside.

RE La découverte du calcul de l'attraction fut annoncée en 4808, par un Prospectus qui en donnait de vagues aperçus; les journaux de Paris déclarèrent que la découverte était impossible. Comment pouvaient-ils en décider? elle n’était pas publiée. N'importe, sans attendre la publication, ils déclarèrent qu'elle était impossible, parce qu'elle battait en brèche toutes les théories philosophiques. On fit la même objection à Christophe Colomb : son siècle déclara que la découverte d’un nouveau continent était impossible, parce qu’elle eut contredit les traditions sacrée, qui enseignaient que la terre était plate. On sait quel fut le résultat du débat. Après 7 ans de railleries et d'excomumication, l'Amérique fut découverte, et la cour de Rome, qui avait nié l'existence de l'Amérique | |. Ainsi, un premier essai confondit les Impossibles du XV® siècle, comme un premier essai de la mécanique attractionnelle sur une bourgade confondra les impossibles de Paris et du XIXe siècle. Jusqu'à quand ces champions d'impossibilité seront-il crus sur parole et sans confrontation avec l'expérience ?

Le mot impossible est le pivot du bel esprit des Français. Une nation qui veut trancher sur tout, sans approfondir aucune étude, n'a pas de meilleur argument que celui d’impossibilité. Avec ce scul mot, le Français le plus ignarc en sait plus, sur une découverte, que celui qui a passé de longues années à la chercher ct [a mettre en ordre. On sait tout, en France, quand on a appris à dire, d'un ton bien impertinent : c’est impossible. En conséquence, les journaux de Paris décidèrent, en 4608, qu'il était impossible que j'eusse découvert le calcul d’atitraction ; tmpossible de continuer l'étude des trois branches d'attraction négligées par Newton et Leibnitz. Pour toute réponse, je renvoyai le jugement de ce débat au temps. On peut, sur les sept années écoulées depuis, établir un parallèle de preuve et d'achèvement. Si l'épreuve eût cté faite en 1809, l'achèvement aurait lieu aujourd'hui, l'harmonie serait pleinement organisée, même au sein des régions les moins accessibles, comme les contrées d'Afrique et d'Australie. Quel bénéfice les Français ont-ils trouve à différer sept ans l'avènement du globe à l'unité, à rester sept ans de plus en Civilisation ?

La France, pour sa part, a perdu, dans le cours de ces sept annces, plus de 42 à 1,300,000 hommes dans les combats, indépendaniment des fléaux révolutionnaires. Or, ce n'est pas être le bon plaisant, que de payer de sa tête, comme ont fait les Français. Ne doivent-its pas frémir en pensant que si le calcul de l’attraction est juste, on pouvait le mettre à exécution dès l'an 4808. Les plaisants ont à se reprocher tout le sang versé et tous les fléaux endurés depuis le mauvais accueil qu'il firent à cette découverte. J'étais bicn assuré que cette insulte serait lavée ans des fleuves de sang français.

En effet, c'était en 4808 que commençait la guerre d'Espagne; on entrevoyait l'incendie qu’elle ‘pourrait allumer sur les deux continents. Le prolongement de la Civilisation devait nécessairement coûter des torrents de sang. On jouait trop gros jeu, en sacrifiant à une plaisanterie l'avantage d'échapper subitement aux révolutions.

Les Français, fidèles échos de la cabale philosophique de Paris, aimèrent mieux railler que de réfléchir sur cette alternative de pacification subite; leur facétie à été funeste aux vainqueurs comme aux vaincus : car les Bourbons seraient rentrés dans leur patrimoine dès l’an 4810, par la cession spontanée de Bonaparte, qui, s’il eût été fondateur de l’unité, avait une chance assurée pour être promu au Tétrarchat du Globe ; après quoi il aurait nécessairement transporté la cour d'unité à Constantinople, et n'aurait pas plus jalousé la couronne de France, que le roi de France ne jalouse la préfecture de Lyon ou Bordeaux. Les autres Civilisés, depuis 1808, n'ont guère moins souffert que les Français.

L'Amérique, jusque-là paisible, a été, sur tous les points, criblée de révolutions et de carnage. Jamais la Civilisation n'a été si complétement bouleversée dans les deux continents.

Quelques superslitieux pourraient voir, dans cet événement, l’inter- ” vention divine, et croire que la providence a voulu, par une tourmente générale, punir, pendant sept ans, les Civisés d'une raillerie anticipée sur l'invention du code divin. Les lois du mouvement social démontrent que Dieu n'intervient pas directement dans ces incidents partiels, et qu’ils sont abandonnés au mécanisme périodique, à la serie périodique.

Depuis 1808, il a conduit les évènements, comme si le destin se fût engagé à punir Ja Civilisation, et surtout les Français. Est-il d’affronts, de fléau dont ils n'aient été aocablés depuis? La natjou française et le nom français sont devenus la riséo du genre humain. Les victoires mème

des Français sont des crimes pour ceux qui les ont remportées. L'op-

probre, la ruine, la servitudé publique, enfin toutes les calamités qui ont assailli, dévoré [ ], date de l’époque où elle insulta à la découverte du calcul de l'attraction. La capitale où eettc découverte fut insultée a été deux fois envahie , souillée:par les outrages de ses ennemis: elle croyait commander au monde, elle en est-devenue le jouet. Je le répète, si j'avais eu quelque pouvoir sur le destin, ares pu . Jui demander une vengesace plus éclatante?

