COMPOSITION £T DISTRIBUTION DE LA TRIBU
Aux approches d’une lutte décisive, un général, faible de nombre, donne tous ses soins à voiler ses projets et sonder l'ennemi. C'est ce que nous allons faire dans cette section , où nous traitons des préparatifs et des escarmouches qui, je l'ai dit, doivent employer environ & à 5 mois pour la 4" et la 2° phases.
J'ai raillé et raillerai encore sur ledicton des Français : Griak Paris! Gniak Paris! Mais pour cette fois je serai obligé de faire chorus avec eux, Car les habitants de Paris et le voisinage de cette ville sont ce qui convient le mieux au monde pour l'opération de la tribu sérisophe. C'est une entreprise où excelleront les gens adonnées au plaisir et distingués par les manières polies. A ces titres on conçoit que {(la tribu
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mixte)) cette fondation est l'apanage des Parisiens, (( comme la tribu composée est l’apanage des Allemands, peuples enclins aux harmonies de grande industrie.)) Ils y excelleront plus qu'aucune autre nation du globe.
Il faudra un local un peu éloigné de la ville et où l’on soit à l'abri des importuns , au moins des piétons, qui deviendraient trop incommodes par leur affluence. £ncore faudra-t-il des palissades contre eux. Une distance de 2 à 3 lieues sera nécessaire. Marly, Lucienne, Malmaison seraient un local très-convenable, si on pouvait obtenir le terrain. Il convient qu'il soit à portée d’une grande forêt de chasse et qu'il ait déjà beaucoup d'arbres fruitiers, indépendamment de ceux qu'il faudra planter. On peut estimer le terain au 4/3 de celui de la Phalange, l'équivalent d'une surface d'environ 2,000,000 ltoises carrées, non compris la forêt.
Je ne m'’arrèête pas à la distribution des bâtiments, on la fera connaître avec l'exposé des emplois, qui sont en petit les mêmes que dans les branches d'industrie empruntées de la Phalange.
On composera la Tribu de 300 pauvres en gradation pour la 4re phase, février et mars, on y ajoutera pour la 2° phase, avril, mai, juin , 400 riches en gradation. Pourquoi pas 400 d’une seule [ 1? parce qu'ici nous avons à lutter contre une foule de contretemps qui exigent qu’on s'écarte des règles et qu’on établisse en débutant une distinction ,très-marquée entre les riches et les pauvres. Il serait trop long d'expliquer ces nombreux motifs ; qu’on s’en rapporte à moi qui dois être juge compétent en pareille affaire.
Je me borne à citer un de ces obstacles, celui de l'amour-propre. Les familles riches seraient récalcitrantes à s'enrôler dans la Tribu. Il faut les y attacher par une ruse qui mette à couvert leur amourpropre. Tant de familles parmi les rentiers des grandes villes n’ont pas le moyen d'acheter une maison de campagne; elles sont obligées de Ja louer et d'y végéter tristement pendant la belle saison. Souvent on loue une campagne sous prétexte de se livrer au doux plaisir de l'amour des champs, tandis que le motif réel n’est autre que de faire des économies et supprimer un train de maison qui, pendant l'hiver, a presque absorbé les ressources de l’année. Les familles génées seront charmées de trouver dans la Tribu une foule de plaisirs gratuits qu'elles ne pourraient pas se procurer à grands frais dans la capitale en y dépensant le triple de ce que coûtera leur séjour dans la Tribu.
Dès les premiers jours de février et mars, et deux mois avant de faire entrer les familles riches, on aura installé les 300 sectaires ou 60 familles ouvrières et peu fortunées. Il sera facile de les enrôler. On
p’aura que l'embarras du choix, et je puis augurer qu'f en sera de même des riches, quand l'inauguration sera faite.
