‹ Manuscrits de FourierChapitre 61 sur 134 · V. LA NOUYELLE ISABELLE · texte numérisé non relu

V. LA NOUYELLE ISABELLE

(Extrait dn cahier 222, cote supplémentaire. )

Notre siècle, qui se flatte de raffiner en métaphysique, n’a su raisonner Sur aucune des fonctions et opérations de Dieu, par exemple sur l'option en ressorts du mouvement. Dieu ne peut opter qu'entre deux ressorts, l'Attraction ou la Contrainte. En adoptant la voie de contrainte, il tomberait dans la complication et l’absurdité ; il serait forcé de créer des êtres gigantesques pour contraindre des créatures inférieures ; mais en adoptant l'attraction pour ressort, il obtient des avantages de toute espèce :

Cumuler en un seul ressort l'interprétation et ((la révélation) l’impulsion permanente; — concilier par appât du plaisir l'amour des créatures avec l’obéissance au créateur, — assurer la punition du rebelle par le martyre d'attraction attaché à la désobéissance, eto.

Et si l'emploi de l'attraction fournit de si puissants ressorts à celui qui peut en disposer, comment peut-on supposer que Dieu, distributeur exclusif de l'attraction, néglige de l'employer comme ressort de mouvement ? {1 l'a déjà employé exclusivement pour le matériel. Nous en avons la preuve par la théorie newtonienne. Or s’il est un en système, il a dû employer l'attraction en passionnel comme en matériel. Où pourrait-il trouver un ressort plus compatible avec ses 3 propriétés : unité de Providence, unité de système, économie de ressorts ?

Si un prince pouvait posséder cette attribution réservéc à Dieu seul, cette faculté de distribuer l'attraction pour l'exécution de ses ordres, hésiterait-il à en user ? Il donnerait à tous ses sujets attraction pour les impôts, attraction pour marcher aux conscriptions, et dès lors tous ses sujets obéiraient par plaisir. 1] ne seraït besoin ni de tribunaux mi de sbires, puisque chacun trouverait son bonheur à se soumettre. H suffirait d'inviter tous les sujets à se livrer à leurs passions, qui seraient de payer les impôts et marcher aux [ ]. Un prince pourvu d'un si puissant levier serait-il assez [ ] pour le négligér et recourir à la contrainte, oui serait ruineuse pour lui et qui lui ôterait l'amour de ses sujets ? Accordons donc à Dieu autant de bon sens que nous en avons nous-mêmes, et nous [ ]qu'il n'a pu manquer de choisir l'attraction pour agent de communication près de ses univers de leurs créatures. |

C’est donc dans l'Attraction seule que les hommes devaient chercher J'interprétation des lois sociales de Dieu et de la destinée générale. Cependant notre globe a tardé 25 siècles à étudier l'attraction. Après une telle étourderie, une telle démence, n’est-on pas fondé à dire qu'il est des globes fous comme des individus, et que s’il existait des petites

maisons pour les planètes folles, on aurait dû y envoyer la nôtre pour avoir perdu 25 siècles sans [ | que la première des études dût être l'étude de l’homme , de son mécanisme passionnel et de ses relations avec Dieu, connaissance qu’on ne peut obtenir que par la théorie de l'attraction ? Insistons sur cette faculté exclusive de distribuer attrae tion. J’en tire un argument péremptoire contre les prétentions légiskatives des philosophes eivilisés.

Dieu n’a pas pu ignorer que tout législateur civilisé et barbare est privé du pouvoir d'imprimer attraction , et que possesseur exclusif de cette faculté, il peut en nous donnaut le code le plus défectueux nous assurer le bonheur socia!, pourvu qu'il attache un véhicule d’attraction, un appât de plaisir à l'exécution de ce code, tandis que nos législateurs, en composant le code le plus sage, n'aboutissent qu'à contraindre et fatiguer les peuples, parce qu'ils n'ont pas la faculté . d'imprimer attraction pour l'exécution de leur code. Cette considération seule suffirait pour déterminer un Dieu généreux à donner aux hommes un code quelconque étayé du ressort d'attraction ; et cette même considération suffit à nous prouver que si Dieu est bon pour nous, il n'a pu manquer de composer un code d'attraction, à la recherche duquel il faut procéder si on veut ke découvrir.

Il reste à examiner si les savants modernes ont pu manquer d’entrevoir ces nombreux arguments sur l'existence du code divin et sur la nécessité d’en faire la recherche. Entre autres indices de mauvaise foi dans cette [ ], on peut citer un scandale récent, la secte d'athéisme. J'y vois une ressource d’eseobarderie pour se dispenser de cette recherche.

En effet, les sophistes qui ont formé secte d’athées étaient trop éclairés pour ne pas apercevoir l'intervention d'un moteur suprême dans les créations des 3 règnes et le système sidéral dont Newton avait expliqué les lois. Tant de science étalée dans les œuvres matérielles excitait à rechercher le système du passionnel , en suivant la voie de l'attraction qui avait conduit à un premier succès et dissipé les prestiges d’impénétrabilité. Sans doute les savants entrevirent que l'hypethèse d’une théorie fixe et mathémalique sur l'harmonie des passions exposerait de plus ea plus à double [ ], qu'elle ferait planer le soupçon d’absurdité sur leurs 400,000 volumes, et qu'elle les expose rait au sobriquet d’ignorants s'ils échouaient dans cette rechèrehe. On évitait l'un et l'autre risque par le subterfuge de l'athéisme, opinion très-commode pour dispenser d'études sur la théorie passionnelle arrètée par Dieu, et pour consolider les renommées philosophiques saas autre [ ] qu'un grossier sophisme. En conséquence ils opiaèrent à renier Dieu, et le siècle eut la sottise de leur répliquer quand il fallait

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