Discite justitiari moniti et non temnere divos.

Beaucoup de gens me demanderont pourquoi je ne répondais rien aux facéties des journaux de Paris, Qu'’était-il-besain de réplique ?.Le temps et les évènements me vengeaient assez. Il convenait d'attendre le dénouement de cette tragédie politique et laisser. les Français prendre à

or

leur saoul des bains de sang, et leur présenter ensuite le parallèle des biens qu'ils avaient refusés, et des maux qu'ils avaient soufferts. Je résolus secrètement d'attendre que la Frauce eut perdu encore un million de têtes dans les combats, ét chaque fois qu'on me demandait ce calcul annoncé sur l'attraction, je donnais des réponses dilatoires. Enfin l'an 4813 a soldé amplement ce tribut d’un million de têtes, auquel j'avais imposé la France. Il y a mème aujourd'hui un excédant en massacre de 3 à 400,000 têtes. Maintenant je puis inviter messieurs les Français à faire le parallèle, à comparer le sort brillant dont ils ont joui depuis 4808, avec l'hypothèse d’une fondation de l'unité qui aurait pu avoir lieu cette même année, ils verront plus loin, au chapitre des 3 passions rectrices (4° p°, 4'e section), quels seraient aujourd’hui le bonheur du globe et les jouisances individuelles de chacun.

A cela on réplique : cette annonce de l'unité du globe semblait une chimère, et d'ailleurs vous n’en donniez pas le traité. — Qu'importe, je ne le refusais pas, je ne le mettais pas à prix, j'annonçais que j'allais le publier, et je l'aurais fait, si j’eusse vu un seul des journaux de Paris tenir la neutralité dans cette affaire et opiner à peu près dans le sens suivant :

— On se hâte de persifler cette chimère ou prétendue chimère avant sa publication : il est très-possible que ce soit une erreur, un système sophistique à ajouter à tant d’autres, et dans ce cas on n'aura pas plus risqué à le lire qu’à lire les 400,000 tomes de pbilosophie au rang desquels celui-ci pourra être placé, s’il se trouve comme eux démenti par l'expérience. Mais jusqu'à ce que l'expérience ait prouvé, jusqu’à ce que la publication du traité puisse donner lieu à une critique raisonnée, cette chimère, ce calcul de l'attraction passionnée réunit en sa faveur 7 présomptions ou augures qui militent pour ne pas condamner d’avance et pour suspendre tout jugement jusqu’à la publication.

Ces 7 motifs sont 4° l'annonce d’un calcul nouveau et omis sans excuses valables, car les savants étant tenus à l'exploration du domaine : de la nature, quiconque signale et réparé une de leurs négligences, quiconque annonce et produit une branche d'études omise depuis 3000 ans, mérite attention et protection jusqu’à ce qu’il ait publié.

2° L'annonce d'identité entre le calcul d’attraction passionnelle et le calcul newtonien d'attraction matérielle, l'engagement d'appliquer les théories du matériel au système du passionnel. Sous ce rapport, l’auteur, devenant continuateur d’une doctrine fixe et généralement admise, mérite provisoirement la protection dont jouit le calcul newtonien sous l'égide de qui il se range et auquel il promet de rattacher et identifier le eorps de sa doctrine passionnelle,

3° L'engagement de donner un système de causes sur le mouvement, dont on n’a jusqu'ici expliqué que les effets, et d'expliquer par la théorie de mécanique passionnelle toutes les causes et les dispositions fixes de la nature dans les 3 règnes, depuis les relations des astres jusqu’à celles des insectes et substances quelconques, et de démontrer entre: leurs propriétés et celles des passions une relation d’analogie univer-; selle, et que les sciences actuelles n'ont aperçue en aucun sens, car elles ne peuvent pas répondre à une seule question sur les causes, comme serait celle-ci : Pourquoi Herschel gravite-t-il à contresens des autres planètes ?

&o La triple coïncidence avec les vues présuinables de Dieu, par l’engagement d'employer et utiliser toutes les passions réputées vicicuses eu Civilisation, mais qui n'auraient pas été créées par Dieu s’il n’en eût prévu et assigné un emploi dans quelque mécanisme différent de la ” Civilisation; — en morale par un système social qui conduirait à la fortune par la pratique de la vérité et de la justice, et n’assureroit qu’une ruine inévitable au mensonge et à l'injustice ; — en politique, par un système d'unité sociale applicable aux Sauvages, Barbares et Civilisés, sans contrainte, mais par le seul appât du bénéfice et du plaisir.

5° La faculté d'épreuve partielle et limitée à un petit territoire d’un millier d'habitants sans heurter aucune forme de gouvernement et sans recourir à ces mesures d'innovations générales et bouleversement d’empires que provoquent les théories philosophiques.

6° La contradiction avec les quatre sciences philosophiques toutes évidemment hors des voies de la vérité, puisqu'elles la cherchent encore après 3000 ans d'inutiles efforts pour la découvrir et l’introduire dans les relations humaines, d'où elle est de plus en plus honnie.

7° L'indice tiré du mauvais succès des méthodes qu’on juge sensées, et qui n'ayant abouti, malgré leur sagesse apparente, qu'à perpétuer les fléaux, comme indigence, guerre, révolution, monopole, mariage, deviennent un titre en faveur des méthodes bizarres en apparence, mais évidemment neuves, comme celles dont le Prospectus de l'attraction fournit des aperçus.