Il s’en trouve toujours les 940 qui ne sont pas satisfaits de leur fortune, surtout dans les grandes villes dispendieuses comme Paris. Il sera facile d'en enrôler 20 fannifies pour s'amafganer à la Tribu sérisophe, chez qui elles jouiront d'une fortune au moins triple en sens relatif, c'est-à-dire qu’elles y mêneront pour milite écus le trara de vie qui coûterait à Paris 3,060 écus, puissante amorce pour tant de familles qui se plaignent d'en être au bonheur moral de a médiocrité. En s’adjoignant à Îa tribu elles passeront tout-à-coup de ta gêne à la grande opulence. {] sera bien facile de trouver dans Paris et dans toute grande ville une vingtame de familles empressées de tripler lear reverm à la seule condition de résider à loyer danse bel édifice de la Triba, d'y conserver à volonté toutes leurs habitudes civilisées qu'eltes ne garderont pas un mois et de sauver encere l’amour-propre en prétendant qu'elles n'ajoutent aucune confiance à cette entreprise, et qu'elles n'y vont passer la belle saison que par amorcæ des belles cultures et du doux plaisir d'aimer les champs.
C'est ici une opération bâtarde, car nous allons allier anne centaine de ” Civilisés avec dessérisophes, alliage qui, au bont de 2 meis, se termi- Rera par une fusion complète.
La Tribu devra observer autant qu'il se pourra ja loi fondamentale l'harmonie, l'inégahté, surtout celle des fortunes. Indiquons à cet égard wme échelle approximative et bonme à suivre, tant pour les 60 familles plébéiennes de 4'° phase estimées de 360 personnes, que pour les 2% ser riches estimées à 400 personnes et introduites en 2° phase,
mai.
{ Voyez le tableau ci-contre.)
Le terme moyen des 16 âges bornés à 300 sectaires, donnerait à peu près la progression suivante :
Ad R 3 4 5 6 T 8 — 9 10 414 42 13 42 16 44 26 43 44 45 416 47 48 419. — 47 16 15 14 48 42 11 49 42 :
Toial des 16 âges, 288 et un foyer de 12 — ensemble 300, un tiers en sus pour 400 sectaires, ÿ compris les 21 familles riches dont la fusion sera opérée en moins dé 2 mois. Sur quoi il faut réîtérer l'observation que ta race actuelle qui est peu robuste est bien plus fournie en nombre sur les premiers ‘âges de Ia série que sur tes derniers. C’est “une objection pee dans Îa pratique, et ce défaut de balance est fort
LS
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E° PEAGD, PÉVRIER, MARS. # PHASE, AVRIL, MAI. En ménage combiné. Adjoints en ménage mcohérent. Capital versé ou non versé. : Sans versement. À. Familles D. Familles pauvres. Jr. Fortune. 0 "3 5.. Revenu. 65,000 — 300 £. 42 4. — 7,000 30 6. — 600 = 3. — 9,000 Te E. Familles Le F | 008 he: 4. — 12,008 B. Familles 3.. — 46,000 moyennes. 8. — 72,009 9 2. — 20,000 6. — 4,000 Qre 2e &. — 7,000 2. — 9,000 C. Familles : H dicbes. 4 — 42,000 | 3. — 45,000 10 2 — ‘ 20,000 [ — 30,000
Les capitaux versés à intérêt selon le taux d'usage et sous la garantie de la masse des actionnaires qui aura versé au moins 1,000,000, indépendamment de l'édifice et des fournitures de troupeaux, végétaux et provisions de bouche. :
utile, parce qu'on peut tirer en début d'harmonie plus de parti de l’âge ascendant que des 8 âges descendants ; car les jeunes gens et enfants étant moins imbus de préjugé et d'esprit mercantile seront plus aptes à la manœuvre passionnelle ; il conviendra donc de les faire affluer en nombre.
J'ai établi le compte sur des familles de 5 personnes, terme moyen.
Il n’est point nécessaire de n’admettre que des familles ; il conviendra au contraire qu'il y ait moitié, et s'il se peut, majorité de gens nOn Manés, parce que ce n’est pas ici une mécanique passionnelle complète , moes ne pouvons spéculer que sur certains ressorts. Nous sommes trèsbornés sur celui de famille ; nous n'aurions dans la Tribu aucun moyen de tenter sur les familles certains équilibres transcendants, comme le raliement par les divergences de hgnée. Il ne convient donc pas à la Tribu sérisephe de spéculer ser des barmonies de famille qui ne peuvent s'établir facilement que dans la grande Phalange à plein clavier de casactère. Il ne faut pas non plus négliger le peu d'harmonie de famille qu'on pourra obtenir ; mais en général nous spéculerens plutôt. ici ser les 2 harmonies majeures, celles d'amitié et d’ambition. Les le cunes en harmonie familiale seront use preuve en faveur de l'essai,
puisque toute lacune prévue dans la Tribu prouve la nécessité de speculer sur la grande Phalange, à 810 caractères de plein clavier et 1,200 sectaires.