Une chimère qui s'annonce sous de tels auspices est au moins digne de curiosité, et l’auteur, à supposer qu’il échouât, serait louable de s'être proposé de tels buts et d’avoir tenté la solution d'un problème si ef frayant que les savants jusqu'ici n’ont osé s’en occuper. Une théorie aussi neuve pourrait, quoique fausse en système général, se trouver juste dans quelques détails, acheminer à qnelques vérités importantes. L'auteur n'est pas rhétoricien, mais il a l'avantage plus rare de l'originalité. Ses raisonnements, de l'aveu même de ceux qui le raillent, sont bien faits et bien suivis. À tous ces titres, il mérite attention, délai de

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jugement et garantie d'examen, d'autant mieux que si sa théorie, en définitive, n’est qu'une chimère, elle sera la plus belle des chimères, et c'est toujours quelque chose que d'être le premier dans un genre quelconque, même dans celui des chimères. Mais comme il est de fait que l'étude de l'attraction passionnée a été complètement omise depuis 3000 ans, il reste toujours à cet auteur l'honneur de l'initiative sur cette science, et sa théorie, en cas qu'elle soit défectueuse, pourra étre étendue par de plus habiles et servir plus ou moins à leur frayer les voies. — -

C'est ainsi qu’aurait parlé un analyste impartial. Sans rien préjuger sur la validité de la découverte, sans faveur ni détraction, il aurait pesé et rassemblé les indices bons et mauvais. Si j'avais va un seul des journalistes prendre ce ton d'équité, j'aurais songé à publier ; car en France, pays de monopole scientifique et littéraire, un livre n’est lu qu'autant qu'il est protégé, ou du moins protégé par les journalistes de . Paris, arbitres exclusifs de l'opinion, et comme les journalistes m'adres-

sèrent un orage de sarcasmes, sans rapporter aucun des arguments pressants dont fourmillait le Kvre, je reconnus à travers leurs railieries que la cabale philosophique ne voulait pas laisser accès à cette décosverte et qu'elle déteurnaït l'attention en esquirant toute discussion sur le fond. Ses critiques ne portèrent que sur les accessoires auxquelles je vais répondre. |

Premièrement. — fs m'attaquérent sur k style et la méthode, comme s'ilse fût agi d’une pièce académique. Qu'importe le style en fait de découvertes, et qu’est-il besoin qu'un inventeur soit ur Démosthènes? Va-t-on s’enquérir aujourd'hui si celui qui inventa la boussole s'exprimait en style académique ou jergon popealaire? Qu'i at parlé patois, cela n’importe, la boussole n’est pas moins ne découverte plus précieuse que les beaux discours de tous les rhéteurs de la terre. Il en est de même du calcul de l’attraetion passienaée. S'il est juste, s’il pent conduire subitement le genre humain à l'Unité, la cessation des guerres et des révolutions, qu'importera que je Fai peblié en pateis ? En aura-til moins de prix pour le genre humain ? Un diamant trouvé par un geejat n’a-t-il pas autant de valeur entre les mains d'en goujat qu'entre celles d’un bel esprit? D'ailleurs j'avais déclaré que je n'étais pas éerivain de de profession, mais eourtaud, sergent de boutique ; que n'ayant nulle{prétention à l'Académie, je donnais à pendre s0es le rapport de style tout ouvrage que je pourrais produire, et que je n'entrais en scène qu'à titre d'inventeur.

Quelle maladresse aux beaux esprits de Paris d'intenter pareil repsoche! il est de leur intérét qu'un inventeur manque de faconde. ils pezvent broder sur son canevas, ajouter leur prose à la sienne, comspeser

de brillants traités sur le sujet d’où il n'aura su tirer qu’un corps de doctrine tout nu, sans papillotage ni fanferluches oratoires. Puisque ces messieurs ne savent ren inventer, sont toujours aux ahois pour trouver un sujet à traîter et n'ont d'aptitude qu'à compiler, commenter et: broder sur le fonds d’autrui, ils doivent désirer que les découvertes n'échoient en partage qu’à de bons simples comme moi, qui, n'ayant pas le goût de remplir beaucoup de volumes, sont précieux pour les milliers d'écrivains à qui ils fournissent des matériaux. ù

Passons au reproche du défaut de méthode, ils avaient tort. C’étaient eux qui manquaient de finesse, ils ne s’aperçurent pas que le petit prospectus de 450 pages était un piège tendu aux malins et disposé de la manière la plus convenable pour les jouer. 11 avait double but, éconduire {es plagiaires et sonder l'opinion.

4° Econduire les plagiaires. 11 faut en France bien se précautionner contre eux, ils savent, en une quinzaine, commenter et dénaturer une théorie nouvelle, s'en attribuer la meilleure partie ou même le tout, et persuader que l’auteur est un larron qui a trouvé et copié quelques maouscrits inédits. Un inventeur qui ne se prémunirait pas contre eux, nsquerait, après de longues années de travail, d’être payé par la spoliation et le renom de fripon. Je connaissais sur ce point le savoir-faire des Parisiens et je crus nécessaire de leur tendre un piège; leur présenter la perle enduite de boue, des aperçus très bizarres sans être faux. J'affectai à dessein la bizarrerie dès le titre : Théorie des 4 mouvements! titre fastueux, ampoulé, mais juste, et je disposai le livre à l'instar du costume d'Arlequin, cousu de toutes pièces et bigarré de toutes couleurs ; s’il n’est pas conforme aux règles oratoires, il est ce que doit être un travestissement, et sous ce rapport il ne manque pas de méthode ; je pourrais le prouver par des détails qui deviendraient oiseaux pour le lecteur.

& Sonder l'opinion. I] fallait reconnaître quelle résistance opposeraient les divers préjugés, et pour cela je préludai sur toutes sortes de sujets sans rien traiter à fond. Par exemple, étant obligé dans l'analyse de Civilisation de donner un traité sur les crimes du commerce (ce qui sera l’objet de la 4° partie), il fallait sonder les résistances sur # ou 5 crimes seulement. Aussi en parlant de la banqueroute, quiest l'un des 36 crimes du commerce, je n'en décrivais que 3 variétés au lieu de 42 dont se compose la hiérarchie des banqueroutes. En parlant de l’adultère, qu’on nomme en France cocuage, je n’en décrivais que 3 variétés au lieu de 72 variétés dont se compose la hiérarchie de l’adultère. Ces aperçus très-abrégés formaient un ouvrage diffus qui préludait sur vingt sujetssans en approfondir aucun. C'était la méthode convenable pour sonder l'opinion sur tous ces détails.

Au surplus, quand j'aurais manqué de méthode comme de style, qu'importe, si ma découverte était juste et si elle sauvait la vie à 3 millions de civilisés, que la guerre a depuis 1808 moissonnés en Europe et en Amérique ? S'ils étaient vivants, me feraient- ils un crime d’une faute de méthode qui les aurait conservés à la vie, et si aujourd’hui le genre humain tout entier jouissait des richesses, des voluptés et de l'Unité où il pouvait passer en 1808, m'incrimineraient-ils pour avoir fait quelques fautes de méthode ou de style dans la publication du calcul de l'Unité? Quand donc les savants comprendront-ils que la rhétorique n'est pas tout et que le génie est quelque chose, qu'enfin le bonheur du genre humain, la cessation des guerres, l'avènement aux richesses, à l'unité sociale, seraient mille fois plus importants que des fatras de discours académiques, et qu'il est souverainement absurde d’assimiler aux pièces oratoires des inventions dans l'exposé ou l'anuonce desquelles l’on ne doit envisager que l'utilité, surtout quand il s'agit d'évènements qui peuvent d'un instant à l'autre changer le sort du genre humain ?

Deuxrtèmement. — Îls me reprochèrent de chercher à me faire ami des savants par l'immense fortune que je leur faisais entrevoir. Je leur disais franchement ce qui leur était réservé : abailus comme sophisles, tls brilleront comme litiérateurs. En cffet, d'après le détail donné au Prospectus, il sera plus facile à un savant de gagner un million dans l’'Harmonie qu'un sac d'écus en Civilisation, et tous ceux qui sont versés dans la littérature, aujourd'hui si négligée, nageront dans l'or, parce que chaque phalange recherchera un littérateur exercé et capable de former la jeunesse à de bonnes études. Loin d'en trouver pour chaque phalange, on en trouvera à peine un pour chaque région d'une centaine de Phalanges. Le peu qu'il y aura, sera harcelé de séductions par les diverses contrées qui tâcheront de le fixer et qui auront un besoin urgent de ses services. Tous ces auteurs dédaignés dans les capitales, et qui dans leur polémique s’accusent réciproquement d'ignorance, deviendront tout-à-coup des hommes de la plus haute importance, parce que chacun d'entre eux est en état d'occuper une chaire d'enseignement littéraire, et je le répète, leur nombre qu'on dit trop grand aujourd'hui ne suffira pas au 400° des besoins et des demandes. Ils obticndront donc des bénéfices proportionnels à leur petit nombre; car s'ils cussent soutenu le calcul de l'attraction et provoqué l'épreuve, ils seraient tous aujourd'hui au faite de la fortune, surtout s’ils fussent parvenus à faire adopter la langue française pour langage provisoire de l'Unité. Cependant, malgré cette immense fortune où ils s'élevèront comme littérateurs, ils seront badinés conne philosophes, titre dont ils se défendront soigneusement et dont il sera assez

facile de se laver, vu qu’il n’existe plus aucun des coryphées de la science, et le peu de continuateurs qui restent désirent en secret se débarrasser du fardeau. "Le temps n’est plus où la philosophie était caressée par les rois et les ministres; ses beaux jours sont finis, les palais lui sont fermés, aucun parti ne veut s’en affubler, et la friperie de Platon et Sénèque, d'Helvétius et Jean-Jacques, n'est plus qu'un objet de risée générale. Leurs acolytes cherchent un prétexte pour abandonner ce fatras ancien ou moderne dont le soutien ne leur vaut aujourd'hui que des disgràces. Ils devaient s’estimer fort heureux que le calcul de l'attraction vint les tirer de ce mauvais poste et les autoriser à déserter en masse la synagogue philosophique. Si je leur ai représenté ces vérités, ce n’était pas pour rechercher leur amitié, mais pour exposer franchement l’état des chances.