L'ensemble des 60 familles, À, B, C, se compose de la classe pauvre, qu'on trouve en abondance à la ville. Parmi les 60, on en voit d’abord, À, 30, qui n'ont rien ou à peu près rien ; la 2° classe B est dans les basses fortunes ; la 3° C dans les médiocres. Il ne faut pas chercher à introduire des riches parmi les 300 de première phase. La Tribu doit spéculer sur les talents méconnus et les caractères honorables. Or, on pe trouve guère la fortune chez les ouvriers de caractère libéral ; elle ne favorise que les intrigants ct les fourbes : on devra donc enroler ceux qui auront été éliminés par les monopoles de mattrise ou négligés pour cause de probité. Je ne conseillerais pas ce choix pour une Phalange entière, où il faut de tous les caractères, même de ceux qu’on appelle vicieux, criminels. Ici la manœuvre étant limitée, il faudra se borner aux genres d'élite, et j'ai opté pour ceux qu'on appelle honnêtes. :
Les 21 familles incohérentes qui seront adjointes à la Tribu en 2° phase doivent être choisies parmi celles de pauvreté relative. Je m'explique ; une famille de petits rentiers, ennemis du luxe, ne serait pas pauvre à 5,000 fr. de revenu ; mais elle sera très-pauvre si elle prétend avec 5,000 fr. de rente frayer avec la haute bourgeoisie des capitales, et il en serait de même d’une famille à 40,000 fr. de rente, qui voudrait fréquenter le grand monde. La voiture seule lui coûterait 3,000 francs et le surplus de son revenu serait absorbé par la cuisine qu'exige une voiture : cette famille resterait donc en déficit du vêtement, du logement et des autres accessoires.
Cependant les villes fourmillent de ces gens qui veulent s’élever
au-dessus dr leur condition, parattre riches quand ils ne le sont pas. Ce sont précisément les familles dont il faudra faire choix pour les associer à l’humble Tribu de 50 familles plébéiennes. Chacun de ces individus à prétention de luxe pourra dans la Tribu tenir état de prince. Telle famille avec 40,000 fr. de rente se-prive de rouler carrosse, parce qu’il en coûterait pour ce seul plaisir 3,000 fr. qu’on ne peut pas disiraire d'un inénage où 40,000 suffisent à peine à végéter en allant à pied. Cette famille, une fois logée dans la Tribu, aura voitures de toute espèce, assorties pour l’été et l'hiver; elle éclipsera les incohérents qui ont 20,000 de rente, et il en sera de même pour la chère et les autres branches de service domestique. Chaque membre des 21 familles ad — jointes aura une trentaine de domestiques à ses ordres. On en verra la preuve dans les détails spéciaux ; à la vérité, ce ne seront pas des domestiques inaliénables et personnels; mais qu'importe, pourvu que sur di-
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verses branches de service on ait à ses ordres autant d'individus intelligents et dévoués.
C’est alors qu'on reconnattra la duperiée de vivre en ménage civilisé, en incohérence philosophique si dispendieuse pour toutes les classes de fortune.
On devra réunir dans la Tribu tous les genres d'ouvriers qui sont nécessaires en service domestique dans les diverses branches de subsistance, d'habillement, d'ameublement, comme boulanger et boucher, tailleur et dégraisseur, cordonnier et savetier, charron et sellier, linger et tapissier, et surtout forcer en nombre sur les musiciens et les cuisiniers. L'avis peut sembler plaisant ; mais nous faisons ici une entreprise d’attraction et non de science mercantile. Je me réserve de prouver que ces musiciens et cuisiniers seront très-utiles, même sous le rapport du bénéfice pécuniaire.
D'ailleurs un grand principe en attraction est que l’utile doit naître de l’agréable, contre l'usage civilisé, et qu’on doit pourvoir avant tout à l’agréable, considéré comme germe de l'utile en harmonie.