J'ai tellement négligé ces cajoleries, que je n'ai pas même parlé aux Parisiens d'un moyen de fortune particulière que leur ouvrait la fondation de l'Unité. Le voici : la première opération de la hiérarchie sphé- . rique sera de fixer les unités de communication en langage, en système métrique, en lignes typographiques, etc. Si les Français et surtout les Parisiens n’eussent pas entravé, et retardé l'avènement à l'Unité, si au contraire leur monarque en fût devenu fondateur, le globe aurait été fortement obligé et reconnaissant envers eux, et ce motif aurait puissamment influé pour faire adopter leur langage. Il en faut un provisoire, la langue définitive ne pouvant pas être fixée avant deux cents ans. L’idiome français avait des moyens d'obtenir adoption pour peu que la gratitude eût parlé en sa faveur; alors chaque phalange des pays non français aurait cherché à s’adjoindre et fixer dans son sein par de grands avantages une des familles pauvres qui parlent et prononcent agréablement le français et qui abondent à Paris. Cette chance est à peu près perdue depuis 4808, les Français ayant commis la double faute de retarder l'avènement du globe à l'Unité et semer depuis cette époque tous les désordres sur le globe. Cette double sottise ne militera pas pour faire préférer leur langage, qui aurait très-probablement réuni les suffrages en 4808. J'aurais pu, si j'eusse quété des protections, présenter cette perspective qui intéressait spécialement les Parisiens, mais je n'ai songé à flatter ni les Parisiens, ni les savants, ni personne.

Troisièmement.— Les journaux de Paris me reprochèrent de n'avoir pas de fortune, disant ironiquement que lorsqu'on fait de si belles découvertes, on doit nécessairement être fortriche. Plaisante conséquence ! A-t-on jamais vu qu'en Civilisation la fortune pécuniaire füt cssentiellement compagne du génie ? On a vu tout le contraire, depuis Homère, prince des poëles, qui mendiait son pain en récitant les vers de l’Jliade,

usseau, prince des sophistes, qui gagnait sa vie à copier de

rs musique. Les savants et artistes ont été plus souvent vêtus de bure que de drap d'or. À la vérité la fortune sourit à quelques-uns qui composent des feuilletons et des mélodrames ; elle ne sourit pas pour cela à ceux qui passent de longues années en recherches scientifiques, et quand des journalistes cousus d’or insultent un inventeur sans fortune il ne s’émeut pas de cette grossièreté. L'un d'eux, le Publiciste, me peignit comme un escroc, parce que je disais très-franchement aux lecteurs que l'édition du calcul de l'attraction coûterait 42,000 francs, et que je désirerais en être couvert par une souscription. D’après les renseignements, la seule dépense des planches devait s'élever de 6 à 7,000 francs ; puis l'édition de deux volumes, puis mon salaire d’un an, les voyages à Paris, etc. Tous ces frais auraient plus approché de 45,000 francs que de 12; je voulais en être couvert, sachant bien qu’on ne peut pas en France spéculer sur la vente d’un vuvrage qui contredit les philosophes et qui ne flagorne aucun autre parti. On a tout le monde contre soi quand on ne peut distribuer ni encens ni argent à personne. Aussi le Publiciste me peignit-il comme un homme qui voulait escro— quer 42,000 francs, sans qu'aucun de ses collègues lui observât qu’il sortait des bornes. Ces messieurs se croient tout permis contre un provincial. De telles impertinences ne méritent que le mépris, et c'est pour cela que je ne répondis rien aux journaux de Paris, et résolus de laisser la France à son régime de bains de sang et aux délices où on la voyait courir, et j'estime que messieurs les Français ont largement payé l’m jure. Je ne saurais trop le redire : payer de 4,200,000 têtes une raillerie, ce n’est pas être les bons plaisants, et tout le bel esprit du monde n’est que sottise quand il aboutit à de pareils résultats.

Quatrièmement. — Les journaux de Paris voulurent m'envover force médecins, force apothicaires pour me rendre la raison. Ces verbiages sont bien usés,bien triviaux ; tous les Français entre eux s’accusent de démence. On est fou dès qu'on n’est pas de leur avis. Dans un temps, les journaux de Paris déclaraient fous tous les rois qui n'adhéraient pas au système français ; et lorsqu'on voulut placer la dynastie Bernadotte sur le trône de Suède, les gazettes de Paris décidèrent très-gravement que le roi Gustave était fou. Ainsi tout le monde est fou, au dire des Français, qui eux-mêmes ne sont rien moins que raisonnables aux yeux de l'Europe. Une nation qui est surnommée en tous lieux nation de fous ne devrait pas adresser ce titre à personne, car on peut lui répondre qu’elle imite les filous qui crient au voleur pour se déguiser.

Analysons la logique de ces distributeurs de raison. Dans la même colonne où un journaliste {celui du Commerce) veut m'envoyer des pharmacopoles pour rétablir mon cerveau, et pour me rappeler au res-

es en SU |

pect dù aux philosophes, aux athées et aux agioteurs, il avoue à quelques lignes de là que mes raisonnements sont si bten faits, si bien susvis, Cela étant, à quoi me servira le ministère des pharmacopoles qu'il m'envoie? Si leur orviétan apporte un changement dans mes faeuliés mentales, il m'amènera donc à produire des raisonnements mal faits, mal suivis ; puis, au lieu d'esprit original dont les journalistes m’aecordent le titre, je deviendrai un servile copiste comme eux, reflétant des plaisanteries banales et des idées rebattues. Voilà des doeteurs bien isconséquents dans leur traitement et leur but! Plaisants distributeurs de la raison et de la logique! Ce sont pourtant de pareils oracles qui rèslent l'opinion de Paris sur une découverte encore inédite; ee sont eux qui la déclarent impossible, ridicule, avant qu'elle ne soit connue. Sar leur autorité, la France, servum pecus, condamne la découverte avant de savoir de quoi elle traite. L'Europe, qui ne connaît les ouvrages annoncés en France que par les gazettes de Paris, conclut de leurs diatribes que le calcul annoncé sur l'attraction passionnelle est une

- absurdité. L'auteur insulté ne trouve en pays français aucune ville où

il puisse en appeler des arrêts de Paris. En attendant, la Civilisation se prolonge, les massacres continuent, et depuis 4808, 3 millions de eivilisés paient de leurs têtes ce judicieux arrêt des journaux de Paris, effet inévitable du monopole scientifique dont Paris est investi depuis ke règne de Louis XIV. Ce ne sont pas les zoiles de Paris qui ont tort ; la faute en est à Louis XIV, qui eréa leur monopole.

En général les p'aisanteries des journaux de Paris, comme de tous Jes Français, fournissent toujours dans un même article de quei confondre le plaisant en l'opposant à lui-même. Les Français n’y regardent pas de si près ; le raisonnement [ J n'est pas leur mets favori. Aussi ne leur cita-t-on aueun de mes arguments sur les absurdités civilisées. Les journalistes se bornèrent à imiter le talent des clercs de procureur, qui savent faire pendre un homme en commentant et travestissant quatre lignes de son écriture, on rassemblant des lignes éparses et tirées de diverses pages dont on forme aisément une phrase ridicule. C'est ainsi que mon prospectus fut critiqué en 1808.

Une chose à remarquer, c'ost la très-humble adhésion des savants de province aux arrèts du minetaure. Il est dans les provinces de France quelques savants, quelques académies, — trente fauteuils ran- .

gés en rond, dit Bernardin de Saint-Pierre.

On trouve à Lyon, comme aïlleurs, une de ces intéressantes réonions. J'ai l'honneur d'en connaître plusieurs membres avec qui je conférais daus le temps sur le prospectus de l’Attraction. Voici les doeuments importants que j'en recueils; ils servent à mesurer l’influenee

d’un monopole de capitale sur les opinions de province, je rapporte en abrégé mes conversations.

Les savants. Si vous ne faites pas imprimer votre ouvrage dans Paris, il ne peut pas réussir.

L'auteur. Hélas! je n’ai pas de quoi aller m'msialler dans Paris, je vis à Lyon de mon humble travail que je perdrais en me déplaçant.

Les savants. Ah! tant pis, Paris veut le début, Paris veut être seul juge des nouveautés. Gniak Paris ! gniak Paris!

L'auteur. Mais si je publie une bonne découverte qui soit utile aux Parisiens comme à d’autres, et qui les conduise à la fortune dont ils sont si avides, ne peuvent-ils accepter le bienfait quoique venant d'un profane, d'un provincial ?

Les savanis. Bah! bah! ce sont des systèmes. Paris n’entend pas que les provinces jouent un rôle dans le monde savant. Gniak Paris, gntak Paris !

L'auteur. D'accord, je saïs que Paris exerce en France ce monopole de génie : mais quelles mesures faut-il prendre quand on a le malheur d'étre un ilote, un paria, un provincial enfin ? faut-il ensevelir sa dé-— couverte parce qu’on n’a pas l’honneur d’être né à Paris, ou les moyens d'y vivre somptueusement.

Les savants. Non, mais il faut par quelques moyens vous faire des amis à Paris. Gniak Paris! Avez-vous mis Geoffroy dans vos intérèts ?

L'auteur. Je ne peux pas y songer, je n’ai pas la clé d’or à ma disposition.

Les savants. Ah ! si vous n'avez pas pour vous Geoffroy, vous ne pouvez rien, vous serez mal vu dans Paris. Gniak Paris /

L'auteur. Et comment faire ? je n’ose pas me présenter chez Geoffroy et consorts sans avoir le rameau d'or à la main. Boileau défend d'aborder sans argent un clerc de rapporteur, et sans doute aussi le clerc de feuilletoniste.

Les savants. Alors votre livre aura bien de la peine à parattre; il faut absolument vous ménager des protecteurs dans Paris. Gniak Paris’

Les annonces précédentes ne sauraient manquer de causer beaucoup de défiance même aux lecteurs bienveillants; il importe de leur fournir une boussole qui puisse les guider dans ce nouveau monde scientifique dont je soulève le voile. On a été depuis 25 siècles, et surtout depuis 25 ans tellement dupé par les beaux esprits et les intrigants littéraires, qu'il est bien juste de suspecter tout inventeur jusqu'à ce que l'expérience ait prononcé sur sa théorie; mais autant il est sage de se précautionner contre les charlatans, autant il serait absurde d’être l'écho des zoïles et des jaloux qui dénigrent toute découverte avant

l'épreuve, et qui diffament toute nouveauté quand elle n’encense pas les sophismes en crédit, les prestiges philosophiques. Voici une comparaison qui pourra rassurer les lecteurs impartiaux, régler leurs jugements sur l'attraction et les garantir de la duperie où ils tomberaient par une défiance prématurée.

Je suppose qu'à Rome, au siècle d'Auguste, où certains orgueilleux s'imaginaient, comme nos philosophes, avoir atteint à la perfection du perfectionnement de la perfectibilité, quelque homme inconnu dans le monde savant eùt fait une de nos découvertes modernes, soit la poudre à canon, et que sans se hâter de chanter victoire, il eût employé comme moi seize années à déterminer les emplois de sa découverte , la mousqueterie, l'artillerie, les artifices, la mine, etc. Fort de ces nouvelles connaissances , il aurait pu en promettre des résultats bien incompréhensibles aux Romains; par exemple, il leur aurait dit : Je puis vous enseigner à incendier les villes à mille toises de distance (par la bombe), à faire tomber leurs murailles sans catapultes ni balistes (par le boulet), à porter la foudre dans vos goussets (par le pistolet), à faire sauter en l'air toute la ville de Rome à minute nommée (par la mine). Puis montrant aux Romains une cartouche, il jeur aurait dit : J'exécuterai tous ces prodiges avec la matière contenue dans ce papier, elle seule va changer et paralyser la tactique des Alexandre et des César.

Sur ünetelle annonce, les Romains qui ne connaissaient ni la poudre, ni ses effets auraient jugé cet homme insensé ; les savants de Rome auraient couvert un tel inventeur de railleries, et cependant cet homme n'aurait pas exagéré d’une syllabe dans ses annonces. Aujourd’hui elles n'étonneraient pas même les enfants qui connaissent fort bien les emplois de la poudre. Les Romains auraient donc été déraisonnables de condamner et railler cet inventeur avant l'épreuve. Les modernes sont déjà tombés dans la même inconséquence au sujet du calcul de l'attraction et de ses résultats surprenants qui furent annoncés en 4808. Ils sont révoltants, inconcevables, je le sais, mais il faut bien les annoncer sans ménagement tels que les donne la théorie. Si je modérais les annonces, on m'accuserait ensuite de n’avoir qu’entrevu, qu’ebauché le calcul. C’est pourquoi j'en [ ] les effets dans toute leur immensité, et je garantis très-pertinemment qu'’autant il est certain qu'on ferait sauter subitenrent un magasin à poudre, quelque immense qu'il fût, avec une simple étincelle qui est pourtant bien peu de chose, autant il est certain qu'on fera sauter, disparaître subitement les 3 sociétés Civilisés, Barbare et Sauvage avec une étincelle d'attraction, un petit essai d'un tourbillon passionnel sur une lieue carrée. Plus ces annonces paraîtront inconcevables et ridicules, plus on devra se rappeler qu'il survient de mille en mille ans certaines découvertes merveilleuses

comme la poudre, ka boussole, qui { ] toutes les connaissances acquises , changent toutes les méthodes, les habibades, et que le possesseur exclusif de pareilles inventions peut, malgré les apparences de [ ], faire à bon droit les promesses les plus gisautesques, et que le ridicule et la folie sont du côté de ceux qui veulent juger avant l'épreuve, surtout quand cette épreuve est facile comme celle du tourbillon passionnel, qui n'exige qu'un millier d'habitants, avec toutes les formes de gouvernements, avec toutes les habitudes sociales, hors l'esclavage.

J'invite le lecteur à se rappeler la comparaison précédente sur les défiances mal fondées que l'invention de la poudre eût causées aux Romaies. Nous sentons aujourd'hui combien ils auraient été dupes, en se moquant des ridicules apparences de cette découverte ; évitons de tom-

ber dans le même écaal au sujet des ridicules apparences de la théone

d'attraction. .

Distinguons surtout dans cette affaire les intérèts du genre humain d'avec les intérêts des philosophes qui le dirigent depuis 3,000 ans. Voyant leurs 4 sciences métaphysique, morale, politique et économique, améanties et couvertes de ridicules par cette découverte, ils ne mangeeront pas de diffamer l'inventeur et l'invention, pour en empêcher l'épreuve. 1l est fâcheux pour le genre humain que cette découverte soit échue à un homme inconnu, sans protections et sans fortune, dépourvu de meyens pour lutter contre les détracteurs et décider l'épreuve; si elle fût échue à des Newton, des Leibnitz, elle aurait eu sur la simple annonce vingt sociétés savantes pour prôneurs, mais elle tombe en partage à un homme inconnu et qui a le tort impardonnable en France d'être un provincial ou paria scientifique, elle sera nécessairement contrecarrée par la capitale qui exerce le monopole du génie et ne veut pas que hors de son sein il existe en france un homme de génie. Je -donaerai sur l'influence de ce monopole d’autres détails dans ua chaprtre spécial. Provisoirement, j’invite k lecteur à peser les considérations précédentes que je résumeen 4 articles.

4° Le danger de se laisser abuser par les ridicules apparents, comme eussent été, aux yeux des Romains, ceux de la poudre et de ses emplois ; 2° le risque d’être dupe des philosophes dont toutes les sectes confondues par Île calcul de l'attraction ne manqueront pas de la diffamer, en empêcher l'épreuve, sans considérer que, s’il blesse leur orgueil, il assure leur fortene ; 3° l’influence du monopole exercé par la vie de Paris, qui ne saurait pardonner à un provincial la plus impor-

tante des découvertes, quand les Parisieos se battent les flancs pour in- -

nover dans les sciences, sans pouvoir y parvenir : 4° l'effrayante alternative de prolonger l’indigence, le carnage et les révolutions, et le sacrifice annuel d'en million de tites que moissonne la guerre, et

30 millions que moissonne l’indigence, indépendamment de tant d'autres fléaux qui se [ }, autant qu'on différera l'examen et l’épreuve de la théorie d'attraction passionnée.

En rassemblant ces préventions défavorables, que je désignerai sous le nom de triple bévue, on peut en tirer une boussole suflisante pour se maintenir dans les voies de l’impartialité, et échapper aux préventions et suggestions par lesquelles on cherchera à [ ] l'examen et l'épreuve d’une découverte, d’où dépend l'avènement de l'humanité entière au bonheur, à l'Unité. Les beaux esprits de la cabale philosophique prétendent qu’il ne reste rien à découvrir. Bien pourvus de pensions et de couronnes littéraires, ils raisonnent comme le Sganarelle de Molière, qui, lorsqu'on lui parle de ses enfants affamés, répond : «quand j'ai bien dîné, je veux que personne n'ait faim chez moi. » Telle est la devise des philosophes rengorgés dans leurs fauteuils académiques; ils déclarent que la société civilisée, qui les entretient dans l'abondance, est la perfection du génie social, et qu’il ne reste plus rien à découvrir.

Les hommes impartiaux, qui comptent les souffrances de la multitude pour quelque chose, raisonnent bien différemment ; ils reconnaissent que l'espèce humaine est très-malheureuse, puisqu'elle est accablée de privations, même dans les régions qu’on appelle opulentes, comme dans Londres, ville qui compte 445,000 mendiants, vagabords, gens sans aveu et privés du nécessaire. Cependant, Londres est la cité qui perçoit des tributs sur l’industrie du monde entier : quel doit être le sort des régions pressurées, si celle qui les pressure est dans une telle détresse ?

Cette vérité a été reconnue, même par les chefs défunts de la philosophie, les Voltaire, les Rousseau, les Montesquieu, etc. Ces chefs plus traitables, moins rebelles à l'évidence que les savants actuels, ont maintes fois confessé l'insuffisance de la Civilisation pour faire le bonheur des sociétés humaines ; ils ont manifesté l’espoir de quelque découverte, qui changeraït le sort de l'humanité, et purgerait sa corruption sociale. J.-J. Rousseau dit, en parlant des infâmes Civilisés, Barbares et Sauvages : « Ce ne sont pas là des hommes, il y a quelque bouleversement dont nous ne savons pas pénétrer la cause. » Montesquieu porte le même jugement sur ces 3 sociétés gangrénées, et dit « que le genre bumain est atteint d'une maladie de langueur, d'un vice intérieur, d’un venin secret et caché. » L'on voit cette plainte répétée dans tous les siècles, depuis Socrate, qui espère qu’un jour la lumière descendra, jusqu'à Voltaire, qui se plaiat de ce qu’elle tarde à descendre, et condamne amérement nos lumières philosophiques, en disant : « Montrez l'homme à mes yeux, bonteux de m'ignorer, etc. » Ainsi, les chefs du sophisme,

au siècle passé, étaient moins orgueilleux que dans l'âge présent; ils

n'avaient point adopté ces jactances de perfectibilisation et de perfec-

tibilisantisme que font retentir les philosophes du XIX° siècle. Ils expriment franchement le désir d'échapper au dédale Civilisé, Barbare et Sauvage. Ils eurent le tort bien grand de n’en pas chercher l'issue, qui est enfin découverte, mais, en la publiant, j'ai à lutter contre les préjugés philosophiques et superstitieux, qui nous peignent l'humanité comme devouée, en cette vie, aux misères et aux souffrances. Je vais leur prouver, au contraire, que Dieu lui a préparé un immense bonheur dés la vie présente. Les communications queje vais faire produiront l'effet du soleil de midi sur un homme récemment opéré de la cataracte. Les esprits Civilisés, rétrécis par l'antique habitude du malheur, ne pourront supporter les brillants tableaux d’un ordre social, où la pratique de la vérité sera plus lucrative que celle du mensonge, d'un ordre où l'amour des plaisirs se conciliera avec le triomphe de la vertu, où l'amour des richesses deviendra le gage de l'harmonie générale, d’un ordre où la classe inférieure, qui aujourd'hui manque de pain et de vêtements, jouira d'un sort plus heureux que celui de nos grands propriétaires, tandis que les jouissances de la classe moyenne, ou riche; croltront en proportion. J'aurai à produire des descriptions de plaisirs, devant lesquels nos fêtes civilisées ne présenteront qu'un ennui insoutenable. C’est vraiment un monde nouveau dans lequel je vais introduire le lecteur ; mais, pour s’y guider, pour éviter les suggestions des sceptiques et des zoïles, il sera nécessaire de faire usage de la boussole, que je viens de donner sous le nom de triple bévue, boussole que je rappellerai et reproduirai autant de fois que je présenterai ces tableaux d'harmonie sociale, si contradictoires avec les misères, les perfidies et les fureurs de la Civilisation.

Que si certains peuples comme les Français ne peuvent résister à la manie du sarcasme, aux ironies anticipées qui sont un besoin pour eux, qu'ils se rappellent que je ne m'en offense point, pourvu qu'elles soient suivies de quelques raisonnements et qu'après avoir donné à l'ironie, aux travers nationaux, un essor suffisant, on en vienne enfin à raisonner, à peser les privations qu'on encourt et les horreurs auxquelles on expose le genre humain par des délais d’épreuve de la théorie d’attraction. Ce [ ] méritera bien une remontrance, un avis plus étendu, un chapitre spécial sur l'alternative de se plonger dans les bains de sang et les révolutions ou de consentir à un examen et une épreuve du calcul de l'attraction.

J'ai donné sur cet examen une boussole de critique; il convient maintenant de mettre en parallèle les méthodes critiques adoptées par les Français, en langue de qui j'écris, et d'analyser la confiance que

méritent leurs jugements sur les inventions. Je vais à ce sujet remet

tre en scène un Prospectus que je publiai en 4808.

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